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Afghanistan, Libye, Mali, retournement tragique de l’Histoire ? La nouvelle colonisation

Par le passé, une certaine forme de colonisation s’appuyait souvent sur la prétention de « civiliser » ou d’apporter le progrès. Notamment avec l’Afghanistan, la Libye, le Mali, nous serions entrés dans une nouvelle forme de « colonisation ». Comme jadis le Communisme, cette dernière recouvre une finalité internationaliste. En ce sens, traiter séparément de chaque pays frappé par cette mutation régressive consiste à prendre une vaste problématique par le seul petit bout de la lorgnette épisodique du moment. L’intervention militaire française au Mali ouvre assurément vers une guerre à rallonge. Un contre Printemps Arabe est en marche.

Le 10 Janvier dernier, le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, lançait un SOS à l’ONU et à la France pour l’aider à lutter contre l’offensive des rebelles du Nord du pays. Ces derniers occupaient alors la moitié septentrionale du pays et gardaient pour objectif l’invasion du reste du pays, notamment la capitale Bamako. Le pire était à craindre pour toute la région. L’intervention des forces françaises commençait, l’aviation bombardant rapidement une colonne de véhicules armés se dirigeant vers la ville de Mopti. L’avancée des troupes belligérantes était interrompue. Les villes importantes de Gao et Kidal dans lesquelles étaient concentrées les forces rebelles se trouvaient largement atteintes par les frappes françaises. Il s’agissait de contrer ceux que les médias occidentaux définissaient globalement comme « les terroristes ». La France agissait manifestement dans l’urgence. Les plans préalablement établis se voyaient brutalement précipités. Et maintenant ?

Comprendre les derniers événements exige de reprendre pour le moins le cours de l’Histoire depuis l’intervention française en Libye, chassant le dictateur Kadhafi pour introniser les « démocrates islamistes ».

La chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011 aurait du notamment conduire dans le cas Malien à mieux prendre en considération le peuple Touareg, au regard de sa part de légitimité « historique » dans ce secteur ou les frontières furent artificiellement tracées au sortir de la décolonisation. La négation des plus crédibles mène toujours au succès des plus extrémistes. Le Mali n’existe pas véritablement en tant que Nation, pas plus que certains pays voisins. Le peuple Touareg auquel il ne fut paradoxalement jamais attribué de véritable état garde assurément les racines les plus profondes, celles du temps et de l’Histoire. Difficile d’imaginer que la solution réelle, politique, se fasse le moment venu sans ce peuple martyr. La résonance induite par le rôle majeur tenu par l’Algérie n’est pas sans interroger non plus sur le double jeu des occidentaux, et premièrement de la France. La « colonisation » aura t’elle jamais cessée ? Ne se déroule t’elle pas aujourd’hui de part et d’autres de façon plus sourde et souterraine encore ? A moins qu’il ne s’agisse d’un retour de l’Histoire à l’envoyeur. Il n’est pas exclu que les pays supposés « libérateurs » et porteurs des fameux « droits de l’Homme » en fassent premièrement les frais. 

Double jeu ?

Difficile d’ignorer encore que le Qatar ne finance pas qu’une équipe de foot et bientôt la rénovation de quartiers sombrant déjà dans l’obscurantisme que nos soldats combattent actuellement à la source. Sur le désespoir social la greffe terroriste prend toujours mieux, les messages des faux prophètes aussi. Derrière les « terroristes » à qui la France prétend faire la guerre, il y aurait donc la finance en commun. Les pétromonarchies seraient parfois très fréquentables. Tenter le diable relèverait désormais de la géopolitique et du pragmatisme stratégique. La logique des meilleurs ennemis fonderait toujours et encore les relations internationales. A trop changer de fréquentations, nous serions donc condamnés à recevoir un jour prochain sur la figure nos propres armes ? Les mauvais amis d’hier ne pourraient être à terme que les adversaires de demain dans une logique de guerre sans fin ? Le conflit au Mali ne serait vraiment qu’un nouvel épisode, en prolongement du chapitre Lybien.

En effet, le Colonel Kadhafi avait employé des Africains dans son armée, et notamment des Touaregs. Ces derniers, parmi d’autres, auront su profiter de l’effondrement du régime dictatorial Libyen pour se fournir sans tarder dans les réserves d’armes de l’ancien fasciste laïque longtemps reçu en Occident avec tapis rouge et respectabilité. Les Touaregs seront donc revenus au Mali beaucoup plus armés qu’auparavant.

