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Afrique : 50 ans d’indépendances, mais pas la fin des dépendances

Il n’est pas rare de voir s’afficher dans les agences de tourisme des publicités nous ventant les mérites de voyages lointains, exotiques et bon marché en Afrique et ailleurs.

Le « miracle » de la mondialisation et de la marchandisation, nous offrent ainsi un panel de destinations, promettant un confort assuré, des activités de loisirs, mais peu de rencontres, peu de partage avec les populations locales. Les représentations que l’on se fait, ou que l’on veut bien nous donner du pays et de sa population, feront le reste…

Autant dire que beaucoup de voyageurs passeront à coté.

Pourtant rencontrer l’Afrique, sa population, percevoir les réalités économiques et sociales ne peut se faire sans un minimum de partage, de compréhension et de vie en commun. C’est ce que permet aujourd’hui l’organisation de séjours solidaires[1] bien souvent portés par le monde associatif et en dehors des circuits proposés par le tourisme dit « marchand ».

Aller à la rencontre de populations, partager leur culture, écouter, regarder et ainsi comprendre dans le cas de l’Afrique, les injustices.

Aujourd’hui l’Afrique souffre et sauf à être insensible et froid, il est impossible face à la pauvreté, la faim, les maladies, les drames humains qui se développent et touchent des millions de personnes sur ce vaste continent, pourtant si riche en matières premières, de regarder sans réagir… Il ne suffit pas de pleurer cette misère…  

Il est difficile de ne pas « s’indigner » pour reprendre Stéphane Essel, de ce naufrage, de cette tragédie imposée par des humains à d’autres humains.

La volonté de témoigner de cette situation est venue de cette prise de conscience forgée par les actions et voyages solidaires organisés par l’association Per a Pace dans plusieurs pays et plus particulièrement en Afrique, en Algérie, au Maroc et surtout au Burkina Faso[2], anciennement Haute Volta et colonie française jusqu’au début des années 60.

L’Afrique n’est pas défavorisée, elle est exploitée. 

L’année 2010 aura été l’occasion de fêter le cinquantenaire des indépendances de nombreux pays africains, un anniversaire tout en contraste, car l’Afrique noire aujourd’hui croule toujours sous le poids de sa dette, de la dépendance à l’égard de nombreux pays du Nord et demeure celui de la grande pauvreté.

Pourtant, cela n’est pas le fruit du hasard car de grands organismes financiers comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) ont contribué à créer « ce chaos » en imposant aux pays africains des ajustements structurels, des privatisations au nombre desquels, de nombreux services publics, contribuant ainsi à déstabiliser un peu plus une économie déjà bien fragile.

De grandes entreprises françaises, dont certaines cotées au CAC 40, ont bénéficié de ses mesures, et surtout des politiques de privatisations, de rachats d’entreprises ou plus simplement de facilité d’installation. Pour n’en citer que quelques unes, Bouygues, France Telecom, Vivendi, Vinci, Paribas, BNP, Total, Michelin, Alcatel, Accor, Areva, Gaz de France… ou encore plus significatif, le groupe Bolloré véritable géant économique dans l’Afrique Subsaharienne, propriétaire du chemin de fer Sitarail en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, propriétaire du chemin de fer au Cameroun, mais aussi gestionnaire de nombreux ports dans plusieurs pays de la région.

Il s’agit là d’une liste non exhaustive, à laquelle il faudrait ajouter les marchands d’armes.

Le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont aussi imposé de développer une agriculture spécialisée dans l’exportation, c’est le cas du coton, dont nous avons aussi au cours des actions de Per a Pace au Burkina Faso constaté les plantations OGM, dans les parties les plus reculées du Pays. C’est le géant américain Monsanto[3] et ses filiales locales qui développent ces produits.

En Afrique 20% seulement de la population a accès à l’eau potable, mais ce n’est pas ce qui a empêché la Banque Mondiale d’aider à développer l’agriculture d’exportation, forte consommatrice en eau favorisant ainsi l’augmentation de la faim.

Il faut savoir que dans le monde aujourd’hui, 80 % de gens qui meurent de faim, sont issus de populations paysannes. Les émeutes de la faim qui ont frappé plusieurs pays du Sud, ces dernières années, trouvent leurs racines dans cette situation d’exploitation et de pauvreté. 

Il ne faut donc pas s’étonner qu’avec les difficultés de la vie, le chômage et la marginalisation, beaucoup de jeunes africains soient tentés par l’exil[4], ce « voyage de la dernière chance », bien souvent au péril de leur propre vie. Mais au cœur de ce malheur, il faut en avoir conscience, se trouve la pauvreté.

