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Accueil du site > Actualités > International > 50 nuances de « coups d’État » constitutionnels en Afrique

50 nuances de « coups d’État » constitutionnels en Afrique

Particulièrement en vogue à l'approche des échéances électorales, la révision des constitutions nationales demeure une pratique courante en Afrique subsaharienne. Dans un paysage politique qui peine à se renouveler, rares sont les hommes d'État à accepter de faire passer l'intérêt collectif avant leurs ambitions personnelles.

« L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ». Plus de sept ans après le cri d'alerte de Barack Obama devant le Parlement du Ghana, peu de choses ont changé ou presque dans la gouvernance des pays africains. Sur un total de 16 élections présidentielles déjà tenues ou à venir en 2016, les nouveaux visages demeurent rares. Un à un, les hommes forts du continent se font réélire sans trop de difficulté : Idriss Déby Itno au Tchad, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo en Guinée équatoriale et Yoweri Museveni en Ouganda ont ainsi été choisis par le peuple cette année pour effectuer leur cinquième mandat présidentiel. En Gambie, Yahya Jammeh est en lice pour les imiter en décembre, tandis qu'en Angola, José Eduardo Dos Santos briguera un septième mandat en 2017 après 37 années de présidence...

En fonction depuis plus de 20, 30 et bientôt 40 années, ces chefs d'État s'accrochent au pouvoir sous couvert d'élections officiellement conduites dans le respect des règles démocratiques, mais qui font systématiquement l'objet des critiques de l'opposition. Certains se dirigent même vers une présidence à vie, comme Paul Biya, 80 ans, président du Cameroun depuis 34 ans, et Robert Mugabe qui, à 92 ans, a été réélu pour un sixième mandat présidentiel au Zimbabwe en 2013. Malgré des actions répressives contre la population, vainement dénoncées par la presse et l'opposition, ces dinosaures du pouvoir ne sont que trop rarement inquiétés par la communauté internationale, qui se contente d'inefficaces rappels à l'ordre, trop préoccupée par les intérêts commerciaux présents sur place. Et pour pouvoir continuer à dicter leur loi comme ils guident les suffrages, tous s'adonnent à une pratique incontournable : la révision des constitutions nationales, véritable saint-Graal pour qui veut gouverner sans limite dans le temps.

Les champions des révisions

Sur les 15 dernières années, une dizaine de pays d'Afrique subsaharienne a engagé une procédure pour modifier la limitation du nombre de mandat présidentiels, voire abroger toute notion d'âge maximum. Objectif à peine déguisé : permettre le maintien au pouvoir du président en place – évidemment ! Après la Guinée équatoriale en 2002, le Burundi et le Tchad en 2005, ou encore le Cameroun en 2008, Djibouti a à son tour fait table rase de l'amendement limitant l'exercice suprême à deux mandats pour permettre à Ismaël Omar Guelleh de signer un troisième bail en 2011. En 2016, prétendant s'être « plié à la volonté des Djiboutiens », « IOG » en a même profité pour remporter une quatrième élection avec, comme à chaque fois, un score proche de la perfection (86,7 % des voix).

Le scenario est similaire en République du Congo, où le peuple a voté en octobre 2015 pour éliminer la limite d'âge de 70 ans et ainsi permettre à Denis Sassou N'Guesso de voguer sereinement vers un troisième mandat en mars 2016. Avant de reprendre le pouvoir par les armes en 1997, le septuagénaire avait déjà dirigé le pays de 1979 à 1992, soit plus de 32 années cumulées aux commandes. D'autres chefs d'État marchent sur ses traces, comme son voisin Joseph Kabila en République démocratique du Congo, qui a ouvert un « dialogue national » début septembre pour questionner l'opportunité de maintenir la limite de deux mandats présidentiels. Après 15 années au pouvoir, le fils de l'ancien président Laurent-Désiré Kabila présente d'autant plus de chances de rester en fonction que le suffrage prévu en novembre devrait prendre plusieurs mois, voire quelques années de retard à cause de la refonte du fichier électoral.

