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Accueil du site > Actualités > International > Activités de la CIA en Europe : le bal des hypocrites

Activités de la CIA en Europe : le bal des hypocrites

Il aura suffi qu’à la veille de son arrivée en Europe, Condoleezza Rice élève suavement mais fermement le ton, pour que les gouvernements de l’UE se couchent illico presto.

« Vous êtes bien gentils, mais je vous rappelle que nous sommes en guerre et que vous êtes nos alliés », a déclaré en substance la secrétaire d’État américaine au sujet de la polémique transatlantique sur ces prisons secrètes de la CIA en Europe, où les services secrets américains soumettraient des terroristes djihadistes à la question, ainsi que sur l’utilisation régulière d’aéroports du Vieux continent pour leur transport vers des pays - notamment au Moyen-Orient - où ils seraient torturés.

Depuis que le Washington Post a révélé cette affaire début novembre, et jusqu’au départ de "Condi" Rice de la capitale fédérale américaine, les dirigeants européens n’avaient peur de rien ni de personne. Ils exigeaient des explications, par écrit et publiquement, envisageant même, pour certains, des sanctions contre les pays membres de l’Union européenne qui auraient accepté l’installation de prisons secrètes sur leur sol... Ils attendaient la patronne de la diplomatie américaine, et elle allait entendre ce qu’elle allait entendre.

Mais, avant de s’embarquer pour l’Europe, Mme Rice a recadré le débat. En clair : nous respectons la légalité internationale et nous ne torturons pas, mais je vous rappelle que les renseignements obtenus grâce à nos interrogatoires de terroristes présumés ont déjà permis de sauver de nombreuses vies, européennes notamment. Entre les lignes : si la coopération antiterroriste entre nos services secrets ne vous plaît pas, voulez-vous y mettre fin ? Et vous, au fond, vous aimeriez que nous mettions sur la place publique le détail des activités de vos agences de renseignements ?

Dès la première étape de Condi, mardi à Berlin, le ton avait changé. La nouvelle chancelière allemande, Angela Merkel, a trouvé épatantes les explications américaines. Et gageons que les derniers grognons auront retrouvé leur bonne humeur, ce mercredi soir, pour le dîner qui réunira les dirigeants de l’UE et de l’OTAN à Bruxelles.

Reconnaissons toutefois que les dirigeants européens ont un fameux toupet ! Car, soit ils savent parfaitement ce que font les services secrets américains sur leur sol, et bonjour l’hypocrisie, soit ils devraient le savoir, et bonsoir l’incompétence. Dans le premier cas - le plus probable, tant les Blair, Chirac et Zapatero se félicitent régulièrement de l’excellente coopération américano-européenne en matière de renseignements - pourquoi jouent-ils aux vierges effarouchées ? Dans le second cas, l’amateurisme de leurs propres services secrets aurait de quoi sérieusement angoisser des citoyens européens, également visés par le terrorisme djihadiste...


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9 réactions à cet article    


  • caramico (---.---.227.101) 7 décembre 2005 14:42

    Les uns et les autres ont à compter avec leurs opinions publiques.

    Je suis curieux de savoir quel est le pourcentage de Français, et pourquoi pas d’Européens qui pensent que :

    - le problème du terrorisme concerne principalement les pays européens engagés auprès des Etats-unis.

    - ils sont fortement irrités de voir qu’aucune politique globale ne se dessine au niveau de l’Europe, et que chacun tire à hue et à dia.

    - si les Etats-unis sont notre allié naturel, nous n’avons pas à les suivre dans une guerre offensive où ce sont eux les agresseurs.

    - les positions extrémistes des pays tels que la Pologne et la Roumanie dans leur suivisme pro-américain choquent les opinions publiques ouest-européennes qui se demandent si ces pays là ne nous considèrent pas exclusivement comme des vaches à lait ?

    Je veux ici imager ces propos par la réaction de ma fille de 17 ans, qui, ne s’intéressant pas du tout à la politique internationale, et n’étant donc pas influencée par moi donc, a entendu à France-Info l’affaire des avions espions de la CIA, ainsi que des bases américaines en Roumanie. Elle s’est offusqué et a considéré ces informations comme une ingérence des Etats-Unis dans la vie « intérieure de l’Europe ». « Ils n’ont pas le droit », a-t-elle dit !

    J’ose espérer qu’une fois débarrassé de la plus grande partie de nos vieux crabes politiques, la nouvelle génération s’attachera plus que nous ne l’avons fait ou pu faire à une indépendance politique de l’Europe garante de paix, et nous redonnera un peu de fierté d’être Européens


    • (---.---.207.121) 7 décembre 2005 16:02

      « Vous êtes bien gentils, mais je vous rappelle que nous sommes en guerre et que vous êtes nos alliés » dit RICE, elle avoue donc le bien fondé des accusations.

