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Un écrivain en colère

Rencontre avec Jean-Yves Cendrey pour la sortie de son livre ’Les jouets vivants’

Un matin de février 2001, le 7 février 2001, à l’heure de la rentrée des classes dans la bonne petite ville de Cormeilles, aux confins de l’Eure et du Calvados, Jean-Yves Cendrey fait éclater l’affaire du village X. Ce jour-là il conduit lui-même un instituteur, pédophile avéré, à la gendarmerie de X. L’Enseignant sera condamné à quinze ans de prison pour trois viols et trente-huit agressions sur des enfants de six ans.

Jean-Yves Cendrey sera qualifié, durant le procès, de citoyen remarquable. Quatre ans plus tard, l’auteur des Morts vont vite ou d’Une simple créature revient sur le déroulement des faits : les premières confessions, les hésitations, le doute qui s’installe, la rage qui, finalement, l’emporte. La rage, Cendrey connaît. Son éducation à coups de rangers, il est vrai, y a contribué.

Depuis ses débuts, ce disciple flaubertien d’Artaud n’a pas pour habitude de faire dans le compromis ou la demi-mesure. Ecrire est pour lui une façon de traquer la bêtise crasse de ses concitoyens, de tordre le cou aux idées reçues, de se payer du rire à la régalade. On pouvait d’ailleurs craindre que ce goût de la castagne l’empêche d’avoir le recul nécessaire, le fasse tomber dans le piège du sensationnel. Il n’en est rien. ’Les jouets vivants’ transpire la littérature par tous les pores. Cendrey s’intéresse en effet moins à l’affaire (qui en soi est malheureusement assez banale) qu’à la manière de la relater. En s’interrogeant sur la façon de se réapproprier une histoire déjà écrite, en se demandant comment mettre à distance une histoire dont il a été un des principaux protagonistes, Jean-Yves Cendrey démontre que l’affaire du village X n’est pas seulement celle d’un père de famille citoyen, mais qu’elle est aussi et avant tout celle d’un écrivain... remarquable.

La première partie du livre est constituée d’une virtuose ’Lettre au père’ ; l’auteur raconte comment son père l’a frappé, humilié et terrorisé, jusqu’à ce qu’il l’empoigne à son tour. Une scène originelle qui jette une lumière crue sur ce jour où il a lui-même conduit un instituteur, pédophile avéré, à la gendarmerie de X. Des dizaines d’enfants violés, des vies coulées dans l’oubli par ceux qui auraient pu intervenir. Comment raconter l’’Affaire’ de X (Marcel Lechien, l’instituteur pédophile de Cormeilles, jugé en 2002) sans verser dans le récit de circonstance ? Jean-Yves Cendrey décide de s’offrir un prête-nom. C’est à Raoul Rose qu’il confie la chronique du ’Village de la honte’, un paysage humain sombre et burlesque d’où émerge peu à peu le drame.

D’une totale singularité, ’Les jouets vivants’ est l’histoire d’une double trajectoire, existentielle et littéraire, où l’auteur affirme que la justice peut être aussi une affaire d’écrivain. La loi du silence dominant, il a depuis quitté le village avec sa femme, l’écrivain Marie NDiaye, et ses trois enfants.

Quand ? Jeudi 22 septembre à 19h15

Où ? Librairie Comme un roman, 27 rue de Saintonge, 75003 Paris


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