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Atomenergoprom, le titan de l’atome

Inconnu encore récemment du grand public, Atomenergoprom fut porté au devant de la scène par le spectaculaire rapprochement de Siemens à son encontre. Au grand dam d’Areva NP qui vit son ancien partenaire Allemand tendre une main intéressée à ce qui pourrait devenir un très sérieux concurrent. Qui est ce nouvel arrivant et quels sont ses atouts pour avoir réussi à séduire jusqu’à l’entreprise Allemande précitée dont le sérieux s’accommoderait mal d’un nouveau partenariat aux fondations hasardeuses ?

Un holding imposé en haut lieu
 
En réalité Atomenergoprom est tout sauf une véritable nouveauté en ce sens que l’entité est surtout le fruit d’une volonté présidentielle de renforcer la coordination des différents acteurs Russes du secteur. De ce fait l’on devrait plus parler d’agglomération que de novation.
 
Conscient que la Russie disposait de connaissances très pointues dans ce type d’énergie mais pénalisée par un réel manque de liant dans la chaîne de extraction/traitement/fabrication/production/distribution, Vladimir Poutine (alors Président) souhaita ardemment mettre sur pied, à l’instar de Gazprom, un mastodonte capable d’embrasser de nombreux aspects de la logistique du nucléaire civil. Que ce soit Rosenergoatom le producteur d’électricité de source nucléaire, TVEL l’extracteur et producteur d’uranium, Tekhsnabexport l’exportateur de combustible nucléaire, Atomenergomash l’équipementier et enfin Atomstroyexport l’entreprise chargée des projets de construction à l’étranger, tous durent rentrer dans le moule pointé du doigt par le Kremlin.
 
Ainsi naquit le 27 avril 2007, par décret présidentiel, l’holding Atomenergoprom. La verticalité de cet ensemble est à la fois patente par la complémentarité successive des différents participants comme par le contrôle exercé par le pouvoir central qui entend rester maître de ce jeune titan.
 
Le géant sort de la forêt
 
Sur le papier voilà qui paraissait séduisant, voire imposant. Cependant les faits et réalisations ont seule valeur de baromètre en matière de succès ou d’échec des objectifs poursuivis.
 
Force par conséquent est de constater que peu après l’avènement d’Atomenergoprom l’intérêt de plusieurs sociétés étrangères s’est accru exponentiellement. Ainsi Alstom comme Toshiba ont conclu des accords pour favoriser les projets communs, faire valoir leur expérience dans leurs domaines respectifs et s’adosser à un poids lourd du secteur pour pénétrer plusieurs marchés difficiles d’accès, à commencer par le Russe lui-même.
 
Le marché domestique lui est demandeur (il est vrai que celui-ci est relativement fermé aux investissements étrangers puisque considéré comme un secteur stratégique [1]) mais l’étranger tout autant : l’Inde, la Bulgarie et l’Iran ayant déjà passé plusieurs commandes et d’autres pays ont signifié leur volonté de mener des négociations avancées tels l’Oman et la Turquie.
 
Toutefois le plus spectaculaire restait à venir avec la mésaventure récente arrivée à Areva NP (le numéro un dans la construction de centrales nucléaires) puisque comme le permettait une clause de rachat au sein de l’accord de partenariat de la société, les 34% détenus par la célèbre compagnie Allemande seront revendus à Areva d’ici trois ans. Ce départ ne serait qu’un divorce à l’amiable comme en connaissent parfois certains couples économiques si Siemens n’avait publiquement fait état de son rapprochement (officialisée le mardi 3 mars 2009 par la signature d’un protocole d’accord) avec un partenaire Russe, Rosatom. Or pour qui serait un tantinet investigateur, Rosatom se dévoilerait comme n’étant rien d’autre qu’une société d’Etat Russe détentrice à 100% des actions d’… Atomenergoprom ! La boucle est bouclée…Ce coup dur pour Areva peut se ressentir désormais sur deux plans : la fuite de cerveaux [2] et la prise de conscience que le géant Russe est manifestement devenu attractif depuis son apparition.
 
Le pari de créer une entité monopolistique du nucléaire civil Russe a été payant pour l’heure et il y a tout lieu de penser que l’entité surfera encore un moment sur une dynamique positive avec le concours de Siemens.
 
Un début de solution pour Areva : peut-être proposer sur le modèle de leur concurrent un concours de Miss Atome ?
 
