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Abattoir de Wietze - Résistances à l’implantation d’une industrie de la mort

Résistance à l’implantation du plus grand abattoir de poulet d’Europe à Wietze, en Allemagne, sur fond de collusion politico-industrielle.

«  Aussi longtemps que les hommes penseront que les animaux ne ressentent pas, alors les animaux ressentiront que les hommes ne pensent pas. »

(Chiasme signalant le campement d’occupation du terrain où doit être bâti le plus grand abattoir d’Europe, à Wietze en Allemagne)
 
Dans le Nord de l’Allemagne, les plans du lobby de l’élevage intensif font face à la résistance : après la création de nombreuses initiatives citoyennes locales, des activistes de la cause animale sont eux aussi passés à l’acte en entament la lutte contre l’industrie de la viande à Wietze, prés de Celle, au Nord de Hanovre.

Dans la nuit du 24 mai 2010 une trentaine de personnes ont érigé une forteresse de bois, de taule et de béton sur le terrain où doit être construit le plus grand abattoir d’Europe, là où doivent être tués 27 000 poulets par heure, fournis par 420 élevages intensifs dont la plupart n’existent pas encore et vont apparaître dans un périmètre de 100 km autour de Wietze le long de l’Autoroute A7, déjà rebaptisée l’autoroute du poulet.

Wietze tripodes activistes
Au matin du 24 mai, un tripode de 12 m de hauteur dominait la vaste et paisible clairière de Wietze ; un fût rempli de béton servirait de socle aux activistes, contre ceux qui auraient l’intention des les faire partir.

Plus de deux mois plus tard, malgré quelques fausses alertes, le camp et sa trentaine d’irréductibles tenaient toujours bon, et même plus fort que jamais : les tripodes et les socles en béton se sont multipliés ainsi que des tentes, des huttes, une caravane enterrée, le tout encerclé par un fossé de 1,5m de large et une œuvre d’art ressemblant à une toile d’araignée géante.

Fin juillet fut même organisée une semaine d’action ; le maintien et la construction du camp ont été soutenues activement par la population locale qui n’a pas hésité à fournir main d’œuvre, matières premières et nourriture ou bien à participer au travail de relation avec la presse.

police Wietze évacuation abattoirCependant, le mardi 10 août 2010 à 6h00 l’alarme sonne et cette fois pour de bon : plus de deux cents policiers se dirigent vers le camp, avec chevaux, camions et tractopelles. « Je ne répondrai en aucun cas par la violence » dit une activiste « cependant, je résisterai jusqu’au bout et ne quitterai jamais ce terrain de mon gré », et tous rejoignirent leur poste : sur les toits des huttes, aux tripodes, aux plots bétonnés, dans la caravane transformée en bunker, ils s’enchaînent.
Les centaines de policiers ont eu besoin de la journée entière pour les en déloger voir vidéo [1] et photos [2].

Même si chaque abattoir est une machine de souffrance et de mort, ce qui représente un mal en soi pour les activistes de Wietze, le cas de Wietze est à la fois extrême et représentatif de la manière dont l’animal est traité dans notre société actuelle et de quelle manière le lobby de l’élevage - en l’occurrence intensif- est en général protégé par l’establishment.

Alors que la demande en poulets en Allemagne est déjà satisfaite à plus de 100% par la production intérieure, le marché est saturé et se lance dans une surproduction effrénée. Avec l’abattoir de Wietze, l’objectif est de vendre 135 millions de poulets par an, en partie à l’exportation, mais finalement surtout pour remplacer des élevages déjà existants. Même le PDG du groupe d’investissement Rothköter, instigateur de l’abattoir de Wietze est incapable d’expliquer pour quelle demande supplémentaire à satisfaire l’abattoir doit être construit : et pour cause, car celle-ci n’existe pas.

Comble de l’absurdité : le projet est soutenu financièrement par le Land de Basse-Saxe et par la communauté de communes de Wietze à hauteur de plus de 9 millions d’euros (sur les 40 millions d’euros investis par le groupe Rothköter dans l’abattoir).
Autre anomalie : la loi qui interdisait la construction d´élevages intensifs à moins de 150m de la forêt été récemment neutralisée par le gouvernement conservateur en place, en permettant aux exploitants de couper les arbres gênants, situés dans le périmètre du chantier.
Certains nouveaux élevages intensifs eux-mêmes vont recevoir jusqu’à 500 000 € de subventions publiques. Il sera même possible pour certains exploitants de multiplier les sociétés gérant ces élevages afin de cumuler les subventions [3][4].

