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Al-Sissi, le général qui veut devenir président

L’appel du chef de l’armée égyptienne, le général Abdel Fattah al-Sissi, à l’attention de la population à manifester en masse pour dénoncer la violence et marquer son soutien aux nouvelles autorités, est favorablement accueilli par les chaînes de télévisions privées[1], l’opposition laïque[2] et le mouvement Tamarrod[3] qui a appelé « tous les Egyptiens à descendre sur les places pour soutenir les forces armées dans leur guerre contre le terrorisme ». Par conséquent, par la voix de son porte-parole Yasmine al-Gouyouch, le mouvement Tamarrod a demandé que « soient jugés tous les responsables des Frères musulmans impliqués ces derniers temps dans l’incitation à la violence ».

 

La réaction des Frères musulmans

Dans le schéma classique de la réponse du berger à la bergère, les partisans du président destitué Mohammed Morsi ont qualifié la déclaration du général Al-Sissi faite lors d’une cérémonie militaire d’« appel explicite à la guerre civile ». Ainsi le mouvement des Frères musulmans a-t-il appelé à des rassemblements « contre le coup d’Etat ». L’appel du chef de l’armée ne fait que légitimer leurs actions[4] en faveur du rétablissement de Mohammed Morsi dans ses fonctions. Cela risque de sombrer l’Egypte dans une escalade de violence, d’empoisonner davantage la situation dans le Sinaï et de faciliter le second épisode de la « révolution du 25 janvier » qui a abouti au départ du président Hosni Moubarak le 11 février 2011.

 

Une stratégie digne de Joseph-Désiré Mobutu et de Gamal Nasser

Trois semaines après la destitution du président islamiste Mohammed Morsi, constate-t-on, le chef de l’armée égyptienne révèle ses véritables intentions. En ayant appelé « tous les Egyptiens honnêtes à descendre dans la rue […] pour [lui] donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme », l’homme fort du pays s’inspire de quelques précédents.Effectivement, après avoir profité en juillet 1960 du désaccord entre les différents hommes politiques congolais, le chef d’état-major Joseph-Désiré Mobutu fit arrêter et assigner à résidence le Premier Ministre Patrice Emery Lumumba et mit en place un gouvernement temporaire, le Collège des commissaires généraux. S’étant paré de la vertu de pacificateur et d’unificateur du territoire, le chef de l’armée nationale congolaise sut manœuvrer entre le contexte extérieur relatif à la guerre froide et la conjoncture interne nécessitant la stabilité. Joseph-Désiré Mobutu récidiverait le 24 novembre 1965, en perpétrant un coup d’État à la suite d’une crise politique aiguë entre le président Joseph Kasa-Vubu et le gouvernement du Premier Ministre Moïse Antonin Tshombe.

A l’instar de Mobutu Sese Seko, en divisant habilement les partisans et les pourfendeurs du président déchu Mohammed Morsi, le chef de l’armée égyptienne tente de faire la démonstration selon laquelle les civils sont incapables d’imprimer la destinée du pays, et que seule l’armée, à l’exemple du long règne d’Hosni Moubarak, pourra stabiliser une situation qui, si elle n’est pas maîtrisée à temps, entraînera une guerre civile dont les conséquences seront très préjudiciables à Israël et à ses alliés occidentaux. Tel Gamal Abdel Nasser, la stratégie du général consiste à préparer les Egyptiens à lui donner un mandat populaire afin de prendre des décisions extraordinaires.

 

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

 

Notes


[1] Qui ont décidé de ne pas diffuser le vendredi 26 juillet 2013 tous les feuilletons populaires et de les remplacer par une couverture des manifestations.

[2] Plus précisément par le Front du salut national, réunissant tous les partis laïques égyptiens.

[3] Lequel a été à l’origine de la pétition qui réclamait des élections présidentielles anticipées et qui est parvenu à faire descendre dans la rue des millions d’Egyptiens pour soutenir ses revendications le 30 juin 2013.

[4] Elles ont déjà occasionné la mort de près de 170 personnes depuis le regain de violence qui a précédé la destitution du président issu des Frères musulmans.

 


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5 réactions à cet article    


  • Constant danslayreur 25 juillet 2013 17:31

    J’ai écouté son discours en arabe ; d’ailleurs très arabe comme discours faisant appel à un tas de fibres et de référentiels loin de l’entendement occidental ou que j’imagine tel hors spécialistes évidemment. Quelques constantes : L’armée est unie comme un seul homme, je vous préviens que ceci cela, j’avais prévu que ça se passerait ainsi, je leur avais dit que la sûreté nationale serait en danger, soyez assurés que je ne permettrai pas que et surtout nous sommes des gens qui craignions Dieu je le dis à X et Y mais aussi à tous nos soldats, sous-off et officiers ... et je jure de par Dieu tout puissant que l’armée est unie comme un seul homme.

