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A new birth of Freedom

Naître différent ne devait plus être une fatalité mais un atout pour l’ensemble de la communauté, le révérend pasteur avait à l’ombre d’Abraham Lincoln, pèlerin en son temps de cet idéal de fraternité et de liberté, donné un sens différent au terme « diversité ».

Le rêve de Martin Luther King Jr. était celui d’une Amérique multiraciale égalitaire et digne. Il n’était pas noir, ni blanc, ni rouge, ni jaune. C’était celui d’une nation plurielle fondée sur la méritocratie et les compétences de toutes les composantes de la société américaine. Naître différent ne devait plus être une fatalité mais un atout pour l’ensemble de la communauté, le révérend pasteur avait à l’ombre d’Abraham Lincoln, pèlerin en son temps de cet idéal de fraternité et de liberté, donné un sens différent au terme « diversité ». Les paroles du révérend King ont traversé les époques et se sont transmises aux générations comme un héritage commun, historique et vivant, la concrétisation d’une promesse américaine, mais aussi d’un espoir universel pour une meilleure acceptation d’autrui et une considération plus humaine de la dignité de chacun. 

Au-delà de cette vision arc-en-ciel, de cet appel à la tolérance venant d’un homme qui avait toutes les raisons de porter la haine, c’est le droit inaliénable à la différence que durant de longs siècles la méchanceté des cœurs à assassiner, lyncher, nier, qui s’est vu consacré dans ces mots ordinaires. Le « I have a dream » marque la sacralisation du droit à la différence, l’exigence d’une ouverture courageuse sur l’inconnu et ses particularités si éloignées de nos propres représentations. Il interpelle les esprits prisonniers de leurs carcans idéologiques, sociaux, raciaux à ne pas craindre ce qui paraît étranger et à oser le choix de croire en la bonté des âmes. Une sorte d’audace de l’espoir. L’espoir en l’humanité des hommes, en l’avenir quelques fois ombrageux et souvent capricieux mais dont les clés demeurent toujours entre les mains de ceux qui y croient suffisamment, fermement. En ces temps de pessimisme contagieux, la violence des crises économiques et identitaires provoquant de profonds bouleversements dans les existences de millions de personnes à la fois appauvries et en colère, laisse présager que le monde se dirige vers des affrontements inéluctables de plusieurs ordres où les questions sur la différence ne manqueront pas d’être subtilement exploitées à des fins honteuses. Le cri intemporel du révérend King est plus que jamais d’actualité. Les discriminations restent vivaces au sein des civilisations qui se sont peu à peu déshumanisées, le progrès a englouti l’infime chaleur qui subsistait dans le cœur des hommes, les communautarismes exacerbés par le sentiment d’insécurité généralisé ont érigé des barrières entre les individus. Sans parler des guerres à répétition que l’on se livre de tout temps, contre soi d’abord et contre les autres ensuite, ces autres qui ont toujours quelque chose de pas « très claire ».

L’apartheid mondial qui régit la gouvernance internationale, entre la majorité misérable que l’on cantonne dans les Tiers-mondes et la minorité opulente se réfugiant derrière ses murs barbelés, s’est accru affreusement. C’est désormais deux univers diamétralement opposés qui squattent la même planète. L’inégalité économique et l’inéquité sociale sont devenues les normes qui justifient l’irresponsabilité des puissances conquérantes. Il n’y a plus grand monde à la poursuite du bonheur, énormement de personnes sont restées au bord du chemin de l’espérance, la plupart des gens n’ont plus foi en quoi que ce soit à cause des déceptions accumulées, des tristesses permanentes, des humiliations persistantes, car à chaque fois on leur a fait comprendre qu’ils étaient des sous-hommes, juste parce qu’ils étaient nés du mauvais coté du soleil. La force du message du révérend King est celle d’une égalité véritable entre les hommes, les mêmes chances de réussite qu’importent ses origines et de ses attributs physiologiques ou mentaux qui trop souvent deviennent des critères d’exclusion. La puissance de ce rêve est celle d’une Amérique mais aussi d’un monde capable de s’émanciper de ses tares pour grandir en humanité, soudée autour d’une solidarité plus forte. Vivre ensemble dans le but de favoriser la réalisation d’ « une union plus parfaite », c’est là la quintessence de l’existence du monde. Il n’est pas acceptable en ce siècle que les déchirements entre les peuples, du Proche-Orient au Tibet en passant par le cœur de l’Afrique, soient tolérés et vécus comme des fatalités. Il n’y a pas de fatalité de la bêtise humaine.

