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Altermonde à Ekaterinbourg

Ekaterinbourg (orthographiée aussi Iékaterinbourg) est une localité Russe sise au pied de la chaîne de l’Oural, fondée en 1723 et appelée de la sorte en hommage à la femme, et future Tsarine, Catherine Ière. Elle fut notoirement connue pour avoir été le dernier lieu de détention de la famille Impériale jusqu’à son exécution au sein de la maison Ipatiev. Dorénavant, par volonté expresse des autorités Russes, elle vient de devenir le foyer d’échanges internationaux ayant accaparé l’attention de l’Occident du fait de déclarations et projets lors d’une double réunion historique.

 
Le 15 et 16 juin derniers ont été l’occasion pour les membres de l’Organisation de Coopération de Shangaï comme pour les quatre pays désignés par l’acronyme BRIC [1] de se rencontrer, d’échanger et de proposer. Si certains tels Eric Le Boucher au sein du quotidien Les Echos [2] se sont rapidement gaussés de l’inanité d’une telle initiative, il n’en demeure pas moins que la portée est symbolique et ouvre des perspectives de réflexion et d’action alternatives que ne veut se permettre l’Europe.

 
Une première BRIC de posée

Si la première mention de ce quatuor composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine fut publiquement énoncée par la banque d’investissement Goldman Sachs en 2003, aucune réunion véritablement officielle n’eut lieu pour donner un minimum de corps à ce qui n’était qu’une dénomination économique de pays susceptibles à eux quatre de dominer les échanges mondiaux d’ici 2050 [3].

Or, avec cette rencontre historique à Ekaterinbourg, c’est un message assez clair à l’intention des dirigeants occidentaux qu’ils ne sont pas avec leur G8 l’unique instance décisionnelle mondiale.

M. Singh, Premier Ministre Indien releva tout d’abord que les BRIC étaient la locomotive économique de la croissance mondiale, propos conforté il est vrai par la bonne résistance de l’Inde au sein du maelström financier et économique actuel [4]. La Russie fit entendre en outre qu’elle souhaiterait diversifier ses réserves en investissant de façon plus accrue dans les instruments financiers des autres membres du BRIC et vice-versa suivant des modalités à définir pour garantir la sécurité et la facilité de ces opérations.
En outre fut réaffirmé la nécessité de gérer les problèmes mondiaux par une approche multilatérale, critique à peine masquée envers la politique internationale des Etats-Unis avec qui les BRIC ont eu souvent maille à partir.

Si effectivement des idées furent échangées, des problématiques débattues et une bonne entente affichée, le sommet fut surtout l’occasion de démontrer que tous ensemble, Brésil - Russie - Inde - Chine avaient les moyens de se faire entendre et d’amorcer une autre vision du monde sur le plan diplomatique comme financier. Néanmoins le plus gros morceau restait à venir…

L’OCS fait vaciller les cours mondiaux

Au contraire des BRIC, l’OCS est, elle, une organisation réelle existante depuis 2001 et regroupant six Etats-membres et quatre observateurs (dont l’Inde). Axé primitivement sur la coopération en matière militaire, l’OCS s’orienta majores pennas nido vers d’autres sphères dont l’économie.

Et c’est précisément sur ce point que la rencontre d’Ekaterinbourg donna lieu à de réels soubresauts à Wall Street, pourtant à plus de 8 000 kilomètres de là.
L’auteur de cette agitation fut le Président Russe qui déclara sans guère d’ambages que les devises nationales se devaient d’être plus largement employées dans les relations économiques entre membres de l’OCS. Comprenez : délaissons le dollar et réglons nos échanges commerciaux avec un panier de devises nationales propres à l’OCS, voire envisageons la création d’une monnaie supranationale [5].
Déjà malmené du fait de la crise mondiale et de la confiance s’érodant par les nombreux utilisateurs du billet vert, le cours du dollar marqua sérieusement le pas une fois communiquée cette velléité de s’affranchir de ce dernier.
Voulant éviter une crise dans la crise, le Ministre Russe des finances Alexeï Koudrine rassura rapidement le monde de la finance internationale en alléguant que pour l’heure il n’y avait eu encore aucune décision de prise : l’alerte fut chaude mais l’avertissement aura été net et le sujet ressurgira tôt ou tard lors des prochaines réunions multilatérales impliquant les membres de l’OCS.

