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Accueil du site > Actualités > International > Assassinats ciblés : assiste-t-on à une « libanisation » de la Casamance (...)

Assassinats ciblés : assiste-t-on à une « libanisation » de la Casamance ?

Alors que l’assassinat rocambolesque et atypique, perpétré le 30 décembre 2006 en Casamance (sud du Sénégal), sur El hadji Omar Badji, haute personnalité sénégalaise et proche du président Wade, n’a pas soufflé sa première bougie funèbre, et que l’enquête n’a officiellement rien révélé, le Sénégal a perdu dans les mêmes circonstances et dans la même région une autre haute personnalité : Chérif Samsidine Dino Néma Aïdara, 48 ans, chargé de mission à la présidence de la République. Vu sous l’angle des points et traits communs entre les deux hautes personnalités d’une part, mais aussi, comparés d’autre part à ce qui se passe depuis maintenant plusieurs mois au Liban, peut-on alors parler d’une « libanisation » de la Casamance ?

C’est une lapalissade que d’avancer que le double assassinat en moins d’un an, en Casamance, de hautes personnalités comme El Hadji Omar Lamine Badji et Chérif Samsidine Dino Néma Aïdara n’a pas été de tout hasard. Ces assassinats sont loin d’être accidentels. Surtout, si l’on se fonde sur le mode opératoire des assaillants. Lequel est devenu un secret de polichinelle dans cette partie du pays d’Abdoulaye Wade qui en a connu plusieurs au fil des 25 ans de conflit indépendantiste.

Une nouvelle forme de signature des forfaits ?

Avec la double exécution d’Omar Lamine Badji ex-président du Conseil régional de Ziguinchor (455 km au sud de Dakar) et de Dino Aïdara chargé de mission à la présidence de la République, on est en droit de penser à une « nouvelle » forme de signature. Une signature d’autant plus identique ici et là que, selon les témoignages, les deux maisons des victimes sont encerclées par les assaillants ; un petit groupe entre, histoire de bien les identifier, avant de passer à l’acte. Pour finir, les assaillants mettent tout bonnement le feu à la maison comme qui dirait, dans le but d’enrayer toutes traces susceptibles d’ébaucher une piste aux enquêteurs.

Avant de tomber sous le feu de leurs assaillants, qui n’ont certainement pas choisi leur jour au hasard, à savoir la veille de l’Aïd El Adha, Omar Lamine Badji et Samsidine Aïdara ont semblé avoir été suivis au millimètre près par ceux-ci. Au sens où leurs itinéraires du jour de leur assassinat les ont menés de Ziguinchor à leurs domiciles familiaux respectifs, après une courte escale à Bignona, une ville secondaire de la Casamance. L’heure de leur « mise à mort », 21 heures GMT, n’en est pas moins éloquente. Et puis, pourquoi, les témoignages recueillis ici et là aidant, les assaillants parlent-ils de « mission à accomplir » dans le cas de Omar Lamine Badji et d’« ordre à exécuter » concernant la mort du Chérif ?

Les forfaits portent quelle signature ?

D’ailleurs, en matière de signature, même si tous les observateurs de la crise casamançaises, ou presque, ont parlé d’éléments supposés appartenir au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), un mouvement qui revendique l’indépendance du sud du Sénégal, ceux qui sont directement impliqués dans la dynamique de résolution de ce conflit ont vite pris les devants (officiellement parlant), micros ouverts et caméras braquées sur eux, pour dire que « non ! » ce n’est pas la signature du MFDC. C’est le cas de l’actuel ministre sénégalais des transports aériens. M. Farba Senghor n’a-t-il pas dit urbi et orbi qu’à aucun moment l’assassinat du Chérif chargé de mission à la présidence de la République ne saurait être le fait des « rebelles » du MFDC. Puisque, selon lui, en tant que « plus grand défenseur des rebelles » et connaisseur de « tous les camps », citant au passage quelques-unes des bases rebelles, il serait absurde de penser que le maquis du MFDC se serait rabaissé à ce point. Ce qu’il a dû omettre de dire, c’est que les camps en question sont sous le contrôle de la coalition regroupant les flancs des chefs rebelles Ismaïla Magne Diémé et César Atoute Badiate. Et que ces derniers sont évidemment acquis à la cause de la paix dans la région méridionale du Sénégal. Mais il y en a qui sont carrément hostiles à la paix. Par exemple l’autre Salif Sadio, un autre chef rebelle dont on dit qu’il s’est établi en Gambie, cette ancienne colonie anglaise enclavé dans le Sénégal. Si bien que disculper, tout de go, tout le monde au profit d’une hypothétique jalousie, prend les contours d’une conclusion hâtive ; même si c’est un avis personnel. Un avis qui reste toutefois celui d’une autorité étatique.

