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Accueil du site > Actualités > International > Au Canada, c’est l’euphorie conservatrice

Au Canada, c’est l’euphorie conservatrice

Nous vivons actuellement une période originale dans l’histoire politique canadienne. Les promoteurs des idées conservatrices sont euphoriques : leur parti favori connaît une croissance vertigineuse dans les sondages.

Pour la première fois depuis le départ de Brian Mulroney, cet ancien chef du Parti conservateur du Canada (PCC) qui a démissionné en 1993, un autre parti que le Parti libéral domine dans les sondages. Comble du hasard, cela survient quelques jours à peine avant les élections fédérales...

Est-ce un mouvement passager dans l’opinion publique, ou cela se transformera-t-il en option durable ? Peu importe le résultat du 23 janvier, Stephen Harper, l’actuel dirigeant du PCC, aura accompli sa mission. Il aura réussi à faire oublier qui il est réellement. Il aura réussi à se faire passer pour un homme de centre, modéré et qui a à coeur l’intérêt des Canadiens, d’un océan à l’autre. Il aura réussi à faire oublier les fantômes de l’Alliance canadienne, son ancien parti de droite, pour plutôt voguer sur les flots historiques canadiens qui font que, depuis 1867, un gouvernement conservateur vient diriger le pays pendant un mandat de temps en temps, entre quelques mandats libéraux.

Une chose est certaine : ceux qui, à la dernière minute, auront décidé d’appuyer les conservateurs par dépit, par simple volonté de changement, par rejet des libéraux, par volonté (compréhensible) de mettre un frein à la corruption libérale, ou par conviction que Stephen Harper saura régler la question de l’unité nationale, alors ceux-là risquent fort de déchanter peu de temps après la prise du pouvoir par les conservateurs.

Cette désillusion et ce regret risquent de se manifester en de nombreuses occasions :

- Lorsque Stephen Harper ira faire sa première visite officielle à l’étranger, aux États-Unis, et quand, avec le sourire fier du pro-Bush qu’il est, il serrera la main du président américain et lui exprimera la "volonté des Canadiens" de rétablir les ponts, et le regret des Canadiens pour les gestes posés par les précédents gouvernements Chrétien et Martin envers les États-Unis

- Lorsque, peu de temps après sa prise de pouvoir, Harper annoncera son intention de se retirer du protocole de Kyoto. Le Canada deviendra ainsi le premier pays à faire marche arrière dans la lutte contre les changements climatiques. Cela enverra un message clair au reste du monde : l’économie, c’est beaucoup plus important que le reste pour les Canadiens

- Lorsque Stephen Harper annoncera sa décision de participer à la mise sur pied du bouclier antimissiles conjointement avec les États-Unis, et de participer financièrement au projet en subventionnant les multinationales américaines responsables du projet (Boeing, Lockheed Martin, Raytheon, Northrup Grumman, etc.)

- Lorsque Stephen Harper commencera à dire que finalement, la guerre en Irak, ce n’était pas une si mauvaise idée, et que, peut-être, le Canada devrait davantage appuyer nos amis les Américains pour mettre fin à cette guerre

- Lorsqu’on se rendra compte que le discours de Harper sur les terroristes, sur le Bien et le Mal, et sur les "sacrifices" des soldats canadiens est calqué sur la rhétorique religieuse de George W. Bush

- Lorsque le Canada réapparaîtra sur la liste des cibles prioritaires pour al-Qaïda et pour les autres groupes terroristes

- Lorsque les conservateurs détruiront le registre national des armes à feu, permettant ainsi aux armes de circuler plus librement et de tomber entre de mauvaises mains

- Lorsque, pour préserver les bonnes relations avec les États-Unis, Harper refusera de trop insister sur la question du conflit du bois-d’oeuvre et sur les millions de dollars que doivent les entreprises américaines aux Canadiens

- Lorsque des députés conservateurs d’arrière-banc commenceront à parler de réduire l’avortement et à débattre sur la pertinence de la peine de mort

- Lorsque les conservateurs tiendront un vote libre sur la question du mariage entre conjoints de même sexe, et que les homosexuels seront privés de ce droit chèrement acquis

- Lorsque les conservateurs promulgueront leurs premières lois permettant à la justice de juger des criminels de 14 ou 16 ans en adultes et d’infliger des peines à perpétuité à des adolescents

- Lorsque les conservateurs décideront de resserrer les critères déjà très stricts pour le choix et l’accueil des immigrants

- Lorsque les conservateurs bloqueront les tentatives pour décriminaliser la possession de marijuana et que les peines seront ajustées plus sévèrement pour les consommateurs domestiques

- Lorsque les conservateurs déclareront illégal le centre d’injection supervisé de Vancouver, ce centre qui aide pourtant des centaines de toxicomanes à se sortir de l’enfer des drogues dures

- Lorsqu’on se rappellera que le dernier gouvernement conservateur avait, lui aussi, baigné dans des scandales de corruption

- Lorsque les conservateurs allègeront les lois sur le lobbyisme et sur les contributions financières aux caisses des partis, permettant ainsi un plus grand copinage entre les politiciens et les gens d’affaires

- Lorsque les conservateurs négocieront des ententes sur la santé avec les provinces en fonction de leur volonté d’ouvrir la porte ou non à la privatisation

