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Accueil du site > Actualités > International > Barack Obama ou l’honneur perdu du Prix Nobel de la Paix

Barack Obama ou l’honneur perdu du Prix Nobel de la Paix

 Ce sont des millions d’hommes et de femmes, de par le monde civilisé, qui se sont sentis floués, le 21 septembre dernier, par Barack Obama : ce jour-là, un innocent, Troy Davis, était exécuté par injonction létale, l’un des pires supplices, sur ordre d’un tribunal d’Amérique, sans que le Président de ce pays, Barack Obama précisément, n’ait consenti à prononcer un seul mot de compassion, quand bien même il ne dispose d’aucun pouvoir en matière de justice, envers ce malheureux. 

 Ainsi est-ce le puissant lobby des défenseurs du port d’armes tout autant que l’imposante frange des partisans de la peine de mort, lesquels constituent une part non négligeable de son électorat, que le futur candidat à un deuxième mandat présidentiel aura finalement écouté là, bien plus que sa propre conscience.

Trahison, s’écrieront tous ces idéalistes en mal de vérité, de liberté et de justice, qui, n’écoutant que leur cœur battre au rythme de ses promesses, auront voté pour lui : l’incommensurable déception qu’il aura engendrée chez eux se révèle inversement proportionnelle, aujourd’hui, à cet immense espoir qu’il y avait naguère suscité !

Davantage : son fracassant silence, sur cette douloureuse affaire Davis, est indigne, par-delà son manque de courage politique et de clairvoyance intellectuelle, de ce prix Nobel de la paix que la prestigieuse Académie de Norvège lui a, sur l’unique et très mince base de ses beaux mais seuls discours théoriques, un peu trop vite décerné.

Aussi n’est-ce pas seulement une tache sur la justice américaine, comme l’a très justement dit Robert Badinter, illustre père de l’abolition de la peine de mort en France, que ce « crime judiciaire », pour reprendre là encore ses propos, a donné à voir là, mais bien une véritable éclaboussure sur l’institution du Nobel de la paix elle-même : son sens profond, sa portée philosophique et sa force symbolique.

Certes, rétorqueront les esprits chagrins, le rôle d’un président des Etats-Unis, nation la plus puissante de la planète, ne s’accommode guère, le plus souvent, des devoirs d’un prix Nobel de la paix, encore moins de ses états d’âme.

Je n’en disconviens évidemment pas. Je sais pertinemment bien, en outre, que ces deux fonctions s’avèrent, la plupart du temps, inconciliables, sinon incompatibles. Mais alors, de deux choses l’une : soit le Comité Nobel s’est en ce cas lourdement trompé, au risque de se discréditer, dans son attribution ; soit est-ce Barack Obama lui-même qui, par cohérence morale tout autant qu’honnêteté intellectuelle, aurait dû décliner cette trop exigeante et noble distinction, sur les plans éthique et humain, pour un professionnel de la politique.

Mais, comme si cela ne suffisait pas, à cette infamie que représente cet assassinat de Troy Davis, vient de s’ajouter, en ce même funeste 21 septembre 2011, un autre grave manquement, de la part de Barack Obama, aux devoirs d’un prix Nobel de la paix qui se respecte : sa fin de non-recevoir, accompagnée de la menace d’un tout aussi implacable veto, à la légitime demande, de la part du président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, de voir son pays, la Palestine, enfin reconnu officiellement, auprès des Nations-Unies, en tant qu’Etat souverain.

Car là, contrairement au courage politique tout autant qu’à la lucidité diplomatique dont firent preuve ses deux prédécesseurs, eux aussi membres influents du Parti Démocrate, l’ex-Président Jimmy Carter lors des accords de Camp David (traité de paix, signé le 18 septembre 1978, entre l’Egypte, dont le Président était alors Anouar el-Sadate, et Israël, dont le Premier-Ministre était alors Menahem Begin) et l’ex-Président Bill Clinton avec les Accords d’Oslo (traité, signé le 13 septembre 1993 par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, préconisant la résolution du conflit israélo-palestinien), Barack Obama ne répond, dans ce cas aussi, qu’aux exigences, très ponctuelles et sans aucune vision d’ensemble pour l’avenir, de la « real politik », sinon, pire encore, à de purs et simples, très mesquins et très opportunistes, calculs électoraux.

