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Adoption en Haïti : le coeur et la raison

Après le séisme terrible qui vient de frapper Haïti, différents mouvements s’opposent en France pour définir la conduite à tenir quant aux enfants qui attendaient une adoption par une famille française. Faut-il privilégier avant tout de sauver des vies ou de lutter contre les trafics ?
La réponse n’est pas simple et c’est l’avenir de centaines d’enfants qui est en jeu.

 Lors du récent tremblement de terre en Haïti, de nombreux enfants sont morts. D’autres peut être plus nombreux encore vont mourir dans les semaines à venir (de faim, d’épidémies, etc...). On imagine facilement et avec horreur, le drame que vit ce pays, on se sent proche de la population haïtienne de tout ceux qui ont perdu un proche. Une fois encore les plus jeunes sont les plus fragiles.
 
Parmi ces petites victimes, certaines étaient attendus avec impatience France. Depuis quelques années, Haïti est pour notre pays, le première région d’origine des enfants adoptés. Ainsi en 2009, plus de 600 enfants haïtiens sont arrivés dans des familles françaises. 
 
On peut donc estimer à plusieurs centaines le nombre d’enfants dans les orphelinats de Port-au-Prince ou d’ailleurs qui le jour du séisme étaient d’ores et déjà apparentés à une famille française, c’est à dire qu’ils étaient sur le chemin de longues démarches (parfois jusqu’à deux ans) pour enfin pouvoir être accueillis de ce côté de l’Atlantique. Pour leurs parents français, ces enfants étaient déjà les leurs !
 
Au vu du drame haïtien, il peut sembler abstrait ou futile de penser à ces familles en attente d’adoption. Certes, ils sont dans le confort douillet de leurs appartements, ils n’ont pas à s’inquiéter pour leur nourriture et leur toit, et bien souvent, ils n’ont jamais encore vu "pour de vrai" ces enfants. Mais ces enfants étaient déjà bien les leurs, des enfants qu’ils avaient investis, des enfants qu’ils espéraient, des enfants qu’ils attendaient, des enfants dont ils connaissaient l’histoire, des enfants qu’ils avaient vus en photo, des enfants avec lesquels ils s’entretenaient parfois par téléphone. 
 
Il s’agit bien de victimes collatérales, en grande souffrance, vivant un véritable deuil qu’il ne faut pas négliger. Les différences services qui s’occupent d’adoption (dans les conseils généraux ou dans les quelques consultations d’adoption) se doivent être mobilisées pour les recevoir, car ils sont les plus informés pour comprendre qu’il s’agit bien d’un deuil, d’un deuil d’autant plus difficile que celui qui est parti n’avait pas eu le temps d’être proche.
 
Et puis il y a tous les enfants haïtiens destinés à être adoptés, qui ont survécu et qui survivront, je les espère nombreux, et le moins traumatisés possibles. Ceux qui les attendent en France, ne sont pas en deuil mais dans une intolérable inquiétude. Avant de les critiquer, de les traiter de rapaces, il vaut mieux tenter de se mettre à leur place. Ce n’est pas facile à faire, les parents adoptés ne sont pas toujours considérés comme des "vrais parents", pourtant cette parentalité est forte et commence dés l’attribution de l’enfant. Que tous les parents par le sang ou par le coeur, essaient d’imaginer quelle serait leur réaction si un de leurs enfants se trouvait dans un pays victime d’une grave catastrophe, tandis qu’eux seraient coincés en France. Par tous le moyens , ils tenteraient de rechercher sa trace, de lui venir en aide, de le rapatrier. C’est ce que tentent de nombreuses familles actuellement, et même s’ils le font maladroitement, ce n’est pas quelque chose que l’on peut leur reprocher.
 
La situation n’est pourtant pas si simple et si j’ai d’abord laissé parler mon coeur, on est obligé d’écouter aussi notre raison. La tâche pour les autorités françaises et haïtiennes s’annonce gigantesque. Les démarches étaient déjà longues et compliquées avec une administration haïtienne en état de marche, que reste-t-il des documents officiels dans les ruines des bâtiments administratifs ?
 
Tout aussi cruelle qu’elle puisse apparaître, la tâche de recenser soigneusement chaque enfant, de s’assurer de son histoire et de son adoptabilité est cependant nécessaire. Elle prendra du temps, mais les services du Secrétariat de l’Adoption Internationale (qui dépendent du Quai d’Orsay), sont déjà au travail.
 
A chaque nouvelle catastrophe, l’adoption est évoquée comme une solution, voire comme une solution d’urgence, ce serait alors une très mauvaise solution !
 
