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Accueil du site > Actualités > International > Amorce d’une société amorphe ?

Amorce d’une société amorphe ?

La véritable ambition intellectuelle, la vraie transcendance de l’Occident du XXIe siècle, c’est : avoir la paix. Ce n’est pas « faire la paix » qui est important : c’est « qu’on me fiche la paix ! ». Nous ne sommes plus dans une recherche de résolution des conflits, mais dans le camouflage de l’existence même de ces conflits.

Ces derniers jours, deux sondages ont attiré mon attention.

Dans le premier, publié dans La Croix, plus d’un Français sur deux (54%) estiment que les "journaux ont eu tort de publier les caricatures du prophète Mahomet car cela constituait une provocation inutile". Le second est un sondage américain, publié par NBC et le Wall Street Journal il y a quinze jours, d’où il ressort que "51% des personnes interrogées estiment que partir en guerre contre l’Irak était une erreur". D’un bout à l’autre du monde occidental, l’attachement à des principes idéologiques serait-il en train de s’éroder au profit d’un relativisme idéologique, qui ne serait en réalité que le masque de l’indifférence ? Bien sûr, une personne sur deux pense le contraire, alors, verre à moitié vide ? A moitié plein ? Peut-être... Reste que de mon point de vue, l’important est de signaler qu’il est manifestement en train de se vider.

J’ai cru personnellement que la campagne de 2003 en Irak montrait une différence profonde entre d’un côté, un monde anglo-saxon encore attaché, si ce n’est dans sa réalisation concrète au moins dans sa conception théorique, au développement de la démocratie et de la libération des peuples, et un monde latin, uniquement tourné vers son épanouissement personnel et le culte de sa tranquillité. J’en voulais pour preuve l’attitude de Chirac, "père tranquille de la Nation", attaché à "ne pas mettre de l’huile sur le feu", c’est-à-dire surtout attaché à rester loin du feu. Mon opinion se trouvait renforcée par la pathétique victoire de Zapatero, qui forgea sa victoire-éclair sur la monstrueuse insinuation que les attentats de Madrid étaient la conséquence directe de la guerre en Irak. Parfois venaient à mes oreilles des nouvelles rassurantes du "front européen" ; l’attitude de la grande majorité de la gauche, lors du débat sur le voile, me laissait penser que si les Français avaient du mal à se mobiliser pour des causes lointaines et périlleuses, au moins avaient-ils gardé leur clairvoyance pour les débats nationaux. Je me disais aussi que les Américains s’investiraient réellement dans la reconstruction de l’Irak, et qu’ils montreraient la supériorité conceptuelle de la démocratie sur toute autre forme de gouvernance. Bref, j’attendais.

Et que voit-on ?

La pression de l’opinion américaine, illustrée par le sondage précédent, pour le retour de ses soldats devient de plus en plus importante. Pourtant ce conflit est extrêmement mineur en termes de victimes américaines. La baisse de ce soutien populaire ne me semble pas dû spécialement au feuilleton de l’(in)existence des ADM, car cette intervention était avant toute chose motivée par la volonté de remodeler la région et de contenir, par une présence militaire puis par une influence politique, les deux dangers immédiats que sont l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Le comportement de l’opinion révèle plutôt que l’investissement physique et financier pour un conflit idéologique ou lointain n’est tout simplement plus admis par le rassemblement de consommateurs contribuables que constituent désormais les Etats. Ce que les Européens, et maintenant les Américains, sont en train d’entériner, c’est le remplacement du "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes" par "le devoir des peuples à se débrouiller eux-mêmes". De façon plus générale, cette extension de l’individualisme de nos sociétés à la sphère politique et géopolitique est repoussée plus loin à chaque nouveau débat, la limite du tolérable devenant chaque fois plus floue.

J’en viens naturellement à ce sondage sur les caricatures. Un Français sur deux les trouve "choquantes" ; certes, les manifestations de haine dans une partie de l’opinion musulmane sont jugées un peu disproportionnées, mais bon, la morale de l’histoire n’est-elle pas qu’on aurait eu la paix si ces dessins n’avaient pas existé ?

