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Accueil du site > Actualités > International > Aide au développement ! Comment changer ?

Aide au développement ! Comment changer ?

Cet article revisite l’aide au développement, principalement en ce qui concerne l’Afrique.

Quelles solidarités, quelles coopérations pour quel développement ?

L’aide au développement continue à préoccuper non seulement les pays concernés mais également le « simple » citoyen qui s’interroge sur le futur de ce monde. Je me propose de faire partager ces quelques réflexions issues de mon expérience dans les pays en voie de développement de plus de 20 ans à appuyer la mise en place de collectivités locales en Côte d’Ivoire, en Guinée Conakry et au Niger.

Je ferai deux constats et je proposerai trois pistes d’action.

Premier constat : les besoins financiers en faveur du développement sont considérables. Cela paraît être presque une banalité mais l’aide au développement ne se fait qu’au compte-gouttes alors que les besoins sont considérables pour que les choses changent significativement dans la vie quotidienne des populations. Quand tout va bien, c’est-à-dire quand le pays n’est pas sous redressement financier renforcé, voire en rupture de ban avec la communauté financière internationale pour cause de déficit démocratique, on met en place des programmes de financement, urbain par exemple, de 20 ou 30 millions d’euros dans le cadre de programmes de financement de l’ordre de 300 à 400 millions d’euros sur cinq ans, alors qu’il en faudrait dix fois plus pour que les choses commencent à bouger réellement. La présence des Etats-Unis en Irak, c’est 720 millions de dollars US par jour soit plus de 500 millions d’euros. Le rapprochement de ces données, sachant que comparaison n’est pas raison, n’a d’autre but que de montrer que lorsque le monde occidental le veut, il peut dépenser en une seule journée ce qu’il donne, et encore avec des conditionnalités énormes, ce qu’il donne à un pays entier sur 5 ans ! Mais finalement pourquoi donner ? D’autres l’ont dit : « La Corrèze avant le Zambèze ! » La réponse est simple : il faut donner parce que le monde ne peut s’accommoder d’un tel écart entre les pays riches et les autres. C’est d’abord une question d’équité. Cet écart est illustré avec la consommation d’énergie : elle est de 4,5 tonnes équivalent pétrole-tep dans un pays comme la France alors qu’elle n’est que de 0,3 tep dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Tous les autres chiffres connaissent des écarts du même ordre. Il serait vain de pratiquer toutes les politiques anti-immigration en Europe tant qu’il y aura un tel écart entre les pays riches et les autres. De fait, aider les pays en voie de développement c’est d’abord s’aider soi-même à vivre demain un monde plus sûr, un monde meilleur et un monde où les échanges économiques seront plus féconds et renouvelés. Comment trouver de tels volumes financiers supplémentaires : pourquoi ne pas emprunter ? Dès lors que l’on sait que l’on va consacrer une certaine somme chaque année pour l’aide au développement, il est possible pour une collectivité concernée d’un pays riche (Etat, commune, conseil général ou régional) de recourir à l’emprunt pour augmenter substantiellement les montants de son aide et faire ainsi des opérations significatives, quitte ensuite à ne rembourser que sa dette au titre de l’aide au développement. Gordon Brown, lorsqu’il était aux finances dans le gouvernement de Tony Blair avait déjà fait ce type de proposition. Peut-être voudra-t-il lui donner un contenu concret maintenant qu’il est Premier ministre de Grande Bretagne ?

Deuxième constat : il faut trouver un modèle de développement économique pour les pays en voie de développement dans ce nouveau contexte de mondialisation. Il n’existe plus aujourd’hui de schéma de développement économique pour les pays en voie de développement. Ce constat est grave et a de nombreuses conséquences. L’aide au développement avec des montants beaucoup plus conséquents qui seraient nécessaires comme cela est rappelé plus haut n’a de sens que si on sait comment on va entretenir et augmenter par la suite le stock de capital dont on dispose, les investissements qui auront été faits. Or actuellement, personne ne peut dire comment susciter et alimenter un développement économique durable dans un pays en voie de développement. Même si on ne l’a jamais bien su (sinon, il y a longtemps que tous les pays seraient développés...), on peut dire que dans les années 60 on se raccrochait à la théorie du développement par « import-substitution » : le but était de mettre en place des industries manufacturières pour produire sur place ce que le pays avait l’habitude d’importer. Des politiques complexes, de type keynésien le plus souvent (c’est-à-dire incluant une forte participation de l’Etat), alliant des aides à la mise en place d’industries et une politique monétaire visant à rendre plus chères les importations étaient mises en place. Un pays comme la Tunisie a assez bien mis en œuvre une telle politique avec un succès certain. Aujourd’hui, avec la mondialisation, il est plus simple et moins coûteux d’acheter des produits chinois que de produire le moindre boulon. Cette théorie d’import-substitution n’est donc plus du tout applicable. Elle l’est d’autant moins dans des pays où les marchés sont étroits et où la monnaie est forte, comme le franc CFA arrimé à l’euro. Il n’y a pas d’autre modèle et des pays connus pour savoir attirer des investissements grâce à une main d’œuvre qualifiée et peu coûteuse comme Maurice par exemple marquent le pas dans leur développement.