Et là, l’erreur, de la part de Barack Obama se révèle aussi colossale qu’incompréhensible, encore plus indigne de la part d’un prix Nobel de la paix. Car à la faute morale et carence humaine, au regard de sa dramatique et prétendue neutralité face au martyre de Troy Davis, s’ajoute, cette fois, une gigantesque faute stratégique sur le plan strictement politique : celle de prendre le risque, en privant les Palestiniens de leur Etat et en isolant ainsi les plus modérés d’entre eux, de favoriser la guerre - une guerre sanglante et interminable - plus que la paix. Le paradoxe, pour un prix Nobel de la paix, est énorme !

Mais, en ce cahier de doléances, il y a pire, si cela est possible, encore. Car l’on attend toujours, depuis plusieurs mois maintenant, mais manifestement en vain là aussi, la fermeture de ce camp de concentration, contraire au respect de toute dignité humaine, qu’est Guantanamo. Là aussi, l’intarissable Obama nous avait abreuvé de magnifiques paroles !

Mais, toute honte bue, la liste des griefs n’est pas encore terminée. Le plus ignoble est même à venir.

Car comment comprendre et accepter qu’un prix Nobel de la paix se refuse à signer, comme s’y est encore employé l’inénarrable Obama, la convention internationale interdisant la fabrication, la vente et l’usage des mines anti-personnelles : ces cruels et aveugles engins de mort sur lesquels, souvent bien des années après les conflits, viennent exploser innocemment, parfois au gré de leurs jeux insouciants lorsqu’il s’agit d’enfants, 97% de civils, pour la plupart mutilés à jamais lorsqu’ils ne sont pas tués sur le coup ?

Oui, Messieurs les membres du Comité Nobel, berné comme rarement au cours de sa déjà longue histoire : n’avez-vous pas le très désagréable sentiment, en ce bien peu glorieux cas, d’avoir été trop vite en besogne, et d’avoir souillé par la même occasion votre si estimable institution tout autant que votre séculaire réputation, en accordant votre insigne prix de la paix à celui qui n’est pas seulement le président des Etats-Unis d’Amérique, mais qui est aussi et peut-être surtout, comme tel, le commandant en chef de son intraitable armée ? Un pays, de surcroît, menant actuellement une double guerre, au prétexte de protéger nos fausses démocraties de la vraie barbarie d’Al Qaïda, sur les terres d’Irak et d’Afghanistan !

En ce sens, Barack Obama, démagogue hors pair, ne fait que prolonger cyniquement, hélas, l’odieuse politique de son prédécesseur, George W. Bush, épouvantail idéologique qu’il nous avait pourtant assuré, tout au long de sa propagande électoraliste, de vouloir reléguer au rang de seul mauvais souvenir.

Davantage : il lui ressemble étrangement, maintenant que le masque est définitivement tombé, et j’ai bien peur que ses beaux et grands discours d’autrefois ne résonnent plus, finalement, que comme de sinistres et misérables prêches de moraliste incapable de s’appliquer à lui-même, à l’instar de ces hypocrites évangélistes peuplant l’Amérique la plus rétrograde, ni ses propres principes ni ses propres valeurs.

Non : ce monde que l’on croyait pouvoir changer, avec l’élection d’Obama à la tète de cette hyper-puissance qu’est celle des Etats-Unis d’Amérique, demeure désespérément enfermé en un lamentable et stérile statu quo. Pis : une consternante et lâche inertie.