Une piste a priori sans fin ?

A la différence du président Wade qui, s’exprimant sur le double assassinat de Omar Lamine Badji et Dino Néma, a préféré n’indexer personne, se limitant à menacer fermement les assaillants et leurs commanditaires, tout en promettant une somme de 50 millions de CFA, un billet d’avion et un passeport diplomatique aux informateurs (du cas de Omar Lamine Badji), le ministre Farba Senghor lui, a cru devoir disculper certains. Ce, d’entrée de jeu ! Non content, il pointe un doigt accusateur sur les « fossoyeurs » de la paix en Casamance et qui, paradoxalement, ne sauraient être des rebelles. Ce sont ces « jaloux » qui, pense-t-il, ne voudraient pas que la résolution de la crise casamançaise leur soit attribuée, ou, tout au plus, au pouvoir du président Wade. De ce fait, non seulement Farba Senghor ébauche une piste à la destination incertaine, mais aussi la déduction prématurée faite des premières informations ne pourrait-elle pas induire à confondre les exécutants et leurs commanditaires ? Or, à la vérité, rares sont les cas de forfaits de ce genre où les exécutants sont ceux-là qui décident de ce que demain sera fait. Et cette thèse est si plausible que, selon les témoignages recueillis auprès des familles respectives éplorées, les membres du commando s’étant introduits dans le domicile du chargé de mission du président Wade auraient parlé « d’ordre à exécuter ». La télévision nationale sénégalaise a révélé que les assaillants s’exprimaient, entre autres langues, en anglais. Si tel était le cas, qui donnerait alors les ordres ? Qui en seraient les exécutants ?

Libanisation de la Casamance ?

Il n’est pas besoin d’être un expert en investigations criminelles pour qualifier les assassinats de personnalités en Casamance d’exécutions ciblées à l’image de celles vécues depuis 2004 au Liban. Celles-ci, rappelons-le, ont brusquement interrompu la vie d’au moins huit personnalités en trois ans. La dernière cible des malfaiteurs a été le général François El-Hajj, chef des opérations de l’armée libanaise. L’homme avait quasiment atteint la cime de son ascension lorsqu’il avait été la cible « privilégiée » de ses assassins. Alors, selon toute vraisemblance, son imminente nouvelle fonction ne devrait pas arranger ces derniers. Au regard du film et des circonstances des deux forfaits perpétrés en moins d’un an en Casamance, force est de reconnaître une certaine similitude entre les attentats à la vie des personnalités libanaises et les exécutions au pays de M. Wade. D’abord, parce que Omar Lamine Badji et Dino Néma étaient des personnalités au charisme incontestable. Le premier était le patron des militants du parti de M. Wade dans le plus grand département du sud du Sénégal, dont il était aussi le président du Conseil régional. Au plan national, Omar Lamine Badji était non seulement membre du comité directeur du PDS, l’instance suprême du parti au pouvoir, mais aussi il était extrêmement proche du chef de l’Etat sénégalais, M. Abdoulaye Wade. Mieux, il était son ami personnel. Quant au chargé de mission, il bénéficiait des mêmes faveurs, de la part du président Wade. Lequel le considérait comme son propre fils. Dino Néma était aussi un collaborateur dont le président sénégalais ne pouvait plus se passer pour se mettre à jour par rapport à l’évolution du processus de paix en Casamance. Il était si proche du résultat final, à savoir le dépôt et l’incinération des armes en Casamance que M. Wade n’en croyait pas ses oreilles lorsque M. Ousmane Ngom, ministre de l’Intérieur, lui en avait annoncé la mort tragique. En définitive, les questions, subsidiaires soient-elles, qui méritent d’être posées, sont de savoir : pourquoi les assassins ciblent-ils les personnalités si proches de M. Wade ? Ou bien est-ce le fait d’un pur hasard ? Quoi qu’il en soit, le maire de Ziguinchor, Robert Sagna, a assimilé ces assassinats de « situation préoccupante ».