[1] Ainsi est-il à peine surprenant de découvrir que l’actuel président du conseil de direction est un ancien (et éphémère) Premier Ministre de Boris Eltsine : Sergey Kiriyenko. Par ailleurs aussi Président de Rosatom.
[2] Depuis avril 2008, une loi fédérale impose aux investisseurs étrangers de passer par les fourches caudines d’une commission ad hoc vérifiant l’impact d’une immixtion étrangère au sein de sociétés où le capital serait détenu à plus de 50% par une société de nationalité autre que Russe et intervenant dans le champ d’un des 42 secteurs sensibles répertoriés. Le nucléaire faisant bien évidemment parti de cette liste.
[3] Lire à ce sujet l’entrefilet paru dans Le Figaro du 27 février 2009.

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13 réactions à cet article    


  • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 12:06

    Oui, bof. Siemens fait ce qu elle veut, c est une boite privee.


    • erdar 4 mars 2009 12:14

      Bonjour Yannick,

      En effet, il faut rappeller que lorsque les turcs ont décidé de lancer le cahier des charges pour la création de centrale nucléaire, AREVA et les autres n’ont pas répondu et seul Atomstroyexport a répondu à l’offre.

      Ce qu’il y a d’étonnant c’est qu’ils ont considéré l’offre comme excellent au niveau du prix ?
      Je dois dire que la politique a été pour beaucoup dans cette histoire... Dommage pour nous et je crois que cela ne fais que commencer....

      Vraiment on fait vraiment n’importe quoi au niveau politique étrangère

      Erdal



      • morice morice 4 mars 2009 12:24

         excellent


        • zelectron zelectron 4 mars 2009 13:14

          Lauvergeon n’aurait jamais du être embauchée.


          • Yannick Harrel Yannick Harrel 4 mars 2009 13:59

            Bonjour,


            Je m’excuse pour le fait qu’une note de bas de page ait sauté du fait de mon inattention, en effet le [1] et le [2] dans le corps du texte renvoient en réalité aux [2] et au [3] en bas de page. Le [1] véritable qui a été omis aurait dû trouver sa place à la fin de cette phrase La verticalité de cet ensemble est à la fois patente par la complémentarité successive des différents participants comme par le contrôle exercé par le pouvoir central qui entend rester maître de ce jeune titan


            Merci de votre compréhension.


            Cordialement


            • Hieronymus Hieronymus 4 mars 2009 16:31

              @ l’auteur
              du temps de l’URSS les "seuls" secteurs performants de l’industrie etaient les secteurs strategiques sur le plan de la defense, a savoir l’armement, le spatial et le nucleaire (corrigez moi si je fais erreur)
              pres de 20 ans apres l’eclatement de l’URSS et la privatisation de l’economie, qu’est ce qui a vraiment change ?
              le secteur de production des biens de consommation reste anemique, le secteur de la machine-outil appartient a l’Allemagne et l’electronique aux dragons asiatiques (pour faire court), en Russie comme uniques secteurs performants et dignes de consideration pour les acheteurs etrangers subsistent donc encore et toujours l’armement, le spatial et le nucleaire civil ou militaire, c’est a dire en fait des secteurs qui sont entierement controles pas l’Etat, il semble qu’en Russie un secteur prive de production a les plus grandes difficultes a se developper, a quoi tiennent ces blocages ?
              pas au niveau de competence ni d’instruction des Russes, ds de nombreux domaines ils sont meilleurs que les occidentaux, alors ?
              la corruption et le racket systematique qui gangrene toute l’economie russe, je m’interroge ?

              sur le fond de l’article j’imagine que ce groupe Atomenergoprom est entierement controle par l’etat, est il possible de concevoir :
              1) que l’etat russe procede a une privatisation meme partielle de ces joyaux de l’industrie nationale ?
              2) que l’etat russe consente a ce que des groupes etrangers prennent des participations importantes ds ces "Kombinat" locaux ? ou les absorbent sous forme de fusion ds des groupes transnationaux ?
              la question c’est l’enjeu du pouvoir, comment les industriels occidentaux peuvent ils sur le long terme s’engager ds un partenariat avec des groupes russes tant que le Kremlin entend conserver intacte sa main mise sur les secteurs industriels consideres comme strategiques ?


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 4 mars 2009 22:23

                Bonjour,

                Effectivement du temps de l’URSS les secteurs performants étaient ceux qui étaient liés de près ou de loin à l’objet militaire. Il était d’ailleurs de notoriété publique que les biens de consommation d’origine soviétique ne valaient guère leurs vis-à-vis occidentaux et ne se trouvaient de toute façon pas en quantité suffisante dans les étals (souvenez de ces longues files d’attente près des magasins d’Etat).