Il faut donc inventer un nouveau modèle de développement économique qui soit fiable et reproductible comme a pu l’être, avec des adaptations bien sûr, le précédent modèle. Parmi les pistes à creuser, celles-ci. La première : partant du principe que les biens manufacturés qui peuvent voyager facilement par containers seront de toute façon plus avantageux à importer qu’à fabriquer sur place dans les pays en voie de développement, la seule production manufacturée pouvant être produite localement avec un avantage comparatif ne peut être basée que sur la transformation de produits pondéreux produits sur place tels que la transformation de produits agricoles ou le bois, sans oublier les produits miniers. En d’autres termes, par exemple, plus une seule grume de bois ne devrait quitter un pays africain sans y avoir été transformée en produit fini. Pour cela, il faut que les pays en voie de développement puissent disposer des infrastructures nécessaires à de telles transformations de produits et d’abord d’une électricité produite en quantité suffisante, ce qui est rarement le cas actuellement, et à un prix abordable.

C’est là qu’intervient la seconde piste de réflexion. Il s’agit d’avancer sur le concept de « relocalisation de la production énergétique ». Ainsi, au lieu d’importer du pétrole de plus en plus rare et cher, on replante des arbres à pousse rapide (5 ans en moyenne) et l’on exploite rationnellement ces nouvelles plantations d’arbres pour produire de l’électricité avec des turbines à vapeur au lieu d’utiliser des combustibles fossiles. On gagne ainsi sur tous les plans : pendant que les arbres poussent ils produisent de l’oxygène qui fait du bien à la couche d’ozone et la vente des arbres fait vivre des paysans du pays au lieu de profiter aux compagnies pétrolières et aux Emirats du Golfe persique (notamment).

Quant aux trois pistes d’actions, ce sont les suivantes :

Première piste d’action : remettre la technique au cœur du développement. En voulant suivre les pays développés, les pays en voie de développement se passionnent pour les métiers du tertiaire négligeant totalement les aspects techniques des problèmes auxquels ils sont confrontés. Or pour distribuer de l’eau, il faut de bons plombiers. Idem pour l’électricité, pour les routes, etc. Il faut des techniques appropriées et il faut qu’une recherche spécifique se mette en place. Il n’en est rien et on utilise exactement les mêmes concepts et les mêmes techniques dans les pays en développement que dans les autres. Comment est-il possible ensuite de produire un bien (eau ou électricité) qui soit à un prix adapté aux bourses des gens des pays en voie de développement alors qu’on utilise exactement les mêmes techniques que dans les pays riches ? C’est tout simplement impossible ! Il faut donc revisiter les techniques et il faut que les pays d’Afrique subsaharienne disposent de spécialistes en énergie solaire, en énergie éolienne ou en biogaz. Or il n’y en a pas ou très peu et il faut des techniciens pour faire évoluer positivement les choses au niveau des populations.

Seconde piste : la démocratie doit être conçue comme un espace de liberté. On a eu trop tendance à penser que la démocratie se résume à des élections libres et transparentes. C’est déjà excellent et c’est un premier pas quand elles le sont et ce n’est pas si fréquent, hélas. La démocratie, c’est aussi la liberté d’entreprendre et voir son bien à l’abri de l’arbitraire et de la prédation, c’est aussi oser penser différemment des autres, c’est aussi oser s’habiller différemment des autres et on peut multiplier les exemples de libertés qui sont peu ou mal respectées dans les pays en voie de développement. Les migrations sont aussi poussées par ce manque de libertés à l’échelon individuel, en plus de l’être par la faim. Cette démocratie passe bien sûr par l’échelon national mais aussi par l’échelon local, par des institutions décentralisées responsables et démocratiquement élues : le maire d’une commune doit être le garant à l’échelon local du respect de cette liberté individuelle pas seulement dans les secteurs qui focalisent l’attention des médias internationaux mais aussi des autres, celles moins visibles mais tout aussi importantes.

Troisième piste : le concept de solidarité doit être revisité. Trop souvent on arrête le concept de solidarité en cherchant à ce qu’il soit décliné des pays riches vers les autres. C’est un peu simple tout en étant fondamental comme je l’ai rappelé à travers le premier constat de cette réflexion. Mais la solidarité doit aussi se décliner au sein des pays en voie de développement, notamment par le paiement régulier des impôts par les classes les plus aisées en laissant à l’Etat le soin de jouer son rôle de redistribution des richesses. Il faut que l’on sente l’engagement citoyen des personnes les plus riches dans les pays en voie de développement en faveur des plus déshérités par l’existence de fondations et d’autres instruments de solidarité. Elle peut se décliner de pays en développement à pays en développement et il faut que d’éventuelles susceptibilités à caractère national soient laissées de côté. La solidarité doit intégrer deux autres dimensions : une dans l’espace, l’autre dans le temps.

Dans l’espace : le développement ne doit pas profiter qu’aux régions les plus faciles d’accès et là où les apports extérieurs ont le plus de chances de bien marcher et de produire des « success stories  ». Les régions les plus reculées et les moins développées d’un pays doivent être concernées aussi dans le cadre d’un aménagement du territoire bien compris, sans que cela ne soulève des débats à caractère ethniques dans les pays concernés.