Et pour finir les discussions sur une bonne note, la Chine par la voix de Hu Jintao annonça accorder 10 milliards de dollars à l’OCS afin de permettre à l’ensemble des pays membres d’affronter la crise avec des moyens plus conséquents.

Un autre monde pour demain ?

Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine sont bien entendu traversés par des heurts politiques au sein de zones d’influence disputées ou entraînés dans des conflits commerciaux. Pour autant, il se dégage au fil des années de leur part une volonté de plus en plus manifeste de peser sur le cours de l’Histoire, de s’affranchir du statut de spectateur, d’observateur voire de supplétif le cas échéant pour devenir acteur à part entière. Prenant conscience qu’individuellement ils ne peuvent s’imposer, les efforts récents consentis et médiatisés attestent d’une prise de conscience que la crise peut leur offrir un strapontin au moment où le dollar n’inspire qu’une confiance de plus en plus résiduelle et que l’euro plombe la compétitivité des entreprises Européennes minées par la crise.
Pas identiques mais complémentaires : tel fut le message délivré au sortir de cette grande première du 16 mai.

[1] Article sur Wikipédia
[2] Article paru le 19/06/2009
[3] Une rencontre informelle eut toutefois lieu en marge du sommet du G8 à Toyako, Japon, en juillet 2008.
[4] La Banque Mondiale ayant précisé dans son rapport Global Development Finance 2009 : Charting a Global Recovery que si l’on enlevait la Chine et l’Inde des statistiques des pays en développement pour les prévisions de fin d’année, les chiffres de leur PIB reculerait de 1,6% !
[5] Signalons en outre qu’en mai la Russie comme la Chine avaient auparavant signifié au responsable du FMI, Dominique Strauss-Kahn, leur volonté d’investir leurs avoirs dans le DTS (droits de tirage spéciaux). 

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10 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 24 juin 2009 11:09

    L’effort de guerre américain dont le budget est environ 15 fois celui de la Chine ou de la Russie, est financé par les emprunts du gouvernement américain. Les membres de l’OSC, principalement la Chine et la Russie, ont fini par comprendre qu’en achetant des bons du trésor ils financent tout simplement l’expansionisme militaire américain en Asie centrale. Autrement dit ils tissent la corde pour se faire pendre. On comprend mieux l’importance de l’OSC pour eux.

    D’un autre côté on peut se demander qu’elle est la solidité de l’OSC. En effet le Kirkizstan a accepté l’installation d’une base américaine sur son territoire. Il leur a demandé de partir mais entre temps il autorise l’expansion de cette base pour en faire un centre de transit de l’armée US.

    Le Kasakstan de son côté devrait participer au projet Nabucco.

    Tout cela me fait penser à la Pologne qui se veut trés européenne mais achète des F16.

    Au passage savez-vous de quelle langue vient la terminaison en stan (pays des) de tous les pays d’Asie centrale alors qu’ils parlent des langues assez diffrentes ?


    • LE CHAT LE CHAT 24 juin 2009 11:30

      Du turc ? en Turquie , Bulgarie se dit Bulgaristan , le pays des bulgares


    • Internaute Internaute 24 juin 2009 11:34

      Peut-être, à moins que les turcs n’utilisent une forme plus ancienne qu’ils ont trouvés à leur arrivée.

      Pour le transit US à Manas, voici un lien bien à propos.
      http://fr.rian.ru/world/20090623/122085220.html


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 24 juin 2009 16:24

      @Internaute

      Bonjour,

      L’Asie Centrale attire nombre de convoitises, et là bas c’est un ballet incessant de diplomates et hommes de l’ombre occidentaux, russes, turcs et chinois qui se succèdent dans les coulisses des pouvoirs locaux. L’OCS est une tentative de donner une direction, un contenant et un contenu à une ensemble géographique très riche mais mal exploité et en souffrance d’investissements lourds.

      Maintenant l’OCS ne date que de 2001 et n’avait pour objectif premier que la lutte contre le terrorisme mondial au départ. Ce n’est que récemment que d’autres surfaces d’action ont été défrichées. Signalons au passage que les Etats-Unis ont été purement éconduits quant à leur demande d’adhésion en tant qu’observateur : le message a été très clair de ce point de vue, et l’on peut supputer que l’occident n’est pas la bienvenue dans son ensemble au sein de ce cénacle.

