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À propos de M. Barack Obama

De la démocratie au show-biz.

J’éviterai, par respect pour la grande démocratie américaine et de ses citoyens, de tomber dans le piège que j’observe ici ou là et qui consiste, pour certains qui, comme moi, ne sont pas citoyens américains, de tresser des couronnes de lauriers à M. Obama, candidat élu pour prétendre à la Maison-Blanche. Même s’il nous faut admettre qu’il est plutôt hors les normes habituelles et d’un profil tout à fait singulier.

Par respect pour cette démocratie, ce serait un mauvais service à rendre à M. Obama que de le faire passer, face à l’opinion américaine - si chatouilleuse et versatile - pour le “candidat de l’étranger”, c’est-à-dire celui que la majorité des autres nations voudraient voir élire en novembre prochain. Les Américains n’aimeraient certainement pas que leur futur président soit porteur d’un tel label ; ils sont trop attachés à leur indépendance. Et ils ont raison.

Faisons donc abstraction de nos préférences personnelles : les Etats-Unis sont une grande nation et ses citoyens doivent pouvoir choisir leur président sans avoir ce type de préoccupation. Ce sera donc ou M. Obama ou M. Mc Cain : l’un ou l’autre sera bien le prochain président que se choisiront les Américains. Et ils auront fait un bon choix, puisque parfaitement démocratique.

AU PAYS DU "MELTING-POT"


Mais, qu’on l’admette ou non, cette élection au sein du Parti démocrate, tant dans sa forme que dans son résultat, nous interpelle tous.

Sur la forme, cette élection est exemplaire, même si le système des “primaires à l’américaine” est particulièrement obscur pour les non-initiés que nous sommes.

Les Etats-Unis sont, ne l’oublions pas, le pays qui a inventé l’expression “melting-pot”. Cette première élection d’un métis pour concourir à la plus haute fonction de ce pays a un sens très fort. Et le discours que vient de prononcer M. Obama à Philadelphie sur la question de la race constitue une immense avancée, pas seulement pour les citoyens américains, mais aussi pour tous les citoyens du monde. Ce discours a valeur d’anthologie et mérite d’être couché dans tous les manuels scolaires.

UNE EXTENSION DE LA DÉMOCRATIE


Passant outre cependant cette élection strictement interne aux Etats-Unis, du point de vue de l’évolution de la démocratie, nous venons de vivre une véritable campagne électorale. Non pas pour désigner le président, mais pour la désignation d’un candidat à la présidence.

On avait déjà vécu un peu ça en France avec la désignation de Mme Ségolène Royal contre ses rivaux du Parti socialiste. Aujourd’hui, donc, dans deux pays aussi différents que les Etats-Unis et la France, voici que les citoyens se saisissent de la sélection des candidats, autant que de l’élection ensuite de ceux qui accéderont à des postes électifs. C’est une extension considérable de la démocratie.

UN TOURNANT POUR LE MONDE ENTIER


En ce qui concerne cependant les Etats-Unis, si d’aventure M. Obama était élu président le 4 novembre prochain, ce serait un tournant formidable, pas seulement pour les États-Unis eux-mêmes, mais pour le monde occidental tout entier : en effet, la mauvaise image actuelle des Etats-Unis retentit sur le monde entier. La mésaventure irakienne, même dans des pays qui l’ont combattue comme la France, a des effets négatifs sur l’image que le monde se fait de l’Occident.

D’ailleurs, les observateurs qui visitent actuellement le continent africain, constatent combien la désignation de M. Obama fait figure d’événement dans les opinions et suscite la plus grande attente : il était pour elles inimaginable qu’un président américain puisse être un homme de couleur. Il y a une certaine fierté qui paraît désormais chez elles. Même Al-Qaïda perdrait une partie de son aura dans ces populations : ce serait un très mauvais coup pour Ben Laden comme jamais il aurait subi auparavant. Ce serait une sorte de réconciliation des Etats-Unis avec le reste du monde. Inimaginable il y a peu encore.

Enfin, si encore M. Obama était élu, tout serait à reconstruire : les Etats-Unis sont actuellement paralysés : même s’ils sont toujours la première puissance mondiale, M. Obama ne pourra pas poursuivre la politique de M. Bush Jr, ni en matière économique ni encore moins en matière diplomatique. On peut d’ailleurs observer que la campagne de M. Obama repose sur le thème du “changement” : nous sommes bien placés en France pour savoir que “ça marche” assez souvent, même si après on connaît d’autres lendemains...

Comment donc empêcher, dans de telles conditions, cette sorte de séduction que M. Obama a suscitée dans nos démocraties occidentales ?