    Puisse t-il avoir raison, mais je ne suis franchement pas rassuré. 
     
    Dans le discours il s’est aussi beaucoup dévoilé et distillé – à bon escient j’espère - des confidences sur ses relations de travail avec Morsi et plus généralement avec les islamistes frères ou salafis, avec cette curieuse confidence sur une réunion avec le courant salafi. Une figure bien connue d’icelui lui aurait demandé c’est toujours lui que je cite

    « - Je m’étais dit que je ne citerais pas de noms mais là, … heu … inintelligible, parfois il faut le faire voila c’est donc Houweini qui m’a demandé :
    - Général, croyez-vous que nous devrions avoir notre propre candidat aux présidentielles ? Ce à quo i j’ai répondu :
    - Il faut des compétences très particulières pour ça et puis la phase à venir sera des plus délicates, mon conseil sincère est que non.
    - Il m’a remercié et s’en est allé.
     »

    Genre voyez même les salafis me font confiance… mais au-delà, ce genre de questions est posé à la personne sage, au dessus et à égale distance de tous les courants politiques mais surtout très désintéressée et n’ayant aucune ambition présidentielle d’aucune sorte.

    Bref je le vois mal rapporter ça puis finir un jour par se proclamer comme le Nasser de son temps comme le suggère votre analyse. Cela dit je peux me tromper qui vivra verra

    Il ne m’a pas non plus paru ambitieux genre loup néo-con à l’égyptienne, plutôt un militaire nationaliste et voulant le bien de son pays.

    Je dois aussi reconnaître qu’il m’a paru sincère et capable de consensus, sa « vision » c’est autre chose... l’appel à manifester dans cette conjoncture précise par exemple étant à mon sens une faute grave, une faute historique.
    Rabbi yastour


    • Constant danslayreur 26 juillet 2013 05:43

      Égypte : pourquoi l’armée joue avec le feu Le Point.fr - Publié le 25/07/2013 à 19:10

      Le politologue égyptien Gamal Soltan explique pourquoi l’appel du général al-Sissi à manifester contre les Frères musulmans risque d’embraser le pays. Entretien.

      À quoi joue l’armée égyptienne ? Trois semaines après avoir destitué le président islamiste Mohamed Morsi, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef d’état-major de l’armée, a appelé les Égyptiens à lui manifester leur soutien massif vendredi pour « en finir avec le terrorisme ». Un « appel à la guerre civile », ont jugé les Frères musulmans, dont le Guide, Mohamed Badie, a réclamé en retour des manifestations « pacifiques » contre le « coup d’État militaire sanglant ».

      Directeur du centre Al-Ahram pour les sciences politiques et les études stratégiques (ACPSS), le docteur Gamal Soltan explique au Point.fr pourquoi l’appel du général al-Sissi marque un tournant dans la vie politique égyptienne.

      Le Point.fr : En appelant à manifester contre les extrémistes, le général al-Sissi s’immisce dans la vie politique égyptienne.

      Docteur Gamal Soltan : Effectivement, avec ce discours, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui était l’homme fort en coulisse, se propulse sur le devant de la scène politique égyptienne. En appelant à descendre dans la rue, il prend non seulement les rênes de l’action politique, mais il conforte par la même occasion sa popularité chez les opposants aux islamistes.
      Même s’il s’en défend, c’est bien les Frères musulmans qu’al-Sissi vise lorsqu’il appelle à combattre le « terrorisme ».

      Cette annonce marque un tournant dans la crise égyptienne. C’est la fin de la tolérance à l’égard des Frères musulmans qui manifestent depuis trois semaines. C’est également un tournant pour le rôle du général al-Sissi et de l’armée dans la politique égyptienne.

      Que voulez-vous dire ?

      Les manifestations de vendredi vont faire office de test de popularité pour lui. Le général al-Sissi est désormais la figure la plus populaire en Égypte. Il est d’autant plus fort qu’il allie la popularité à la puissance militaire. Il essaie donc de jouer un rôle plus important en politique.

      L’armée avait pourtant juré de rester à l’écart du pouvoir, notamment après l’échec de la période de transition dirigée par le maréchal Tantaoui.

      Et il n’est pas sûr que l’armée souhaite jouer le même rôle que sous Tantaoui.