On ne peut s’empêcher de penser au fameux scandale émanant de l’un des géants allemands de l’industrie du lait « Müllermilch ». Le groupe Müller a touché il y a quelques années 31 millions d’euros de subventions de l’État allemand et 40 millions d’euros d’un fonds régional financé par l’Union Européenne pour ouvrir une fabrique employant 148 personnes dans l’état de Saxe, dans l’Est de l’Allemagne. Juste après l’inauguration du nouveau site, le groupe fermait une de ses usine à l’Ouest laquelle employait 165 salariés. Bilan : chaque licenciement a été financé par l’argent public à hauteur de 4 millions d’euros [5].

L’argent public doit-il vraiment aller dans le financement d’un abattoir qui gâchera tant de ressources ? En effet, afin de réaliser ce travail à la chaîne 600 poids lourds circuleront quotidiennement.
L’abattoir consommera également 3,3 millions de litres d’eau chaque jour. Les eaux usées, seront contaminées par des rejets de médicaments et d’antibiotiques, et iront, malgré la station d’épuration, dans la rivière voisine, l’Aller, qui se déverse dans la Mer du Nord, la polluant ainsi que la mer des Wadden (zone côtière de 9.000 km² dont une très grande partie est un parc national) [6]

La politique de soutien public de l’élevage et de l’abattage industriels est menée ouvertement par la ministre de l’agriculture de Basse-Saxe (Astrid Grotelüschen, CDU), celle-ci appartient à la famille qui possède le deuxième plus grand élevage de dindes d’Allemagne (5 millions d’animaux vendus par an). C’est ainsi que le lobby de l’industrie de la volaille est présent en personne au cabinet ministériel. En outre, Grotelüschen fait face actuellement à d’autres problèmes : il y a seulement quelques semaines de cela ont été publiés les résultats de travaux d’investigations menées dans des élevages de son groupe : animaux blessés, agonisant ou déjà morts, jonchant le sol. Une plainte contre Grotelüschen a été déposée. [7]

Le cas de Wietze et le scandale Grotelüschen sont significatifs des liens entre le lobby de l’élevage et les pouvoirs publics, mais aussi de la résistance qui se met en place et n’avait jamais été aussi évidente. Depuis quelques mois les grands médias parlent de plus en plus des effets de l’industrie de la viande sur les animaux, l’environnement et la santé et ce souvent avec un ton radicalement critique, inspirés par les scandales à répétition. La semaine prochaine va paraître la traduction allemande du Best-seller de Jonathan Safran Foer « Manger des animaux » [8] et la presse en parle déjà.

Il est temps d’œuvrer à la suppression des aides publiques à l’élevage, qui sous couvert de créer des emplois financent la souffrance et la mort de millions d’animaux, il est temps d’instaurer un moratoire contre les abattoirs. Et parce qu’il est utopique d’élever des animaux et de les tuer pour les manger (sans nécessité) sans leur infliger de grandes souffrances, il est temps d’œuvrer à l’abolition de l’industrie de la viande [9]. En tant que collectif de défense des animaux, c’est l’une des tâches à laquelle nous nous attelons.



Article écrit collectivement par Animalsace, L214 et l’Initiative pour les Droits des Animaux de la Région de Stuttgart (TiRS) [10]


Sources :

Photos disponibles sur le site de l’occupation : http://antiindustryfarm.blogsport.d...

[1] http://www.ndr.de/nachrichten/niede...
[2] http://www.ndr.de/nachrichten/niede...
[3] http://www.rtlregional.de/player.ph...
[4] Reportage ZDF « Frontal 21 » du 27 Juillet http://frontal21.zdf.de/ZDFde/inhal...
[5] Scandale Müller Milch : http://www.stern.de/wirtschaft/news...
[6] Entretien avec un occupant (en français) : http://laterredabord.fr/articles8/w...
[7] Le scandale Grotelueschen : http://www.peta.de/grotelueschen ; http://www.ndr.de/nachrichten/niede...
[8] Le mouvement pour l’abolition de la viande : http://abolir-la-viande.org
[9] Le livre « Eating animals » : http://www.eatinganimals.com ; http://www.spiegel.de/kultur/gesell...
[10] www.animalsace.org ; www.l214.com ; www.tirs-online.de

