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Afrique du Sud : et maintenant ?

L’abandon du procès pour corruption de l’ancien vice-président sud-africain Jacob Zuma a plongé l’Afrique du Sud dans l’expectative. Et maintenant ? Une question sur toutes les lèvres des sud-africains. Car Jacob Zuma peut à nouveau assouvir ses ambitions présidentielles. Et cette perspective inspire de vives inquiétudes. Mais sont-elles fondées ?

Le procès pour corruption du vice-président de l’ANC a été abandonné. Le juge de la Haute Cour de Pietermaritzburg (Kwazulu-Natal) a estimé que l’enquête judiciaire était allée « de désastre en désastre ». Cependant, il n’est pas exclu que le procureur revienne plus tard à la charge. Juridiquement, cette hypothèse tient la route. D’un point de vue politique, cela semble improbable.

Une décision à moitié surprenante tant effet ce procès était très mal engagé avec une accusation faiblarde, prise à la gorge des la première journée d’audience par une défense remontée à bloc, sûre de sa stratégie et de ses droits.

Notamment, la théorie du complot, pierre angulaire de la défense, a fait mouche. Une théorie qui, de l’extérieur semble des plus farfelues, mais qui de l’intérieur et à regarder l’histoire de l’ANC, n’est pas si délirante qu’elle en a l’air au premier abord. En effet, il faut savoir que l’ANC a été fondée par des Xhosa, la seconde ethnie la plus importante après les Zoulous. Les postes clés ont toujours été détenus par des Xhosa. L’actuel président et Nelson Mandela sont issus de cette ethnie. Or, Jacob Zuma est un Zoulou. Ainsi, on peut légitimement soupçonner une volonté, non dite, des Xhosa de vouloir garder le pouvoir. Cependant, la prudence s’impose car c’est la plus grande des confusions en ce domaine à ce jour dans les éléments portés à notre connaissance.

Une décision qui a immédiatement donné lieu a des scènes de liesse générale de la part des supporters de Jacob Zuma. C’étaient bien les seules dans tout le pays.

Car ce jugement jette plutôt le trouble en Afrique du Sud, voire alimente de réelles inquiétudes, en premier lieu, dans le monde économique. Signe qui ne trompe pas : dès l’annonce du verdict le rand, la devise nationale, déjà fragilisé, a chuté.

C’est l’incertitude qui prévaudra en cas d’élection de Jacob Zuma à la présidence en 2009. En effet, comme l’a récemment déclaré le frère du président de la République, chef d’entreprise accompli, éminent économiste et voix respectée dans le pays, c’est le flou le plus absolu sur la politique économique que mènerait Jacob Zuma. Jamais ce dernier ne s’est exprimé sur ces sujets. Les investisseurs internationaux ont eux aussi faire part de leur craintes et émis des réserves sur leur future disposition dans le cas d’une victoire de Jacob Zuma.

Toutefois, les inquiétudes sont tempérées par ceux qui rappellent que Jacob Zuma a participé à la mise en place de la politique économique actuelle quand il était au pouvoir en tant que vice-président, et dont il ne s’est jamais ouvertement désolidarisé.

Par ailleurs, d’autres rappellent la dissociation entre, d’un côté le pouvoir économique, et de l’autre le pouvoir politique, même si depuis plusieurs années la collusion va grandissant. Autrement dit, en raison de la puissance du monde économique fort de groupes aux activités hautement stratégiques et d’une importance capitale dans les exportations, Jacob Zuma aura les poings liés et devra se plier à ce principe de réalité incontournable, à moins de conduire à la ruine son pays.

Cependant, Jacob Zuma, depuis plusieurs mois, s’est délibérément rapproché des syndicats et tient un discours franchement de gauche. Avec ce positionnement nouveau, beaucoup accusent Jacob Zuma d’être populiste, démagogue et opportuniste en cherchant à profiter du mécontentement social réel à travers le pays. Le doute est en effet permis sur sa conviction ou sa volonté de changer les choses dans un pays où les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres, en dépit d’une forte croissance économique.

En second lieu, les inquiétudes viennent de l’attitude de Jacob Zuma lors de son procès pour viol. Au cours de cette scabreuse affaire, il a affiché un comportement détestable, à la fois par sa désinvolture, sa légèreté par rapport au Sida, pourtant un véritable fléau dans le pays, et sa mauvaise foi, son arrogance envers sa victime, machiste, et son recours aux antagonismes ethniques. Bref, une image qui inspire la pire défiance.

