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Australie : Le secteur éducatif au cœur de polémiques nationalistes

Les temps sont durs, même en Australie. La crise économique a touché le pays, tout comme la majeure partie des pays européens, et chaque semaine les annonces de suppression d’emploi se succèdent. Cependant, il y a un secteur qui résiste particulièrement bien a la chute générale : l’export d’éducation.

Un secteur stable...générant des abus

Le secteur est si stable qu’il est devenu le troisième secteur d’exportation le plus important du pays, générant plus de 15,5 milliards de dollars Australiens (pratiquement 9 milliards d’euros) et de récents rapports indiquent que les taux d’inscriptions ont encore progresses de 20 pour-cent cette année. Ces chiffres apparaissent comme une bonne surprise pour les universités, qui ont souffert d’une perte de 800 millions de dollars (455 millions d’euros) depuis le début de la crise l’année dernière. Cependant, les bénéfices apportés par le financement partiel des universités par les étudiants internationaux se retrouvent ses derniers mois au cœur de l’attention médiatique...

L’émission de reportage « Four Corners » sur ABC a exposé fin juillet de nombreux abus dont sont victimes les étudiants étrangers, souvent leurrés par des exportateurs d’éducation malveillants. Cette dernière ainsi que d’autres rapports d’agression sur les étudiants indiens ont crée un véritable tollé en Inde ou des dirigeants demandaient le rapatriement direct d’étudiants. L’évènement a forcé le Sénat a organiser une investigation sur le support des étudiants internationaux et oblige le premier ministre Kevin Rudd a intervenir régulièrement afin de rappeler que « L’Australie n’est pas un pays raciste » et qu’il est n’est pas dangereux d’étudier aux antipodes.

Polémique et discours nationalistes

En parallèle, et au sein même des universités, un parti nationaliste australien continue ses derniers mois a distribuer des prospectus sur les campus universitaires appelant les étudiants étrangers a « rentrer chez eux ! »

A l’origine du pamphlet se trouve « l’Australia First Party » (ou Premier Parti Australien), déjà accusé d’avoir engendré les révoltes de Cronulla en 2005. Leur site internet indique des positions très claires, qui incluent « l’abolition du multiculturalisme, le retour a une ’Australie Blanche’, et invite le gouvernement à se ’débarrasser’ des étudiants internationaux.

Une des principales raisons évoquées dans le prospectus est que les étudiants internationaux contribuent à la crise en exploitant les ressources naturelles du pays. Le président du parti en Nouvelles Galles du Sud, Jim Saleam, explique sa peur de voir un pays surpeuplé (L’australie compte vingt millions d’habitants pour une taille équivalente à l’Europe) où les étrangers prennent la place des locaux sur le marché du travail.

« On peut voir aujourd’hui une plus grande compétition pour les petits boulots, particulièrement concernant le genre de travail que les étudiants recherchent. Lorsque j’étais à l’université je faisait la vaisselle dans des restaurants pour m’en sortir. Mais maintenant cela devient de plus en plus difficile car on se retrouve face à un plus grand nombre de personnes qui cherchent à s’en sortir, » déclare-t-il.

PHOTO (en attaché)

La logique du raisonnement se heurte cependant à certaines statistiques. S’il est difficile de savoir combien d’emplois sont crées directement grâce la contribution d’étudiants étrangers, Veronica Meneses, en charge de la protection sociale d’étudiants internationaux à l’université de Newcastle, estime dans le journal The Herald,que plus de 47 000 postes apparaissent chaque année.

D’après Jim Saleam, ce n’est cependant pas le seul problème engendré par les étudiants internationaux. Le prospectus évoque également le fait que les étudiants locaux ne peuvent accéder librement à l’université et sont littéralement « déplacés » dans leur propre pays.

Là encore, la logique nationaliste derrière les arguments énoncés se trouve en complète contradiction avec la manière avec laquelle le système éducatif fonctionne. Bill Purcell, deputé-vice-president de l’Université de Technologie de Sydney considère que c’est en opposition avec les procédures en place.

« C’est une fausse accusation de considérer que les étudiants internationaux prennent la place des étudiants locaux. Le gouvernement fédéral décide d’un nombre spécifique (pour les étudiant locaux) pour lequel il apporte son support financier. Les universités ont alors le choix de les allouer/distribuer à différents secteur éducatifs. » Ce dernier explique également que la loi Australienne oblige les étudiant étrangers à payer un prix permettant de couvrir totalement la prise en charge des étudiants internationaux. Il avoue aussi que le prix demandé a ces étudiants est souvent supérieur aux coûts réels afin de permettre le financement d’autres investissements pour l’université.

Cela signifie que non seulement les étudiants étrangers financent leurs propre études, mais ils permettent également le développement général des ressources de l’université pour une plus large communauté.