Dans le temps : la solidarité, c’est d’abord une aide qui doit s’inscrire dans le temps de manière progressive mais ferme et déterminée. On peut faire patienter les populations si on inscrit son action dans la durée et si on tient ses promesses. Certes, cette réflexion n’est pas de nature à révolutionner l’efficacité de l’aide au développement mais elle est de nature à lui faire prendre un nouveau chemin et pourquoi pas, à lui donner un nouveau souffle.


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13 réactions à cet article    


  • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 2 octobre 2007 15:03

    « C’est surtout une question de conviction, ne pensez vous pas ? » Indiscutablement, mais nous ne partageons pas la même. Voici pourquoi.

    « Vous dites que nous devons inventer un nouveau modele de developpement economique, mais n’est ce pas aux africains et à leurs dirigeants de faire ce travail ? » D’abord une précision, l’Afrique n’est pas la seule cible de l’aide au développement. Oui, ils doivent y participer de manière saine (sans les trop habituels détournements de fonds), mais ils ne peuvent y arriver par leurs propres moyens, du fait des « contraintes » qui leur ont été imposées (notamment par les institutions financières internationales).

    « Ne peux t’on pas arreter cette attitude colonialiste qui vise à tout financer et à tout penser à leur place ? (sous entendu qu’ils n’ont pas les capactités pour le faire eux meme). » Ce n’est pas un sous-entendu, c’est une réalité. Lorsque nous aurons rendus les échanges commerciaux avec eux plus équitables, alors, nous pourrons commencer à envisager de tenir pareil discours.

    « Je pense que nous devrions nous concentrer sur l’europe et la france et laisser la liberté aux pays africains de se developper eux meme ». Je rappelle que les pays riches se sont formellement engagés pour les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) à consacrer 0.7% de leur produit national brut à l’aide au développement. Exception faite des pays scandinaves qui ont dépassé cet quota, personne ne daigne pour le moment remplir ces conditions, pourtant peu pénalisantes. Les pays scandinaves ont-ils connu une récession économique pour autant ?


  • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 2 octobre 2007 16:36

    Le rappel des différences culturelles et géographiques qui nous séparent des autres pays mérite effectivement d’être signalé. Il en ressort effectivement que nous avons trop souvent tendance à considérer notre vision du monde comme étant celle des autres, quitte à vouloir l’imposer. La précision est utile, merci.

    Je ne perçois pas l’aide au développement comme une finalité, mais comme un mal transitoire nécessaire. Dans un monde parfait où les pays seraient, pour reprendre votre expression, traités en égaux sur le plan du commerce international, la question de l’APD ne se poserait pas. Ce n’est pas donc une question de se donner bonne conscience mais de se responsabiliser (et non de se culpabiliser ce qui est contre-productif). Puisqu’il semble aujourd’hui très difficile de faire marche arrière et de remettre en cause le libre-échange tant sa mainmise sur la planète est totale, compte-tenu des dégâts évidents qu’il engendre pour les pays les plus pauvres, je ne vois pas d’autres solutions moralement acceptables que de contribuer au développement des pays pauvres via ce mécanisme d’aide. L’abandonner sous prétexte qu’on chercher à se donner bonne conscience revient à accepter les déséquilibres notoires qui régissent le monde, et la manière dont nous cherchons à conserver notre position dominante et notre mode de vie par tous les moyens possibles. En tout cas, que ceux qui rentrent dans cette logique ne se plaignent pas après de l’immigration croissante à laquelle nous faisons face...

    L’idéal je pense serait d’injecter des fonds prioritairement et principalement dans l’accès à l’éducation, ce qui sera la meilleure manière pour ces pays de se prendre en main ultérieurement, en même temps que de limiter le « surplus démographique » qui mettra à mal tout autre type de programmes d’aide au développement...


  • Jean-Michel B. 4 octobre 2007 12:09

    J’apprécie que cet article suscite des commentaires assez contrastés entre ceux qui trouvent que les pays en voie de développement sont presque par « fatalité » (géographique, mentalités, aptitudes, etc.) incapables de s’en sortir et les autres. Je doute sincèrement être en mesure de convaincre les premiers, tellement leur opinion semble être ancré en eux. Ils sont malheureusement nombreux et cela avait donné en son temps un mouvement, le « cartiérisme » du nom de Jacques Cartier qui avait lancé le slogan « la Corrèze avant le Zambèze », trouvant la rime en « èze » appropriée. Je crois qu’il faut être clair : il faut maintenant que l’aide au développement puisse amorcer un processus de développement économique rapide et durable dans les pays en voie de développement. Le fait qu’on soit aujourd’hui en mesure de faire la distinction entre les pays qui sont entrain de se tirer d’affaire comme le Brésil, l’Amérique du Sud en général ou encore le sud-est asiatique est déjà significatif qu’il est possible de s’en sortir. Reste maintenant l’Afrique subsaharienne où rien ne semble bouger et où la plupart des pays semblent truster les dernières places à l’IDH (Indice de Développement Humain publié chaque année par le PNUD. Le fait que le périmètre des pays à aider se soit restreint ces dix dernières années est donc largement positif. Comment faire pour le dernier carré des « irréductibles » s’en sorte aussi. Des pistes existent mais ce que j’ai souligné c’est la nécessité d’un changement d’échelle dans l’aide au développement. Essayer de relever une locomotive de TGV sortie des voies avec un cric de voiture relève de l’utopie. Or c’est ce qui a été fait jusqu’à présent dans l’aide au développement. Les volumes ont toujours été trop faibles par rapport aux besoins. En plus, on imagine mal l’euphorie qui a sans doute gagné les nouveaux dirigeants africains aux lendemains des indépendances lorsqu’ils se sont trouvés à la tête de leurs pays. Que des erreurs aient été commises, soit. Ne fait-on pas un peu de même quand on fait des cadeaux de 15 milliards d’€ aux contribuables au lendemain d’une élection présidentielle âprement gagnée ? Traiter les pays en voie de développement en égaux, pourquoi pas ? Mais ne faut-il pas de l’inégalité pour aller vers plus d’égalité ?

