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Afrique : Hollande, le changement c’est aussi maintenant ?

Le président français, François Hollande a déclaré, vendredi 12 octobre, devant les députés sénégalais que leur pays était "un exemple" de démocratie pour l’Afrique "Les trois premiers présidents sénégalais ont su, dans leur diversité, transmettre le flambeau à leur successeur, permettant à votre pays de réussir des alternances sans déchirement", leur a-t-il dit, lors d'un discours prononcé à l'Assemblée nationale

  Le changement en paroles

« Ni ingérence ni indifférence » : c’est ainsi qu’on pourrait définir la nouvelle politique socialiste de François Hollande, empruntée à Lionel Jospin . "Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l'Afrique, il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité". C’est avec cette formule creuse et laconique que François Hollande a bassiné son auditoire lors du sommet France-Afrique. Cette devise, censée résumer toute sa politique à l’égard du continent noir, a déjà été entendue, réchauffée, et redite, chaque fois qu’un nouveau président français venait de prendre le pouvoir. Il a ainsi déçu les caciques des pouvoirs africains à l’ancienne, qui souffrent d’un complexe d’abandon ; il a aussi désespéré les oppositions qui misent sur une improbable « ingérence démocratique ».

Au nom de la mise au placard des clientélismes et de l’arrêt de la connivence avec des régimes contestables, les socialistes veulent faire croire que, la France naguère « faiseuse de rois » dans sa « chasse gardée » africaine. Mais comment cette France du « changement », peut-elle dérouler son tapis rouge, aux autocrates et despotes les plus avérés ? Cette France du « Changement », ne s’est pas gênée de recevoir des présidents au passé et au passif plein de sang et de contestation : Idriss Deby, Compaoré, Ali Bongo, etc. Ceci accentue ou renforce l’idée qu’on se fait des ambassadeurs de France, au Tchad, au Burkina ou au Gabon, qui sont d’influents agents plus ou moins secrets, qui orientent presque ouvertement la politique scabreuse des Etats où ils officient.

Si le premier ministre Lionel Jospin aura d’ailleurs été l’un des seuls hommes d’Etat français d’envergure à ne pas disposer de réseau françafricain . Et il a su imposer, en 1998, l’absorption du ministère de la coopération, longtemps considéré comme le « ministère de l’Afrique », par les « affaires étrangères », marquant la coupure symbolique du cordon ombilical, après trente-cinq ans de réformes avortées, et autant de rapports restés lettre morte. Effectuée dans un contexte d’érosion continue de l’aide publique au développement, qui n’atteint pas, en 2002, la moitié de l’objectif assigné en 1981, par le premier gouvernement de la gauche unie (soit 0,7 % du PNB), la réforme a été conduite à crédits constants. La redéfinition des secteurs d’intervention, visant à faire disparaître la notion très néocoloniale de pays «  du champ  », l’ancien pré carré africain dit « francophone », a eu pour effet de disperser l’aide dans une soixantaine de pays sur trois continents. En 2012, peut-on croire que de nouvelles dispositions ont fructifié l’aide au développement ?

 Une diplomatie à tête chercheuse

En Afrique, l’Etat français est un grand criminel. Depuis l’octroi des indépendances, il n’a pas cessé de soutenir des dictatures et, bien souvent, d’entretenir des guerres civiles ou de fomenter des coups d’Etat. Pour la classe dirigeante française, l’obtention de débouchés, le pillage des matières premières (pétrole, gaz, uranium, métaux rares, bois...) et l’influence dans les institutions internationales (notamment à l’AG de l’ONU) sont des enjeux considérables face auxquels les considérations humanistes n’ont aucune valeur. Si les anciennes colonies françaises sont partiellement mais surtout formellement indépendantes, l’Etat français a mis en place un ensemble complexe de liens franco-africains qui fonde le système néocolonial : bases militaires assurant la sécurité des intérêts français (Dakar, Djibouti, Libreville, Port-Bouët, Bangui.), « aide » bilatérale, franc CFA, accords de coopération (militaires, économiques, techniques et culturels), production et sélection de classes dirigeantes francophiles. La situation économique de ces pays, souvent désastreuse pour les populations, reflète la nocivité de ce système et la profonde hypocrisie des proclamations françaises sur la solidarité nord-sud. En France, cette domination néocoloniale est largement occultée. Les médias français préfèrent évoquer l’impérialisme américain ou chinois, et parfois russe.

Il va de soi que l’impérialisme religieux de l’Islam doit être combattu, particulièrement dans le contexte actuel d’offensive « anti-terroriste ». La diplomatie française le fait et c’est nécessaire. Cependant son anti-impérialisme est bien trop sélectif pour être dénué d’intentions inavouables. Pourquoi la diplomatie française, si prompte à dénoncer les crimes de régimes soutenus par l’armée, ne s’en prend-il pas aux Bongo, Eyadéma, Compaoré, Biya, Sassou et autres despotes africains ? Le règne d’un Compaoré est-il plus légitime que celui d’un Kadhafi ? Il semble que lorsqu’un dictateur est un africain non francophile, la diplomatie française juge la critique inconvenante et déplacée. Pourtant, ce gouvernement « citoyen » devrait avoir à cœur d’alerter les français sur la politique criminelle de l’Etat qui prétend les représenter. D’autant plus que c’est sur cette politique, et non sur celle des intégristes, que la population française peut agir le plus efficacement.

Aimé Mathurin Moussy


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2 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 22 octobre 2012 10:07

    La dictature, le clientélisme et la prédation des matières premières, mises en place par la colonisation sont devenues la norme pour les protégés des multinationales telles que Bongo, Sassou, Eyadema, H.Habre, Compaore …ou des dictateurs comme Mobutu et Bokassa. L’ Afrique est un continent riche, mais les pays occidentaux, la France en particulier, a toujours les dents plantées à l’intérieur ! L’armée française et la puissance publique y défendent des intérêts privés. Le continent noir reste un enjeu économique majeur pour des sociétés comme Bouygues, Lafarge, Areva ou Total........

    voir :
    http://2ccr.unblog.fr/2010/12/05/afrique-terre-de-pillages/


    • lionel 22 octobre 2012 14:51

      Hollande ne représente pas la France. Il n’est pas la France. 


      La France n’existe plus, elle est hébétée, ruinée, salie au combat à côté des Takfiro-sionistes. en Afrique, ce sont les multinationales, le 4e Reich de l’UE, le Qatar qui décident et agissent. Les Français eux, ils ne font que payer les interventions criminelles et illégitimes en Libye et en Côte d’Ivoire et bientôt au Mali, pour installer un régime « démoncratique » qui excluera tous les patriotes Maliens au profit des psychopathes au service de l’UEMOA, La CEDEAO,soumisent à l’UE, soumise à l’AFRICOM... 

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