Ce point de vue est partagé par Christopher Ziguras, professeur attaché d’études Internationales à l’institut royal de Melbourne. Celui-ci clame que le recrutement d’étudiants locaux est totalement indépendant du secteur d’exportation. « Reduire le nombre d’etudiants internationaux reduirait tout simplement la taille du secteur universitaire et je ne pense vraiment pas que quelqu’un puisse décemment vouloir cela. Mais cela n’affecterait pas le nombre d’étudiants locaux, puisque le problème ici réside dans le financement direct venant du gouvernement fédéral, et non pas une limite en capacité ».

Le dépendance d’un système

Se débarrasser des étudiants internationaux voudrait donc signifier une perte importante de financement pour les universités et réduirait une source essentielle de revenus pour l’économie australienne.

Saleam lui même réalise que son désir de voir « l’université australienne pour les Australiens » est difficilement compatible avec la conjoncture actuelle. « Je pense que les universités sont devenues complètement dépendantes (...) et en un sens elles sont comme quelqu’un dépendant à la drogue. Si on leur enlève l’héroïne, ils mourront et c’est exactement la même chose ici ».

Mais pour Christopher Ziguras, ce type d’argumentation idéologique introduit un faux débat sur la présence d’étrangers. « Est ce qu’on se serait lamenté du fait que les universités sont dépendantes du nombre de femmes lorsqu’on leur a permis l’accès a l’éducation au vingtième siècle », s’interroge-t-il. Pour lui, le dépendance du système éducatif à un secteur particulier de la communauté étudiante est une aberration. Il considère qu’il serait alors possible d’argumenter que toutes les institutions sont dépendantes de leurs communautés respectives, dès lors que l’on choisit délibérément de les identifier. Et une réduction significative en participation de ces secteurs désignés signifierait donc la chute générale du secteur.

Des discours favorisés par la crise économique

Ainsi, pourquoi donc ce parti nationaliste aimerait absolument voir une Australie nettoyée de présence étrangères ? Certains experts pensent qu’au vu de la crise économique actuelle, les idéologies nationalistes sont plus à même de trouver un public réceptif. « Le fait que cela arrive maintenant, dans une période de crise financière et d’incertitude économique, n’est pas surprenant, » confesse Theresa Anderson, professeur de gestion de culture et d’information à l’université de Technologie de Sydney. « Cela m’a ramené immédiatement à l’exemple de l’Allemagne en 1930, » explique t-elle. « Au lieu d’avoir comme titre ’étudiants étrangers, rentrez chez vous’, on peut juste imaginer quels étaient les gros titres à l’époque. (...) Lorsque les gens sentent qu’ils sont en danger, ils vont immédiatement essayer d’ identifier ceux qui ne leur ressemble pas forcement (...) et apparaît alors cette idée qu’il n’y a pas de ressources pour tout le monde (...) et l’option facile est de blâmer ceux qui ont plus de difficultés a s’intégrer ».

Pour Mark Choo, représentant national des etudiants étrangers en Australie, les mouvements politiques d’idéologie extrémiste déguisent un racisme latent en liberté d’expression. « Le premier parti Australien et sa jeune branche, la jeune ligue patriotique, a déjà cause énormément de dommages et de souffrances a la population d’origine libanaise en propageant les révoltes de Cronulla. Maintenant ils ont choisi de tourner leur haine xénophobe contre la communauté étudiante étrangère », déclare-t-il.

Par Olivier Pollet et Tormod Spencer Austad

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2 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 25 août 2009 15:59

    ils ont guère changé depuis l’époque où ils enlevaient de force les enfants aux aborigènes pour les éduquer de force ....


    • Internaute Internaute 31 août 2009 08:56

      La question qui n’est pas évoquée est de savoir ce que font les étudiants étrangers à la fin de leurs études. Si, comme en France, la plupart reste simplement sur le marché du travail local en profitant des diverses aides de l’Etat alors là oui cela devient un problème trés grave. Il s’agit d’une concurrence que n’ont pas demandé les australiens mais qu’ils doivent subir pour que quelques universités fassent du gropognon ou que quelques idéalistes s’amusent au mondialisme.

      Quant à la question sur la dépendance ou l’indépendance des universités il me semble que l’université n’est pas une bulle interstellaire mais bien le creuset d’une culture. C’est la matrice d’une élite bien définie et pas d’une autre. Si les indiens viennent en Australie c’est justement parceque le mode de société forgé au long des années par le peuple australien les tente. Si on retire cette dépendance, ces universités deviendront vite comme celles de Calcultta et les indiens n’auront plus de raison de voyager. La dépendance des université est une trés bonne chose. C’est justement ce qui fait leur attrait et leur spécificité. Une trop grande présence d’étudiants étranger la ruine.

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Olivier Pollet


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