 

Boubacar Diassy


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11 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 15 janvier 2008 09:51

    Après la Côte d’Ivoire,allons nous assister à une nouvelle guerre civile au Sénégal ?

    Il est curieux de constater que tous les "sénégalais français" sont silencieux actuellement sur les assassinats dans ce pays et la dérive d’un pays qui tombe dans l’anarchie total par une opération qui semble tres structurée et organisée de l’intérieur en vue d’enbraser ce pays

    Pour qui roulent les criminels ? les islamistes ?

     


    • Farlowella Farlowella 15 janvier 2008 11:40

      Une guerre civile au Sénégal........

      mon pauvre, mais vous avez vraiment rien d’autre à foutre de vos tristes journées que de polluer ce site de vos commentaires stupides et réactionnaires ?

      Le contexte au Sénégal et la situation en Casamance n’ont rien à voir avec la Cote d’Ivoire..

      Le Sénégal est un des pays les plus stables et developpés en Afrique Noire, alors parler d’"anarchie total" relève de la bétise pure et simple

       Si seulement vous alliez faire un tour du coté de Tambacouba ou d’Adéane dans la Casamance profonde, vivre votre vie en élevant des poules et surtout SANS CONNEXION INTERNET pour laisser les gens tranquilles !!!

       


      • FAMA Boubacar DIASSY 15 janvier 2008 12:36

        Salut Lerma, Farlowella a raison.

        C’est que vrai que je ne partage pas sa façon (violente) de s’exprimer, mais quand il dit que le Sénégal est un pays stable, il a raison. Seulement ces assassinats commencent à faire tache d’huile et inquiètent pas conséquent plus d’un, surtout quand on sait que ce n’est pas à n’importe qui que les assassins s’en prennent. Rien que pour cela, les hommes politiques sénégalais vivant au Sénégal et à l’étranger doivent trouver une solution... Mais parler de guerre civile au Sénégal...pas encore de signes avant-coureurs. 

        Salut à tous les deux et portez vous bien.


        • batarddelarépublique 15 janvier 2008 13:30

          bonjour ,

          je ne pense pas que les sénégalais on besoin de quiconque pour assassiner leur proches

          concernant la cote d’ivoire

          la pagaille à commencé en cote d’ivoire en 93 juste a la mort d’houphouet boigny

          a l’époque c’est bédié et ouatarra qui menait la danse.(qui sont aujourd’hui dans notre beau pays)

          et n’oublions pas que c’est bédié qui a commencer a parler d’ivoirité (mais je vous rassure a l’époque d’houphouet ça sentait déja le sapin).

          quand mon père c’est présenté aux élections dans son village d’odiénné pour être député, il lui on fait rajouter son nom maternelle (Touré) pour être accepter.

          en 93 il s’est fait assassiner par sa propre famille mandingue, les dioulas si vous préférez.

          après l’avoir empoisonné avec de la bill de caiman il s’est fait étouffer par son propre neveu dans une clinique privé.

          14 après,en écrivant ce post, j’en ai encore des larmes et des sursauts de vengeance et surtout de vérité.

          brf...

          tout ca pour vous dire que je ne penses pas que les libanais soit coupable de cet acte criminel...

          +

           

           

           

           

           

           

           

           


          • FAMA Boubacar DIASSY 15 janvier 2008 16:50

            Bonjour, batarddelaépublique,

            Je puis vous signaler qu’il ne s’agit pas, dans ce post, de faire penser que les libanais seraient les assassins des Sénégalais. Lion de là. Il s’agit juste d’un rapprochement de faits politico-tragiques.