Documents joints à cet article

Abattoir de Wietze - Résistances à l'implantation d'une industrie de la mort Abattoir de Wietze - Résistances à l'implantation d'une industrie de la mort
par Oxygene (son site) lundi 16 août 2010 - 28 réactions
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  • Par Lisa SION 2 (xxx.xxx.xxx.145) 16 août 2010 10:12
    Lisa SION 2

    Bonjour,

    camps de concentrations, convois de déportations par autoroute de la mort, abattage à la chaine de 27000 bêtes à l’heure, cela n’est pas sans nous rappeler une certaine guerre et sa solution finale. Le rapprochement ou la comparaison avec la shoa, au sens littéral " catastrophe " devrait permettre de se rendre compte qu’aujourd’hui l’animal suit exactement le même circuit que celui pour lequel nous sommes invités régulièrement à faire preuve de compassion. Il s’agit juste d’une autre race d’autres êtres vivants et tout ceci est indigne humainement parlant. Un film déclarait ce processus navrant avec à la clé une énigme répugnante, c’est " http://fr.wikipedia.org/wiki/Soleil... ; ...New York à aspect de bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, agité d’émeutes dégagées au bulldozer, prennent une tonalité bouleversante : le spectateur comprend que tout cela n’existe plus, a été détruit par la pollution et l’empoisonnement planétaire qui en résulte. Légèrement marqué à gauche (Richard Fleischer avait déjà réalisé le Génie du mal, avec Orson Welles, film anti-peine de mort), le film décrit en outre des politiciens corrompus, des capitalistes cyniques, et des scènes d’émeute qui, de façon subliminale, évoquent des images de camps de concentration. "

    Un aperçu de la guerre en cours : http://www.agoravox.fr/actualites/e... Encore une affaire Boeurk !

  • Par Martinyuk (xxx.xxx.xxx.252) 16 août 2010 11:20
    Martinyuk

    L’élevage industriel est la honte du monde moderne, bien cachée sous le tapis rutilant de l’emballage marketing tendance.

    Le problème, c’est que même sur les marchés des pléthores de poulets à 5 euros ou d’oeufs en batterie (les fameux 3FR) trouvent preneurs. Les gens n’achètent pas des produits, ils achètent un prix. Entre l’ignorance - pardonnable ? - de certains, le je-m’en foutisme du plus grand nombre et les réelles difficultés financières d’une grande partie de la population, les animaux de ferme n’ont pas fini de voir rouge (sang).

    En guise d’anecdote, j’ai vu pour la première fois sur une mayonnaise vendue en grande surface la mention "Fabriqué avec des oeufs de poules élevées en plein air". Le bien-être animal devient un élément marketing. Petit rayon de soleil. Tout petit...

  • Par Annie (xxx.xxx.xxx.70) 16 août 2010 11:23

    Au-delà des considérations éthiques, le regroupement des abattoirs est le premier responsable de la propagation fulgurante des épidémies : http://www.europarl.europa.eu/comparl/tempcom/fiap/explanatory_statement_fr .pdf

  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.224) 16 août 2010 12:03
    Lapa

    Tout à fait exact, et vous oubliez une cause fondamentale de ces élevages industriels :
    les plats préparés.
    Si l’acheteur peut encore faire attention quand il achète des oeufs ou un poulet directement et peut se décider de payer plus cher un produit de meilleur qualité et plus éthique, en ce qui concerne les produits préparés, il n’y a guère d’illusion à avoir sur l’origine des oeufs, de l’huile , d ela viande, des tomates...
    un geste simple : boycotter les brioches et goûters tous préparés des supermarchés. Pour vos enfants, du vrai pain avec du chocolat et un verre de lait vaut bien mieux que ces saloperies.

    Savoir cuisiner est la meilleure parade. Même si cette société nous donne beaucoup de temps libre, elle a pour objectif de nous l’occuper (par la télé entre autre) afin que ce temps libre ne se réduise pas en du temps social et familial mais en du temps de pur loisir et de consommation.

    encore une fois, une large majorité de ces produits vont dans des plats préparés, ce sont ces derniers qu’il faut boycotter et notre fainéantise qu’il faut combattre. (c’est le plus dur !)

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