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Accueil du site > Actualités > International > Afrique : Monsieur Obama, après le discours, la méthode ?

Afrique : Monsieur Obama, après le discours, la méthode ?

 Malgré les promesses d’alternances politiques, les pressions des bailleurs de fonds et la communauté internationale, il semble que le climat d’atonie économique soit durablement installé dans l’Afrique. Corruption. Autocratie. Démagogie. On aurait pu espérer en ce domaine un changement climatique, mais l’imprécation des marchés publics, de la gouvernance et des gestionnaires des biens publics, qui est un des symptômes les plus frappants de l’incurie économique, se porte bien. Cependant, les pays aux potentialités moindres que la plupart des pays africains émergent, tandis que l’Afrique dans son ensemble immerge. Ce qu’il y a de plus frappant c’est que, ces dynasties de l’inertie qui dirigent l’Afrique, sont portées en chœur par quelques grandes personnalités politiques de l’Hexagone. Barack Obama qui suscite tant d’espoirs, va-t-il insuffler une nouvelle dynamique ?

 L’industrie de la pauvreté

Ainsi, les Etats-Unis, l’Union Européenne, proposent de subordonner l’aide au développement à la démocratie, pour redresser des économies asphyxiées par une oligarchie qui se pérennise au pouvoir. Comme personne ne semble admettre qu’il faut avant toute chose stopper le dérapage des dépenses militaires, dans des pays qui ont plus besoin de dépenses sociales : éducation, santé, agriculture, etc. Négliger les causes structurelles de l’appauvrissement de l’Afrique, qui émanent en grande partie des conflits, est une démarche vouée à l’échec. C’est-à-dire que l’on nourrit les dérapages de la gouvernance, sans lui donner des recettes de son incurie. Pourtant, l’expérience nous montre qu’en imposant par la force (faire intervenir les casques bleus partout où la démocratie est bafouée) la bonne gouvernance, cela empêcherait le creusement du déficit et l’accumulation d’une dette qui est une véritable bombe à retardement.

 Et quoi de plus patriotique, pour ne pas dire révolutionnaire, que de faire payer les riches chefs d’Etats dont certains font ces jours-ci la une de scandale financier ? C’est désormais un réflexe international, compréhensible de la part des ONG qui ne cessent de publier des rapports sur la gouvernance en Afrique, pour qui un leader politique à la solde des puissances étrangères ou un opérateur économique étranger, ne saurait être qu’un parasite exploitant la sueur de ces crève-la- faim africains. Mais cela laisse tout de même songeur quand une telle proposition émane d’une grande puissance comme les Etats-Unis, qui dans le discours d’Obama au Ghana, cherche une légitimité auprès de ceux qui se sont attribué le monopole du cœur et de la morale en Afrique : la France, la Grande Bretagne, l’Espagne, etc.

 C’est à croire qu’ils ne savent pas que la politique en particulier, et l’aide au développement général, ont été inventé pour transformer les petites gouttes improductives que sont nos recettes publiques, en fleuves, puis en océans, c’est-à-dire en capitaux productifs. Si chacun des chefs d’Etats africains s’approprie des millions de dollars, il n’aura guère d’autres choix que de les consommer. Mais, s’il est imposé aux Etats une gouvernance démocratique avisée, pour réunir ces sommes planquées dans les paradis fiscaux, issues de la poche de millions de contribuables, alors ils transformeront ces gouttes éparses en un fleuve puissant : l’investissement. Alors, pour la relance de ces économies exsangues, ils mettront à disposition ces capitaux à des chercheurs, à des hommes d’affaires, à des industriels locaux, et ces fleuves donneront naissance à un océan de biens et services.

 La méthode…

On observe judicieusement que si l’on confisquait les biens des ces présidents voyous, pour redistribuer cette cagnotte aux africains les plus pauvres, chacun toucherait une fois pour toutes un salaire. Ce qui permettrait même à petits coups une relance de la consommation. Certes les plus riches seront moins riches, mais les plus pauvres ne seront pas moins pauvres. Car, la plus grande maladie de l’Afrique est d’ordre moral.