La voilà, la vraie ambition intellectuelle, la vraie transcendance de l’Occident du XXIe siècle : avoir la paix. Ce n’est pas "faire la paix" qui est important : c’est "qu’on me fiche la paix !". Autrement dit, nous ne sommes plus dans une recherche de résolution des conflits, mais dans le camouflage de l’existence même de ces conflits, au nom du sempiternel argument de "ne pas mettre de l’huile sur le feu".

Peu importe le fait que ces manifestations sentent à plein nez la manipulation la plus grossière, Chirac préfère dénoncer « les provocations manifestes » de Charlie Hebdo, et c’est l’opinion publique qui adhère pour moitié à cette condamnation, et c’est le journal norvégien Magazinet qui présente ses excuses. Il n’y a pas la moindre philosophie derrière cela, pas la moindre idéologie. L’UOIF et le MRAP l’ont d’ailleurs bien compris, et s’engouffrent dans cette brèche intellectuelle : "Les Musulmans ont été blessés dans leur dignité ", selon Aounit ! Qui a donc été attaqué ? Des individus, ou bien un concept théorique (l’intégrisme islamiste) ? Pourquoi, dès lors, user d’un tel lyrisme pour un débat finalement abstrait, dans nos contrées, sur les limites de la liberté d’expression ?

Ce que les groupes de pression en général, les islamistes en particulier ont bien compris, c’est qu’arrosée de culture "c’est mon choix", toute une frange de l’opinion publique a cessé de croire à des principes fondateurs et non négociables, pour plonger dans une tolérance molle, qui seule permet d’éviter le moindre conflit. Au bout du compte, c’est celui qui hurle à la mort le plus fort qui emporte la mise. Pourtant, dans le cas présent, l’enjeu était uniquement rhétorique, et très marginalement économique. Autant dire que, sur un terrain autrement plus glissant, c’est Ahmadinejab qui doit bien rire devant les remontrances faussement décidées de nos gouvernants et de leurs opinions publiques...


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15 réactions à cet article    


  • Frédéric Mahé (---.---.117.249) 20 février 2006 12:29

    Tout à fait d’accord avec votre prise de position. J’ajoute un argument de plus dans votre sens : aucun de nos preneurs de position « officiels » n’a réussi à dire aux protestataires que les auteurs et leur pays ne sont pas soumis à la loi musulmane, et donc pas concernés par cette interdiction. Pourtant c’était simple à dire, et c’était définitif.

    Maintenant que « nous » avons fait notre mea culpa, il ne reste plus qu’à attendre des manifestations contre la publicité pour les jambons (interdit par le Coran, une véritable insulte aux croyants), des bombes dans les Auchan et Carrefour pour cause de rayon charcuterie, des attentats contre Decaux (trop de publicités montrant des femmes sans voile sur les cheveux), le tout relayé par des saccages d’ambassade pour ces mêmes raisons, et quoi d’autre ?

    Cette aplatissement devant l’agression - au nom paraît-il de la compréhension et du dialogue - me rappelle Chamberlain brandissant son papier au retour de Munich : on a évité la confrontation, victoire ! Mais pour combien de temps ?


    • (---.---.27.64) 20 février 2006 12:37

      Beau paradoxe que celui-ci « Ce n’est pas »faire la paix« qui est important : c’est »qu’on me fiche la paix !« . »

      Car si ce « qu’on me fiche la paix ! » signifie laisser plus ou moins libre cours à des forces et mouvements contraignants, totalitaires, rien de plus certain qu’ils profiteront de cette liberté pour nous appliquer autant de contraintes qu’ils le voudront.

      La paix ne tombe pas de nulle part, elle se construit dans la lutte, lutte intellectuelle si possible, lutte armée si elle s’avère inévitable.

      Je vois l’attitude de Chirac vis à vis de Charlie Hebdo comme une sorte d’abdication.


      • (---.---.38.140) 20 février 2006 12:41

        Pour se battre, il faut etre au minimum 2. si l’un refuse de le faire, cela n’empeche pas l’autre de le vouloir et de provoquer... Que doit faire le pacifiste au bout d’un moment ?


        • (---.---.139.70) 20 février 2006 13:13

          l’attitude de Chirac, « père tranquille de la Nation », attaché à « ne pas mettre de l’huile sur le feu »

          Son premier acte politique en arrivant au pouvoir a été la reprise des essais nucléaires...


