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Accueil du site > Actualités > International > Argentine, Vénézuela, Russie : entre modèle et contre-modèle

Argentine, Vénézuela, Russie : entre modèle et contre-modèle

Parler de ces trois pays est compliqué. D’une part, certains les présentent comme des (quasi) dictatures gérées en dépit du bon sens et ne devant leur salut qu’à leurs ressources naturelles. D’autres les présentent comme des modèles et refusent toute critique. La vérité est sans doute entre les deux.

 
Ce qu’ils font de bien
 
Dans son édition du 1er février, The Economist consacre un dossier à charge contre Poutine et un article sur l’Argentine et le Vénézuela, « les économies les plus faibles (d’Amérique Latine) au point de rupture  ». Mais l’hebdomadaire néolibéral y fait encore preuve d’une partialité assez effarante et bien peu factuelle. Attribuer la réussite de l’Argentine au soja est ridicule, comme le montre Olivier Berruyer dans un dossier absolument remarquable sur le pays : le PIB réel par habitant a augmenté de 50% en 11 ans et l’agriculture pèse seulement 10% du PIB. Si le soja apporte des devises, il n’explique qu’une petite part de la croissance, bien plus basée sur l’industrie du fait d’une vraie polique protectionniste.
 
 
C’est d’ailleurs une grande réussite de l’Argentine que d’avoir réussi à relancer son économie après avoir commis l’imprudence de s’arrimer au dollar, en protégeant son marché et ses industriels de l’anarchie commerciale, à la manière des pays asiatiques. Mieux, le pays a réussi à nettement réduire les inégalités, le chômage et la pauvreté. C’est d’ailleurs un aspect important de la réussite du Vénézuela d’Hugo Chavez, qu’il doit en partie à la manne pétrolière, mais en partie seulement car dans beaucoup de pays qui sont dans la même situation, cette manne tend souvent à ne profiter qu’à une toute petite minorité (les oligarques et les multinationales qui exploitent avantageusement les ressources).
 
En fait, et c’est aussi le point commun avec la Russie, ces pays défendent leur intérêt national en refusant la dictature intellectuelle néolibérale et sans se soucier de la bien-pensance occidentale qui ne semble pas toujours appliquée avec la même rigueur pour un pays comme l’Arabie Saoudite, où pourtant, il n’y a ni démocratie, ni droits des femmes, qui ne peuvent même pas conduire… On peut d’ailleurs noter qu’il n’y a pas que les oligarques qui tirent profit de la manne des matières premières en Russie, comme le montre le redressement spectaculaire de sa démographie depuis la fin des années 1990, avec 50% de naissances en plus et un taux de fécondité passé de 1,2 en 2000 à plus de 1,7 !
 
Ce qu’ils font de moins bien

Mais reconnaître les réussites de ces pays ne doit pas conduire à refuser de voir leurs limites, Les dernières élections en Russie (et pas seulement les dernières) démontrent que le pays n’est pas une démocratie qui fonctionne bien. De même, on peut dire que les dernières élections législatives au Vénézuela ont montré un recul de la pratique démocratique, comme le soutient Vicente Diaz, le seul membre indépendant de la Commission Nationale Electorale. Malheureusement, il faut bien reconnaître que le PS et l’UMP n’ont strictement aucune leçons à donner sur ce sujet, étant données les fraudes caractérisées pour l’élection du premier secrétaire du PS en 2008, puis du président de l’UMP en 2012.

Mais c’est surtout en matière économique que les faiblesses apparaissent de plus en plus aujourd’hui. Il faut bien reconnaître que la situation à Caracas se dégrade fortement, avec une inflation au-delà de 50%, des réserves monétaires qui fondent pour défendre une parité ridiculement élevé du peso et des manques dans l’économie, du fait, en partie, d’un manque de confiance dans le secteur privé. La situation de l’Argentine est moins préoccupante, malgré la dévaluation du peso, mais l’inflation, dont le chiffre officiel est trafiqué, signe rarement positif, a dépassé le stade endémique de 20% par an. Bref, les trois pays affichent tout de même des déséquilibres économiques plus ou moins prononcés.

Bref, dans ces pays, tout n’est pas rose, ni noir non plus. Ils nous montrent qu’il y a une autre voie que la mondialisation néolibérale, inégalitaire et peu soucieuse de l’intérêt général national. Mais ils cèdent parfois à un autoritarisme peu démocratique ou à un dirigisme étatique parfois paralysant.


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8 réactions à cet article    


  • Rincevent Rincevent 6 février 2014 15:05

    Ce qu’il peut y avoir de commun entre ces pays c’est l’existence d’un État qui remplit son rôle, à la place d’une oligarchie des 1 %, anonyme et donc à qui on a du mal à demander des comptes…


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 7 février 2014 13:20

      Le problème, c’est que ce n’est pas l’ Etat en tant que tel qui agit, mais des personnes mises en place par cet Etat.


      Chavez ne s’est pas gêné : il a mis sa famille au grand complet à la tête des conglomérats et des institutions pour verrouiller l’économie du Venezuela. Le pays possède le record mondial de népotisme et de corruption. Sans parler de la Russie, dont l’économie est dirigée par les Vladimir’s boys.

