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Quiberon redeviendra-t-elle une île ?

« De l’impact du post-modernisme sur la géographie.... »

Voici l’endroit où une exploitation de sable est envisagée... Cette vue est prise du train Le Tire-bouchon - le si bien-nommé ! - qui relie Quiberon à Auray en été.
Au loin : c’est Lorient, et Gâvres... Les maisons à droite : c’est Penthièvre...Cette plage magnifique est prisée des pêcheurs (surf-casting, pêche à pied), des amateurs de sports tels que le char à voile, le surf, la baignade), et c’est aussi une très agréable promenade jusqu’à la ria d’Etel... En hiver, cela « sent » la mer, c’est le cri des mouettes, le ressac... En été ce sont les parfums des herbes de la falaise et le chant des alouettes... Cette plage fait partie d’une zone protégée et classée « Natura 2000 »....
Si vous voulez voir la côte reculer dans les années qui viennent, venez donc voir ce qui va se passer entre Gâvres (au sud de Lorient) et la presqu’île de Quiberon.

Une société multinationale compte prélever entre 500 000 et un million de tonnes de sables d’arène granitique par an, pendant 50 ans, en mer dans une zone classée "Natura 2000". Cette exploitation se ferait à moins de 3 milles de la côte.

Cette exploitation de sable serait faite - entre autres - parcequ’en Grande-Bretagne des restrictions drastiques sont imposées à toute extraction de sable maritime pour éviter le phénomène d’érosion de la côte. De même en Hollande...

Il est vrai aussi que devant les besoins de la densification de l’habitat nécessaire à l’urbanisation de toute la région du Morbihan sise au sud de la RN 165, entre Lorient et Vannes, il y a un gros besoin en sables et en granulats.

Le permis d’exploration de la zone Quiberon-Gâvres a été donné par l’Administration. Les élus locaux sont dans l’attentisme le plus complet. En effet, la plupart sont au courant depuis longtemps de cette prospection. Cela fait au moins 6 ans que ce projet fait l’objet de tractations. Les élus locaux sont partagés entre la manne financière qui tombe du ciel grâce au tourisme, et celle - probable - liée à l’exploitation d’un gisement très important de sable d’une granulosité intéressante pour confectionner des bétons pour la construction. Il y a contradiction évidente entre la préservation d’un site touristique et un développement industriel et postindustriel. Des élections locales vont survenir sous peu, et il sera intéressant de suivre le point de vue personnel des différents impétrants...

Ce « pays » breton est d’ailleurs mis à mal depuis que le tourisme s’est développé en masse depuis 1950. Cette partie du Morbihan était resté quasi intact jusqu’à ces années-là. Les modes de vie traditionnels existent encore en quelques rares endroits. Nous en sommes d’ailleurs arrivés à une opposition entre « indigènes » et nouveaux arrivants à cause d’une forme de substitution rampante de la population. Les enfants des « indigènes » morbihannais ne pouvant plus se loger sur la côte à cause du coût des successions, de la densité en résidences secondaires, de la raréfaction des possibilités d’habitat. C’est très inquiétant. Mais - comme dirait Kipling - ceci est une autre histoire !...

Il est intéressant aussi de voir le traitement réservé par la presse locale et régionale qui n’a pas particulièrement joué son rôle d’information, d’analyse et de synthèse. Le projet était en cours depuis au moins 6 ans et n’était pas divulgué par crainte sans soute de manifestations analogues à celles induites par les projets de construction de réacteurs nucléaires à Erdeven et à Plogoff dans les années 1970. Cette presse régionale - contrainte et forcée - n’a commencé à informer au compte-goutte, que parce que les gens commençaient à s’inquiéter. Il est vrai aussi que cette presse régionale est prise en tenailles entre la nécessité « d’informer juste ce qu’il faut » pour éviter de mécontenter les puissances politiques et industrielles, d’une part, et d’autre part de troubler l’ataraxie des braves gens !

Quel point de vue l’emportera ?

Le prélèvement de sable pourrait se faire à raison de 600 000 tonnes par an - au début - et cela pendant trente années au moins. Une extension de cette extraction peut être autorisée jusqu’à 1 million de tonnes par an pour cinquante ans ! Cette zone d’extraction est riche en faune (frayères de poissons et de crustacés). Cette faune, perturbée, et empêchée dans son existence et son renouvellement, ne permettra plus aux bars ni aux dorades de proliférer. L’appauvrissement des richesses naturelles offertes par la nature risquent de mettre ainsi à mal l’existence de la « petite pêche » côtière et aussi de priver les amateurs de pêche de leur loisir favori...

Le point de débarquement de ce sable extrait par suceuses embarquées sur bateau est prévu à la pointe de Lanester - au Rohu - à côté de Lorient. D’où il serait expédié à travers toute l’Europe, d’une part, et vers le marché local ou régional d’autre part. Ce sable viendrait en concurrence de celui extrait dans l’estuaire de la Loire devant Saint-Nazaire.

Cette extraction systématique créera dans un premier temps un « mitage » de gros trous au fond de la mer. Dans cet endroit, la carte marine indique des profondeurs allant de 0 à 20 mètres d’eau, selon l’éloignement que l’on a de l’estran. Ces trous seront comblés au fur et à mesure par le jeu des courants qui sont importants sur ce rivage, des effets de la marée et des vagues. Comme le "stock" de sable est constant (en effet il provient du lessivage du relief par la mer au fil des siècles et des millénaires suite à la remontée des eaux depuis 180 000 ans), ces trous se combleront par appel du sable des plages d’abord, ce qui va causer des "fondis" du trait de côte (dunes), avec des effets d’avalanche, et de proche en proche ensuite, le cordon dunaire sera "mangé" par la mer. Avec pour corollaire la submersion probable d’une partie de la presqu’île de Gâvres et de la bourgade de Penthièvre en Quiberon. Quand on a pratiqué la pêche sous-marine, sur cette côte, on voit bien le résultat du jeu des courants et des vagues : le fond est instable et mouvant...