C’est là, cette présidence ratée et ces rendez-vous manqués de Barack Obama, l’honneur perdu du prix Nobel de la paix : une défaite, tragique, pour l’humanité !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Philosophe, écrivain, auteur de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas » (PUF) et « Critique de la déraison pure » (Bourin Editeur).

Porte-parole, pour les pays francophones, du « Comité International contre la Peine de Mort et la Lapidation », « One Law For All », dont le siège est à Londres.

Signataire du « JCall » (« European Jewish Call for Reason » - « Appel Juif Européen à la Raison »), mouvement regroupant, notamment, des intellectuels et pacifistes juifs préconisant la création, aux côtés d’Israël, d’un Etat palestinien, pour une paix juste et durable.


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8 réactions à cet article    


  • velosolex velosolex 26 septembre 2011 09:51

    Bravo à notre sacré Barak qui continue à tenir la baraque en regardant ailleurs, que ce soit pour la politique Palestinienne ou pour la peine de mort, en s’en lavant les mains, disant que ce n’est pas son affaire.
    Ce type là a toutes les chances du monde d’être réélu.Un peu comme ce type, ce romain, à Jérusalem. Comment s’appelait-il au fait ?

    Pas Jésus Christ. Non, ah oui....Ponce Pilate.

    Dans les années 60 il aurait pu faire du cinéma, en faisant le bon noir de service, progressif mais connaissant ses limites, toujours impeccable dans son parlé et sa présentation, comme Sydney Poitier.
    Tiens, pourquoi que je me souviens de ces deux sprinters noirs gagnant le 100 mètres aux JO en 68 et levant le poing sur le podium, pour protester contre la politique de ségrégation des états unis.
    il fallait qu’ils soient cons, pour ruiner ainsi une carrière

    Dire qu’ils auraient pu devenir président.
    Comme Barak
    Ce n’est pas tout de courir vite, il faut arriver à point, pas à poing levé !

    Je crois que l’une deux est devenu balayeur, homme à tout faire dans un lycée. Un reportage il y a quelques années dans libé.
    En plus il ne regrettait rien !
    Allez comprendre.
    Franchement, injure à leur pays, à l’hymne et au drapeau !. Est-ce que ça ne mériterait pas la peine de mort ?
    Comment s’appelaient -ils déjà ? Je suis impardonnable alors que je me souviens de Carl Lewis, voilà que j’ai oublié le nom de ces deux zigotos !

    Voilà voilà, j’ai été vérifié sur wilkipédia.
    JOHN CARLOS et TOMMIE SMITH


    • Bovinus Bovinus 26 septembre 2011 15:04

      Bien vu, on ne sait pas si il l’était ou non.

      Toujours est-il qu’au lieu d’invoquer de grands principes, allant jusqu’à déformer les faits pour mieux les faire coller aux dits principes, notre apprenti BHL devrait tout simplement appeler à relire Cesare Beccaria. C’est plus efficace, c’est plus crédible, et ça rend moins con.


    • James James 26 septembre 2011 11:29

      @L’auteur

       « Ce sont des millions d’hommes et de femmes, de par le monde civilisé . »
      Comment pouvez- vous produire une telle Phrase ? et sur quelles critères se fondent cette classification pour le moins abjecte entre peuples civilisés et non civilisés ?

      Quant au prix Nobel de la paix ! décerné au sinistre Obama avant sa prise de fonction, cette récompense n’est qu’une vaste fumisterie, une plaisanterie visant à entretenir la mascarade démocratique occidentale .
      Prix attribué au délinquant international Kissinger, bourreau en chef des Vietnamiens et artisan du coup d’état au Chili en 1973 .
      Distinction accordée, au criminel de guerre et ancien chef terroriste de L’irgoun Begin responsable des massacres de Deir Yassin et de l’opération criminelle paix en Galilée en 1982 au Liban .

      Ceux, qui fondent encore quelques espoirs, sur la prétendue démocratie américaine, ne sont qu’un belle bande d’imbéciles, ignorants des réalités profondes du fonctionnement de ce pays .

