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Aide aux pays pauvres

Initialiser le cercle vertueux du développement durable...

Il y a des pays avec beaucoup de pauvres, mais il y a aussi beaucoup de pauvres sans pays, ou rejetés par leur pays comme au Darfour. Ce n’est pas une formule, c’est la réalité. Toutes les aides qui sont gérées par le FMI, la Banque mondiale, la BED, le PNUD et les autres organismes créés notamment sous l’égide de l’ONU s’adressent au premier groupe, aux hommes qui vivent dans des pays organisés - avec un Etat, des institutions, un gouvernement, une administration. C’est l’esquisse d’une sorte de fiscalité mondiale pour laquelle on ne peut qu’avoir de la sympathie, accompagnée de regrets, compte tenu des tensions entre les pays siégeant au Conseil de sécurité, de la faiblesse de l’Union européenne et de l’hégémonie de la culture et de l’économie américaines.

Les aides ne vont pas, hélas, vers tous ceux qui ne connaissent pas d’Etat de droit, pour lesquels les institutions et toute forme de gouvernement ont disparu ; pas à ceux-là qui souffrent non seulement de pauvreté et qui ont une espérance de vie courte, mais qui sont d’abord condamnés à vivre dans l’insécurité, le pillage, la maladie, et qui risquent à tout instant de se faire massacrer, par routine, pour rien, parfois par des enfants. C’est une lutte permanente pour l’eau, la nourriture, une lutte pour survivre dans un environnement dangereux où le plus fort impose sa loi - les hommes aux femmes et aux enfants qu’ils font travailler dans des conditions d’esclavage -, où les malades sont abandonnés sans soins alors que les grandes pandémies ressurgissent à côté de maladies nouvelles comme le Sida sans que l’on puisse rien entreprendre qui soit à l’échelle des besoins. La description de cette pauvreté de masse, de cette pauvreté extrême, a été faite de façon détaillée ; elle est reconnue et montrée par les télévisions du monde entier. C’est, aujourd’hui, ainsi que des hommes vivent, plutôt survivent, et les imprécations idéologiques des uns et des autres, les références au colonialisme, à la traite des Noirs, à l’ethnicité ou à tout autre explication historique et sociale n’y changent rien. Combien sont-ils dans cette situation ? Un milliard, deux milliards ? peut-être plus. Des noms viennent aussitôt à l’esprit : Sierra Leone, Congo, Liberia, Soudan, Angola, Mozambique, Madagascar, etc. Cette liste est trop longue ; elle reste d’ailleurs incomplète tant il y a d’espaces où cette situation perdure pour des populations laissées de côté par des dictateurs satisfaits d’un pouvoir limité qui leur assure, à eux et à leurs amis, reconnaissance internationale et richesse - Mobutu n’est pas mort, un des ses avatars saigne à blanc la Corée du Nord, mais il n’est pas le seul ! Le Zimbabwe qui hier nourrissait l’Afrique importe aujourd’hui de la nourriture, du fait du prince qui le gouverne !

Ces pauvres-là, ceux qui tentent de survivre avec moins d’un dollar par jour (mais que vaut un dollar au sud Soudan par exemple ?) dans des espaces géographiques non étatisés - la carte du monde a de nouveau beaucoup de taches blanches -, qu’ont-ils à attendre d’une nouvelle « cagnotte pour les pauvres » faite par les pays riches ? Rien ! Ils ne recevront jamais le dollar de la solidarité internationale, car ils ne vivent pas dans des pays pauvres, ils vivent sans pays ; ils sont « non-étatisés », donc pratiquement inaccessibles - à l’exception d’opérations ponctuelles conduites par les ONG, dans la mesure où les risques peuvent être momentanément acceptés (il y a aussi dans l’action humanitaire des « fenêtres d’intervention » comme dans l’action militaire !). Ces zones géographiques soumises à l’anarchie ne livreront pas leurs pauvres aux bailleurs de fonds occidentaux. Cette barbarie ne tombera pas avec des aides financières, de nouveaux Mobutu sont là pour récupérer les dons, prédateurs tapis dans l’ombre.

Que faire ? Faut-il sortir des cadres habituels qui sont ceux des organismes internationaux et des ONG et inventer autre chose, fondé sur le « droit d’ingérence », qui devient d’ailleurs un « devoir d’ingérence » ? Il faut en effet s’interroger, de façon globale, sur le « que faire ? », et non plus seulement sur le « combien ? » du court terme ; passer de l’action ponctuelle au « système d’assistance ». Ne soyons pas généreux, ne pratiquons plus cette générosité imbécile (et de bonne conscience) qui arrose largement sans vouloir savoir ce qu’il advient de ses largesses - par paresse, par désintérêt, par bêtise plus souvent, ou les trois à la fois. C’est dire que des programmes nouveaux et très ambitieux doivent être élaborés et conduits avec tous les moyens nécessaires, y compris bien évidemment les moyens militaires, pour reconstruire les Etats là où ils ont disparu sous les tourments de la décolonisation, de la fin de la guerre froide, des guerres tribales, des mafias du diamant ou du pétrole, etc. S’agit-il d’intervenir directement dans les affaires intérieures d’un pays ? bien évidemment ! Et ce, d’autant que lorsque le pays n’existe plus - c’est-à-dire que l’Etat qui doit assurer le monopole des armes et de la collecte de l’argent n’assure plus ces deux fonctions -, l’intervention de la communauté internationale a justement pour première finalité de le recréer - cela dans une zone géographique définie et reconnue. C’est, au-delà du droit d’ingérence, un « droit d’assistance à population en danger ». (Mais peu importe les termes, il ne s’agit plus de diplomatie.)

