• jeudi 24 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > International > A quoi joue le régime syrien ?
36%
D'accord avec l'article ?
 
64%
(17 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

A quoi joue le régime syrien ?

Le régime syrien n’est pas encore tombé mais il est déjà tombé ! La répression des manifestations pacifiques pour la liberté aurait déjà fait plus de 300 morts, dont plus d’une centaine pour la seule journée de ce vendredi 22 avril. Retour sur des erreurs d’appréciation qui risquent de précipiter ce pays multiconfessionnel et multiethnique vers l’inconnu.

Face au mouvement de manifestation pacifique pour la liberté, le régime syrien continue d’alterner petites concessions et répression brutale, sans rien céder sur l’essentiel. Malgré les mesures d’apaisement annoncées par le président Bachar El-Assad, dont la levée de l’Etat d’Urgence en vigueur depuis près d’un demi-siècle et la suppression des Cours de Sûreté de l’Etat, les manifestations ne cessent de s’amplifier.

Les exactions des milices de la mort - les Chabiha - qu’ont dit relever des services commandés par le frère cadet du président, Maher El-Assad, n’entament pas non plus la détermination des syriens, de plus en plus nombreux à descendre dans la rue, à en découdre avec le régime. Des "A bas le régime" commencent à s’inviter aux revendications scandées par les manifestants comme à Homs, troisième ville du pays, ou à Deraa, cité agricole poussiéreuse proche de la frontière avec la Jordanie, d’où le mouvement de contestation est parti il y a cinq semaines.

Cette situation indique, en premier lieu, que dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne les syriens ont brisé le mur de la peur de l’un des régimes arabes les plus répressifs. Elle montre également qu’après onze ans de promesses et d’annonces de changement infructueuses du président Bachar El-Assad, le fond du problème devient le régime lui-même, dans un pays comptant plusieurs milliers de prisonniers d’opinion, souffrant de la corruption et du chômage et dont le tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Autrement dit, le régime syrien, fondé sur l’hégémonisme du parti Baas et dominé par son aile sécuritaire disposant de puissants et nombreux services policiers et paramilitaires, est-il encore réformable ? C’est sans doute par la négative qu’une large majorité de syriens répondrait à cette question.

La première des erreurs du régime syrien fut la non mise à profit du changement de présidence, survenu il y a onze ans, pour desserrer l’emprise de l’aile sécuritaire sur la gouvernance du pays, au détriment de la démocratie voire des équilibres sociaux et économiques.

Au lieu, donc, d’une révision de la Constitution qui aurait dû commencer par l’abrogation de son article 8, qui fait du parti Baas l’unique force politique devant guider l’Etat et la Société, le pouvoir s’est contenté d’une révision formelle expresse (moins d’une heure !) pour permettre à Bachar El-Assad, jeune ophtalmologue à l’époque, de succéder à son père.

Bien au contraire, les attentats du 11 septembre 2001, et la décennie de dégradation des libertés politiques qui s’en est suivie dans les dictatures de la région, ainsi que la guerre d’Irak et le retrait de l’armée syrienne du Liban en 2005, ont conduit à un renforcement de l’aile sécuritaire du régime syrien.

En second lieu, le régime syrien s’est cru à l’abri des conséquences de la chute des régimes de Ben Ali et de Moubarak. Alors que d’autres pays arabes, tels que le Maroc, le Sultanat d’Oman ou la Jordanie, prenaient des mesures allant dans le sens des revendications populaires dans l’espoir d’amortir l’onde de choc, le président Bachar El-Assad se plaisait à louer la stabilité de la Syrie dans une interview accordée au Wall Street Journal en pleine révolution égyptienne :

"Nous avons plus de difficultés que la majorité des pays arabes mais malgré cela la Syrie est stable. Pourquoi ? Parce que vous devez être en phase avec ce à quoi croit le peuple … le peuple ne vit pas seulement pour ses intérêts mais également pour ses idéaux … Si vous ne comprenez pas les aspects idéologiques de la région vous ne pouvez comprendre ce qui se passe » [TDLA].

Le régime syrien fera sans doute appel à ses alliés régionaux (Iran, Turquie, Qatar) pour l’aider à mieux négocier la crise actuelle et à la Russie pour le protéger contre d’éventuelles sanctions ou décisions au conseil de sécurité de l’ONU. Mais depuis quand des alliances avec l’étranger permettaient de protéger un régime d’une révolution populaire ? Ben Ali et Moubarak en savent quelques choses !

La Syrie se dirige chaque jour davantage vers l’inconnu. A moins qu'elle ne décide de faire sombrer le pays multiethnique et multiconfessionnel dans la guerre civile, l’aile dure du régime sait qu’elle ne pourra survivre au printemps arabe que si elle parvient à récupérer sa capacité à faire peur aux syriens. Les manifestants pro - démocratie n’auront malheureusement que leur courage et sacrifices pour imposer une nouvelle relation au pouvoir. Faute d’un vrai leadership politique, la liberté des syriens sera malheureusement à ce prix ou ne sera pas.

Ben Khabou (23/04/2011)

Réf. Photo
 

par Ben Khabou samedi 23 avril 2011 - 15 réactions
yahoo
36%
D'accord avec l'article ?
 
64%
(17 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox