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Allemagne : quelle politique européenne et avec qui ?

Qui détiendra le gouvernail des « affaires européennes » à BERLIN ? C’est l’un des points qui, visiblement, restent à régler, après l’accord CDU/CSU-SPD, et la nomination d’Angela Merkel à la chancellerie. En effet, deux personnalités au caractère bien trempé, au tempérament bien typé, se partagent sur le papier les compétences en la matière, en attendant la composition exacte et l’entrée en fonction du nouveau gouvernement,d’ici au 12 novembre, semble-t-il...

Le super-patron de la Bavière et le grand maître de la CSU, Edmund Stoiber, se voit (sous réserve de confirmation) recevoir un portefeuille très large, celui de l’ECONOMIE, qui inclurait les « affaires européennes ».
L’actuel ministre de la défense SPD, Peter Strurk, devrait prendre le ministère des affaires étrangères qui, en principe, chapeaute et gère aussi les « affaires européennes »
Un bel exemple des difficultés (et des chocs de compétences) que va rencontrer cette cohabitation à l’allemande, cette « grande coalition » que LE SPIEGEL qualifie déjà de « petite ».
Du côté des institutions européennes et des gouvernements des 25, on ne tire aucune sonnette d’alarme : l’essentiel, c’est que l’Allemagne ait un gouvernement. Et les félicitations qui pleuvent chez « Angie » ne sont pas toutes purement protocolaires...
Les sentiments pro-européens de Peter Struck ne font aucun doute : continuité dans un militantisme qui ne peut en rien inquiéter Paris, Onu et gouvernance multipolaire sur un plan général, Otan et fidélité à une alliance atlantique « équilibrée », recherche de la constitution d’une Europe de la défense avec une participation active de l’Allemagne. C’est lui qui a signé la nouvelle doctrine militaire allemande : pas de surprise à attendre ni à craindre.
Un moment, des déclarations (calculées) avaient pu faire croire que Struck n’était pas sur la même ligne que Schröder (et Chirac) à propos de l’Irak... Mais le ministre de la défense cherchait plus à ménager l’avenir des relations transatlantiques, et à rééquilibrer le poids de Londres dans les relations entre l’Union européenne et les USA, qu’à modifier la ligne de conduite de Paris-Berlin.
Les engagements européens de Stoibel sont plus chargés d’ambigüités... La Bavière, plus peuplée que bien des Etats européens, riche, puissante, bien équipée technologiquement, est une adepte de ce qu’on appelle « le régional-mondialisme ». La Bavière et le monde : l’Etat allemand et l’Europe comptent peu... Cela est un peu caricatural, bien sûr, mais ce diagnostic est fondé, même Stoibel se plaît à répéter : "La Bavière, c’est ma patrie, l’Allemagne, ma nation, et l’Europe, notre avenir".
L’hégémonie de la CSU en Bavière (où le SPD fait moins de 30%) repose sur un « fédéralisme très décentralisateur », « régional-nationaliste » même. Il a un positionnement politique franchement conservateur, combinant référence à la tradition chrétienne, attachement à la Heimat (petite patrie) face aux empiétements de l’État fédéral et de l’Union européenne, défense de la Leitkultur (culture de référence/culture dominante) allemande et méfiance à l’égard de l’immigration, hostilité aux réformes du code allemand de la nationalité, refus du « désordre ambiant ».
Conservateur « n’est cependant pas réactionnaire » : il faut noter que les violences xénophobes sont plus rares en Bavière que dans bien d’ autres Länder.

Et le « modèle bavarois » qui rencontre des échos dans d’autres régions s’appuie sur des bases sociales larges. Et il repose plus sur un volontarisme que sur des recettes néo-libéralistes. Il est vrai qu’ industrialisé tardivement, le Land de Bavière n’a pas eu à gérer de graves problèmes de reconversion comme ceux de la Ruhr, vieille terre social-démocrate, ou de résurrection, comme les Länder de l’ex-RDA.
L’Europe, il l’aime surtout quand il signe des accords de coopération avec d’autres régions (européennes et autres) grandes et dynamiques, plus que dans des structures qui lui semblent lourdes. "Plus de la moitié des questions déterminantes pour l’économie de la Bavière relèvent aujourd’hui du Parlement européen et de Bruxelles", se plaint souvent le ministre-président. "Nous aimerions que le Comité des régions dispose de pouvoirs accrus, indique Edmund Stoiber. Ainsi, il faudrait que nous puissions directement porter plainte devant la Cour de justice européenne, sans avoir à transiter par les tribunaux nationaux." Il aimerait bien que cette « Europe des régions » entraîne davantage de décentralisation dans « certain pays », en France notamment...
Cela dit, Berlin n’inspire pas les mêmes réflexes que Munich. Et ce n’est pas lui qui, en économie, va faire la « grande rupture libérale » qui a été le cheval de bataille d’Angela Merkel pendant la campagne électorale : il est démocrate-chrétien, pas conservateur « thatchérien »...
Pour le reste, Stoibel soutiendra sans doute Mme Merkel dans ses plaidoyers en faveur d’un retour à une relation plus « traditionnelle » avec les Etats-Unis, se refusant à choisir entre le lien transatlantique et les relations avec la France. La CDU s’était opposée, pendant la crise irakienne, au front antiaméricain que le chancelier a formé avec Paris et Moscou. De même, Mme Merkel avait refusé, pendant la campagne, de critiquer la gestion de l’administration Bush après l’ouragan qui a dévasté La Nouvelle-Orléans. Elle avait reproché aussi l’absence de réserves de Berlin, de Paris et de Bruxelles face à la Russie de Vladimir Poutine (ce qui rassure les Polonais) ou face à la situation des droits de l’homme en Chine.
De même, sur le dossier turc, Stoibel est plus proche de Sarkozy que de Chirac... Le porte-parole de la CDU pour les affaires étrangères, Friedbert Pflüger, avait soutenu l’obstruction de l’Autriche à l’ouverture des négociations entre l’UE et Ankara... Mme Merkel défend toujours l’idée d’un "partenariat privilégié" avec Ankara. Mais la question turque ne se posera vraiment que dans dix ou quinze ans...
C’est avec ces nouveaux acteurs que les responsables français devront compter désormais, dans un climat européen qui ne reste pas bon. Qui ne souhaite pas un renforcement des relations franco-allemandes ? Les premiers tests viendront très rapidement....


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