    Au-delà de cette réflexion à caractère général et humaniste, l’Europe, le monde développé peuvent-ils se passer de l’Afrique subsaharienne et laisser les pays se débrouiller par eux-mêmes ? La tentation est grande de répondre oui, « il ne faut plus rien faire » tellement les résultats obtenus jusqu’à présent peuvent être décevants sur la plupart des indicateurs. Je conviens que le spectacle que nous offrent la plupart des dirigeants africains n’est pas des plus encourageants sur le plan du respect des autres et de la démocratie. Mais faut-il condamner un peuple au nom de ses dirigeants ? Non, bien sûr. Or, c’est bien le développement et l’amélioration des conditions de vies des populations qui sont en jeu. En réalité, ce serait « se tirer une balle dans le pied », pour nous français, pour nous européens que de vouloir se retirer de l’aide au développement, en particulier au profit des pays de l’Afrique subsaharienne. Quand les européens désertent un pays pour cause de déficit démocratique, les dirigeants africains sont tentés de répondre aux sollicitations d’aides d’autres pourvoyeurs de fonds : la Chine, l’Inde qui sont à la recherche de matières premières exploitées le plus souvent en dehors de normes respectueuses de l’environnement, les capitaux islamiques « présentables » comme ceux de la Banque Islamique de Développement dont le siège est à Jeddah en Arabie Saoudite ou ceux qui le sont moins et enfin, last but not least (en dernier mais pas des moindres) les capitaux de l’argent de la drogue dont l’objectif est de voir des « narco-états » qui seraient à leur solde.

    Je sais que ce tableau peut être qualifié de caricatural et que nous avons les moyens de tenir à distance des pays qui sortiraient du « droit chemin » ou du moins celui que nous qualifions comme tel mais finalement sommes nous prêts à avoir à notre porte des pays avec lesquels nous avons des liens étroits et dont nous abritons de nombreux ressortissants qui auraient une éthique de vie radicalement différente de la nôtre ? Je pense que non et c’est pourquoi sans aller jusqu’à faire du néo colonialisme, l’aide que nous apportons est là pour construire des modèles de développement (santé, travail, argent) qui nous ont pas mal réussi, à nous européens. Penser que les Africains aiment par définition vivre dans des huttes et manger des racines puisque c’est comme ça que vivaient leurs ancêtres relève du cliché éculé ou du « mythe du bon sauvage » de Pascal. Non, et certains peuvent peut-être le regretter, il n’y a pas tellement d’autres solutions pour les pays en voie de développement que de passer par un développement et un modèle de consommation largement semblable au nôtre. C’est donc par un accroissement très important des volumes de l’aide au développement qu’il faut passer et surtout en inscrivant cette aide dans la durée pour que les choses avancent significativement et durablement. La croissance urbaine dans les pays d’Afrique subsaharienne avance très rapidement et les villes sont invivables. A titre d’exemple de cette « mal-urbanisation » on peut parler de ces petites motos qui ont envahi toutes les grandes villes des côtes africaines qui polluent allégrement beaucoup plus que des transports en commun que ces villes ne peuvent se payer (pas de bus et pas de voirie nécessaire pour les accueillir et aussi pour faire vivre tous les chauffeurs de ces motos qui trouvent ainsi un moyen de gagner leur vie, faute d’emploi plus rémunérateur). Or la lutte contre le changement climatique, et des villes propres aussi en Afrique en fait partie, n’est pas une bataille qui peut se gagner uniquement à la limite de nos frontières, françaises ou européennes, elle est mondiale et nous devrons coûte que coûte la gagner au risque de sombrer complètement.

    C’est là que le mot « solidarité » intervient. On aimerait que cette solidarité soit désintéressée et relève de simple adhésion. Or elle nous devient indispensable. Ne serait-ce déjà plus de la solidarité dès lors que nous aurions un intérêt ? Non, deux morceaux de bois solidaires sont bien deux morceaux de bois qui sont unis. Nous c’est la même chose, nous sommes unis, nous sommes solidaires avec ce continent africain et nous avons des intérêts mutuels et réciproques, c’est une opération « gagnant-gagnant » que nous devons faire. Quant à continuer à craindre qu’avec une telle vision on puisse nous qualifier de colonialistes, c’est hors du champ d’une pensée rationnelle tellement le colonialisme avait une pratique que plus personne ne saurait accepter aujourd’hui et d’abord les pays aidés eux-mêmes qui savent parfaitement mettre des limites là où elles doivent se trouver quand on veut les aider. Le débat se poursuit.


  • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 2 octobre 2007 19:17

    @ l’auteur

    Désolé de ne pas avoir répondu d’abord à votre article, qui démontre une connaissance indiscutable de la matière. Au sujet des pistes d’action, je suis tout-à-fait d’accord sur la première (le développement des technologies). Je crains par contre que les deux autres ne relèvent à court terme du voeux pieux. La transition démocratique est un processus très long, qui nécessite beaucoup de temps sur plusieurs générations. Soutenir les régimes légitimement issus des scrutins et arrêter de tirer les ficelles en coulisse dans le but de s’appropier les richesses du continent africain : une politique étrangère saine des pays riches pourraient faire bien plus que l’aide au développement. Mais là aussi, on reste malheureusement dans le domaine de l’improbable...

    Cordialement


    • Annie 2 octobre 2007 19:44

      Un point que je voudrai soulever à propos de cet article. Le concept de solidarité dont vous parlez, est à mon avis un luxe que beaucoup de pays ne peuvent pas se permettre. La solidarité telle que nous la concevons, est certainement un sentiment d’injustice par rapport à ce que vivent beaucoup de gens. Pour des pays qui sont riches comme le Brésil, l’Inde ou la Chine, mais qui abritent des millions de gens défavorisés, le concept de solidarité n’existe pas en tant que tel, ou il existe uniquement au niveau communautaire. Les négociations commerciales bilatérales ou multilatérales montrent que la solidarité n’existe pas entre pays pauvres, et je doute qu’elle existe dans leur propre pays. Ce n’est pas une critique que je fais à l’encontre de ces pays, car je reconnais que pour être sensible au malheur des autres, il faut avoir un minimum d’empathie pour leur sort, mais aussi un minimum d’assurance que l’on ne se trouvera jamais dans la même situation. Je sais que je peux donner l’impression d’être blasée, mais je ne suis pas. Je travaille depuis des années pour des organisations humanitaires, mais je constate que le développement des pays n’est pas dépendant de l’aide au développement. En fait je me demande si l’aide au développement est vraiment utile, et j’ai fait un long chemin pour en arriver là.


      • moebius 3 octobre 2007 00:39

        Si j’ai bien compris ; l’efficacité économique ne va pas dans le sens « des aides ». Elle a échoué .L’aide doit aller au dela de sa logique d’aide pour amorcer un véritable processus économique durable et autonome. Vaste sujet...


        • Act 3 octobre 2007 19:48

          Monsieur Jean-Michel B.,

          Selon votre nouvelle théorie du développement, le salut de l’Afrique passe par la transformation des produits agricoles financée par la générosité des pays occidentaux. Et plutôt que de se former dans le tertiaire, les Africains doivent apprendre l’utilisation des énergies renouvelables (dont la combustion d’arbres) et l’hydraulique. Comme ça on est bien sûr que dans 1000 les Africains seront encore et auront besoin des gens comme vous pour les aider.

          20 ans en Afrique aux frais de la princesse pour produire ça ! Est-ce bien sérieux ? A quoi avez-vous donc servi ? Vous parlez d’impossibilité de produire à bas coût localement. Pourquoi ? A cause du CFA surévalué dans les anciennes colonies françaises ?

          Et il ne vous vient pas à l’idée que ce carcan imposé depuis Paris pourrait sauter ? Que Areva au Niger pourrait payer l’uranium au prix du marché international ? Que Total et les autres pétroliers pourraient payer le pétrole au prix OPEP ? Que le Congo pourrait décider librement de l’exploitation et de la vente de ses inestimables ressources ? Que les subventions sur les produits agricoles et les aides aux exportations vers l’Afrique qui faussent éhontément le marché pourraient cesser ?

          En un mot que le pillage (authentique crime contre l’humanité) orchestré depuis plusieurs siècles et qui se poursuit allègremment pourrait enfin s’arrêter.

          Trop simple pour votre esprit, il vaut mieux hurler au désespoir sur la misère d’un continent spolié et appeler à la générosité des gouvernants auteurs même du forfait. Surtout ne pas solliciter la justice.

          Non Monsieur Jean-Michel B. et cie, l’Afrique et le monde n’ont pas besoin d’aide, ils ont juste besoin qu’on ne leur nuisent pas. Les véritables amis de l’Afrique militent chez Survie www.survie-france.org.


