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Animaux sacrés

Les péripéties -et dérives- du roi Juan Carlos d'Espagne, un exemple à méditer par toutes les démocraties, monarchiques ou pas.

L’ambition de Valle Inclan était de se promener sur la Castellana juché sur une litière dorée grâce à l’argent de la Sonate de Printemps, qui lui aurait tout juste permis de tenir jusqu’à l’automne. Valle croyait aux éléphants (« Toi, qui à ma muse décadente, offres la tour d’ivoire »), et visualisait en eux la même splendeur qu’Alexandre le Grand, qui les recouvrait de vivres et de brocarts pour conquérir le monde de son pas tonitruant. L’éléphant demeure au jour d’aujourd’hui un rêve de rois mais en tant que vain objet de chasse, un objectif à détruire en s’approchant à quelques pas et en lui mettant du plomb entre les deux yeux pour le voir se recroqueviller sur lui-même et en emporter les défenses chez soi en jet privé. Kapuscinski relate la mort sacrée de l’animal qui s’approche du lac pour boire dans son dernier souffle ; après un ultime effort pour lever sa trompe il s’immerge dans les eaux, enterre ses pattes dans la fange et s’enfonce lentement jusqu'à disparaître.

Pendant des années, l’Espagne a eu la monarchie à la maison tel un éléphant en sachant que le pire qu’il pouvait arriver était que quelqu’un la remarquât. Cette paix folklorique a volé en éclats du fait de tirs effectués de l’intérieur, à l’instar d’un mariage entre Pakistanais. Parmi les penchants naturels, le vice des armes n’est pas le pire, car il s’agit d’une activité conforme à l’aristocratie et dont José Luis de Vilallonga, qui nous manque tant en cette belle époque, serait fier. Vilallonga était un aristocrate bien sous tous rapports que son père fit dépuceler par une femme « unique au monde » qui n’était autre qu’une pute cul-de-jatte assise sur le lit à côté d’un trapèze. Le fin lettré raconte dans ses mémoires un fait qui vient très à propos, car quand, jeune homme, il commença à fréquenter les bals de la bonne société pour frayer avec les demoiselles, il tombait toujours sur l’urologue de la famille qui lui criait en le voyant : « Jeune Villalonga, n’oubliez pas que tôt ou tard, je vous mettrai un doigt dans le cul ! »

Vilallonga apprit de cette façon si subtile qu’il y a des destins inexorables qui affectent ce qu’il y a de plus sacré ; autrement dit rien n’est acquis, notamment la grandeur de la monarchie, dont l’essence est l’éternité - la continuité dynastique -, dans un pays peuplé d’urologues. Les Anglais survécurent à un prince qui voulait se transformer en Tampax pour se faufiler dans la caverne d’Ali Baba de Camilla Parker Bowles, une fuite plus extravagante que celle d’Edouard VIII, qui se contenta d’abdiquer. Quant aux Bourbons, ils tirent dans tous les sens au moment où le pays exige du silence, concentré sur la lecture de journaux pour chercher des coupables et un éléphant passe inaperçu dans une maison jusqu’à ce qu’il se mette à sauter.

La Famille Royale, qui est un contexte historique, se décontextualise elle-même peu à peu et en vient à s’estomper au loin dans un monticule d’histoires drôles. Tirer sur des géants au Botswana c’est inciter une autre classe sociale à tuer des rats dans les égouts. Tel était le vice du Emmet Ray de Woody Allen, qui assiégeait des rongeurs avec un révolver tandis qu’il s’entichait d’une muette et ce toujours avec celui du Roi d’Espagne, à qui les entrepreneurs, au lieu de lui offrir un yacht, auraient dû offrir un écosystème. Il est raisonnable qu’un roi veuille faire des activités de rois, car la monarchie est monarchie avec toutes ses conséquences, mais après avoir été injoignable pendant quatre jours et être rentré chez lui la hanche fracturée comme s’il était allé chasser à mains nues, il ne faut pas enquiquiner le Roi mais le sermonner. Les Etats-Unis n’ont pas permis à Hemingway d’aller couvrir la Normandie parce qu’ils la considéraient patrimoine de tous les citoyens et l’Espagne devrait dire à son chef d’Etat, s’il veut des émotions fortes, de présider un Conseil des Ministres, qui est un safari à l’envers et de céder son fusil en héritage. De nouvelles valeurs se font jour après avoir été piétinées, façon de parler.

Au lieu d’abdiquer, le monarque a préféré se démonter tel M. Patate, provoquant l’ire des Républicains qui « s’inquiètent de la santé du roi pour pouvoir le tuer à coups de référendums ». Peut-être la couronne, dans un déploiement de modernisme, cherche-t-elle des forces pour lever la trompe et s’abreuver de l’eau du lac à mesure qu’elle s’immerge jusqu’à ce qu’elle arrive à ce point de non-retour où les éléphants et les rois, animaux sacrés l’un et l’autre, trouvent la mort pour pouvoir rester en vie.

Texte original : JABOIS M. (2012). "Animales sagrados"  : http://www.elmundo.es/elmundo/2012/04/15/opinion/1334481245.html


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5 réactions à cet article    


  • Valeska 20 avril 2012 11:03

    Pendant que le peuple s’excite de la mise à mort du taureau, le roi lui, va tuer un éléphant.. Faut croire que la mort d’un animal est la seule façon de s’affirmer dans ce pays.

    Après on s’étonne que l’Espagne est au bord de la rupture.


    • Ronald Thatcher rienafoutiste 20 avril 2012 15:34

      mais le taureau est tué hallal, un héritage des Maures, vous devriez être contente


    • Ronald Thatcher rienafoutiste 20 avril 2012 15:31

      il est temps que cette vieille aristocratie disparaisse, et avec elle leurs fantasmes d’impunité et de toute puissance. Ces néfastes héritiers de colonisateurs/pilleurs telle la reine d’angleterre, symbole d’une époque jaunie par le temps, éclairée par leur ridicule somptueux et leur mythologie de sang bleu, de la chiasse tournant dans le syphon de la cuvette de l’histoire.
      Les générations actuelles se chargeront de refaire la même chose, l’histoire se répétant sans cesse pour le pire.


      • hans 20 avril 2012 19:15

        Bonsoir , je ne comprends pas votre article, vous défendez qui ? pour moi une personne capable d’abattre une béte est un sous humain, c’est ce que vous voulez signifier ?


        • loco 20 avril 2012 23:16


           Ah, quelle horreur, le voilà le sauveur de la campagne électorale française, mais il arrive , comme la cavalerie dont on ne doute pas qu’elle le fasse rêver, trop, tard bien, trop tard !

           Pensez, un tueur d’éléphants, c’est ce qu’il nous faudrait, tous partis confondus, pour redonner quelques couleurs et quelque attrait à notre vie politique !

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