M. Barack Obama s’est fait l’écho de cette promesse luthérienne. Il apporte avec lui le miracle d’une époque qui refuse de croire en la fatalité et en l’immuabilité de la nature humaine. Il incarne le changement dans toute sa magnificence, sa sincérité, sa sérénité et son audace. Réussisant à transcender la question raciale, ainsi à élever le débat politique à un niveau jamais atteint, il a montré que le plus important n’était pas d’où l’on vient ni ce que l’on est mais ce qui nous habite et nous motive. L’identité est secondaire, elle n’a pas de sens dans un monde où l’on est appelé à se mélanger ou alors à disparaître. Seule la vision, l’idée que l’on se fait de la société importe, le reste ne devrait plus avoir de sens. Voilà personnifié le rêve du révérend King, une Amérique, un monde au carrefour des cultures et des influences, qui sachent puiser dans cette richesse et se renouveler sans se renier. De la « Race en Amérique »[1], le plus grand discours de ce siècle, marque cette maturation de l’universalisme, fondamental dans l’acceptation d’autrui et la compréhension de ses souffrances et de ses douleurs qu’elles soient d’hier comme d’aujourd’hui. M. Obama a redéfinit le rêve du révérend King en le sublimant et en ouvrant la voie à des générations qui sont désormais convaincues qu’à force d’acharnement, qu’à force d’y croire, effectivement « Yes we can ! ». Certains ont dit, sans vraiment le penser, qu’ « ensemble tout devient possible » mais par la suite ils ont adopté la marche solitaire et égocentrique vers la gloire, leur gloire propre. L’on ne devient pas une légende en commandant aux éloges, en tentant de ridiculiser les plus récalcitrants, ou en s’exposant impudiquement, ce n’est pas dans l’agitation non plus que toute chose s’accomplit mais dans l’évolution et la sérénité de l’action. Comme le soulignait cette illustre plume, Ernest Hemingway, « ne jamais confondre le mouvement et l’action », car il est aisé de bouger sans réellement agir, pendant ce temps les problèmes s’entassent avec la grogne qui enfle dans les classes populaires déçues d’avoir cru que pour eux on irait chercher avec « les dents » des jours meilleurs. Contrairement à cette attitude de parvenus ou du sentiment d’opportunisme mal contrôlé, d’ignorance qui s’ignore, l’Amérique nous offre l’image d’une générosité exceptionnelle, d’une humilité des grands hommes qui savent s’effacer et mettre au premier plan les challenges à relever tout en soulignant que chacun avec son histoire est une partie du changement, donc de la solution. 

Pendant une décennie, le rêve du révérend King a été malmené. Les idéaux des Pères Fondateurs ont dû céder face aux abus terribles de l’administration Bush. Les scandales se sont succédés, du mensonge irakien avec son lot d’horreurs au cauchemar de Guantanamo en passant par le gangstérisme de Wall Street sans parler de l’enfer Katrina, l’Amérique a offert au monde interloqué et sidéré une image pathétique d’un maître au bord du gouffre. Le terrorisme est venu dire que l’on ne pouvait prétendre à la sécurité sans sacrifier une partie de nos libertés, qu’au nom de nos vies si précieuses, l’on avait torturé des présumés coupables. L’on a assisté à la mort de la liberté et à l’uniformisation de la pensée. La pérennisation de nos sociétés doit-elle passer par la damnation de nos valeurs et des principes qui constituent l’ossature même de ce qu’il convient encore de nommer « démocratie » ? Le prix de cette survie que l’on nous propose, de ce confort républicain et libéral, est-il l’éradication de toute opposition ? Le patriotisme est désormais le synonyme parfait de nihilisme de la critique, les guerres se sont multipliées avec les axes diaboliques, sur fond de croisades politico-religieuses entre les anges exterminateurs du monde chrétien et les ayatollahs vengeurs islamiques. L’Amérique s’est tellement éloignée de ses fondements. Elle s’est souillée dans des batailles inutiles à l’extérieur alors que les vrais combats étaient perdus à l’intérieur. Moins de liberté et moins de sécurité. Un échec total d’une politique de l’autruche. Les inégalités ont littéralement explosées au cours de ces derniers mois, les tensions intercommunautaires sont réelles et la situation préoccupante. L’espoir que suscite M. Obama est celui d’une réhabilitation du rêve américain. Déjà à l’extérieur, il parle d’associer les anciens pestiférés d’hier, Syrie, Iran, dans la recherche d’un solution durable au Proche et Moyen Orient. A l’intérieur, il parie sur le développement durable et la diversification des énergies. Il croit aux potentialités des jeunes qui doivent être des acteurs et moteurs du progrès, il leur demande « what will be your place in history ? »[2]. L’audace de M. Obama c’est de parier sur l’homme, de ne pas croire qu’il est seulement un moyen mais d’en faire la véritable finalité. C’est de penser que l’on devrait accorder aux femmes une place majeure dans la mise en place des politiques publiques, de leur donner plus de moyens et de responsabilités. C’est aussi de vouloir associer toutes les couches de la société dans la transformation des fondamentaux de l’Amérique à savoir la justice et la liberté.

Quelque chose d’extraordinaire s’est passée en Amérique. Quelque chose d’extraordinaire a commencé dans le monde. De nouveaux paragraphes entiers ont été rajoutés au rêve du révérend King, un nouveau souffle a été insufflé à l’ambition d’Abraham Lincoln, inspirée des souffrances quotidiennes, des angoisses du peuple, une rupture s’est opérée et le retour au statu quo n’est plus désormais possible. Certes l’Amérique envoie toujours à l’abattoir des innocents comme d’autres en emprisonnent à perpétuité, la discrimination est toujours aussi présente comme dans tous les grands pays occidentaux, mais elle a réussi là où tous ont échoué, elle a prouvé que l’hypocrisie n’était pas une solution, et la différence un obstacle. On a beau s’en moquer, relativiser ce qui se passe, ce changement dans les mentalités marque une évolution profonde dans la reconnaissance de la diversité, plus historique encore « une nouvelle naissance de la liberté »[3].


[1] « A more perfect Union » - Race Speech – Philadelphia, 2008 - USA

[2] Discours prononcé au Knox College en 2005.

[3] A new birth of Freedom – Discours inaugural du President Barack Obama, 20 Janvier 2009.


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