      De plus, en affirmant que "les Etats-Unis opéraient dans le cadre strict du droit international et de leurs obligations, on dirais qu’elle oublie : - l’enlèvement de Khaled el Masri (enlevé par la CIA en Macédoine fin 2003 et transféré en Afghanistan, où il a été détenu cinq mois avant d’être libéré), - les torture en Irak, - les droits de l’homme pour les gens détenus et torturés à Guantanamo. - ...


      • SS (---.---.44.138) 13 décembre 2005 23:56

        Merci cher commentateur pour Votre intervention tres genereuse au faveur du Grand Monsieur Allemand Herrn Al-Masri . Nous sommes trois personnes maintenant qui demandent une reactione forte avec determination ’diplomatique’ de l’Etat Allemand :« Der Fall al-Masri sollte klar und eindeutig mit der Drohung beantwortet werden, die diplomatischen Beziehungen zu den USA abzubrechen. Und im Wiederholungsfalle ist diese Drohung dann auch wahrzumachen (aber ich denke, dass die USA sich hüten würden, es darauf ankommen zu lassen). Hier geht es um einen prinzipiellen Konflikt. Die USA haben uns den Fehdehandschuh »cp.:Keitel « hingeworfen. Es wird Zeit, dass wir ihn aufnehmen »/Television Allemande ’La Une’ Reproduction d’un Participateur’pompun’.


      • Emile Red (---.---.10.88) 7 décembre 2005 16:24

        Vous voyez Alain Hertoghe que, parfois, vous pouvez écrire des choses sensées.

        Faites le plus souvent...

        Félicitations.


        • Talion (---.---.2.91) 7 décembre 2005 18:48

          « J’ose espérer qu’une fois débarrassé de la plus grande partie de nos vieux crabes politiques, la nouvelle génération s’attachera plus que nous ne l’avons fait ou pu faire à une indépendance politique de l’Europe garante de paix, et nous redonnera un peu de fierté d’être Européens »

          A mon humble avis beaucoup d’eau risque de couler sous les ponts avant que ce jour se lêve...

          Déjà ce n’est pas gagné pour changer à ce point l’establisment politique du vieux monde (les chiens font rarement des chats)... Et par ailleurs je vois mal nos bon vieux amis d’outre atlantique nous laisser tranquillement nous émanciper et devenir une puissance régionale digne de ce nom.

          Il n’y a qu’à voir comment les interventions diplomatiques US ont le don de faire que les différents pays Européens se mettent sur la gueule (il faut dire qu’à la base l’entente n’est pas jouée d’avance) pour comprendre qu’ils nous préfêrent divisés et donc facilement influençables et manipulables.

          A croire que dans le fond l’Europe ne sera jamais qu’un beau rêve qu’on continuera à nous faire miroiter...


          • Sylvio (---.---.153.134) 7 décembre 2005 23:57

            La plupart des gouvernement des pays du monde sont plus ou moins ingéré par les états unis. Malheureusement l’Europe n’est est pas exclu et surtout l’Europe de l’est. Et en France ? Malheureusement, c’est aussi le cas : notre ministre du commerce exterieure, christine lagarde défend l’interets des multinationales américaines avant ceux des multinationales européennes...


            • Lagrette (---.---.121.92) 8 décembre 2005 01:49

              Excellent article, a rapprocher de l’editorial du Wall Street Journal ce matin.


              • (---.---.205.169) 8 décembre 2005 08:30

                « War is a Racket » : cette autobiographie du général Smedley D. Butler est plus que jamais d’actualité.

                En plus d’être le bal des hypocrites, le bal en question est aussi celui des menteurs et des cyniques. Leur attitude ne conduit qu’à une surenchère dans l’horreur.

                Nul d’entre eux n’ignore que la guerre d’Irak a commencé par des mensonges et que le mensonge continue, que le stock d’armes de destruction massive le plus menaçant pour toute l’humanité, sans parler de la menace écologique, se trouve depuis longtemps dans le pays que dirige aujourd’hui Bush et son entourage mafieux. Cette dérive extrémiste conduit à une radicalisation extrémiste des résistances. Même Sharon a fini par comprendre que cette voie est sans issue.