Cependant, le frère du président n’est pas la seule personnalité à avoir parlé franchement et sans arrière-pensée. Plus récemment, le prix Nobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu, dans un discours, s’est en pris directement à Jacob Zuma et l’a prié, si ce dernier aimait son pays, de se retirer de la course à la présidentielle. Le discours a créé une onde de choc, et redonné de l’espoir à celles et ceux qui se sentaient seuls dans leur combat jusqu’à présent, notamment les femmes, isolées dans leur lutte pour un meilleur respect de leurs droits. Mais il y a fort à parier que cet appel sera sans effet sur l’intéressé.

Néanmoins, beaucoup de ses supporters rappellent le rôle fondamental joué par Jacob Zuma dans l’arrêt des affrontements meurtriers entre partisans de l’ANC et ceux du parti Zoulou dans la région du Kwazulu-Natal dans les années 1990. Ce rôle de pacificateur contribue à sa popularité parmi les Zoulous et les classes défavorisées. Il a, indiscutablement, la ‘’base’’ avec lui.

Enfin, les Sud-Africains craignent plus que tout que ce procès ait gravement endommagé l’image de leur pays sur la scène internationale. En effet, comment avoir confiance en un pays dont le président a été confronté à la justice pour corruption et viol ? A peine remis des années de l’Apartheid et de leur mise au banc des nations, les Sud-Africains ne veulent pas voir tous les efforts faits et sacrifices consentis (et c’est peu dire au regard de la souffrance endurée par nombre de familles) s’effondrer comme un château de cartes, bref, anéantis en un claquement de doigt !

Une époque qu’ils ne veulent revivre pour rien au monde, d’autant que l’Afrique du Sud, avec sa transition réussie vers la démocratie désormais bien enracinée dans les mœurs, a retrouvé toute sa respectabilité sur la scène internationale. Et une économie florissante, avec une croissance de 4,5%, lui donne de la voix et des ambitions diplomatiques nouvelles. Preuve en est son leadership parmi les pays réclamant des transformations des institutions internationales à l’instar du Fonds monétaire international ou de l’Organisation des Nations unies pour une meilleure représentation de l’Afrique.

Jacob Zuma devrait se garder de tout triomphalisme. Il a, indiscutablement, remporté une grande victoire, mais certainement pas la bataille. Cette dernière pour la présidence en 2009 ne fait que commencer, et s’annonce ouverte et âpre. Jacob Zuma a l’immense avantage, actuellement, d’engranger les ralliements (syndicat, jeunesse de l’ANC...) et d’influence tandis que le camp de l’actuel président de la République, Thabo Mbeki, traverse une période de fortes turbulences. Situation critique donc pour celui ou celle qu’il désignera pour sa succession. Une réaction est attendue au plus vite si ce candidat ne veut pas se retrouver distancer et même isolé. Donc neutralisé ! Tous les éléments sont réunis pour une lutte à couteaux tirés.

L’essentiel est que les protagonistes gardent le sens de l’intérêt général, autrement dit, celui de l’Afrique du Sud qui a accompli un miracle au lendemain de la fin de l’Apartheid et qui, de nos jours, a tous les atouts en main pour figurer parmi les pays les plus prometteurs et s’imposer comme une puissance qui compte sur l’échiquier international à la fois en termes économique et politique. Pourvu que ses protagonistes ne perdent pas de vue cet enjeu décisif pour le devenir de ce pays fabuleux...

Rappel des faits :

Le vice-président de l’ANC était jugé depuis le 31 juillet pour avoir accepté pour 160 000 euros de pots-de-vin, notamment de la firme française d’électronique militaire Thales. Les poursuites contre Thint (la filiale locale de Thales) ont également été abandonnées.

Malgré six années d’enquête, le procureur avait demandé que le procès, ouvert le 31 juillet, soit reporté après le 15 octobre. Il voulait notamment attendre un jugement en appel concernant la légalité de saisies de documents dans la maison et le bureau de Jacob Zuma. Mais le juge a refusé d’accorder le délai demandé, en estimant que Zuma avait déjà subi « un préjudice social qui s’apparente de près à une punition ». Le juge a conspué les services du procureur, accusés d’avoir mal ficelé le dossier d’accusation, et d’avoir commis des irrégularités, notamment en présentant à la Cour des documents saisis illégalement.


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8 réactions à cet article    


  • Cool Mel (---.---.25.178) 28 septembre 2006 12:29

    Et maintenant ?