Ainsi, une redistribution aveugle, sans préalable de démocratie, de sanctions, contribue à défaire le processus d’investissement, outil indispensable à la relance économique. Au lieu d’assembler les gouttes improductives pour en faire des fleuves créateurs de richesse, on revient à l’envers : on brise le fleuve, on le décompose en ses gouttes initiales pour les rendre aux petites couches sociales, pour la plupart sans repères… Chacun retrouvera sa gouttelette désormais improductive. Il faut remettre l’Afrique entière à la catéchèse de la gouvernance et la démocratie, facteurs essentiels au boom économique, social et culturel.

 S’attaquer aux présidents voyous, sans préparer une alternance démocratique, c’est encore s’en prendre, à la pointe insignifiante de l’iceberg, et ne pas prendre la mesure du travail invisible des biens publics et de leurs dirigeants.

 Si la communauté internationale ne sévit pas avec des signaux forts, ces riches présidents, avec leur armada de conseillers financiers et d’avocats d’affaires, sauront délocaliser leur patrimoine sous des cieux plus accueillants. Et c’est bien là le problème. Cette fuite de capitaux est désastreuse pour la vitalité économique de notre continent, sans lesquels aucun système social ne peut tenir. L’Afrique de ces jours, ressemble à la France d’avant la prise de la Bastille : « Il n’y a "plus de roi, plus de parlement, plus de police, plus d’armée" c’est l’anarchie "Tout le monde savait commander et personne obéir" dira Bailly en parlant de Paris.

Aimé Mathurin Moussy
 

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7 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 13 juillet 2009 14:06

    Oui, en effet, trés bon article.

    Et, tout comme l’ONU s’est « inquiètée » de l’achat massif de terres africaines..... sans que rien ne soit fait, bien sûr....

    Le président Obama a bien raison de dire que les pays africains doivent prendre leur destin en main.
    En effet, il voit avec effroi son concurrent chinois lui bouffer de plus en plus de parts de marché.......

    Pauvre Afrique. Décidément, avoir des richesses naturelles semble bien être, quelque part, un malheur face aux vautours.


    • Nicole 13 juillet 2009 15:03

      Tout à fait d’accord, sauf que la corruption est parfois, et gangrène de façon générale la planète et depuis longtemps. Un gouvernant corrompu est un gouvernant qu’on tient par les bourses. Je ne sais pas si vous avez vu un film ancien qui a pourtant clairement dénoncé, sans qu’on observe de changements notables : le jeu de l’argent


      • Nicole 13 juillet 2009 15:04

        Correction : la corruption est partout !


        • Bois-Guisbert 13 juillet 2009 17:54

          On observe judicieusement que si l’on confisquait les biens des ces présidents voyous, pour redistribuer cette cagnotte aux africains les plus pauvres, chacun toucherait une fois pour toutes un salaire. Ce qui permettrait même à petits coups une relance de la consommation. Certes les plus riches seront moins riches, mais les plus pauvres ne seront pas moins pauvres.

          Pendant combien de temps à votre avis ?

          Décidément, avoir des richesses naturelles semble bien être, quelque part, un malheur face aux vautours.

          C’est-à.dire que les richesses naturelles, c’est bien quand on en a soi-même l’usage. Quand on est obligé de les vendre, parce qu’on ne sait pas quoi en faire, on est à la merci des acheteurs... Forcément.


          • plancherDesVaches 13 juillet 2009 20:45

            Et.... vous réussissez à écrire ça ?

            Je vous plains.


          • Ahlen Ahlen 14 juillet 2009 11:05

            @ BG

            Généralement, je ne suis pas de votre avis. Cette fois, oui. Absolument.

