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Algérie : colonisation et réconciliation

En proposant la réconciliation et l’amnistie aux islamistes, tout en attendant les excuses ou la repentance de la France coloniale, le président algérien manque de cohérence.

Depuis quelques mois, Abdelaziz Bouteflika multiplie les formules chocs à propos du bilan de la colonisation française en Algérie, n’hésitant pas, par exemple, à utiliser le terme de « génocide » pour qualifier l’action de l’armée française. Les propos du président algérien irritent par leur répétition démagogique, voire obsessionnelle. Il est vrai que le passé colonial des grandes nations européennes, entre autres de la France, est ponctué de tragédies pour les peuples vaincus. Mais, pour relativiser sans excuser, n’est-ce pas le cas de toute conquête, exploitation et colonisation d’un territoire... et les peuples sans tache sont rares. Dès lors, où M.Bouteflika met-il une date limite de prescription pour la demande d’excuses de l’un, et l’acte de repentance de l’autre ? Est-ce tout simplement le fait que le peuple vainqueur autrefois existe encore, avec une certaine réussite mêlée d’ arrogance ? S’il est en effet difficile de demander aux Romains de s’excuser pour la destruction de Corinthe ou la déportation des Juifs, les Amérindiens peuvent le demander à l’Espagne.

S’il n’y a pas d’autres limites, j’attends avec impatience les excuses des Arabes et des musulmans pour les souffrances indicibles (oui, vraiment souvent indicibles...) infligées aux populations vaincues au cours des différentes étapes de la conquête de leur immense empire, puis de son exploitation, jusqu’à le rendre exsangue, facilitant ainsi la colonisation européenne. Car, en fait, qu’est la conquête arabe (puis turque) sinon une gigantesque entreprise coloniale presque partout définitive, et qui a réussi, au point de faire parfois totalement disparaître les peuples vaincus ou, pour le moins, de faire apparaître les survivants (berbères, chaldéens, coptes...) comme des étrangers, gênants dans leur propre pays ? Que pense le président algérien de la lente destruction des brillantes civilisations antiques persane et romano-byzantine ? Peut-être ceux qui l’applaudissent connaissent-ils mal leur propre histoire. Afin de combler cette lacune, je leur propose deux lectures édifiantes : tout d’abord, Les Fondements géographiques de l’histoire de l’islam de Xavier De Planhol (Flammarion, 1968), qui montre combien l’expansion musulmane a partout livré aux nomades d’immenses étendues, autrefois riches régions agricoles et urbaines. Ils apprendraient ainsi que l’Egypte romaine avait sept millions d’habitants, qui ne sont plus que deux millions quand Bonaparte y débarque en 1798, la moitié du delta du Nil étant devenu terre de parcours et Alexandrie n’étant plus qu’une bourgade. Ou bien, pour les Algériens et les Tunisiens, comment les destructions des tribus hilaliennes ont transformé leur territoire, grenier à blé dans l’antiquité, en désert ou steppe livrés au grand nomadisme, Carthage étant totalement détruite. Et les vaincus dans tout ça ? Deuxième lecture conseillée : Les Chrétientés d’Orient entre djihad et dhimmitude de Bat Ye’or (CERF, 1991). Cet ouvrage, qui traite aussi de l’Afrique du Nord, fait un sort au lieu commun de la tolérance musulmane, qui n’a existé qu’en de rares et courtes périodes, idéalisées depuis par les musulmans et leurs thuriféraires. Il présente la tragédie des populations livrées des siècles durant aux humiliations, aux pillages, aux déportations et aux massacres de masse (voir le célèbre tableau de Delacroix sur les massacres dans l’île grecque de Chio, la population y étant totalement décimée...) Dans ce contexte, le massacre des Arméniens est plutôt le dernier et le plus terrible des grands massacres d’un peuple chrétien soumis (et sans défense) par les musulmans, que le premier d’une logique spécifique au XXe siècle.


Oui, l’histoire des uns et des autres est terriblement tragique, c’est pourquoi, sur le modèle du texte qu’il vient de faire voter dans son pays, je propose à M. Bouteflika de prendre, à l’ONU, l’initiative d’un vote de réconciliation, non pas nationale, mais internationale, où nous nous absoudrions tous mutuellement de nos crimes. Ce qui est possible pour les horreurs perpétrées par les islamistes et l’armée issue du FLN en Algérie doit bien pouvoir s’appliquer au monde entier (et en premier lieu aux harkis), l’Algérie s’offrant alors en guide et en modèle pour une nouvelle ère libérée de récriminations comptables.


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