    Comme prévu, l’Afrique du Sud d’« Un homme, un vote » va devenir un pays d’Africains - n’oublions pas, en effet, les Etats caraïbes - comme les autres... Bordélique, corrompu et, à terme, pauvre...

    Je répète, comme prévu...


    • faxtronic (---.---.127.82) 28 septembre 2006 14:29

      Et revanchard envers l’homme blanc, en rejetant leur tares sur les defauts des blancs. Mais on aura alors la preuve ultime que le terme afrique prospere est un oxymore.


    • Marsupilami (---.---.92.116) 28 septembre 2006 13:03

      Si Zuma n’est pas élu, ils pourront toujours importer Mugabe et l’élire : les zimbabwéens devraient être ravis de s’en débarrasser. Mugabe chassera alors tous les Blancs d’Afrique du Sud et en fera un nouveau triomphal Zimbabwe.


      • Darkfox (---.---.141.125) 28 septembre 2006 16:02

        De tout façon l’Afrique n’appartient plus au Africiains ni comme certains le pensent le pense aux hommes blancs. Mais bien à la Chine. Et la ou l on peut discuter ... il n y a pas à discuter avec nos amis chinois. Néanmoins je trouve bien qu ’un pays d Afrique ressemble à nos bons vieux pays européens ( attaque en justice, ne se prononce pas sur la question économique, fait du populisme, etc... ) ca rapelle un certain pays... smiley


        • faxtronic (---.---.127.45) 28 septembre 2006 16:06

          C’est clair. C’est la francafrique. Mias bientot la francafrique disparaitra vec la generation de Pasqua et Chirac, car cette generation avait de l’empathie et une certaine complicite avec l’afrique. La nouvelle generation, celle qui n’a pas connu le temps des colonies, ont autant de sympathie pour l’afrique que l’asie, c’est a dire assez indifferent et etranger.


        • Nbutmezi (---.---.1.23) 28 septembre 2006 17:29

          C’est dommage qu’un beau Pays comme l« Afrique du Sud sombre au jour le jour. Si ce pays devient pauvre comme ceux de l »Afrique Subsaharienne, cela ne mettra plus en doute tout ce que l’on pense sur le Africains. Cela sera une honte. C’est evident que Zuma ne merite pas de se presenter a la candidature dans ce pays. Comment voulez vous qu’un presidentaible fasse l’amour avec une seropositive, qui plus, sans aucune protection ; pire que cela, il pretend s’etre douche’ apres cette acte « macabre » pour minimiser les risques de la contamination. Ce type fait honte a l"Afrique du sud et a tous les noirs en general. Les Zoulous sont vraiments des idiots et CONS pour soutenir une nullite’ de ce genre. Si les Africains du sud sont comme Zuma, je dis que ce pays sera comme le Zaire ou le Cameroun d’ici 10 ans. Une honte pour Ce pays qui etait classe’ comme pays developpe’ pendant L"apertheid.


          • Internaute (---.---.9.173) 28 septembre 2006 18:46

            « Enfin, les Sud-Africains craignent plus que tout que ce procès ait gravement endommagé l’image de leur pays sur la scène internationale. En effet, comment avoir confiance en un pays dont le président a été confronté à la justice pour corruption et viol ? »

            Les vrais politiciens s’en fichent du « qu’en dira-t-on ». Regardez en Israël, ils sont tous sous le coup d’inculpations pour délit d’initié, crimes sexuels ou corruption et continuent en place comme si de rien n’était.


            • Carlos (---.---.209.14) 28 septembre 2006 21:55

              Hi Stéphane !

              Je passe un mois sur deux ou trois en Afrique du sud depuis plusieurs années,et je ne te cache pas que « Mandeland » m’inquiète un peu,voire pas mal.Je crains qu’après Mbeki ce soit le déluge ou une régression typiquement africaine.En Afrique, même celle du sud, ce scénario reste très probable.

              Et cette satanée insécurité face à laquelle le gouvernement ne fait strictement rien,surtout qd les victimes sont blanches.Je te dis cela,je suis un noir bantou. C pas avec ces statistiques criminelles qu’ils accueilleront des dizaines de milliers de supporters pour le Mondial 2010...Dont j’estime que c encore trop tôt pour n’importe quel pays afro.Surtt qd on compare avec la brillante organisation germanique de la dernière compétition.

              C quoi ce type qui prétend se guérir du sida avec ail,betterave et douche ? L’Afrique du sud veut un président infecté HIV ? Belle représentation. Ce pays m’inquiète grandement.

              Cordialement.

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