          • (---.---.73.20) 20 février 2006 14:03

            « c’est Ahmadinejab qui doit bien rire » Ahmadinejab pèse très lourd en pétrole, pétrole en complète tension en attendant de nouvelle capacités de production... Enfin bon bravo, pour votre analyse de la mollesse très TF1 Bouygues qui semble la seule source d’inspiration de notre bon peuple endormi devant « ça se discute », à quand un pour ou contre la lapidation dans cette émission ?

            Juste une réflexion édifiante, il y a trois mois un journal égyptien a publié les fameuses caricatures sans la moindre réaction, j’en déduis que les journaux égyptiens ont une plus grande liberté d’expression que Charlie Hebdo. On peut y voir aussi que les profondes blessures infligées au musulmans dans leurs dignité par ces représentation du prophète ne peuvent provenir que de non musulmans.

            Tout ceci est affaire de carnaval et de théâtre, à l’affiche « La pucelle outragée ».

            Avec dans les rôles principaux :

            - Jyllands-Posten, vieillard juif facho qui séquestre la pauvre Mahomya.
            - Mahomya, jeune pucelle innocente mariée de force par Jyllands-Posten.
            - Al quaeda, jeune bellâtre souhaitant épouser Mahomya.
            - Musulmans, le peuple, guidé par Al quaeda, qui réclame la main de Jyllands-Posten pour avoir souillé Mahomya.
            - Chichi, gendarme moustachu, venant bastonner le vilain vieillard et offrir la tendre Pucelle au jeune homme.

            Ca se passe comme ça au pays du hamburger communautaire...


          • (---.---.218.242) 20 février 2006 16:09

            Votre parti pris est éloquent et se passe de commentaires !

            Heureusement qu’il est difficile de vous prendre au sérieux.Mais je constate que le style « Je suis partout » a encore des adeptes.....


            • stef (---.---.222.169) 20 février 2006 19:56

              « Dans le premier, publié dans La Croix, plus d’un Français sur deux (54%) estiment que les »journaux ont eu tort de publier les caricatures du prophète Mahomet car cela constituait une provocation inutile« . »

              Merci pour la réference, c’est un journal de catho !!!!

              89 % de personnes soutiennent la démarche de Charlie Hebdo....A lire , et encore dans les kiosques...


              • helloyoo (---.---.231.197) 20 février 2006 20:41

                Ainsi donc nous ne sommes peut-être pas complètement englués dans le paradoxe de Dupont Lajoie, que l’on pourrait énoncer ainsi : si je ne m’implique dans quoique ce soit je ne risque pas que l’on m’implique dans autre chose !

                Puisque nous semblons être plusieurs à ressentir et penser la même chose que vous. Le résultat de la situation actuelle, malheureusement, est effectivement que nous vivons dans une société engoncée dans le conformisme mou, et ce que vous nommez tolérance n’est que l’expression vile d’un laxisme qui confine à la pure lâcheté, car la véritable tolérance est l’expression de la réciprocité dans le respect.

                Ces relents des années trente fleurent bon l’avènement d’un fascisme islamiste dont la force principale réside dans l’entrisme qu’il affectionne dans nos sociétés occidentales, avec l’aide il faut le souligner d’une frange tiers-mondiste de la gauche toujours prompte à encenser la rhétorique sournoise d’un Tarik Ramadan, à instrumentaliser les palestiniens en les transformant en étendards du totalitarisme islamique ou encore méprisant les femmes de culture musulmane qui tentent de vivre une réelle liberté en les qualifiant d’occidentalisées, incapable de développer un féminisme islamique ( !?) .

                Ainsi beaucoup de nos concitoyens sacrifient l’avenir au présent, subordonnent leur petit confort douillet à l’abdication de valeurs effectives acquises de haute lutte sociale par nos proches ancêtres, dont certainement ils ont perdu conscience à trop en profiter.

                Cela se retrouve dans l’économie, quand la mondialisation leur fait peur si elle cesse d’apporter une manne sur notre beau pays et que l’échange ne se fait plus à sens unique. Comme dans l’affaire Mittal/Arcelor, dont les réactions épidermiques d’un bon nombre de nos concitoyens sont le parangon du crétinisme à courte vue et de la fermeture d’esprit.