Des enfants se retrouvent seuls, isolés suite à des catastrophes, mais la "bonne action" qui consisterait à les confier rapidement à des parents issus de pays favorisés serait catastrophique, certains d’entre eux ont pu être séparé de proches, et il faudra attendre le retour à une situation plus calme pour espérer des retrouvailles. A chaque catastrophe, il y a un afflux de demandes d’adoption, d’une part par des familles en mal d’enfants, qui tout en regrettant cette tragédie, peuvent y voir un moyen d’accélérer la réalisation de leur désir, d’autre part par un élan humanitaire inapproprié, imaginant l’adoption comme le moyen le plus adéquat et le plus rapide pour "sauver" ces enfants. Les dérives sont alors possibles. Les enfants peuvent alors subir une double peine à chaque désastre : par celui-ci proprement dit, puis par les trafics, qui peuvent en être la conséquence. C’est en faisant des "actions humanitaires" (dont on peut s’interroger sur leur motivation et leur nature) lors du tsunami de 2004 que l’association de l’Arche de Zoé s’est créée, et c’est en servant du drame du Darfour qu’elle a tentée de kidnapper des enfants d’une région voisine ! Ces pseudo-humanitaires, et aventuriers de la misère représentent une des fractions les plus exécrables de notre société.... il y a malheureusement pire, et derrière chaque séisme, famine et conflit, des loups profitent de la misère et ont pour les petites victimes des intentions bien plus dangereuses qu’une adoption.
 
Il n’y a pas à choisir entre son coeur et sa raison, le mieux est de se servir des deux. Sa raison pour ne pas confondre des parents en détresse et de vulgaires trafiquants, sa raison pour comprendre que l’urgence n’est pas toujours bonne conseillère. Mais son coeur pour ne pas oublier ces enfants et ses familles qui s’attendent de part et d’autres de l’océan, tout faire pour ne pas prolonger leur attente, et leur fournir aux uns et aux autres les soins et l’empathie dont ils ont besoin.
 
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Jean-Vital de Monléon (xxx.xxx.xxx.59) 19 janvier 2010 08:51
    Jean-Vital de Monléon

    Bravo Georges vous êtes sans doute un grand altruiste qui se préoccupe du sort de la société toute entière avant de celui de sa propre famille.
    Bravo vous venez donc de mettre votre maison en hypothéque, de vendre votre voiture et les jouets de vos enfants pour aider Haïti.

    Ces grandes qualités ne vous empêchent pas de faire preuve, j’espère de maladresse plutot que d’ostracisme, vous venez d’injurier ainsi toutes les familles adoptives (pas seulement celles qui attendent leurs enfants en Haïti)... Un enfant adopté n’est donc pas un vrai enfant pour vous, tout juste un accessoire ?

    Il ne s’agit pas de CERTAINS enfants mais de LEURS enfants (en cours d’adoption en toute légalité) pour lequels ces familles s’inquiètent...

    Quand le bateau coule certains humains cherchent à sauver d’abord leur femme et leurs enfants plutôt que le premier inconnu.... des salauds, des égoïstes, même si après avoir sauver les leurs ils chercheront à en sauver d’autres.

  • Par 123orange (xxx.xxx.xxx.22) 18 janvier 2010 12:06

    Un enfant qu’il soit en zone détruite par une catastrophe naturelle ou dans une zone de guerre est forcément en danger…..Ces petits haïtiens doivent être rapatriés tout comme auraient dû être les 103 enfants de l’Arche de Zoé dont tout le monde se fout de savoir si ils sont heureux en zone sécurisée auprès de leurs pseudo-parents ou même si ils sont encore vivants…..Le monde ne se voit pas par le petit trou qu’on a bien voulu vous montrer….

    L’UNICEF avait promis un suivi des 103 enfants réunis par l’Arche de Zoé, elle devait s’assurer de leur santé et de leur scolarité. Aujourd’hui, aucune nouvelle d’aucun enfant…Toute demande d’information reste lettre morte. Etonnant de la part d’une association si sûre d’elle et certaine du fait que ces enfants pouvaient retourner vivre ou (survivre) dans la zone frontalière Tchad /Soudan ? Pourquoi ce silence ? Où sont les enfants ? Qui s’en inquiète aujourd’hui alors que ceux-là même qui leur prêtaient des familles, concédaient qu’ils avaient besoin d’assistance ?
    Il faut aller au delà des évidences véhiculées par les médias et qui arrangent en premier lieu les Etats et les organisations soumises aux exigences de ces Etats.
    Effectivement, il ne faut pas tout confondre. Les enfants haitiens concernés par une adoption doivent être rapatriés en France, ce qui ne serait qu’une accélération des procédures en cours. Question de bon sens et mesure d’urgence.
    Les enfants pris en charge, soignés et nourris par l’Arche de Zoé pendant deux mois n’étaient pas concernés par une procédure d’adoption. Ils étaient réfugiés d’une zone de guerre, orphelins et originaires du Darfour dans leur quasi totalité. Ils devaient venir en France pour se reconstruire et vivre en sécurité. Les puissants en ont décidé autrement.