Certes, ce peuple nomade a toujours été mal perçu par les Maliens du Sud pour être difficilement malléable. Parfois être un peu de partout serait une force, et pas seulement une souffrance indéniable. Ils se sont en outre révoltés plusieurs fois, récemment dans le courant de l’année 2006. En s’unissant au Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), allié au mouvement Salafiste Ansar Dine, ils passaient aussi à l’offensive contre l’armée Malienne le 17 janvier 2012. Pour ne pas vouloir reconnaître quelque légitimité territoriale que ce soit au peuple Touareg, les Islamistes les plus radicaux recommencèrent alors à pourchasser les Touaregs à partir du 27 juin 2012, et ce, afin d’imposer la loi Islamique, la Charia. En ce mois de Janvier 2013, ce sont surtout ces terroristes Islamistes là qui lancèrent l’offensive contre le Sud du Mali pour s’emparer de la capitale du pays, jusque l’intervention française. Une chose est sûre, l’Histoire s’est accélérée.

Après l’invasion du Nord du Mali par les rebelles Islamistes, il était initialement prévu, selon les plans de l’ONU et de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) de préparer des troupes de soldats africains en vue d’une intervention annoncée pour le printemps ou l’été 2013. Il n’était pas prévu que la France intervienne elle-même militairement, au risque de passer à nouveau pour une armée d’occupation, réveillant tous les fantômes des temps de colonisation et de la Francafrique. Que la France fasse intervenir ses propres soldats sur le front n’était pas inscrit dans la résolution de l’ONU. L’armée française semble maintenant décidée à accompagner la reconquête totale du Nord Mali. Cela pourrait prendre plusieurs mois. Les rebelles regroupés à Tombouctou sont bien décidés à en découdre. La France gagnerait à laisser les soldats de la CEDEAO et du Mali être les principaux acteurs de la reconquête libératrice. Nous avons des otages au Niger. Leur sort reste en partie lié à l’évolution du conflit au Mali, lequel n’exempte plus la France d’éventuelles représailles sur son territoire, au travers d’attentats terroristes.

Après ces premiers jours de guerre médiatique voyant les autorités françaises érigées en héros salvateurs exemplaires et parfaits, il n’est donc pas exclu que la France se trouve bientôt confrontée à bien de ses erreurs ou fautes passées. Voir l’Algérie tenir un moment le premier rôle ne fut pas sans interroger la mémoire ou les passifs communs reliant la France et l’Algérie. L’Histoire se réveille. Même si le président français sembla donner le feu vert pour « supprimer » les belligérants désignés, cette caution guerrière n’était pas sans raisonner en partie comme un appel à l’aide. La France pourrait-elle être bientôt dépassée par les frontières artificielles qu’elle traça jadis elle-même ? Ne pas distinguer d’entrée le peuple Touareg et le prendre pleinement en considération ne recouvre t’il pas une grave erreur ?

Pour des revendications initiales en partie justifiables, le peuple Touareg garde en effet un soutien réel de la population, et pas seulement celle de l’état préfabriqué du Mali. Le parallèle avec le bourbier Afghan n’est pas exclu, les Talibans s’appuyant aussi sur l’aval très large de la population. Quoi qu’il en soit, le peuple Touareg est bel et bien vivant et diversement implanté du Nord du Niger au Sud du Maroc, en passant par le Sud de l’Algérie. A trop « tirer dans le tas » elle-même ou pousser des troupes alliées à le faire, la France ne s’expose t’elle pas à une grave déconvenue prochaine pour ne pas avoir su définir les vrais ennemis ? Qui peut nier que le grand et vrai peuple Touareg a été Historiquement bafoué lors des « indépendances » suivies de répartitions de terres pour le moins aléatoires ? L’évolution idéologique de ce peuple n’en reste pas moins condamnable. Certains se jettent parfois dans la gueule du loup en pensant sauter au cou d’un sauveur. Nous y reviendrons.

A l’évidence, le peuple Touareg aura trouvé dans l’Islamisme radical le moyen de revendiquer des causes parfois légitimes, beaucoup plus anciennes. Toute l’habileté des salafistes aura été de s’ancrer sur des révoltes identitaires ancestrales. Cette emprise garde un grand potentiel de développement, du Tchad au Nord du Nigeria jusque la Centre Afrique. L’intervention française aurait mangée son pain blanc. La menace ou le péril d’une extension du conflit armé demeurent.