            Si on remonte loin dans le temps, les peuples étaient livrés à eux-mêmes et, cahin-caha, cherchaient leur voie jusqu’à s’en sortir. Aujourd’hui, ce n’est plus possible : « Le droit d’ingérence » de la part des puissants, qui s’apparente au droit de profiter du plus faible, fait que le décollage de ces derniers est devenu très problématique. Il faudrait pour cela une dose immense de bon sens, de savoir-faire et de résistance pour y parvenir. Mais, si ces qualités existaient, le problème ne se poserait pas. Un cercle vicieux !


          • GRL GRL 14 juillet 2009 21:08

            Tres difficile aujourd’hui de débattre à propos de l’avenir des gouvernements africains , et de leurs peuples respectifs.

            Se prendre en main ....

            Se prendre en main signifierait avoir les bras et les jambes libres , or les gouvernements africains n’ont pas les mains libres . Ce continent est un reservoir de richesses et si les mains qui tiennent l’Afrique changent au cours de l’histoire , celle ci n’est pas laissée un instant libre de ses mouvements. On lui a savament construit une situation d’ultra dépendance , on a humilié ses gens durant des générations , on y a déclenché des guerres , vendu des armes , encouragés tour à tour l’une et l’autre partie des conflits , on y a mis en place les fameux présidents voyous , qui n’auraient pu etre ces voyous là si ils ne furent aidés par de plus grands voyous encore. Quelles sont les forces des africains eux même pour pouvoir prétendre au respect de décisions qu’ils prendraient eux même au nom de l’autodetermination ?

            Non pas qu’ils n’y ait de gens sur le continent , qui ne tentent ou ne désirent le changement , qui n’aient eux aussi cette vue d’ensemble qu’on aurait tendance à se croire seuls détenteurs , non , mais enfin dès lors qu’un avis diverge , il est tout simplement écrasé.

            Quel esprit peut alors rêver d’une autodétermination d’une l’Afrique , pour qui on aménage plans de soutient d’un coté et dette de l’autre ? Cette dette double en malhonneteté le pillage des ressources du continent et l’on veille bien à se déculpabiliser de toute malversation en payant les mains noires pour .... anciennement capturer et vendre les esclaves , et actuellement creuser les mines , couper les arbres des forets primaires , ou pire faire la guerre à son frere de sang . Lors du processus de décolonisation , l’établissement de la françafrique a tout d’abord consisté à remplacer des gouvernant blancs au sevice de la France , par des gouvernants noirs au service de la même France ... Partant de là dès lors qu’on parle de Bongo , de Déby et de bien d’autres , on ne parle en aucun cas d’autodétermination , et ce qu’il reste des décolonisations successives , ce sont des matieres premieres à des prix qui ne sont pas le dixieme de celui d’un marché honnete . Ca oui , l’occident est parti . Doublez d’ailleurs ceci par la venu de la Chine et l’on tue dans l’oeuf tout espoir de changement pour les peuples africains . Triplez celà de la dette ( comme si on leur devait quoi que ce soit en plus ) et l’on voit bien que ces gens , tous ces gens sont tout simplement tenus .

            Mais les dégats sont en réalité encore plus grands dans les esprits , oui , dans les esprits . Car depuis tant de générations d’exploitations humaines et matérielles massives , comment imaginez vous que l’on puisse s’éduquer dans une dynamique d’espoir en plus de ne rien avoir à bouffer si je puis dire ? C’est tout bonnement impossible. Le chemin de l’esperence passe alors par les méandres d’une inferiorité vécue comme intrinseque à l’etre , voir atavique , vécue et ecrite comme transgénerationnelle , vécue comme quelque chose dont l’etre africain ne peut se dégager . La corruption en est d’autant plus facile .

            Pour finir je vous revoie à deux travaux , d’abord ceux de François Xiavier Vershave pour ce qui est du sens profond de la françafrique , et bien sur au film Bamako qu’on ne présente plus ,et qui décrit cet etat moral si profond et particulier , entourant toute tentative de reflexion et d’action constructives autour du devenir des peuples lorsque l’on parle d’Afrique .

            Merci à vous
            GRL

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