    …Certes tous les enfants qui séjournent dans des crêches ne sont pas forcément orphelins. Je viens d’adopter cet été un enfant venu d’un pays de l’Est, ses petits compagnons d’infortune n’étaient pas tous sans parents mais peu importe ce qu’il faut c’est D ABORD de sauver ces enfants….et pour finir j’ajouterai que pour les 103 enfants de l’Arche de Zoé aucune partie civile n’avaient pu être identifiée dans cette mascarade de procès et que ceux qui se prétendaient "parent" d’un de ces enfants n’ont pu le prouver et enfin le tribunal à Djaména avait systématiquement refusé des tests ADN mis à disposition gratuitement…..La vérité est ailleurs à ne pas en douter il suffit d’être un peu intelligent pour comprendre que finalement ces 103 enfants de cette affaire politico-diplomatique ou ces pauvres petits Haïtiens sans famille ne sont pas si importants par rapport à d’autres enjeux qu’ils soient économiques, politiques, diplomatiques ou autres malheureusement.... !!!!

  • Par Jean-Vital de Monléon (xxx.xxx.xxx.59) 18 janvier 2010 13:03
    Jean-Vital de Monléon

    Que l’Unicef ou d’autres aient promis de donner des nouvelles et que ces enfants n’aient pas été suivis, si c’est vrai c’est un scandale !

    Que les enfants soient les premières victimes et même comme je le dis dans l’article doublement victimes à chaque crise c’est un scandale encore pire !

    Mais que l’on se serve de cela pour justifier le trafic d’enfants tentés par de minables mégalomanes, je ne peux être d’accord.

    Effectivement tout n’a pas été dit sur l’Arche de Zoé dans les médias qui se sont bien trompés confondant allégrement adoption et geste humanitaire.

    Personne ou bien peu n’a parlé du discrédit qu’ils ont jetés sur la France pour les africains. Les autorités maklgaches me l’ont bien rappelé récemment.

    Personne ou bien peu n’a parlé de tous les petits adoptés (en toute légalité) qui se sont pris dans le gueule "tes parents c’est des voleurs d’enfants", car le discrédit sur l’adoption a été majeur en France.

    Je ne me suis pas contenté des médias pour me faire mon opinion, je l’ai faite dès juillet 2007 quand cette association m’a demandé si je pourrais voir médicalement certains enfants arrivant du Darfour, ce que j’ai accepté, je ne laisserai jamais tomber les enfants.
    Mais il y a aussi deux phrases que je n’ai pas oubliées : "on ne prendra que les enfants qui ont un bon état nutritionnel" et "ne vous inquiètez pas la plupart de nos familles ont un agrément"... des humanitaires ??? Voila pourquoi j’ai la nausée quand je pense à eux.

  • Par Moushette (xxx.xxx.xxx.190) 18 janvier 2010 15:46
    Moushette

    123orange :

    Ne mélangeons pas tout. L’opération d’AdZ a été reconnue illégale et a été sanctionnée par la justice des deux pays concernés. L’opinion publique a largement approuvée cette sanction, je n’ai pas envie de rentrer dans le débat pour en avoir bcp parlé à l’époque sur mon blog.

    Aujourd’hui, ici dans cet article et bien d’autres sur Haïti, nous parlons d’adoptions LEGALES, d’enfant reconnus adoptables par leur pays d’origine et encours d’adoption par la France et reconnus par notre gouvernement. Les conditions de démarche de rapatriement est donc complètement différentes de celles d’AdZ.

    Faire un parallèle entre l’opération d’AdZ et le rapatriement demandé des enfants haïtiens encours d’adoption risque de causer un énorme tort à ces enfants, car si l’opinion publique fait ce genre de raccourci approximatif, cela ira à l’encontre de l’intérêt de ces enfants. Si l’opinion publique devait faire ce genre de parallélisme, et s’opposerait alors au rapatriement des enfants comme à l’époque d’AdZ, jamais notre gouvernement n’oserait faire une opération similiaire à celle du rapatriement des Pays-Bas.

    On sent dans votre message une attache personnelle à AdZ, c’est votre droit après tout. Mais ce n’est pas l’endroit pour en parler, ici nous parlons d’une procédure à des lieux de celle de AdZ !!! Vous êtes hors sujet et en plus vous pouvez leur faire du tort !!!

    Pensez au bien-être de ces enfants haïtiens et s’il vous plait évitez ce genre d’amalgamme dangereux, dans l’intérêt de ces enfants et de leurs familles. Cela peut faire plus de tort que de bien à l’action de ceux qui oeuvrent au rapatriement de ces enfants.

    Et je suis certaine que ce n’est pas ce que vous souhaitez puisque vous semblez avoir la fibre très "humanitaire"...

     smiley Moushette smiley
    Maman adoptive de deux enfants nés en Inde
    Bénévole adoptions Inde à l’OAA d’adoption (100% légale !!!!) "Les Enfants de l’Espérance"
    et bloggeuse ! http://moushette.blogspot.com/  smiley

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