Finalement, une nouvelle forme de démarche coloniale est lancée par l’Islamisme le plus radical. Jadis, des « mouvements de libération nationale » jouèrent le rôle de catalyseurs circonstanciels de revendications territoriales souvent légitimes de certains peuples d’Afrique, ou d‘ailleurs. Le Communisme constituait autrefois l’idéologie réceptacle de nombreuses rébellions au bénéfice de la puissance de l’ex URSS. Les mouvances marxistes agissaient ainsi au sein des pays du Tiers Monde. La guerre qui commence pourrait bien raviver toutes les blessures ou séquelles coloniales, dans la violence faite à certains peuples scindés froidement en leur sein pour s’inscrire dans une géographie infondée, recomposée sous le seul diktat des ex pays colonialistes d’alors. Les Salafistes et autres mouvances Islamistes radicales s’imposeraient actuellement en fédérateurs de tous les peuples se ressentant lésés par l’Histoire ?

D’un internationalisme à l’autre, la nouvelle guerre froide commencerait-elle ? Savoir que les USA ont pour beaucoup formés certains putschistes Maliens et Touaregs au contre terrorisme n’est pas sans rendre le retournement de l’Histoire plus tragique encore.

Guillaume Boucard


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4 réactions à cet article    


  • morice morice 23 janvier 2013 14:11

    , le Mali, nous serions entrés dans une nouvelle forme de « colonisation ».


    c’est tout sauf ça et c’est même l’inverse : le Mali n’existerait plus si la France n’était pas intervenue : c’est si dur à piger que ça ??? 

    Quoi qu’il en soit, le peuple Touareg est bel et bien vivant et diversement implanté du Nord du Niger au Sud du Maroc, en passant par le Sud de l’Algérie. A trop « tirer dans le tas » elle-même ou pousser des troupes alliées à le faire, la France ne s’expose t’elle pas à une grave déconvenue prochaine pour ne pas avoir su définir les vrais ennemis 

    vous êtes ridicule. La France s’était déjà rapprochée du MNLA, même sous Sarkozy...

    franchement, vous n’avez rien suivi de ce qui se passe depuis au moins un an...

    • morice morice 23 janvier 2013 14:14

      A l’évidence, le peuple Touareg aura trouvé dans l’Islamisme radical le moyen de revendiquer des causes parfois légitimes, beaucoup plus anciennes. Toute l’habileté des salafistes aura été de s’ancrer sur des révoltes identitaires ancestrales. Cette emprise garde un grand potentiel de développement, du Tchad au Nord du Nigeria jusque la Centre Afrique. 


      a peine partis, c’est déjà rejeté par la population qui LYNCHE des islamistes


      Mécontents, des habitants de Gao ont lynché Alioune Touré, un chef islamiste, en riposte à la mort du journaliste Kader Touré, battu lui aussi à mort par les islamistes qui lui reprochaient de travailler pour l’ennemi. Gao est l’une des principales villes du nord du Mali. Elle était totalement occupée depuis fin juin 2012 par les islamistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).


      la destruction des mausolées est le CONTRAIRE du respect de l’identité...

      renseignez vous donc avant de débiter des sornettes.

      • Feilusha Feilusha 23 janvier 2013 17:23

        Il ne faut pas exagérer ! Si encore vous envisagiez le néo-colonialisme économique et minier qui existe depuis les indépendances africaines, je comprendrais. Mettre dans le même sac l’Afghanistan, la Libye et le Mali n’a aucun sens. Il y a assez à critiquer dans les relations entre les états européens et l’Afrique sub-saharienne pour éviter de tomber dans la caricature. Vous oubliez aussi les achats massifs de terres agricoles ? Par qui sont-elles achetées ? A ma connaissance pas tellement par les états européens. Ce nouveau mode de colonialisme vous a-t-il échappé ? C’est moins spectaculaire que la guerre, mais redoutablement plus efficace. Mon ami béninois Hindegni, qui n’arrive pas à trouver de financement pour un simple élevage de poulets, pourrait vous dire bien des choses là dessus ! Cela va tout à fait dans le prolongement de la ruine des cultures vivrières par les cultures industrielles au bénéfice de grands groupes internationaux, ce qui a déjà fait tant de mal à l’Afrique noire.


        • aliante 24 janvier 2013 02:53
          • Bamkaniser le Sahel pour déstabiliser toute la région ,toutes les guerres qui ont été faites sont toutes des guerres économiques ,notamment contre la Chine qui est très demandeurs en Ressources ,ceux qui ne parlent pas de néocolonialisme oublient que les Usa ont installé l’Africom parcequ’en verité la France ne fait que ce que son maitre à Washington lui dit faire les soldats français ne se battent plus pour la république mais bien pour des intérêts qui nous dépassent ,
          • Reste à savoir si les chinois resteront les bras croisées et moi je n’y crois pas une seconde ,tout d’abord ils vont s’arranger pour un bras d’honneur sur les sanctions ont été mises en place par l’Europe et les usa ,contre l’Iran

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