      Cela permet de verrouiller le pouvoir au détriment de la population car si ces personnes sont fidèles, elles ne se montrent que rarement compétentes.

    • millesime 6 février 2014 19:06

      il y a une information « neutre » (si l’on peut dire), sur ces pays, il suffit d’aller sur le site du groupe de la Banque mondiale, que l’on ne peut qualifier de partisane.. !
      il y a pour ces deux pays un « avant » Chavez et un « après » de même pour ce qui est de l’Argentine, et les médias occidentaux se gardent bien de rapporter des infos sur la réunion des 30 pays d’ Amérique du Sud qui vient de se terminer .. !

      http://millesime.over-blog.com


      • Chabinpolitain 6 février 2014 22:13

        Il n’y a pas le moindre point commun entre ces trois pays, d’où vous vient cette volonté de caricaturer ?
        Vous ne dites que de fausses vérités en oubliant par exemple que le Venezuela est revenu à un taux de pauvreté le plus bas d’Amérique latine, les plus hauts taux d’alphabétisation et de scolarisation, de centres hospitaliers par habitant, de l’accès aux études universitaires, que les résultats scolaires sont de très loin supérieurs à ceux de la France ( qui se trouve lamentablement au delà de la 100e place mondiale... ), que les opérations récentes de déposer les armes ont vu une chute brutale de la criminalité de plus de 50%...
        Vous êtes fort mal informé, prenez donc la peine de dire ce qui est vrai en cherchant un peu, ça ne doit pas être bien difficile... Je sens comme de l’aigreur, ce que vous serez surpris de lire devrait vous détendre !
        Je vous parle là de chiffres de l’UNESCO que sans doute vous pensez à la solde de ... Poutine ?
        Petit, tout petit article !


        • François-xavier 6 février 2014 22:56

          @l’auteur, j’ai apprécié votre texte, court, concret et surtout accessible. Je me permet une reflexion sur le degré d’autoritarisme de ces pays, ne serait-il pas le « mal necessaire ou moindre mal » pour contrer les visions hégèmoniques de l’ultra-liberalisme. En effet, avec le système démocratique tel qu’il se présente dans le monde occidentale, nous nous apercevons que le liberalisme arrive très facilement à ses fins (avec notamment la professionnalisation de la vie politique et syndicale), de plus en plus de personnes parlent du tirage au sort afin de palier à cela, quel Homme d’Etat Intègre aura le courage de s’y atteler....


          • Grandloup74 7 février 2014 11:53

             D’accord, mais le « tirage au sort » est trop risqué, il est exposé à l’incompétence voire la bêtise, ainsi qu’à la malhonnêteté. Une solution possible : Juger un élu qui ne tient pas ses promesses de candidat sans justification imparable et le destituer sans délais, et condamnation pénale, financière etc. Ça calmerait les ardeurs des traîtres ou autres vendus. Des jurys composés de citoyens de la même orientation que celle annoncée lors de la campagne et dûment instruit de la chose politique pourraient juger...


          • Grandloup74 7 février 2014 11:45

             L’Occident n’a de leçons de démocratie à donner à personne. Nous n’avons de la démocratie que l’apparence, le peuple ne décide de plus rien. Tout est mis à disposition des lobbys, et des pays ultra libéraux. Les reculs sociaux - entre autres - sont bien là pour démontrer que la volonté du peuple est bafouée...
             Ensuite, la démocratie serait elle de toute façon une bonne chose lorsque les électeurs n’ont aucune formation civique impartiale ni d’informations objectives ?. La plupart des gens composant les milieux populaire n’ont aucune idée d’où se trouve ses véritables intérêts et sont manipulés par une presse à la botte qui fausse tout débat qui devrait être démocratique mais qui ne l’est pas.
             A cela, il faut ajouter dans ce « comparatif », la volonté du système capitaliste de faire capoter les économies des pays plus ou moins sociaux, quand ce n’est pas carrément des « sanctions » économiques voir un véritable blocus.
             Un bon dictateur est la seule solution, dans ce monde pourri, pour éviter toute démagogie nuisible à la majorité, fausses infos, fausses révolutions, détournements de votes et de volontés du peuple etc. Il n’y a qu’à voir les progrès des pays tels que le Venezuela en matière sociale, de santé ou de partage des richesses pour se rendre compte que la démocratie -du moins telle qu’elle est pratiquée dans la plupart des pays qui s’en réclament- est un dogme vide de sens qui ne sert qu’à endormir le peuple et servir de prétexte aux va t en guerre. Le Venezuela, la Russie etc. comme tant d’autres pays seraient encore plus évolués s’ils n’étaient victimes de bâtons dans leurs roues placés par les pays prétendus « libéraux ».


            • millesime 7 février 2014 11:55

              33 états composent le CELAC (Communauté des Etats Latinoaméricains et Caribéenq) se sont réunis en janvier 2014 à La Havane : silence totale des médias occidentaux.. !
              lire le texte de la déclaration finale
              www.legrandsoir.info

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