      "celle de prendre le risque, en privant les Palestiniens de leur Etat et en isolant ainsi les plus modérés d’entre eux, de favoriser la guerre "
      Ce n’est plus de modération dont il s’agit, mais de capitulation pure et simple devant les visées hégémoniques de l’entreprise sioniste,L’AP s’étant transformée en organisme supplétif de la violence coloniale israélienne .
       Telle est la raison principale, de la diabolisation constante du dernier carré de résistance armée incarné par les islamo nationalistes du Hamas, de ceux qui refusent la soumission et ces simulacres de négociations visant à l’accaparement du maximum de terres par les occupants .


      • OMAR 26 septembre 2011 18:38

        Omar 33

        D SS : "le puissant lobby des défenseurs du port d’armes tout autant que l’imposante frange des partisans de la peine de mort,..

        Pour le malheureux (mais peut-étre réellment criminel) Troy Davis, vous invoquez les raisons de la lachété de B.Obama.

        Mais pour cette infamie, cette ignominie, cette barbarie commise envers les palestiniens, rien, walou, le vide absolu..

        Vous aussi, vous avez peur de parlez du lobby sionniste ???

        N’ayez crainte, tout le monde sait que ce lobby n’existe pas...... 


        • bigglop bigglop 26 septembre 2011 18:42

          Le prix Nobel de la Paix est par essence POLITIQUE, point barre


          • epapel epapel 26 septembre 2011 21:53

            L’honneur perdu d’Obama, c’est d’avoir promis la reconnaissance de l’Etat palestinien pour cette année et d’opposer maintenant son véto.

            Pas de ne pas intervenir sur les condamnations à mort qui sont la prérogative des Etats et non du niveau fédéral. 


            • Serpico Serpico 27 septembre 2011 09:22

              L’auteur :« Ce sont des millions d’hommes et de femmes, de par le monde civilisé, qui se sont sentis floués »

              ************

              Ce sont des cons.

              Ça a toujours fonctionné comme ça : en 47, Truman n’avait rien à cirer des juifs mais quand il a compris que son élection passait par la case sioniste, il a usé de pressions et d’intimidation pour imposer la partition de la Palestine.
              Les « floués » sont mauvais en Histoire mais adore les histoires (ou les contes de fées) : occident à principes, « démocratie » et autres fadaises.

              Truman a joué les Al Capone pour la création de 2 Etats. Le vote a été reporté deux fois à la demande US pour pouvoir pratiquer calmement leur chantage sur les Philippines, Haïti et même la France.

              Truman restera dans l’Histoire comme le président le plus pourri du Monde : il a largué deux bombes atomiques sur le Japon et lancé un conflit interminable au Moyen Orient.

              Aujourd’hui, Obama exerce le même chantage et les mêmes menaces pour que l’AG de l’ONU s’oppose à la création de DEUX ETATS, c’est à dire exactement le contraire de 1947 et en reniement de sa parole donnée il y a un an.

              Vous appelez ça une surprise ?

              Même la création d’Israel est un hold up, contre la majorité de la communauté internationale.

              On aboutit à des contradictions monumentales et on a toujours les mêmes couillons qui se « désolent » de ce qui arrive à la « démocratie » US.

              Mais c’est comme ça depuis toujours ! arrêtons de relayer les mensonges.


              • Mouais 30 septembre 2011 18:09
                Bonjour à tous,

                Sans être ni pour ni contre l’auteur, le drame est qu’il apparaît de plus en plus clairement que lui (eux) aussi n’est (ne sont) que l’instrument d’une machine plus puissante !

                 La vrai question est comment la débusquer et s’en défendre ?

                Non, je ne suis pas un parano du « NWO » mais ces dernières décennies en quoi la politique s’est vue être le produit d’un désir des nations ?

                Cela va être dur, sans passer par leur solution cyclique, si on continue de regarde le doigt du sage !

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