                Oui cher ami, l’anomie Durkheimienne ne nous guette plus, nous y sommes en plein ! Sera-t-elle le prélude à de sombres lendemains ou l’aube d’une ère nouvelle et prospère, je pencherais quant à moi pour la seconde proposition, mais sans certitude que le monde occidental sache s’y renforcer, faute d’oser saisir une opportunité qui ressemble par trop à un effort.

                A lire le dossier sur les incroyants dans le dernier Marianne (trop léger comme à l’accoutumé mais stimulant) et l’excellent essai de Caroline Fourest « La Tentation Obscurantiste » chez Grasset.


                • (---.---.162.15) 21 février 2006 08:22

                  « la pathétique victoire de Zapatero » ah ah ah ! Et la défaite d’Aznar, elle était triomphale ?

                  Votre point de vue est affligeant, à vouloir faire primer la forme (l’attitude) sur le fond. Comme si refuser la guerre en Irak et défendre la parution des dessins danois était un contre-sens.

                  Par ailleurs, je regrette qu’Agoravox laisse parler des collectifs sans représentant (surtout quand ce collectif écrit « je... », « mon opinion se trouvait... »), je pense que chaque article devrait être signé par une personne (pouvant représenter un collectif...).

                  Am.


                  • Paulet’ (---.---.116.11) 21 février 2006 09:17

                    Sur Zapatero, ce n’est pas le fait qu’il ait dénoncé les mensonges ou les errements d’Aznar (chacun choisira le terme approprié) qui m’a choqué ou que je voulais souligner, ni même qu’il ait retiré les troupes espagnoles puisque c’était dans son prog bien avant Atocha ; mais plutot le fait qu’il n’ait eu de cesse durant ces qqs jours post attentats de profiter de la vague d’émotion et présenter Aznar non seulement comme un menteur (cela fait partie du jeu politique) mais surtout comme le responsable des attentats. Donc pour répondre à votre propos, refuser la guerre en Irak et défendre la parution des dessins danois n’est pas un contre-sens. Ce qui est particulièrement douteux c’est d’imputer Atocha à Aznar, au mépris du bon sens et de la moindre honneteté intellectuelle : des attentats pre-Irak, de ceux déjoués ou ayant eu lieu dans des pays non concernés par cette guerre. Ce que je voulais mettre en avant avec ce point, ce n’est donc pas qu’une société en bonne santé aurait forcément soutenu la guerre d’Irak, mais c’est qu’après un tel attentat, elle aurait d’abord condamné ses bourreaux plutot de les dédouaner en pointant le « vrai » responsable : Aznar . Le fait qu’Aznar ait été durant ces qqs jours sur le banc des accusés témoigne selon moi d’une léthargie intellectuelle et d’un relativisme moral inquiétant.


                    • Khalaza (---.---.11.162) 21 février 2006 10:51

                      Un sondage publié par un magazine catho n’a aucune valeur de référence car il est fondé sur un parti-pris.

                      Ceci dit, la guerre contre l’Irak a été une erreur dont on mesure aujourd’hui le résultat : la dictature de Sadam a été remplacée par la dictature des intégristes.

                      Loin d’être amorphe, notre société est malheureusement co-responsable de cette situation internationale explosive. Car l’opinion publique n’a jamais été consultée quand il s’agissait, il y a quelques années, de vendre des armes « made in France » à tous ces pays belliqueux.

                      QUELLE HYPOCRISIE ! La France marchand d’armes depuis des décennies se plaint lorsque ceux à qui on an vendu les armes en font usage.

                      QUELLE HYPOCRISIE aussi lorsque des journaux commandent des sondages auprès du peuple qui, de toute manière, est partiellement tenu dans l’ignorance de la réalité. Personne ne sait par exemple les quantités d’armes et de munitions vendues aux pays « difficiles » mais je ne pense pas me tromper en disant que la France est au moins le 5e ou le 4e fournisseur mondial d’armements en tous genres.

                      Qu’ensuite on descende demander aux badauds s’ils sont pour ou contre la guerre en Irak, que voulez-vous que ça change ? Du moment que l’industrie de l’armement continue de tourner en paix...


