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Sidérurgie : ArcelorMittal sacrifie la filière liquide lorraine sur l’autel des profits

ArcelorMittal a dernièrement décidé d’arrêter son second haut-fourneau de Hayange-Florange, après avoir prolongé en juillet dernier l'arrêt du premier. C'est un mauvais signe pour la sidérurgie, pour l'industrie en général et la Lorraine. Car l’arrêt de l’ensemble de la filière liquide, annoncé comme provisoire, assombrit sérieusement l’avenir du site lorrain. Surtout en l’absence d’investissement. Cette nouvelle catastrophe sociale et industrielle (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/10/16/limmense-gachis-de-la-cokerie-de-carling/) suscite la colère, l’angoisse et l’incompréhension de tous les Lorrains. 

Les hauts-fourneaux d’Hayange, les agglomérés de Rombas, ainsi que l’aciérie (500 salariés) et le packaging de Florange (600 salariés) sont donc mis en veille ou tourne au ralenti (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/02/18/redemarrage-du-second-haut-fourneau-de-hayange-florange/). Cette mesure vaut au moins jusque début 2012, en attendant un nouveau plan industriel. Rappelons qu’Arcelor avait déjà programmé la fin de la filière liquide chaude en Lorraine pour 2010 au début des années 2000. L’Opération Publique d’Achat hostile de Mittal en 2006 sur le leader européen avait momentanément changé la donne et offert des perspectives d’avenir aux deux derniers hauts-fourneaux de la sidérurgie lorraine. Cependant, en 2008-2009, la crise avait obligé le groupe à mettre en veilleuse le P3 pendant près de dix mois et le P6 un peu moins longtemps. Eloigné des côtes, à la différence des sites de Dunkerque et de Fos-sur-Mer, le site sidérurgique lorrain est de fait considéré comme moins compétitif.

Avec les moyens du bord et des rafistolages, les deux hauts-fourneaux avaient difficilement redémarrés, comme l’imposait alors le marché. Les chocs thermiques avaient en effet sérieusement dégradé l’outil. Les ouvriers avaient passé des nuits à décongeler des tuyaux au chalumeau sur le P6, d’où des plaques de glace tombaient par morceau entier dans le fourneau. Un véritable désastre. La soudaine faiblesse du même marché au second semestre est venue plomber Florange, handicapé par ses coûts de fonctionnement et par l’état de ses outils de production. D’ailleurs, une importante panne a dernièrement eu lieu sur la partie chargement du P6. Un problème de corrosion est d’ores et déjà avancé.

Le train à chaud et le laminoir de Florange continueront cependant à produire entre 180 000 à 200 000 tonnes d’acier plat par mois en Lorraine grâce à l’acheminement d’acier brut par train en provenance d’autres complexes industriels. Or, l’autonomie de la toute la filière liquide lorraine est considérée comme une force par ses clients, notamment par l’industrie automobile, qui estiment qu’elle est un gage d’excellence et de qualité des aciers lorrains. Par exemple, l’acier Usibord affiche des performances exceptionnelles. En 2010, l’usine lorraine en produisait 200 000 tonnes et devait atteindre les 500 000 tonnes en 2015. Alors que les clients attendent des volumes, le site n’est pas structuré, si bien que les marchés lui échappent. Par ailleurs, de source syndicale, consigne aurait été donnée aux services commerciaux de ne plus chercher de nouveaux contrats pour le second semestre. Autrement dit, tout ce qui se passe actuellement à Florange serait délibéré et organisé. Inimaginable.

Alors que la direction justifie sa décision par « l’actuel ralentissement saisonnier et les fluctuations de la demande dans certaines zones géographiques en Europe », de plus en plus de personnes dénoncent la politique spéculative d'ArcelorMittal qui vise à faire du site mosellan une véritable variable d’ajustement en fonction de la conjoncture. Au total, plus de 2 000 emplois (CDI, intérimaires et sous-traitants) sont menacés par l'arrêt des deux hauts-fourneaux. ArcelorMittal pourrait mettre en place du chômage technique, de la formation, ou transférer des salariés sur d'autres sites. Mais il est scandaleux que le gouvernement français ait autorisé les mesures de chômage partiel avant même que les instances légales et représentatives n'aient été consultées et qu'aucune contrepartie n'ait été exigée.