Nous ne partons pas de rien ; l’intervention militaire au Kosovo et en Afghanistan a conduit la communauté internationale à avoir cette approche globale qui entend mettre en place l’Etat de droit avec ses institutions, son gouvernement et ses autres attributs, de façon à sortir les populations de la misère et de l’exploitation, pour leur donner les clés d’accès à une authentique culture reposant sur les « droits de l’homme » et conduisant au développement durable.

La Sierra Leone, le Congo, le Liberia, le Soudan, l’Angola, le Mozambique, Madagascar, etc. devraient, eux aussi, bénéficier de programmes de ce type. Sinon, à quoi bon lever encore des fonds pour alimenter les comptes des petits potentats régionaux, de ces Pieds nickelés sanguinaires qu’on s’est plu à considérer, par faiblesse et commodité, comme des interlocuteurs acceptables, dans la foulée d’une décolonisation inévitable, souhaitable mais bâclée ?

Nous devons reprendre les choses en main pour sortir de la grande misère ces populations jusque-là sacrifiées. Ce ne sera pas facile. Il est facile de donner de l’argent - d’autant qu’on le fabrique à grande échelle un peu comme on veut ; il n’est pas facile de faire naître ou renaître des Etats dans une optique démocratique - en dehors desquels l’homme ne peut plus vivre, et sans lesquels nous sommes impuissants.

Rien de très nouveau non plus dans les dernières propositions des uns et des autres sur la recherche, pour ces aides au développement, d’un « retour sur investissement ». Les pays donateurs préfèrent s’en remettre aux mécanismes bien connus d’abandon périodique de créances plutôt que d’accompagner les bénéficiaires dans l’emploi qu’ils font des sommes qui leur sont distribuées par les organismes ad hoc (dont ce n’est d’ailleurs pas le rôle). Et pourtant, à quoi servent ces aides s’il n’y a pas de retour sur investissement ? On sait qu’elles se perdent dans les sables mouvants des administrations locales et alimentent les comptes off shore des potentats locaux. Ne pas se préoccuper de retour sur investissement, seul phénomène créateur de richesse, c’est institutionnaliser cette corruption. Ce n’est rien d’autre que donner quitus à Mobutu de sa fortune, pratiquement égale aux aides financières reçues par le Zaïre sous son règne...

Les acteurs du développement sont souvent terrorisés par les mots : bénéfices, profits, capital, dividendes... qui seraient autant d’obstacles à leur liberté d’action, à l’élaboration de programmes de longue durée, aux investissements dans les services publics (ou considérés comme tels). Mais est-il un seul investissement, une seule dépense, qui puissent échapper à l’analyse du juste « retour sur investissement » ? Non, bien sûr ! Une dépense inutile ne génèrera jamais de richesse, un investissement « sans retour », ne permettra jamais un autre investissement. La dépense, publique ou privée, doit toujours s’inscrire dans un cercle vertueux de création de richesse - pour le plus grand nombre, cela va de soi. Sans cela la pauvreté perdure, créant son propre cercle pernicieux.

Ce n’est pas en construisant des palais présidentiels ou des lieux de culte pharaoniques - comme l’ont fait jadis des civilisations disparues -, ce n’est pas en se dotant d’armements inutilisables, qu’un « retour sur investissement » peut être obtenu. Mais ce sont d’obscurs travaux d’irrigation, l’achat de machines agricoles, la construction d’écoles, de dispensaires, d’hôpitaux, de routes, etc. qui permettent de l’atteindre, de créer le cercle vertueux du développement.

Pourquoi la Chine est-elle enfin sortie de la misère ? Non parce qu’elle a reçu suffisamment d’aides, mais bien parce qu’elle a su utiliser le peu dont elle disposait, et peu à peu entrer ainsi dans le monde industriel et commercial des biens et des services. Et plus rapidement qu’on l’aurait imaginé compte tenu de ses retards et de son système politique. Il n’y a pas là on ne sait quelque main invisible, mais le génie chinois de savoir tirer parti des choses, c’est à dire une capacité à obtenir de bons « retours sur investissement », en regardant le long terme. L’Inde est sur cette même voie. Mais combien d’autres restent simples spectateurs, en Afrique notamment ?

Les civilisations elles-mêmes ne sont-elles pas été confrontées à ce problème incontournable du « retour sur investissement » ? La Chine s’est épuisée à construire sa Grande Muraille, mais la civilisation chinoise a traversé les siècles ; l’Egypte s’est tout autant épuisée à construire des pyramides, mais les dynasties ont été balayées par les vents de l’Histoire ; sont-ce les empereurs chinois ou les pharaons qui ont fait les bons choix d’investissement ? Y a-t-il une corrélation entre ces faits ? Les Romains ont fait leur muraille pour se défendre contre les barbares d’Europe centrale, mais ils ont laissé le Moyen-Orient sans défense ; n’ont-ils pas payé le prix de cette erreur ? Du pont du Gard au tunnel sous la Manche, de la Tour Eiffel aux axes autoroutiers, il n’y a rien d’autre pour juger de leur pertinence que ce critère. En prenant bien évidemment en compte tous les facteurs, sociaux, économiques, démographiques etc., ainsi que le facteur temps. Ce calcul il est vrai n’est pas facile, et dans le temps les résultats peuvent s’inverser Mais l’ignorer c’est refuser de dessiner les premiers traits du cercle vertueux du développement.


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2 réactions à cet article    


  • Schwarzenegger 25 mai 2007 13:24

    Le retour sur investissement, la juste vision.


    • vicentelive 31 mai 2007 00:34

      bonjour et merci pour cette article mais vous devez avoir une confiance aveugle envers vos dirigents pour dire je vous site « y compris bien évidemment les moyens militaires » afin de reconstruire les états,je n’y crois pas.Un sourire oui des larmes non allez voir se que nos armées évoquent aux personnes concernées.

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