                      • (---.---.220.140) 21 février 2006 18:10

                        Si Aznar n’avait pas tenté de « prouver », contre vents et marées, que les attentats d’Atoxa étaient le fait d’ETA il aurait été plus difficile de lui faire endosser le rôle du menteur qui n’hésite devant rien pour berner le peuple et gagner des élections. Il a joué il a perdu. C’est la presse et les services secrets espagnols qui l’on enterré. Zapatero l’a juste laissé s’enferrer tout seul.

                        Manifester contre la guerre en Irak n’était pas un signe de mollesse, mais au contraire de vigilance démocratique. Les raisons invoquées pour lancer cette guerre étaient fausses (les ADM n’existaient pas) et il était bon de voir que le peuple ne se laissait pas berner.

                        Ca ne m’empêche pas de penser que nos gouvernements ont eu tort de présenter les excuses de nos pays. Il « montre » que nous sommes collectivement responsables des agissements de certains. Ce qui conforte les intégristes musulmans dans leur mode de pensée (genre « Les juifs du monde entier sont responsables, au même titre que Sharon »). Au lieu de les calmer cela va donc les rendre encore plus revendicatifs et donc dangereux.

                        Et quant au résultat du sondage de La Croix, il montre juste la connivence implicite entre les croyants. Chrétiens et juifs soutenant les musulmans dans leurs lobbying pour obtenir la création d’un délit de blasphème.


                        • Paulet’ (---.---.116.11) 22 février 2006 09:19

                          Je ne comprends pas pourquoi plusieurs d’entre vous contestent ce sondage parce qu’il aurait été publié ds la Croix. Ce sondage a été fait sur TOUTE la population française, pas uniquement sur les cathos de gauche ! On peut critiquer ensuite la taille de l’échantillon, la formulation des questions etc mais ce n’est plus la même question. Ds ce cas on remet en question la validité du sondage en termes de conclusion politique ms pas son caractère représentatif


                          • fishlord (---.---.3.77) 22 février 2006 11:04

                            Cet article n’a aucun sens. Je n’aime pas accabler mais malgré la bonne intention de la rélexion, c’est complètement indigent. On dirait même que c’est le postulat du « je m’en foutisme » de notre société que l’auteur cherche absolument à illustrer par quelquechose. Trois idées me suffiront à démontrer mon opinion.

                            La première est que se fonder sur deux sondages auux résultats pour le moins partagés (à 51 et 24 % respectivement), une réflexion globale sur l’attitude sociale du monde occidental, c’est vraiment insister dans l’erreur que nous servent quotidiennement les médias : la sondocratie comme moyen de diffusion d’une pensée globale ; ici, celle de l’indifférence. Quand les sondages se retournent, alors la pensée n’est plus valable. C’est ce que j’appelle de la « pensée-conso » : Presque aussi vite produite que périmée.

                            La seconde est qu’il faut sacrément culotté ou obtus pour tirer conclusion de notre indifférence par le simple fait que les gens ne soutiennent plus une guerre déguelasse dans laquelle les américains ont commencé par détruire toute l’infrastructure civile, continuent en massacrant les gens à coup de projectiles radioactifs et se donnent le droit de torturer et de violer intégralement toutes les lois internationales sur le droit de la guerre, avec notre soutien tacite.

                            La plupart des irakiens pensent maintenant que c’était mieux sous Saddam Hussein. Peut-on parler de démocratie ? Quel lamentable échec, ou plutôt, quel lamentable prétexte ! Si la « démocratie » doit être pire qu’une tyrannie sanglante (du moins, ce que les insonables naïfs veulent voir comme étant « démocratie », le régime collaborationniste mis en place en Irak), je pense qu’il n’y a rien d’étonnant. Quel culot de parler du « devoir des peuples à se débrouiller eux-mêmes ! ». Quel fabuleux déni de réalité ! Outre le fait qu’en Irak, rien n’est au mains du peuple Irakien et certainement pas son énergie, une chose est sûre : c’est que les américains ne les laissent pas se débrouiller d’eux mêmes, ils font même exactement l’inverse ! Alors, de quoi parle donc l’auteur de cet article ? De la géopolitique fantasmée de son esprit ? Pour ma part, je pense qu’il est heureux qu’après des années de matraquage « interventionniste » les américains commencent à comprendre l’enfer dans lequel ils ont engagé deux peuples : les Irakiens (surtout), mais aussi eux-mêmes. Je rappelle aussi que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que l’auteur invoque, exclut de fait le droit d’autrui à aller leur casser la gueule que ça leur chante et de re-coloniser un pays.