- Lorsqu’on se rendra compte que la plupart des politiques des conservateurs visent à améliorer le sort des grandes corporations, notamment en allégeant leur fardeau fiscal, et que la plupart de leurs politiques seront calquées sur le modèle néolibéral thatchérien et sur les recommandations de l’Institut Fraser et de l’Institut économique de Montréal, deux think tanks néolibéraux

- Lorsque les Québécois se rendront compte qu’ils ne sont pas entendus à Ottawa et que les rares députés au pouvoir disposent d’une très faible influence au sein du parti ; lorsque Harper répondra maladroitement aux questions des journalistes québécois à cause des dfficultés qu’il éprouve à parler et à comprendre la langue de Molière

- Lorsque Harper se montrera très peu ouvert à un démarrage de négociations sur la Constitution, à une réintégration du Québec au sein de cette Constitution, et à une reconnaissance du Québec comme société distincte

- Lorsque André Boisclair, le chef du Parti Québecois (le principal parti indépendantiste au Québec) enclenchera le processus référendaire et que Harper et ses deux ou trois députés québécois seront incapables de bien communiquer leur message, de convaincre les Québécois d’adhérer à leurs valeurs et de rester au Canada, et qu’il feront ainsi bien piètre figure face aux talentueux communicateurs que sont les dirigeants du mouvement souverainiste


Une chose est certaine : ceux qui voteront pour les conservateurs le 23 janvier, que ce soit par conviction ou par contestation, devront en assumer la responsabilité. Oui, je suis d’accord pour dire qu’il est temps de mettre les libéraux à la porte. Mais il faut éviter de voter pour un parti seulement pour sanctionner le parti au pouvoir, et ceci sans regarder auparavant les dommages que les conservateurs risquent de causer...

Je fais une prédiction : l’euphorie conservatrice que nous vivons actuellement sera bien courte et éphémère. Le règne des conservateurs se déroulera sous le signe de la contestation. Et au cours de ce règne, l’unité nationale sera plus que jamais menacée. Jamais le Québec ne se reconnaîtra dans ce Canada conservateur, néolibéral et pro-américain. Une victoire conservatrice serait ainsi un puissant accélérateur pour l’accession du Québec à la souveraineté nationale.


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5 réactions à cet article    


  • (---.---.50.235) 18 janvier 2006 21:17

    Vive le Canada américain ;)

    Notre vieux général doit se retourner dans sa tombe.


    • Guy Bouchard (---.---.62.188) 19 janvier 2006 16:13

      Attendons pour voir.

      Nous n’avons malheureusement pas beaucoup d’alternatives.

      Il est clair que les libéraux doivent prendre la porte. Ils doivent méditer leur comportement pour quelques années. Ils ont pris les canadiens pour acquis. C’était une erreur. Pire, ils ont fait mal paraître les québécois avec le scandale des commandites, entre autre.

      Je ne crois pas que Harper même avec de la volonté puisse faire le quart de se que vous lui prêter comme intention. Comme tous les autres, il regardera les sondage et suivra le sens du vent. Il serait bien le premier à ne pas le faire.

      Nous n’avons malheureusement pas d’autre alternatives pour mettre les libéraux dehors.

      Je serais ouvert à autre chose mais quoi ?


      • Patrick Boucher (---.---.227.156) 20 janvier 2006 01:21

        En effet, je suis d’accord pour dire qu’il est temps de sanctionner les libéraux, et c’est vrai que nous avons peu d’alternatives. Néanmoins, cela ne devrait pas être une raison pour les remplacer par n’importe qui. La plupart de mes prédictions concernant les Conservateurs (sur Kyoto, sur les armes à feu, sur les relations avec les États-Unis, sur les mariages gays, etc.) ont déjà été annoncés par Harper.

        Vous dites que malgré ses idées de droite, Harper aura les mains liées par les sondages et l’opinion publique. Je ne suis pas d’accord. D’abord parce que l’opinion publique est beaucoup plus partagée que l’on croit. Dans l’Ouest canadien, entre autres, des politiques néo-conservatrices auront un vif succès. Deuxièmement, si les Français s’étaient dit la même chose en 2002 (« nous n’avons pas à avoir peur d’un Le Pen au pouvoir puisqu’il aura les mains liées par les sondages »), alors nous aurions encore aujourd’hui l’extrême droite au pouvoir en France.

        Les Conservateurs de Harper ont un agenda néo-conservateur, et ils feront tout leur possible pour le mettre de l’avant, malgré les sondages.


      • Michel Monette 20 janvier 2006 05:40

        Le peu que l’on sait de ceux qui formeront le cabinet de Harper est plutôt inquiétant :

        L’odeur du changement.


        • parigotte (---.---.46.38) 12 mars 2006 17:40

          Je découvre seulement aujourd’hui ton commentaire d’avant le 23 janvier... avec le résultat que l’on sait maintenant... Très intéressant et instructif bien sûr pour moi qui suis résidente permanente du Canada depuis 6 mois seulement... et qui ai pleuré devant ma télé en avril 2002 tu devines pourquoi et défilé sur le pavé parisien pour contrer le péril « Le Pen »... J’ai quitté un peu la France pour plein de raisons, dont cette inquiétude politique, et c’est pas pour retrouver ça au Canada c’est sûr... Je n’ai pas le droit de vote ici et la configuration politique est totalement différente, mais je suis vraiment passionnée par tous ces enjeux sous fond de fédéralisme, souveraineté (ou non) du Québec, et approche totalement différente sur l’immigration... Bref, comme on dit souvent : « restons vigilents » !

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