      Mais le général al-Sissi a tout de même été nommé vice-Premier ministre, en plus de son poste de ministre de la Défense.

      Nous n’en sommes qu’au début, et il reste beaucoup d’étapes avant d’arriver au niveau d’ingérence de Tantaoui dans la politique. Il faut observer comment al-Sissi va tirer profit de ses atouts.

      L’appel d’al-Sissi prouve bien que la « révolution du 30 juin » n’était qu’un coup d’État militaire...

      Ce n’est plus le problème aujourd’hui. Ce qui importe, c’est que l’armée joue désormais un rôle important en politique. Ce qui importe, c’est que beaucoup de gens qui s’inquiétaient d’une ingérence de l’armée en politique soutiennent désormais les militaires, faute d’autre option. Le peuple cherche désespérément une issue pour sortir de la crise. Le général al-Sissi est devenu leur champion.

      Ce discours n’est-il pas un appel à la « guerre civile », comme le dénoncent les Frères musulmans ?

      Il existe une grande vague anti-Frères musulmans qui rassemble une vaste coalition allant de la gauche aux libéraux, en passant par les nationalistes. La bataille entre islamistes et opposants est devenue idéologique. L’appel d’al-Sissi n’était pas la bonne manière de gérer la situation et favorise au contraire une escalade de la violence.

      Jugez-vous la colère des pro-Morsi légitime ?

      Les Frères musulmans ont échoué, car ils n’ont pas mis en place de système inclusif, mais c’est le cas de tout le monde en Égypte. Je ne pense pas que la solution soit d’exclure les Frères. Le pays est profondément divisé. La politique de réconciliation a échoué. L’Égypte n’est pas près de trouver une solution à la crise.

      La stigmatisation des Frères musulmans n’encourage-t-elle pas le terrorisme ?

      Le risque terroriste est définitivement présent. Je ne sais pas encore s’il va atteindre l’échelle de la décennie de violences en Algérie. Mais certains islamistes vont devenir violents.

      http://www.lepoint.fr/monde/egypte-pourquoi-l-armee-joue-avec-le-feu-25-07-2013-1708447_24.php

      Je vous en conjure, ce qui s’est passé en Algérie ne doit jamais se reproduire ni en Égypte ni nulle part ailleurs  smiley


    • Constant danslayreur 26 juillet 2013 06:13

      Je n’avais pas réalisé mais l’appel de Sissi à manifester en masse, coïncide ce Vendredi 26 avec le 17 Ramadan jour anniversaire de la bataille emblématique de Badr (an 2 de l’hégire), la première de l’Islam naissant et la plus profondément ancrée dans chaque musulman partout dans le monde... un hasard sûrement smiley

      Et du coup je comprends mieux ce tribun des frères à Rabéa El Adawiya qui parlait de ce Vendredi à venir comme étant le Vendredi du forqane - autre nom de cette bataille ayant cette fois carrément force de texte coranique dans le référentiel d’un musulman et signifiant jour de la nette séparation entre vérité monothéiste et abomination idolâtre, mot très fort que je n’arrive pas à traduire, sorte de schisme mais pas à l’intérieur d’une même religion.

      Non messieurs, personne en terre d’Islam ne vous a donné mandat de mener en son nom ce Vendredi, la deuxième bataille de Badr et aucun de vous n’arrivera jamais à la cheville des combattants de la première heure et encore moins de leur chef, ni ne représentera le camp de la vérité celui des « bons » contre les vilains d’en face. 

      Rentrez chez vous, rengainez vos petits calculs de m...de ô combien séculiers et très terre à terre, vos hypocrisies, vos alliances contre-nature.

      Le camp des « bons » celui de la vérité s’il existait vraiment, commencerait au dessus de toute autre considération, par préserver le sang des innocents.


    • jef88 jef88 26 juillet 2013 10:53

      la blague du jour !
      al sisi est homo ....
      souvenez vous SISI impératrice ............


      • Hervé Hum Hervé Hum 26 juillet 2013 12:50

        L’armée, enfin ses généraux, ont fait un coup d’état militaire et ont allumé le feu de la violence et de la guerre civile. Face aux manifestations d’oppositions à Morsi ils devaient jouer le jeu de la légalité et donc rester neutre sur le plan politique. En renversant Morsi ils ont provoqués l’embrasement général.

        Un président élu de manière « démocratique » suivant les normes occidentales qui sont pour l’instant les moins pires, devait être destitué de la même manière, par le vote populaire.

        Bref, la faute à ces généraux inconsolables de la perte de leur pouvoirs passés et qui se rêvent tous en succésseur de Moubarak.

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