          • Jean-Michel B. 4 octobre 2007 13:46

            Cher Ami,

            Pour séduisant, votre discours, l’est : on paye les richesses africaines à leur « juste » prix et du coup on arrête l’aide. Pourquoi pas après tout ? En attendant, pour des raisons de facilité on garde la seconde partie de votre proposition et on fait baisser l’aide. Quant à la première partie, « on verra plus tard » car finalement « ça dépend des prix du marché ». C’est ce qui se passe dans la réalité : l’aide décroît les termes de l’échange se détériorent. Doit-on avoir une vue idéale des choses et ne rien faire jusqu’à ce que ça devienne la réalité ou être pragmatique et essayer de résoudre les problèmes au fur et à mesure ? C’est toute la différence entre la révolution et le réformisme. Je suis définitivement dans le réformisme. Mais je me pose la question comment faire pour que les gens puissent se déplacer dans des villes tentaculaires ou puissent avoir de l’électricité quand le prix du barils de pétrole est à 85 $ et sera sans doute bientôt (dans deux ou trois ans, peut-être moins) à 150 $. Par ailleurs, il est facile d’ironiser sur le peu d’efficacité de l’aide qui a été fournie jusqu’à présent. La faute vient-elle de ceux et celles qui l’ont apportée, y compris au concret ou de celles et ceux qui étaient censés la recevoir et qui l’ont peu ou mal utilisée ? C’est un peu trop simple de décréter, que par définition, les pays en développement ne sont pas en mesure de définir exactement ce dont ils ont besoin. Quant à la surévaluation du F CFA et à ses effets économiques négatifs sur la compétitivité des produits des pays de la zone qui utilise cette monnaie, c’est une réalité mais voir ces mêmes pays au lendemain d’une dévaluation du F CFA comme ce fut le cas en 1994 est quelque chose de bien pire encore.


          • Jean-Michel B. 4 octobre 2007 13:50

            Cher Ami,

            Pour séduisant, votre discours, l’est : on paye les richesses africaines à leur « juste » prix et du coup on arrête l’aide. Pourquoi pas après tout ? En attendant, pour des raisons de facilité on garde la seconde partie de votre proposition et on fait baisser l’aide. Quant à la première partie, « on verra plus tard » car finalement « ça dépend des prix du marché ». C’est ce qui se passe dans la réalité : l’aide décroît les termes de l’échange se détériorent. Doit-on avoir une vue idéale des choses et ne rien faire jusqu’à ce que ça devienne la réalité ou être pragmatique et essayer de résoudre les problèmes au fur et à mesure ? C’est toute la différence entre la révolution et le réformisme. Je suis définitivement dans le réformisme. Mais je me pose la question comment faire pour que les gens puissent se déplacer dans des villes tentaculaires ou puissent avoir de l’électricité quand le prix du barils de pétrole est à 85 $ et sera sans doute bientôt (dans deux ou trois ans, peut-être moins) à 150 $. Par ailleurs, il est facile d’ironiser sur le peu d’efficacité de l’aide qui a été fournie jusqu’à présent. La faute vient-elle de ceux et celles qui l’ont apportée, y compris au concret ou de celles et ceux qui étaient censés la recevoir et qui l’ont peu ou mal utilisée ? C’est un peu trop simple de décréter, que par définition, les pays en développement ne sont pas en mesure de définir exactement ce dont ils ont besoin. Quant à la surévaluation du F CFA et à ses effets économiques négatifs sur la compétitivité des produits des pays de la zone qui utilise cette monnaie, c’est une réalité mais voir ces mêmes pays au lendemain d’une dévaluation du F CFA comme ce fut le cas en 1994 est quelque chose de bien pire encore.


          • Act 4 octobre 2007 15:04

            « La faute vient-elle de ceux et celles qui l’ont apportée, y compris au concret ou de celles et ceux qui étaient censés la recevoir et qui l’ont peu ou mal utilisée ? » La faute vient de ceux qui ont défini une pseudo aide qui est en réalité le cache-sexe de leur forfait de spoliation. C’est d’autant plus pervers que les peuples « récipiendaires » croient réellement à cette aide/infériorité et ferment les yeux sur les pillages, tandis que les peuples « donateurs » sont persuadés de leur grandeur/supériorité et ne contrôlent pas les activités politicoéconomiques dans ces terres désolées. Tout cela pour le plus grand bonheur des politico-maffieux qui se servent grassement et arrosent leur clientèle de politicards africains de pots de vins suffisants pour les fidéliser à jamais dans la lutte contre leurs propres peuples.

            Si vous êtes de bonne foi, alors vous êtes étonnament naïf. Mais sur 20 ans on a peine à y croire. Les gens comme vous vivent de cette aide. Ce sont des petits princes persuadés de faire l’histoire de ces peuples plongés de force dans l’obscurantisme. Comme les soldats au front, ils tirent mais ne sont pas responsables de la mort des autres combattants. Parfois, ils risquent leur peau, sont même sacrifiés, mais se demandent rarement quel est le sens de leur combat.

            « C’est un peu trop simple de décréter, que par définition, les pays en développement ne sont pas en mesure de définir exactement ce dont ils ont besoin. » Je ne comprend pas cette affirmation qui ne vient pas de mon post précédent. Les pays en développement sont certainement capables de définir leurs besoins. Il faut juste qu’on les laisse faire et leur demande leur avis, ce qui semble vous gêner.