                A propos du sionisme, Zamenhof avait refusé de prendre part au premier congrès de la Ligue Mondiale des Espérantistes Juifs qui devait se tenir à Paris en 1914. Il s’était justifié ainsi : “Je ne peux malheureusement pas vous donner mon adhésion. Suivant mes convictions, je suis “homarano” (membre de l’humanité) et ne peux adhérer aux objectifs et aux idéaux de quelque groupe ou religion que ce soit... Je suis profondément convaincu que tout nationalisme ne peut apporter à l’humanité que de plus grands malheurs et que le but de tous les hommes devrait être de créer une humanité fraternelle. Il est vrai que le nationalisme des peuples opprimés - en tant que réaction naturelle de défense - est bien plus pardonnable que celui des oppresseurs ; mais si le nationalisme des forts est ignoble, celui des faibles est imprudent... L’un engendre l’autre et le renforce, et tous deux finissent par créer un cercle vicieux de malheurs dont l’humanité ne sortira jamais à moins que chacun de nous ne sacrifie son propre égoïsme de groupe et ne s’efforce de se placer sur un terrain tout à fait neutre... C’est pourquoi - bien que je sois déchiré par les souffrances de mon peuple - je ne souhaite pas avoir de rapports avec le nationalisme juif et désire n’oeuvrer qu’en faveur d’une justice absolue entre les êtres humains. Je suis profondément convaincu que, ce faisant, je contribuerai bien mieux au bonheur de mon peuple que par une activité nationaliste...

                Bien plus tôt, Napoléon avait dit à l’écrivain Louis de Fontanes (1757-1821) qu’il avait nommé grand maître de l’Université à partir de 1808 : « Savez-vous ce que j’admire le plus au monde ? C’est l’impuissance de la force à fonder quelque chose. Il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. A la longue, le sabre est toujours vaincu par l’esprit. » Cette reconnaissance venait un peu tard : les guerres napoléoniennes ont semé la mort et la désolation, elles ont ruiné la France et attiré contre elle la méfiance et l’hostilité de toutes les nations d’Europe.

                Arte a diffusé hier au soir un documentaire particulièrement intéressant sur l’opposition et la résistance courageuse de soldats, et même d’officiers, des armées des États-Unis lors de la guerre du Vietnam. Eux, puis le peuple, ont fini par comprendre que l’image du pays d’Abraham Lincoln était souillée par de tels agissements du pouvoir. Une telle prise de conscience est-elle à nouveau possible aujourd’hui ?

                Il serait utile de rappeler, non seulement au peuple des États-Unis, mais à tous les peuples du monde, le témoignage du général Butler et, aussi, la mise en garde prononcée par le président Eisenhower à la fin de son mandat, en 1961. Ce qu’il avait pressenti s’est malheureusement réalisé (anglais, français, espéranto).

                Quant au général Butler, il avait écrit entre autres :

                « J’ai passé trente-trois ans et quatre mois en service actif au sein de la force militaire la plus mobile de notre pays : le corps des marines. J’ai occupé tous les grades d’officier, de sous-lieutenant à général de division, et, durant cette période, j’ai consacré le plus clair de mon temps à servir le grand capital, Wall Street et les banquiers, comme homme de main de haut vol. En bref, j’ai été un racketteur à la solde du capitalisme. C’est ainsi que j’ai contribué, en 1914, à faire du Mexique, et spécialement de Tampico, un lieu sûr pour les intérêts pétroliers américains. J’ai aidé Haïti et Cuba à devenir des endroits suffisamment respectables pour que les hommes de la National City Bank viennent y gagner de l’argent. En 1909-1912, au Nicaragua, j’ai participé à l’épuration au profit de la banque internationale Brown Brothers. En 1916, j’ai apporté la lumière à la République dominicaine pour le compte des intérêts sucriers américains. En 1913, j’ai fait en sorte que le Honduras soit mûr pour accueillir les compagnies fruitières des États-Unis. En Chine, en 1927, j’ai veillé à ce que la Standard Oil puisse vaquer à ses activités sans être inquiétée. Pendant toutes ces années, comme l’auraient dit les hommes attablés dans l’arrière-salle, les affaires ont superbement marché pour moi. J’ai été récompensé par des honneurs, des décorations, des promotions. Quand je regarde en arrière, j’ai le sentiment que j’aurais pu rendre quelques points à Al Capone. Au mieux, il ne pouvait pratiquer son racket que sur trois arrondissements de la ville, alors que nous, les marines, opérions sur trois continents. »

                (Extraits de Smedley Darlington Butler, « War is a Racket : An Autobiography », Round Table Press, New York, 1935). Pour commander.

                Le racket continue.


                • Talion (---.---.2.91) 8 décembre 2005 11:32

                  Cette dernière intervention fait réfléchir, merci de l’avoir posté.

                   smiley

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