Aujourd’hui on comprend mieux pourquoi dans un pays comme le Burkina Faso, recensé comme l’un des plus pauvres de la planète[5] et ou la moyenne de vie ne dépasse pas les 50 ans, une personnalité politique comme Thomas Sankara[6], jeune Président assassiné en 1987, réputé pour sa probité et son héritage politique dans la lutte contre la corruption et le néocolonialisme, est devenu plus de 20 ans après sa mort un héros mythique pour les jeunes générations de son pays. Il symbolise l’espoir d’un monde plus juste, l’espoir d’une autre vie.

Rarement devait écrire le monde diplomatique[7] dans un article publié à son sujet en 2007, « président africain aura autant incarné la dignité et la volonté d’exister d’un continent meurtri ».  

Aujourd’hui encore et cinquante ans après leur indépendance, de très nombreux pays africains ne sont toujours pas maitres de leur destin, car L’Afrique n’est pas un continent défavorisé, mais plutôt victime d’une exploitation. Etouffés sous le poids de la dette, l’annulation de celle-ci devient une exigence civique et de simple humanité.

La solidarité n’est pas un don, elle est un engagement.

Travailler à développer des projets associatifs de solidarité et d’échange avec les pays du sud, amène à toucher du doigt ces réalités et à les dénoncer. Des associations aujourd’hui font un travail remarquable dans ce domaine à l’image du CADTM[8] (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde) qui milite pour un audit généralisé de la dette des pays Sud.

Au travers des actions de terrain de Per a Pace, créer des liens de solidarité, développer des projets de développement, construire des échanges culturels, contribuent même modestement, à rompre l’isolement, à lutter contre l’émigration du désespoir et à construire la Paix.

Ce regard extérieur permet aussi de relativiser et mieux appréhender nos propres difficultés, à porter un regard plus lucide sur nos sociétés. 

Mais aujourd’hui plus que jamais il faut en avoir conscience, lutter contre tous ces maux qui frappent les pays du sud, implique un engagement et une mobilisation pour obtenir une meilleure répartition des richesses, un engagement fort et sincère de la communauté internationale sous l’égide de l’ONU.



[1] Le tourisme solidaire représente aujourd’hui moins de 1% des voyageurs à travers le monde.

[2] L’association Per a Pace en partenariat avec Fina Tawa réalise des actions de solidarité au Burkina Faso depuis 2005. Accès à l’eau, éducation, santé, c’est autour de ces thèmes que les actions se développent. 

[3] Monsanto, géant de l’agrochimie. Inventeur de quelques uns des pires polluants de la planète. Il produit de la dioxine, du pyralène ou encore le désherbant Roundup. Inventeur de l’Agent Orange, utilisé pendant la guerre du Vietnam comme défoliant et qui a provoqué quantité de malformations congénitales. Il représente aussi le leader mondial des OGM .

[4] C’est au port de Nador, au retour d’une action de solidarité de Per a Pace au Maroc, que nous avons vécu deux tentatives de passages clandestins via notre poids lourd.

[5] Le Burkina Faso classé 177ème sur 182 pays au dernier classement de l’Indice de Développement Humain.

[6] Thomas Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute Volta. Il dirigea le pays durant quatre années du 4 aout 1983 jusqu’a son assassinat le 15 octobre 1987 à Ouagadougou ( Burkina Faso).

[7] Le Monde Diplomatique du 15 octobre 2007 

[8] Le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, est un réseau international qui milite pour l’abolition de la dette extérieure publique des pays du Sud considérée comme illégitime et immorale. Pour plus d’information : www.cadtm.org 


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10 réactions à cet article    


  • Sachant Sachant 4 janvier 2011 12:08

    L’indépendance c’est bien car une voie vers la liberté

    Cela pourrait-être, aussi, en parallèle
    Toujours travailler pour les entreprises issues du pays ex-colonisateur
    Sans bénéficier du code du travail en vigueur dans le pays ex-colonisateur

    Si le droit du travail du pays nouvellement libre est plus respectueux du travailleur, tant mieux !
    Sinon...


    • jacques casamarta 6 janvier 2011 17:57

      Vous avez tout à fait raison, c’est aussi un peu ce que j’ai voulu montrer... en parlant d’exploitation...


    • antonio 4 janvier 2011 12:13

      Et la corruption des principaux dirigeants africains ?