« Privilégier l’ambition collective et non individuelle » (Guillaume Soro)

En Afrique subsaharienne, la transformation des constitutions nationales est devenue un tel passage obligé que les nouveaux élus en font une de leurs premières préoccupations. Fraîchement conforté à la présidence de la Côte d'Ivoire en 2015, Alassane Ouattara prépare déjà un tour de passe-passe pour garder la mainmise sur le pays après la prochaine élection de 2020. Mais contrairement à ses homologues, « ADO » entend la jouer plus finement pour ne pas trop embarrasser les partenaires commerciaux du pays, et en particulier la France. Mi-juillet, le président ivoirien a fait voter à l'Assemblée nationale la mise en place d'un groupe d'experts chargé d'élaborer la nouvelle constitution ivoirienne, qui sera soumise à un référendum fin octobre. Parmi les nouvelles propositions, la création d'un poste de vice-président éveille, entre autres, les soupçons de l'opposition, qui y voit un moyen de contourner l'interdiction constitutionnelle d'un troisième mandat présidentiel en « choisissant son successeur ».

Nommé dans un premier temps par Alasanne Ouattara, puis élu au suffrage universel direct en même temps que le prochain président, le futur vice-président remplacerait le chef de l'État en son absence, un rôle actuellement exercé par Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale. Pressenti pour ce poste de numéro 2, ce dernier a d’ores et déjà annoncé qu'il comptait rester à sa place jusqu'en 2020. En refusant ce titre de dauphin voué à succéder à Alassane Ouattara à la fin de son deuxième mandat, le plus haut parlementaire ivoirien affirme vouloir « privilégier l'ambition collective à l'ambition individuelle  » plutôt que de « s'accrocher aux honneurs », comme le font tant de ses pairs. « Je suis un homme de mission et non un homme d'ambition », confiait-il en juin à RFI.

Renforcer les institutions

Premier ministre de 2007 à 2012, Guillaume Soro préside l'Assemblée nationale depuis quatre ans et compte bien rempiler jusqu'en 2020 en cas de réélection en novembre. Depuis sa prise de fonction en mars 2012, la croissance nationale ivoirienne excède chaque année les 8 % grâce notamment à l'investissement public dans les infrastructures, passé de 2,5 % à 6 % du PIB. En quatre ans, le salaire moyen a presque doublé (36 000 à 60 000 FCFA), preuve de la croissance inclusive du pays. En 2014, sous l'impulsion du travail de l'Assemblée nationale, la Côte d'Ivoire a même intégré le top 10 mondial du classement Doing Business de la Banque mondiale parmi les pays ayant réalisé le plus de réformes de la réglementation des affaires.

À 44 ans, Guillaume Soro est l'un des rares hommes politiques africains à ne pas trainer de casseroles derrière lui. Preuve qu'il incarne la droiture, son association fallacieuse au coup d'état au Burkina Faso en 2015 n'a pas écorné sa popularité auprès de ses confrères et compatriotes ivoiriens, qui ont manifesté leur soutien jusqu'à ce que le coup-monté à son encontre soit officiellement démontré par la justice début 2016. En gardant le cap sur ses convictions parlementaires et ses responsabilités à l'Assemblée nationale, l'ancien leader étudiant fait une nouvelle fois preuve d'une intégrité dont les hommes politiques africains devraient davantage s'inspirer. Pour renforcer, non pas leur CV, mais leurs institutions.


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5 réactions à cet article    


  • doctorix doctorix 16 septembre 17:01

    On n’a pas parlé du Gabon.

    La-bas, il serait illusoire de croire que le remplacement d’Ali Bongo par Ping changerait quoique ce soit.
    Bongo-Ping, c’est comme Ping et Pong : c’est le même jeu françafricain, mais pas seulement, un pillage à l’échelle mondiale, d’un pays extrêmement riche par quelques pourris au pouvoir pour le compte des multinationales.
    Ces dirigeants ne risquent pas de subir le même sort que Saddam, Khadafi et Assad : eux, ils obéissent bien sagement.

    • philouie 16 septembre 17:22

      @doctorix
      Il faut quand même que Bongo se méfie, il pourrait finir comme Gbagbo.


    • leypanou 17 septembre 08:53

      Article de peu de valeurs : après avoir attaqué justement ceux qui ont été au pouvoir depuis plus de 10, 20 ou même 30 ans, il encense Guillaume Soro !!!
      Lisez plutôt ici une autre vision des choses de ce qui se passe un peu partout en Afrique.


      • doctorix doctorix 17 septembre 09:05

        @leypanou
        Ben oui, c’est l’article de Stanechy que je viens de citer...


      • zygzornifle zygzornifle 18 septembre 09:05

        en France grâce a Hollande on a 50 nuances de taxes, prélèvement et impôts ,


        on a aussi 50 nuances de mensonges et de parjure .....

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