                            Enfin et troisièmement, bien que cette affaire soit plus compliquée et non dépourvue de manipulations des deux côtés, je suis heureux de voir qu’il y aussi des gens pour qui, que ce qu’on appelle « tolérance », une « valeur », selon notre verbiage habituel, s’accomode mal avec ce que les autres perçoivent comme une insulte. Il n’y a aucune « tolérance » à defendre bec et ongles quelque chose d’insultant pour autrui. Si notre auteur réfléchissait un peu, il s’apercevrait que la plupart des personnes qui montrent autre chose que de l’indifférence, justement, vis-à-vis du monde musulman, les gens qui ont de la famille, des amis, des relations, des liens avec le monde musulman, sont contre ces provocations. Il ne cherchent pas à ce qu’« on leur foute la paix », mais bien plutôt à ce qu’on « foute la paix » aux autres, au monde musulman. Ce sont eux, les personnes qui manifestent de la compréhension et de la tolérance, de l’amitié, et non de l’indifférence. Les indifférents, voire les hostiles au monde musulman, sont ceux qui, apeurés et arc-boutés, défendent notre droit à l’intolérance et à l’insulte. Bref, encore une fois, la vérité est exactement à l’opposé du point de vue de notre auteur.

                            Ceci dit, que ce soit bien clair pour tous, ne confondons par le droit d’expression et le soutien à tout type d’expression. Charlie Hebdo à le droit de publier des choses que je considère stupides, racistes et offensantes. J’ai aussi le droit de ne pas soutenir ces choses et de ne pas croire, dans ce cas précis, à la fable de la liberté d’expression( qui a été utilisée dans ce cas en long et en large) en danger.

                            Fishlord


                            • helena (---.---.123.107) 23 février 2006 14:01

                              En réponse à fishlord, Vous avez malgré vous soutenu au moins une des thèses (par ailleurs la principale) de l’auteur : sur la guerre en Irak, cette « guerre dégueulasse » dans laquelle les américains se permettraient toutes les horreurs avec notre « soutien tacite ». Il est là le problème : soutien ou réprobation, ils sont bien trop souvent « tacites ». Tacite est le soutien de notre gourvernement et molle est la critique. Alors de là à suggérer que la société est amorphe, il n’y a qu’un saut de puce à faire, que je fais avec l’auteur...Vous serez au moins d’accord sur le fait que notre gouvernement (et d’autres du monde occidental) manquent parfois (souvent ?) d’éthique et de prise de position claire : on ne fait pas la guerre mais on profite des retombées économiques (ouvrir des entreprises pour la reconstruction en Irak), on accueille Poutine, Hu Jintao et on ne tourne plus le dos à Khadafi sans parler des molles remontrances à l’encontre de Ahmadinejad........ Quant aux caricatures, vous avez proposé une sorte de prise de position affective..Je préfère celles de principe. Ce n’est pas parce que j’ai des amis ou de la famille de confession musulmane que je range ces dessins dans la catégorie « provocations ». Et surtout, surtout, de même que la pensée occidentale n’est pas une et indivisible (comme vous le rappeliez en « préambule », mais j’ai peut-être mal saisi votre propos), les musulmans eux-mêmes sont divisés sur la question..Vous vous référiez peut-être à la notion de « majorité » ? Auquel cas, vous conviendrez que vous vous en remettez au sondage ou tout au moins à une appréciation empirique (« j’ai vu des gens manifester à Damas », « mon collègue Ahmed m’a dit qu’il était choqué »..Que du très sérieux comparé au vilain sondage qui dit toujours tout et son contraire !!) de l’impact qu’ont eu ces fameux dessins dans le monde musulman... Si cet article est indigent, votre commentaire n’est pas loin de l’être non plus puisque vous vous appuyez finalement sur une argumentation très semblable, non ?

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