            D’après vous le plus simple serait d’aider plutôt que de payer au prix du marché, qui n’est pas nécessairement « le juste prix ». Cette idée ne vous fait-elle pas mal au crâne ? Quand vous allez à la superette, vous cassez la gueule à l’épicier, vous vous servez et ensuite vous lui accordez un énorme 5 à 10% de ce que vous avez pris pour l’aider. Cela vous réjouis et vous semble tout à fait normal.

            Pour finir, je reprendrais ma conclusion, PAS D’AIDE, PAS DE NUISANCE, C’EST TOUT ! Les vrais amis de l’Afrique militent avec Survie http://survie-france.org/


            • Chems 4 octobre 2007 23:21

              Je suis un peu surprise de la virulence avec laquelle les militants de Survie (ou plutôt le militant, car j’espère que ça n’est pas une généralité) peuvent réagir à cet article qui est loin d’avoir un accent colonialiste, comme cela a pu être écrit, et qui n’a manifestement pas non plus été écrit par un « profiteur ». Ce qui m’étonne, c’est qu’on puisse dire que ces pays n’ont pas besoin d’aide. Car qu’on soit ou non ressortissant d’un pays en développement, il paraît assez présomptueux de penser pouvoir s’affranchir de toute aide.

              Car justement, cet article ne parle pas uniquement d’aide comme d’argent apporté, mais bien d’aide au développement, avec tout ce que cela implique, certes des fonds fournis pour construire, renforcer, former, mais aussi des transferts de technologies, de techniques et de compétences.

              Il y a effectivement en Afrique des gens qui tentent d’apporter leur pierre à l’édifice pour changer les choses. Sont-ils utopistes ? Peut-être ... en tous cas très certainement très optimistes et très convaincus de ce qu’ils font. Et heureusement. Car si ces « naïfs », comme vous le dites, n’existaient pas, qu’ils soient européens comme africains, y aurait-il des élections ? Y aurait-il une société civile qui émerge ? Y aurait-il encore une perspective de vivre dans une société libre et indépendante où l’on peut s’exprimer et entreprendre ?

              Alors qui sont les vrais amis de l’Afrique ? Tout d’abord les Africains qui s’investissent, et pas seulement pour détourner les fonds, contrairement à l’idée qui semble communément répandue, et tous les gens, fonctionnaires, humanitaires, qui vivent loin de chez eux, dans des conditions pas toujours enviables, parce qu’ils croient en ce qu’ils font.


              • Act 5 octobre 2007 11:05

                Chems, je ne suis pas militant de Survie, juste admiratif de personnalités comme F-X Verschave ou Odile Tobner qui ont disséqué la question et pris le taureau par les cornes. Je m’élève simplement contre les idées reçues qui sous couvert de bonnes intentions font un mal fou aux pays en développement et finissent ici par nous lasser tellement c’est illogique.

                Vous êtes surprise de ma virulence. SVP relisez-moi attentivement. Vous pourrez ensuite me dire quel est le bilan de ces décennies d’aide « pour construire, renforcer, former, mais aussi des transferts de technologies, de techniques et de compétences ». Vous le comparerez sur chacun des points que vous avez cité aux dragons asiatiques qui en 60 avaient le même niveau de développement et les ressources naturelles en moins.

                Vous pourrez alors juger OBJECTIVEMENT de ma virulence en faveur des centaines de millions de personnes victimes de cette hypocrisie. Et dire à qui profite une amitié qui infantilise pour permettre de piller, d’abrutir et de massacrer en rond.

                La seule amitié pour les Africains et les autres PVD est le combat contre les tyrans locaux et leurs commanditaires du nord, contre cette hydre baptisée par Verschave Françafrique ou Maffiafrique, selon son périmètre.