La Lorraine symbolise une fois de plus la faillite de la politique industrielle française. Notre territoire a en effet perdu depuis 2002 plus de 25 % de ses emplois industriels, soit 42 000 postes. 

Mise en service en 1948, l’aciérie de Florange est un site intégré transformant chaque année plus de 3 millions de tonnes d’acier en fonte, fer blanc et tôles revêtues pour l’automobile, la construction et l’emballage. La structure possède une expérience et un savoir-faire indéniables.

Mais sans le moindre investissement programmé pendant cette nouvelle période d’arrêt, alors que Dunkerque tourne à plein régime et que Fos-sur-Mer finalise sa rénovation, ArcelorMittal condamne en réalité purement et simplement l’outil industriel lorrain. Le sort du P3 semble d’ores et déjà scellé. En effet, deux à trois mois de travaux préalables d’un montant de 4 à 5 millions d’euros seraient nécessaires pour le relancer. Le P6 constitue quant à lui l’ultime espoir de maintenir la filière liquide chaude à Florange. En mode ULCOS (voir : http://blefondation.e-monsite.com/rubrique,projet-ulcos,709272.html), il permettrait de produire de l’acier avec des coûts réduits de 25 %. Tout l’avenir de la filière liquide lorraine repose donc sur la décision de financer, ou non, ce projet avant-gardiste de captage et de stockage de CO2. La commission européenne doit justement rendre pour mi-2012 sa décision sur son financement (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2011/02/13/le-projet-ulcos-avance-sur-le-terrain-et-dans-les-tetes/#comments). Or, en arrêtant le second haut-fourneau lorrain, ArcelorMittal envoie un signal négatif pour ULCOS. Pire, le groupe pratiquerait du chantage : l’Union Européenne doit financer le Projet ULCOS pour qu’ArcelorMittal maintienne la filière liquide à Florange.

Il faut savoir que la sidérurgie lorraine souffre depuis les années 1970 d’un sous-investissement d’environ 30 % par rapport à la moyenne de la sidérurgie européenne, ce qui pénalise considérablement sa productivité et sa rentabilité. En conjoncture haute, ArcelorMittal fait tourner à fond ses usines lorraines, mais en investissant a minima. En conjoncture basse, il les ferme les unes après les autres au motif qu’elles sont moins rentables. Ce refus d’investir et l’imposition d’une telle flexibilité traduisent ni plus ni moins la mise en œuvre d’une politique de démantèlement de nos outils de productions. Le Groupe BLE Lorraine ne peut accepter une orientation aussi inique de la part d’une multinationale qui a puisé toute sa richesse par l’exploitation des ressources lorraines et qui enregistre encore aujourd’hui près de 2,5 milliards de dollars de bénéfices pour le seul premier trimestre 2011. ArcelorMittal se préoccupe aujourd’hui davantage de finance et de rentabilité à court terme que de l’avenir de ses outils industriels à long terme. Sa décision aurait ainsi été uniquement dictée dans le but de maintenir un prix élevé de l’acier, afin de pouvoir faire face à aux échéances financières de son endettement très important. Cela s’appelle faire de la spéculation et nous avons tous vu où cela nous menait. Depuis trente ans, les actionnaires d’hier, les De Wendel, puis ceux d’aujourd’hui, à savoir la famille Mittal, se sont enrichis avec l’acier lorrain et le travail des ouvriers. Aujourd’hui, ils ne connaissent pas la crise. Ils suppriment des emplois alors qu’ils croulent sous l’argent.




par Groupe BLE Lorraine (son site) lundi 12 septembre 2011 - 70 réactions
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