            Je vous demenderais de surmonter les traumas qui vous font souffrir 14 ans après ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. La vengeance ne résout aucun problème. Le conflit au sud du Sénégal dure depuis maintenant 26 ans, mais dans ce pays on parle de pardon et de réconciliation ; et tout le monde y travaille. Je pense que c’est cela qu’il nous faut en Afrique. Mais il faut aussi faire confiance à notre justice par rapport à la punition d’éventuels malfaiteurs.

            Merci, salut à vous.


            • batarddelarépublique 15 janvier 2008 20:48

              "Mais il faut aussi faire confiance à notre justice par rapport à la punition d’éventuels malfaiteurs."

              j’aimerais y croire, mais je ne rêve pas !!

              surtout quand ces personnes sont des notables véreux.

               

               

               

               

               


            • batarddelarépublique 15 janvier 2008 21:02

              et comme le disait Félix Houphouet boigny : LA PAIX CE N’EST PAS UN MOT C’EST UN COMPORTEMENT .

              cordialement.

               


              • FAMA Boubacar DIASSY 16 janvier 2008 09:57

                batarddelarepublique,

                Vous savez, c’est l’Afro-pessimisme qui est notre ennemi N° 1, nous les Africains. Nous ne devons pas nous laisser dominés par le découragement. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras à cause de croyances négatives sur notre sort.

                Je pense que c’est à nous de renverser la tendance. Il existe plein de manières de changer les choses sans passer par la violence. L’essentiel, c’est de ne jamais dire, "nous voulons bien ou encore nous aimerions bien...mais..." Je pense que le "mais" n’a plus de place dans le discours des jeunes africains, notamment ceux qui ont réussi à se faire un nom à travers le monde et par conséquent, d’avoir un carnet d’adresse extrêmement fourni.

                Merci et bien des choses à vous


              • tvargentine.com lerma 15 janvier 2008 22:29

                Les Sénégalais doivent avoir un esprit critique sur eux même et ne pas se voiler la face ou rechercher des réponses ailleurs sur des problèmes qui les concernent directement

                Je me rappelle encore ce que me disait un collégue de travail informaticien sur la Cote d’Ivoire ou à l’époque des discours fascistes sur l’ivoirité et cela le scandalisé et son analyse était juste sur la suite des choses.

                Au Sénégal,c’est une question de temps,mais déjà la conception du pouvoir est contestée et vous allez assister au même résultat.

                Il faut encourager les africains à revenir en Afrique pour construire des nouvelles sociétés civiles,afin de se débarasser de la corruption et établir une meilleure redistribution des richesses avec un Etat de droit qui rempli son rôle protecteur

                 


                • FAMA Boubacar DIASSY 16 janvier 2008 10:05

                  Je suis parfaitement d’accord avec vous lorsque vous insinuez que les Sénégalais doivent prendre leurs propres choses en mains. C’est ce qui a été officiellement fait. Mais officiellement seulement car dès après l’ouverture (officielle) de l’enquête sur l’assassinat de la première personnalité, El Hadji Omar Lamine Badji, tout le monde s’est dit que cela ne se reproduirait plus. Mais non seulement un deuxième assassinat a eu lieu, mais on n’a pas encore de résultat sur le premier forfait... C’est là que gît le problème.

                  Salut à vous.


                • Christoff_M Christoff_M 19 janvier 2008 04:16

                   je crois qu’on fait croire à la paix et à l’indépendance mais les memes tires les ficelles derrière....

                  on parle de commandos , de bandes armées, de révolutionnaires, mais qui les arment et qui fait exucuter par des mercenaires des personnalités ou des candidats potentiels, partout dans le monde, Liban, Irak, Pakistan, et récemment de nombreux pays africains, le phénomène devrait inquièter.... mais les gens en Europe sont tellement fixés sur le prix de l’essence à la pompe qu’ils en deviennent aveugles pour de nombreux évennements dans le monde !!

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