DE LA DÉMOCRATIE AU SHOW MÉDIATIQUE

Par contre, on ne peut occulter les conditions nécessaires aux Etats-Unis pour emporter de telles primaires : il ne suffit pas seulement que le candidat ait des qualités de conviction exceptionnelles : M. Obama en est largement pourvu. Mais, en même temps, il y a dans cette élection américaine - et on ne peut l’ignorer - une masse d’argent considérable, permettant de déployer une force dans les médias qu’on ne peut mesurer. Il y a aussi, en plus, un art consommé - inimaginable en France - du sens de chaque mot, de chaque plaisanterie, de chaque intonation de la voix, de chaque geste, de chaque mouvement du corps de l’orateur : tout est testé sur des panels représentatifs de citoyens pour être ensuite analysé et corrigé comme il se doit. C’est une immense mise en scène digne des plus grandes productions hollywoodiennes, où chaque détail a son importance et est organisé avec la plus grande minutie. Et quand on observe M. Obama sur les images qui nous sont transmises, il faut reconnaître qu’il est un très grand acteur, digne de son succès (j’allais dire un très bon élève de ses maîtres en communication).

On a donc le sentiment d’une élection plus artificielle que sincère dans les discours : tout est tellement organisé au cordeau. On a grand mal, de ce côté-ci de l’Atlantique, à apprécier : ceci est tellement éloigné de notre culture politique. Encore que, dans certains meetings électoraux à grand spectacle de M. Sarkozy, on peut se demander si... Et même chez ceux de Mme Royal...

Et quand on entend, par contre, un autre discours prononcé par M. Obama sur Jérusalem, même s’il était vraisemblablement conscient qu’il décevrait considérablement le monde arabe, il est clair qu’il était surtout destiné à capter les voix du lobby juif, très puissant aux Etats-Unis. Et pourtant on sait bien que les Noirs et les juifs ne s’y accordent pas beaucoup. Mais tout était bien pesé d’avance, et le choix a été fait en considération du poids respectif de ces deux communautés.

UNE MARGE DE MANŒUVRE TRÈS ÉTROITE


Donc, qu’il le veuille ou non, la marge de manœuvre de M. Obama, s’il était élu, sera bien moindre qu’on pourrait l’espérer.

La magie du spectacle touche là ses propres limites : après la chaleur de la salle et du rêve qu’elle entretient, il y a ensuite le froid et la dure réalité chaotique de la rue qu’on retrouve.

Pas facile, la démocratie ! Surtout quand elle arrive à ce niveau où la réalité politique doit s’allier désormais au show-biz.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Olga (---.---.---.190) 16 juin 2008 12:05
    Olga

     

    @François

    "par respect pour la grande démocratie américaine" " Par respect pour cette démocratie"

    Il n’y a pas de grande démocratie sans respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques. Voilà ce que fait votre grande démocratie :

    • Elections truqués et candidats choisis par des lobbys tout-puissants
    • Peine de mort (avec des exécutés qui sont parfois innocentés a posteriori)
    • Guerres injustes, tortures, détentions inhumaines sans respect des conventions internationales
    • Des civils innocents qui paient le prix cher dans chaque conflit mené par les USA
    • Emploi d’armes pour le moins abjectes : bombes à fragmentation, mines antipersonnel, uranium appauvri, etc
    • Rejet systématique de tout traité international qui vise, à combattre le réchauffement climatique et à limiter la pollution
    • Des médias qui sont aux mains des lobbys (voir les 75 experts consultés par les médias qui étaient des taupes du Pentagone) ...
    • ...

    Ceux qui veulent, pourront compléter cette liste (avec des liens intéressants, j’en suis sûre)...

  • Par ZEN (---.---.---.141) 16 juin 2008 12:26
    ZEN

    USA : démocratie de façade, élections-alibi...

     

    Maison-Blanche 2008 : un show anti-démocratique (Entretien sur le processus électoral aux États-unis) :
    "...Le système électoral est un casse-tête que l’immense majorité des citoyens ne comprend pas. Dès la fondation des États-Unis, les choses ont été volontairement embrouillées et elles ont été complexifiées avec le temps. La Constitution des États-Unis a été conçue en réaction à la Déclaration d’indépendance. Il s’agissait d’arrêter un processus potentiellement révolutionnaire et de créer une oligarchie nationale qui se substitue à l’aristocratie britannique. Alexander Hamilton —le principal père de la Constitution— a imaginé un système pour empêcher toute forme de souveraineté populaire : le fédéralisme. Ce mot est équivoque. Dans la vieille Europe, on l’utilise pour désigner une forme d’union politique démocratique qui respecte les identités particulières et maintient des souverainetés partielles. On pense à la Confédération helvétique par exemple. Hamilton, quant à lui, a pensé le système non de bas en haut, mais de haut en bas. Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales....Alexander Hamilton était obsédé par sa hantise de la « populace » et sa volonté de créer une oligarchie états-unienne équivalente à la gentry britannique. Au cours du temps, son courant politique a imaginé toutes sortes de verrous pour tenir le peuple loin de la politique.Comme toujours, chaque État dispose de ses propres lois. D’une manière générale, elles visent à limiter la possibilité de créer un parti politique et de présenter des candidats aux diverses élections. Dans la plupart des scrutins locaux, il est interdit de se présenter sans l’investiture d’un parti et il est impossible en pratique de créer un nouveau parti.Le système le plus caricatural est celui du New Jersey où il faut réunir 10 % des électeurs pour pouvoir créer un nouveau parti, une condition que chacun sait irréalisable et qui interdit définitivement aux petits partis états-uniens de disposer d’une section au New Jersey.C’est un système entièrement fermé sur lui-même dans lequel, au final, la vie politique a été confisquée par les responsables des deux grands partis au niveau de chaque État. Il est impensable de pouvoir jouer un rôle si l’on n’est pas au préalable coopté par ces gens là...

