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Assises nationales au Sénégal : un rendez-vous de l’Histoire !

Une fois de plus, le Sénégal – pays réputé pour sa stabilité politique, sociale et religieuse – vient de confirmer aux yeux du monde sa foi et son aspiration aux vertus de la démocratie, au nom desquelles il avait confié les clés du pouvoir à Me Abdoulaye Wade, en 2000 et en 2005. Car, quand dans beaucoup de pays d’Afrique et d’ailleurs, les problèmes et les antagonismes – politiques, économiques, sociaux et culturels – se règlent par les armes et par le sang, des fils du Sénégal ont, quant à eux, choisi la voie de la concertation et du dialogue social, pour se sortir des difficultés qui accablent leur pays.

Sous le format d’Assises nationales, ouvertes à toutes les composantes du peuple sénégalais, l’événement a été lancé ce dimanche 1er juin, au « Méridien Président » de Dakar, et a regroupé une kyrielle de partis politiques, d’organisations civiles, religieuses – d’obédience islamique comme chrétienne – professionnelles et syndicales, avec l’onction de notabilités religieuses et coutumières, ainsi que de membres du corps diplomatique accrédité à Dakar.

Bien entendu, c’est bien moins la paternité ou les motivations sous-jacentes à cette belle idée qui réjouit, que la précision, fortement soulignée, du maître de céans – le compatriote Amadou Moctar Mbow, ancien secrétaire général de l’Unesco – que ces Assises, destinées essentiellement à trouver des solutions consensuelles aux problèmes du pays, se veulent libres et responsables. Surtout, qu’elles ne sont en aucune manière un moyen d’ébranler le régime du Président Wade.

Malheureusement, le chef de l’Etat et ses partisans sont restés plus que sceptiques quant à la valeur de cette profession de foi de Moctar Mbow et la sincérité des initiateurs de ces Assises, n’y voyant qu’une machinerie politique pour les déstabiliser. Les plus alarmistes parmi les faucons du régime ont même parlé de complot, voire de « coup d’Etat constitutionnel » !

Mais, assurément, le plus grave c’est que ces sinistres surenchères politiciennes aient conditionné Me Wade, jusqu’à l’amener à vouer aux gémonies les participants à ces Assises ; les considérant, au mieux, comme des adversaires politiques, au pire, comme des ennemis !

Indubitablement, dans une respectable République comme le Sénégal – où la Constitution garantit les droits démocratiques des citoyens, dans le respect des lois et règlements, sans subir ni menaces ni représailles – cette posture déplorable et inquiétante n’honore personne. Ni le président ni même ses partisans. Surtout que Me Wade – gardien de cette Constitution – n’a cessé de prôner les valeurs démocratiques urbi et orbi, au point d’être récemment choisi par ses pairs démocrates, de par le monde, pour conduire les destinées de l’Internationale démocratique.

En décidant de snober ces Assises, il est à craindre que notre « chantre national de la démocratie » soit en train de commettre une grosse erreur politique et de rater véritablement le coche.

Disons-le, au lieu de s’essuyer les souliers tel un paillasson sur les valeurs démocratiques qui l’avaient hissé au pouvoir, dans cette grave affaire, Me Wade gagnerait à faire preuve de hardiesse politique. Notamment, en saisissant cette opportunité pour sortir de son encastrement partisan, faisant du coup pièce aux accusations de ses détracteurs, qui ne voient en lui qu’un vieil autocrate arrivé au pouvoir sur le tard et hanté par sa succession.

Mais, surtout, ce rendez-vous de l’Histoire est une belle occasion de remettre tous les Sénégalais d’accord, pour s’attacher ensemble à trouver les solutions consensuelles opportunes pour sortir la tête de l’eau, dans un contexte mondial plus que délétère.

Naturellement, relativement à l’histoire politique du Sénégal et de l’Afrique, ce rendez-vous offre une chance inouïe au président Wade de faire date, de sortir par la grande porte et de trôner en patriarche comme gardien du temple.

 

Sakho Jimbira Papa Cheikh, chercheur au Crem (Centre de recherche sur les médiations), université Paul Verlaine-Metz.

 

 


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Sakho Jimbira


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