                J’espère qu’on s’est compris

                Cordialement


                • Jean-Michel B. 5 octobre 2007 17:58

                  Je ne voudrais pas que le dialogue se circoncrive à mes réponses à ACT car je me rends compte que plus réponds à ce groupe, plus cela lui permet de renvoyer sur son site, en fait, mes réponses servent à lui faire de la publicité !!! (je plaisante). Je voudrais remercier Chems pour son intervention et dire que je trouve la réponse d’Act « sympathique ». Au demeurant, pour éclairer les personnes et groupes qui suivent ce débat, certaines remarques ne peuvent pas rester sans réponse. Dans la seconde réponse d’Act, en ce qui concerne le premier point, on ne peut que déplorer la vision négative à l’extrême sur les pays en développement et cette caricature qui permet de dire « tous pourris » : les dirigeants africains et les dirigeants occidentaux qui les soutiennent et les instrumentalisent. Ce point de vue est hélas assez répandu et sert tout à fait les personnes un peu xénophobes qui préfèrent que les moyens financiers pour aider ne sortent pas des frontières de l’hexagone. Comme quoi il y a de curieux rapprochements entre des points de vu teintés de nationalisme voir d’hyper nationalisme (on dirait en gros d’extrême droite) et eux des altermondialistes (en gros on dirait d’extrême gauche). La réalité est plus nuancée et la lutte contre la corruption gagne des points dans les pays africains à la fois à l’instigation de ses dirigeants (des exemples ont été faits récemment au Cameroun, mais il y a un MR anti-corruption qui est très craint au Mali...) mais aussi par le jeu de l’engagement personnel de certains cadres des administrations africaines qui prennent conscience du danger que représente la corruption. S’il ne fait pas dresser un tableau particulièrement sombre des Etats africains, il ne faut pas non plus noircir le tableau de l’action des autres bailleurs de fonds et de la France en particulier qui seraient complices de la déliquescence des Etats africains. Les procédures ont bien changé au fil des ans et les « éléphants blancs » des années 60 ont disparu au profit de projets mieux ciblés et plus efficaces. Sur le deuxième point, on sent une certaine hypocrisie d’ACT par rapport à l’argent quand il cite à plusieurs reprises les 20 passés en Afrique par l’auteur de l’article. D’une simple remarque dans la première remarque ça devient déjà dans sa seconde intervention un point qui mérite plusieurs lignes : on est pas loin de l’argent mal gagné et de l’enrichissement sans cause. Mais plus sérieux, la question est celle de la professionnalisation des personnes qui interviennent en faveur du développement. Appuyer le développement est un métier à part entière qui demande du professionnalisme. Au lieu de 20 ans passés en Afrique par une personne, peut-on penser que 20 personnes intervenant chacune 1 an auraient été plus ou aussi efficaces ? C’est comme si on disait qu’un cardiologue doit changer chaque année de spécialité ! De fait, on assiste dans l’appui au développement à une rotation trop rapide des intervenants qui sautent d’avion en avion et qui viennent donner des leçons après une semaine passée dans un pays, sans prendre le temps de partager, toutes choses égales par ailleurs, la vie des administrations nationales. On assiste aussi à la venue de jeunes diplômés, un peu comme des jeunes du Corps de la Paix américain, qui ont avant tout à donner leur bonne volonté alors qu’une personne plus expérimentée serait plus productive. C’est un peu comme si on disait aux africains, « finalement des jeunes qui viennent apprendre le métier chez vous, ça vous suffit largement ». En fait, bien souvent ces jeunes gagneraient, y compris pour eux-mêmes à être encadrés par des experts plus chevronnés. Enfin, on assiste à la venue de personnes d’ONG, souvent très motivées mais qui découvrent un peu chaque fois les pays e comme elles viennent souvent de manière bénévole, c’est bien difficile d’être exigeants à leur endroit. Bien sûr, avec des jeunes et des bénévoles l’aide au développement coûte moins cher qu’avec des professionnels. Quand on veut faire appel à des professionnels, ce sont des bureaux d’études qui interviennent que ce soit dans le cadre de coopérations bilatérales ou multilatérales comme celle de l’Union Européenne et là le bureau d’étude commence par se prendre une marge de 50% sur la rémunération qu’il donne à l’intervenant pour faire vivre ses frais de structure. En réalité, le système français des assistants techniques qui restaient un certain nombre d’années dans un pays avait ses avantages mais il a disparu victime de la réduction drastique de l’aide au développement sous des gouvernements de droite comme de gauche au cours de ces quinze dernières années. Quant à la « juste rémunération » des produits africains, autant discuter du sexe des anges. En attendant, on laisse faire les choses. En effet, mis à part un marché pour fixer les prix, on n’a pas inventé quelque chose de mieux. La caricature de la personne qui va voler des produits chez un épicier m’a fait sourire mais la différence c’est que le coton qui quitte le Burkina Faso par exemple a bien été payé à un prix donné, insuffisant, peut-être mais le paysan n’a pas cédé sa marchandise sous la contrainte. Les paysans savent très bien faire des arbitrages quand la vente d’un produit ne les rémunère pas : il arrêtent de produire et se tournent vers autre chose. Qu’Act arrête de vouloir faire croire que les paysans africains sont des gamins qui ne comprennent rien. Pour illustrer la différence entre une démarche utopique et une autre, réaliste, je prendrai deux faits tirés de l’actualité de ce jour. Le Sénégal vient d’obtenir des partenaires au développement 1,8 milliard de dollars pour mettre en œuvre son programme de lutte contre la pauvreté. Dans le même temps, sans doute conseillés par des partisans de la théorie prônée par ACT de la « rémunération au juste prix », les pays d’Afrique de l’Ouest refusent de signer l’Accord de Partenariat Economique - APE avec l’Union Européenne espérant des conditions plus avantageuses que celles qui leur sont offertes actuellement alors que si rien n’est signé avant le 31 décembre 2007, ils passeront au régime général des transactions régies par l’OMC et qui sont moins favorables que celles proposées par l’UE. Ils attendent un « plan B » qui viendra ou peut-être ne viendra pas !!! Eta la rémunération au « juste prix », ils pourront certainement la demander aux chinois qui achètent le maximum de matières premières sur la planète et particulièrement en Afrique ! Les journaux nationaux au Niger, au Gabon et autres RDC regorgent d’exemples où les travailleurs de ces pays se révoltent carrément quand ils travaillent pour des entreprises chinoises, tellement ils sont mal traités. Comment imaginer que ce entreprises payent les matières premières à leur juste prix. J’entends déjà Act crier que ce qui est écrit dans ces journaux n’est que manipulation. Cela dit, je pense que cet article a déjà suscité un débat assez riche et contrasté et j’arrêterai donc avec ces lignes mes apports.

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