    Ne nous laissons pas submerger par les problématiques que nous imposent les grands médias. Savoir si les États-Unis vont maintenir avec McCain 100 000 GI et 200 000 mercenaires en Irak ou s’ils vont avec Obama diminuer le nombre de GI’s et augmenter celui des mercenaires ne change pas grand chose. La vraie question, c’est de savoir si les États-Unis ont encore les moyens de leurs ambitions et peuvent gouverner le monde —comme les néoconservateurs persistent à la prétendre— ou s’ils sont minés de l’intérieur et doivent abandonner leur rêve impérial pour éviter l’effondrement —comme l’a déjà expliqué la Commission Baker-Hamilton—...">>>Rapport du groupe d’étude sur l’Irak<<< -Élection présidentielle américaine

     Elections américaines : l’argent au cœur des débats

     Quand ceux qui signent les chèques font les lois

  • Par Tarouilan (---.---.---.241) 16 juin 2008 17:53
    Tarouilan

    Changement, il faudra voir....... peu probable : Il s’est précipité au congrès du lobby d’Israël, AIPAC , pour prononcer un discours qui pulvérise tous les records de servilité et de soumission. 

     

    Et voyez donc, la première chose qu’il fait après avoir obtenu sa désignation par son parti est de transiger avec ses principes. Et de quelle manière !
     
    La chose remarquable qui le distingue aussi bien d’Hillary Clinton que de John McCain est une opposition absolue à la guerre en Irak depuis le tout début. C’était courageux. C’était impopulaire. C’était en totale opposition au lobby d’Israël, dont toutes les tendances poussaient instamment Georges Bush à entrer en guerre pour libérer Israël d’un régime hostile.
     
    Et voici qu’arrive Obama qui rampe dans la poussière aux pieds de l’AIPAC et qui s’écarte de sa route pour justifier une politique en contradiction complète avec ses propres idées. sa réussite étonnante aux primaires tenait entièrement à sa promesse d’apporter un changement, de mettre un terme aux pratiques corrompues de Washington et de remplacer les vieux cyniques par quelqu’un de jeune et d’honnête qui ne transige pas avec ses principes.
     
  • Par miwari (---.---.---.189) 16 juin 2008 17:15
    miwari
    • Obama va évacuer l’Irak, c’est bien Mr Obama, et pourriez vous m’expliquer comment vous espérez controler une région que personne ne parvient à contrôler. Peut -être aller vous laisser les chinois s’occuper de gérer le Moyen orient ?

    Controler la région ? tu parles de quoi, contrôler le pétrole, les ressources, tu rêves ou quoi, que fais-tu des gens, tu crois que tu vas venir comme ça et qu’on vas te donner les clefs de la maison.

    • Obama ne contribuera qu’à affaiblir les USA ? et ainsi l’Europe.

    C’est déjà fais avec Bush.

    • Sait-on que les derniers plans d’invasion de l’europe par l’URSS datant de la perestroika du gentil mr gorbatcheff comportait l’utilisation d’approximativement 150 frappes nucléaires contre la France, afin de briser toute résistance armée.

    Tu as des liens qu’on vérifie.

    • Si tous les pays du monde étaient de démocratie, respectant les droits de l’homme, pourquoi pas élire Obama, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas, les démocraties sont des minorités

     Si tu veux que les autres nations adhère à la démocratie donne leur le bon exemple en traitant équitablement tous les pays de la même manière et non pas en les entubants.

    • Crois-t-on que les terroristes vont crier peace and love, parce qu’Obama sera élu. Disons qu’ils vont en profiter pour recréer leurs positions bien affaiblies par la pression des différentes forces américaines.

    Pour l’instant les forces américaines n’ont étaient capable que de massacrer plus de 1 millions de civiles Irakiens et non en aucun cas affaiblis les terroristes, pour preuve le millier de prisonniers libérés par les talibans.

    • Dans un monde d’une extrême brutalité, la gentillesse est une faiblesse et un non sens. Pire Obama risque de se coincer à son propre jeu.

    La brutalités non plus n’a pas sa place sinon attend toi au retour de baton
     

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