                Pour le reste, sachez que l’industrie aéronautique a bel et bien failli disparaître pendant la période Eltsine. Je me souviens même d’une anecdote qui parlait d’un grand constructeur à qui l’on avait conseillé pour rentabiliser son affaires de stopper la production d’aéronefs et de se mettre à produire du matériel de cuisine ! Il n’empêche que même dans ses domaines de prédilection, il y eut une saigné conséquente dans les années 90 qui stoppa net les recherches en cours (la navette Bourane fut souvent considérée comme le dernier baroud d’honneur de la conquête spatiale soviétique). Entre l’assèchement des crédits et la fuite des cerveaux je vous laisse imaginer l’état de la situation.

                Depuis, l’Etat a repris la situation en main, distribue de généreux subsides et veut continuer à produire des ingénieurs à haut niveau de qualification. Les autres secteurs manufacturiers émergent tout doucement, toutefois encore fragiles ils doivent conquérir le public Russe qui préfère généralement les appareils et produits occidentaux. La situation n’est pas rose, et incomparable avec l’Allemagne par exemple, mais incontestablement moins noire qu’elle ne l’était sous la période Eltsine.

                Sinon, inutile de rêver : l’Etat Russe n’a donné aucun signe de privatisation du secteur nucléaire en faveur d’investisseurs étrangers. En revanche, il y a une volonté réelle de favoriser les partenariats du moment que ceux-ci laissent à la partie Russe la majorité simple (théoriquement la loi fédérale N°57 FZ du 29/05/2008 permet de dépasser ce seuil moyennant l’accord d’une commission gouvernementale de contrôle des investissements étrangers, en pratique je doute que cela se fasse prochainement).
                Donc oui les étrangers sont les bienvenus mais ils doivent être conscients que seuls des partenariats sont envisageables (sous forme de joint-venture par exemple) et avec l’aval des autorités fédérales.

                Cordialement


              • krolik krolik 4 mars 2009 16:44

                Oh cette idée de rapprochement d’une entité du Minatom russe avec une grande société européenne commence déjà à traîner depuis longtemps.
                En 1997, 98, titulaire d’un contrat Bruxellois pour l’étude du rapprochement entre le nucléaire civil russe et UE, en conclusion je préconisais un tel rapprochement. J’avais rencontré pas mal de dirigents de Siemens dans cette affaire et Adamov était mon interlocuteur au Minatom avant de se fare coffrer en Suisse à la demande des US..
                Mais c’était l’opinion d’un consultant, il a fallu que l’idée repasse au niveau politique.
                Mais signer un "protokol" avec des Russes est une chose, réaliser un pacte d’actionnaire en est une autre.
                En Russe, le terme "protokol" doit se traduire par "compte-rendu de réunion" et n’est absolument pas engageant. D’où les déconvenues récurrentes des Occidentaux qui ont l’impression de s’être fait avoir et surtout trahis..
                Donc il est urgent d’attendre et de voir un peu comment les choses vont réellement évoluer.
                Mais entre Guidropress et Atomash les Russes ont la capacité de sortir un réacteur par mois s’ils savent s’y prendre. Framatome à St Marcel ça donne dans le style "porte-clefs" en comparaison, même si les Russes ont copié jusqu’à la couleur de la peinture des bâtiments de ST Marcel.

                @+


                • dédé.L dédé.L 5 mars 2009 00:57

                  ça sera miss tomme....ou armaguétome...excellent !!


                  • Pierrot Pierrot 5 mars 2009 10:22

                    Le futur mariage de Siemens avec le constructeur russe a peu d’avenir commercial, à mon avis.
                    En effet, les Russes commercialisent un réacteur nucléaire de type VVR qui, même amélioré ces dernières années, reste un modèle archaique sur le plan technique et sûreté, peu comparable à l’EPR européen.

                    De plus le contrat entre AREVA et Siemens interdit à ce dernier de commercialisé l’EPR où les connaissances ont été acquises en commun.

                    Mais avec environ 260 réacteurs nucléaires en projet dans le monde actuellement il y aura de la place pour tous : AREVA, Westinghouse-Toschiba, Atomenergoprom, GE, peut être un chinois.

                    Bonne journée.


                    • vilistia 30 décembre 2009 21:26

                      Pierrot

                      Siemens avec rosatom , c’est pour équiper les salles de contrôles. Ces deux là ont un avenir assuré. Et ce n’est pas la première entreprise allemande à travailler avec les russes.

                      Quant à notre EPR, il pose problème.


                    • Gilles BERTIN Gilles BERTIN 5 mars 2009 15:02

                      Comment une entreprise Privé peut-elle s’allier avec une entreprise d’état ??? c’etait soit disant impossible ????? A+

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