Il y avait déjà eu une extraction de sables à Kerilio en Erdeven jusqu’au début des années 1970. Cette exploitation avait été arrêtée car le massif dunaire commençait à être mis à mal.

Ce massif dunaire qui relie Gâvres à Quiberon, a été aussi un champ d’essais pour l’artillerie de marine, dès la fin du XIXe siècle (« Commission de Gâvres », devenu GERBAM (Groupe d’Etudes et de Recherche en Balistique, Armes et Munitions »). Il y a certainement encore de nombreux projectiles non-explosés qui doivent rouiller au fond de la mer par-ci, par-là... Il faut remarquer que l’existence de ce centre d’essais a permis d’éviter la création d’un gigantesque projet immobilier dans les années 1970...

La presqu’île de Quiberon a alors des chances de retrouver son statut d’insularité perdu au XIXe siècle grâce à l’établissement de la voie ferrée d’Auray à Quiberon. L’isthme ayant été renforcé par la pose massive de ballast dans les années 1880. Quiberon ayant été une île au Moyen Age. Le tombolo, étant coupé régulièrement par les marées et les tempêtes. En 1964, d’ailleurs ce tombolo avait été coupé par la grande marée conjuguée aux effets du mauvais temps. Et la circulation automobile en avait été affectée à l’époque, le temps pour le service des Ponts et Chaussées de procéder au bon rétablissement du passage. A moins que l’on ne se mette à bétonner massivement le trait de côte pour en empêcher la destruction ! Travaux horriblement coûteux ! On n’en est plus à une aberration près !

Cela étant, il y a peut-être avantage aussi sur le plan géographique pour modifier la géographie locale en retrouvant ce que Quiberon a été quelques temps - semble-t-il - dans les temps historiques : une île. En effet, la baie de Quiberon selon les anciens écrits, et même certaines cartes anciennes, aurait été ouverte au Nord-Ouest, avec une circulation d’eau en bas du fort de Penthièvre. Cet endroit n’était-il pas nommé jadis « le Ruisseau d’en bas ». Si cette exploitation se faisait et s’amplifiait par la suite, le passage de la mer produirait un puissant effet de chasse d’eau qui nettoierait de ses vases la baie de Quiberon qui a tendance à se remplir de sédiments... Mais alors ? Quel serait alors l’impact sur l’ostréiculture et la pêche en baie de Quiberon ?

Alors si vous avez la curiosité de voir cette évolution, allez à Quiberon avant que cette vieille terre bretonne ne redevienne une île !

par Patrick LUCO (son site) mardi 13 mars 2007 - 25 réactions
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  • Par Panda (xxx.xxx.xxx.114) 13 mars 2007 15:12

    belle plume pour un article bien tournée et informant les touristes susceptibles de venir passer leur vacance dans le morbihan.

    Vous vous étonnez de du manque de réaction des élus ? Faut-il s’étonner, lorsque dans une des deux plus grande ville du département, vannes, le siége de maire est gardé au chaud au vu et au su de tous pendant que F.Goulard ( élu maire) vie de folle aventure ministériel. Qu’a Lorient, la deuxième ville, personne ne semble trouver anormal que la direction d’une Mission Locale, le territoire lorientais étant particulièrement touché par différentes exclusions et le chômage, reste en place alors qu’elle vient d’être condamné pour licenciement abusif.

    Tant que les citoyens morbihannais ne mettront pas un terme à l’élection perpétuelle d’une caste de notables locaux bien loin d’être animé par le soucis de l’intérêt collectif. Ce type de projets perduront.

  • Par Manuel Atreide (xxx.xxx.xxx.204) 13 mars 2007 16:54
    Manuel Atreide

    @ l’auteur ...

    Merci pour ce papier. j’avais déjà entendu parler de cette histoire. Toutes les études sérieuses mettent en évidence les risques majeurs que court cette partie de la côte bretonne. Outre les dégats environnementaux, les menaces sur la faune, la flore ; les activités économiques humaines seront touchées ou détruites par cette exploitation.

    Quand considérera-t-on, la Bretagne comme autre chose qu’une zone à développer en sacrifiant ses richesses ? j’en ai marre de ne pas pouvoir boire l’eau du robinet dans la maison de famille pour cause de pollution aggravée des nappes phréatiques, j’en ai marre des plages souillées par des algues proliférant sous l’effet des rivières crachant leur nitrate, j’en ai marre de ces odeurs méphitiques de poulaillers et porcheries industriels.

    J’aime ma bretagne, je la veux dynamique, ouverte, généreuse, agricole et pecheuse. Cette région est l’un des coins les plus beaux de France et d’Europe, elle a d’autres atouts que de s’ouvrir le ventre et d’empoisonner ses habitants.

    Manuel "manau" Atréide.

  • Par roumi (xxx.xxx.xxx.206) 13 mars 2007 12:51

    pour un complément d’information .

    un site d’opposants au projet avec des documents .

    http://ca56290.over-blog.com/catego...

    celui de lafarge :

    http://www.lafarge-granulats-marins...

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