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Alternatives populaires aux dictatures africaines

A l’heure où des alternances démocratiques en Afrique sont remises en question de facto par des mutineries, des rébellions, des juntes militaires (Mauritanie), où leurs espoirs dans certains pays sont déçus (Sénégal, Kenya, etc.), on peut se demander si les vicissitudes de la gouvernance sur le continent ne tiennent pas davantage à des maux structurels tenant eux-mêmes au « système » national et international, plutôt qu’à la qualité de l’homme politique africain même. Toutes choses étant égales par ailleurs.

Le « système », cette purée de pois composée d’appareils partisans dirigeants, en bonnes intelligences avec des puissances coloniales ainsi que les institutions internationales multilatérales (ONU, Banque mondiale, FMI, etc.) qui n’en sont qu’autant de chevaux de Troie. Face à une telle ritournelle pseudo-démocratique et de mal-gouvernance, il faut des alternatives hardies : aujourd’hui, certaines voix citoyennes ou institutionnelles en appellent à des « démocraties populaires » remettant le citoyen au centre de l’activité publique et de la sanction de cette activité. Des alternatives qui ont trouvé des expérimentations en Inde et plus récemment encore en Guinée Conakry, avec cependant des fortunes diverses.

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ». L’homme politique français Maximilien de Robespierre n’en pensait pas moins déjà au XVIIIe siècle. Qu’on l’appelle résistance légitime, désobéissance civile, l’exercice du pouvoir populaire dans la démocratie apparaît aujourd’hui comme l’ultime alternative des peuples dont les dirigeants, enivrés du pouvoir qu’ils détiennent et qu’ils exercent, en ont vite oublié l’origine et le véritable détenteur : le peuple.

Même s’ils ne sont que des hirondelles n’annonçant pas le printemps de la démocratie et de la bonne gouvernance dans certains pays dont de nombreux africains, des exemples récents ici et là illuminent la nuit des régimes stipendiés et autocratiques. Le 6 octobre 2000, après dix ans de pouvoir contesté, Slobodan Milosevich est contraint à quitter la présidence de la République fédérale de Yougoslavie après avoir fait annuler l’élection présidentielle du 24 septembre où il avait été battu par le leader de la coalition de l’opposition serbe Vojislav Kostunica, et pour lequel il espérait encore passer en force au second tour, ayant fait amender la constitution fédérale pour faire désormais élire le président au suffrage universel. Il pouvait ainsi aussi se représenter alors qu’il devait quitter le pouvoir en 2001. Près de 100 000 manifestants, prolétaires et jeunes, débordent alors la police et envahissent le Parlement fédéral ainsi que le siège de la télévision acquise au président sortant. Le peuple remet la victoire volée à Kostunica...

En octobre 2000, quasiment au même moment, en Côte-d’Ivoire, les partisans du candidat du FPI (Front populaire ivoirien) aidés des pro-RDR (Rassemblement des républicains, exclu de l’élection pour cause d’« ivoirité ») empêchent le coup de force du général Robert Gueï (MPCI) arrivé au pouvoir en 1999 à l’issue d’un coup d’Etat contre Henri Konan Bedié. Ce dernier veut voler une élection qu’il a visiblement perdue...

Ce mois d’août 2008 finissant, c’est 35 000 manifestants partisans de l’Alliance du peuple pour la démocratie (opposition nationaliste et royaliste) en Thaïlande qui ont pris d’assaut les ministères, le bureau du chef du gouvernement ainsi qu’une chaîne de télévision publique à Bangkok pour demander le départ du Premier ministre, Samak Sundaravej, au pouvoir depuis décembre 2007 à l’issue d’élections législatives gagnées par l’ex-parti au pouvoir (PPP). Le PAD, parti de l’opposition (Alliance du peuple pour la démocratie) soutenu par la population, soupçonne en effet le Premier ministre actuel d’être à la solde du Premier ministre, Thaksin Shinawatra, renversé en septembre 2006, et réfugié à Londres depuis, d’où il a influencé la composition du gouvernement Sundarajev.

La déconstruction constructive

L’Inde est un cas d’école en termes d’alternatives populaires et démocratiques face à la gestion bordélique de régimes qui se recrutent beaucoup aujourd’hui en Afrique. Dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants, le droit à l’information de la population s’est transformé en arme redoutable. Dans le Rajasthan, un Etat indien à l’ouest du pays, les populations travaillaient pour des projets gouvernementaux sans être payées, alors que, selon les registres publics, ces personnes étaient censées avoir été payées. Une campagne de vérification des registres a été lancée. Il faut rappeler que l’Inde est l’un des pays au monde qui a une bonne législation pour le bien-être social, mais ces lois ne sont pas en général appliquées à cause de la corruption. La population s’est rendu compte qu’elle pouvait recevoir de l’argent, mais que d’autres personnes signaient les registres à sa place et recevaient de l’argent. Un chef de village a ainsi construit plusieurs maisons avec l’argent reçu indûment à la place d’autres personnes. Une loi sur le droit à l’information a été prise face à ce constat. Des multinationales signaient des contrats avec des pays, et avec cette loi, ces informations confidentielles au début devaient être désormais communiquées au public, aux populations. Cette loi a beaucoup contribué à la gouvernance car toute personne (autorité publique) qui refuse de diffuser une information peut être sanctionnée. Ainsi en a été le cas avec la privatisation de la Société de distribution de l’eau de New Delhi. La population a demandé à être informée et elle a constaté que l’Etat et le gouvernement ne voulaient pas privatiser et que le contrat était désavantageux pour les populations et l’Etat. Des activistes ont organisé les populations et la privatisation a été abandonnée. Aujourd’hui, quand un individu a besoin d’une connexion au réseau de distribution de l’eau potable, quand il demande pourquoi son dossier n’a pas abouti, certains fonctionnaires le supplient de retirer sa requête à l’information, lui disant que son dossier a abouti (comme par enchantement) et qu’ils le connectaient immédiatement. Car, en fait, au cas où la requête aboutissait, les fonctionnaires concernés sont astreints à des amendes.

En Afrique, continent ravagé par des gouvernements qui une fois arrivés aux affaires transforment littéralement leur pays et ses ressources en « Cosa Nostra » (mafia sicilienne), il urge que populations et sociétés civiles s’organisent et infléchissent le rapport de force entre la trilogie pouvoir (armée) - ancienne colonie - multinationale et peuple, afin de construire par la déconstruction, des systèmes de gouvernement comptables et redevables vis-à-vis du bien-être des populations dont le service fonde l’essence et la légitimité de leur pouvoir.

Entre accepter de se faire gouverner par un quarteron de dirigeants à la tête d’un système de perpétuation de leur pouvoir par la terreur, la fraude électorale, le bradage des ressources du pays aux multinationales occidentales et la prédation par quelques individus des fonds publics (issus des ressources du sol et du sous-sol de ces pays, des impôts et taxes, de l’aide internationale) qui pour peu qu’ils doivent les gérer s’en approprient de plein droit, il faut avoir pris le peuple pour moins qu’un paillasson au pas de la porte de la satisfaction d’ego surdimensionnés. Une réalité pourtant, sous les latitudes bananières des Etats africains.

Dans un tel pandémonium, « la violence aux mains du peuple n’est pas la violence, mais la justice ».*

François Bimogo

*Eva Peron, chanteuse et femme politique argentine controversée, née le 7 mai 1919, décédé le 26 juillet 1952 des suites d’un cancer.

 

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par François BIMOGO (son site) vendredi 29 août 2008 - 6 réactions
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