      Cordialement


    • Hieronymus Hieronymus 24 juin 2009 11:37

      Bonjour
      selon vous le BRIC est il seulement le « noyau dur » de l’OCS
      ou constitue t il qq chose de sensiblement different ds son orientation ?

      certains pays par le G8 notamment sont a cheval sur les 2 tendances
      G8, groupe occidental (Japon inclus) ds la ligne des USA
      et groupe « anti occidental » l’OCS avec la Chine comme poids lourd
      la cheville et la jonction entre les 2 mondes encore une fois, c’est la Russie

      le basculement est deja effectif, les USA demeurent une grande puissance
      militaire surtout, mais economiquement ils ont perdu la main, la predominance
      du dollar est surfaite, les vieux schemas s’effritent car ne correspondent plus a la
      realite « de facto », les nouveaux rapports de force obligent l’ancien systeme a plier
      la nouvelle adequation s’impose chaque jour davantage, ce BRIC pesera lourd
      cordialement


      • Yannick Harrel Yannick Harrel 24 juin 2009 16:12

        Bonjour,

        Les BRIC ne sont pas à proprement parler le noyau dur de l’OCS. Après avoir compulsé plusieurs notes et articles, il apparait que l’on a affaire à une entité qui se cherche. Ce qui est somme toute logique puisque les BRIC ne sont qu’une création intellectuelle d’un établissement financier via un de ses rapports et non le fruit d’un rapprochement diplomatique comme l’OCS au contraire.

        Cependant à terme il n’est pas exclu que les deux puissent se fondre au sein de l’OCS qui est elle une instance formelle. Mais dans l’immédiat tel n’est pas encore le cas, il y a encore plusieurs inconnues et des rivalités régionales à dépasser. Toutefois le geste d’Ekaterinbourg était médiatiquement orienté : donner une visibilité aux BRIC et leur faire prendre conscience qu’à eux quatre ils pouvaient peser sur les affaires du monde (ce qui impliquerait de facto une remise en cause de l’unilatéralisme Américain).

        Cordialement


      • LeGus LeGus 24 juin 2009 11:52

        Et oui le rêve de Zbigniew Brzezinski de domination perpétuelle des USA, énoncé dans son livre « le grand échiquier », se brise sur l’OCS. Il l’avait pourtant bien eu son nouveau pearl harbour nécessaire pour faire accepter à la population les projets militaires et impérialistes américains.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Zbigniew_Brzezinski
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_coop%C3%A9ration_de_Shanghai

        Le petit coucou d’après élection d’Ahmadinejad aux russes c’etait donc une visite à L’OCS.
        On comprends mieux pourquoi les valets des americains poussent à la révolte les Iraniens.


          • fonzibrain fonzibrain 26 juin 2009 12:14

            ya quelques jours,à la matinal,un abruti a osé dire que la réunion des bric n’avait servie à rien ,les vieux schémas ont la vie dure,le monde est en pleine mutation,ces 4 pays sont l’avenir


            avec de gros travaux,la russie et la chine peuvent dévelloper conjointement l’extrème orient russe,ya zéro habitant,je pense que les frontière vont changer ou qu’une zone shengen liera chine russie et encore d’autre,c’est évident que l’avenir est la bas

            nos pays vont s’effondrer,c’est le but de la crise
            le truc c’est que j’imagine pas une seconde les occidentaux donnait le temoin du leadership à la chine ou qui que cce soit d’autre

            ils vont foutrre l’echiquier par terre pour ne pas etre echec et mat

            • VivreenRussie VivreenRussie 28 juin 2009 12:55

              Bonjour,
              Merci pour cet article sur ces deux sommets. Dans les coulisses deux ans de preparations a Ekaterinbourg pour recevoir toutes les delegations :

              http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?t=570926 (45 pages)

              Silence radio dans la presse sur la transformation de cette ville...

              Travaux en cours pour le sommet 2012 de l’APEC a Vladivostok :
              http://apec2012.ru/
              http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?t=708284&highlight=vladivostok

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