      • Sachant Sachant 4 janvier 2011 15:55

        Oui da !
        Mais pas de corrompu sans corrupteur (Et réciproquement)


      • jacques casamarta 6 janvier 2011 18:34

        Oui, la corruption n’est plus à prouver dans de nombreux pays, mais d’accord aussi pour dire qu’il n’y a pas de corruption sans corrupteur. Il serait interéssant sur la dette des pays du sud, de réaliser comme le propose le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) un audit sur ces pays.


      • Rémi Manso Manso 4 janvier 2011 22:46
        « Aujourd’hui l’Afrique souffre, il est impossible face à la pauvreté, la faim, les maladies, les drames humains qui se développent et touchent des millions de personnes sur ce vaste continent, de regarder sans réagir. »
        En effet, mais une des principales cause des souffrances de l’Afrique (et il faudrait même préciser de l’Afrique subsaharienne), n’est pas abordée dans cet article. Je veux parler de sa croissance démographique excessive.
        Le continent comptait 220 millions d’habitants en 1950, il vient de dépasser le milliard et probablement, si rien n’est fait pour endiguer la poursuite de cette folie procréatrice, le nombre d’habitants pourrait dépasser les 2 milliards en 2050.
        Cela voudrait dire une multiplication par près de 10 en un siècle* !
        Il est totalement évident que si le continent avait connu une croissance démographique harmonieuse, il n’y aurait déjà plus aucun problème alimentaire, ni de quelqu’ordre que ce soit.
        On redescendra difficilement sous cette barre du milliard d’habitants, mais on pourrait faire en sorte de stabiliser le plus vite possible la population. Les solutions existent, elles ont fait leur preuve en Amérique latine et elles sont portées en France par l’association Démographie Responsable : éducation des femmes et planification familiale. 
        Encore faudrait-il que les acteurs de terrain et les ONG se débarrassent de leurs oeillères...

        *Nous étions 41 millions en 1950, nous serons près de 75 millions dans 40 ans (ce qui au passage est déjà trop). Mais pourrait-on imaginer une France de 400 millions d’habitants en 2050 ?...

        • jacques casamarta 10 janvier 2011 11:27

          Vous réagisséz comme si les politiques à l’égard de l’Afrique étaient justes et que par conséquent, il n’y aurait rien à changer... C’est un vieux discours... Il est plus facile de mettre les difficultés de l’Afrique sur le dos de la démographie... 


        • PASCALE LARENAUDIE 5 janvier 2011 18:10

          Je partage entièrement le contenu de cet article. Il est le résultat d’un vrai engagement proche des cultures, proche des pays et surtout proche de toutes ces belles personnes rencontrées au fil du voyage. Un voyage, un séjour proche des réalités quotidiennes souvent difficiles ou la confidence s’introduit dans les conversations de part et d’autre pour mieux se connaître.
          Nos amis sont un peu plus nombreux à chaque fois, portés dans un même élan de paix et de bien vivre ensemble tout en respectant ses différences.
          Chacun sait que rien n’est facile dans ce monde ou le pouvoir de l’argent et ses conséquences affaiblissent d’autant plus ceux qui n’avaient pas besoin de cela. Cet article, cet engagement, ces associations et leurs adhérents, les citoyens sont les relais nécessaires pour aider à mieux comprendre, à faire connaître et à combattre les injustices. 
          Et peu importe le nombre, il faut apprendre à vivre ensemble en partageant.


          • jacques casamarta 6 janvier 2011 18:18

            Merci Pascale pour ces mots. C’est bien l’injustice et l’exploitation qui contribuent à créer un monde de difficultés et d’exclusions. Tu as bien répondu au message précedent. « Peu importe le nombre, il faut apprendre à vivre ensemble en partageant ».
            Comme le dit Stephane Hessel, il faut garder notre capacité « d’indignation ».


          • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 9 janvier 2011 02:22

            Se borner à dire que la surpopulation est la principale cause des problèmes africains et qu’il appartient aux ONG qui s’engagent aux côtés des populations comme Per a Pace devraient ouvrir leur oeillère est symptomatique de la volonté de ne pas accepter notre énorme responsbilité dans l’état d’un territoire que nous continuons d’exploiter en dépit de l’indépendance politique qu’il a acquis ! Sous réserve effectivement que les pouvoirs en place soient consédérés comme indépendants !

            L’article me paraît très bien démontrer que lAfrique n’est pas comme l’a prétendu un certain président en dehors de l’histoire. Elle est pour son plus grand malheur en plein coeur de l’histoire telle que pensée par les grands intérêts marchands et financiers !



             

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