Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Battisti : la main de la France derrière la décision brésilienne (...)

Battisti : la main de la France derrière la décision brésilienne ?

 Le gouvernement brésilien a fait part mercredi de son choix d’octroyer le statut de réfugié politique à l’ex-activiste italien d’extrême-gauche, Cesare Battisti. En Italie le choc est rude. La décision est ressentie comme offensante. En filigrane, le couple Sarkozy est suspecté d’avoir à l’occasion d’un voyage officiel “soufflé” la solution aux autorités de Brasilia.

Les années sont passées mais le souvenir des années de plomb est resté. A 54 ans Battisti n’est pas un repenti. L’ancien chef des “Prolétaires armés pour le communisme” n’a jamais formulé de regrets par rapport à son engagement dans la violence armée.

En 1979 il est arrêté en Italie dans le cadre de l’enquête sur la mort du bijoutier Pierluigi Torregiani, incarcéré et condamné pour “participation à bande armée” et “recel d’armes”. Il s’échappe en 1981 pour la France, puis le Mexique. Il revient à Paris en 1990, où il débute une double carrière de gardien d’immeuble et de romancier noir remarqué.

En 1993, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité en Italie pour l’assassinat entre 1978 et 1979 de quatre personnes. Battisti clame pourtant son innocence et assure n’avoir jamais tué personne.

Comme Petrella, Battisti trouve refuge en France, au bénéfice de la “doctrine Mitterrand”, qui accorde protection aux Italiens accusés de terrorisme sous réserve, qu’ils renoncent à leurs activités politiques. En 2002, sous la pression du gouvernement Berlusconi, un premier Italien, parfaitement inséré est extradé. Il s’agit de Paolo Persichetti, alors enseignant à l’Université de Vincennes. En février 2004, Cesare Battisti est arrêté à son tour sur demande de la justice italienne. Il est remis en liberté sous contrôle judiciaire le mois suivant. En juin 2004, la Cour d’appel de Paris se déclare favorable à son extradition. Battisti se pourvoit en cassation. Craignant le pire, il quitte la France mais publie Ma cavale, un ouvrage qui constitue une tentative de disculpation.

En mars 2007 Battisti est arrêté à Rio de Janeiro, avec l’aide de la police française. Nicolas Sarkozy est alors ministre de l’Intérieur. En avril 2008, le procureur général brésilien rend un avis favorable à son extradition, refusant de considérer les crimes de Battisti comme politiques. Il juge au contraire qu’”Ils ont été marqués par une certaine froideur et un certain mépris pour la vie humaine.”

Le 28 novembre dernier, le comité national pour les réfugiés du Brésil rejette sa demande d’asile. Dernier acte de cette longue saga, mercredi. Le ministre brésilien de la justice recommande que l’asile politique soit accordé à l’ancien activiste italien. Ce dernier pourrait retrouver la liberté dès que la cour suprême aura approuvé l’ordonnance de remise en liberté.

L’annonce suscite une vague d’indignation à Rome où le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, dénonce un choix “grave et offensant” : “Ce choix est grave car il introduit la possibilité d’une remise en liberté de Battisti, actuellement emprisonné au Brésil. Il est offensant car penser qu’il puisse être considéré en Italie comme un persécuté politique revient à bafouer notre démocratie.”

C’est pourtant là, toute la ligne de défense de Battisti. Le 9 janvier, il déclarait à l’hebdomadaire brésilien Epoca : « Je suis certain que si je vais en Italie, je serai l’objet de vengeance. Je serai assassiné. »  Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini au-delà de sa “surprise” et de son “grand regret” a demandé instamment au président Lula de revenir sur la décision de son gouvernement. La décision brésilienne “démontre encore une fois une insensibilité totale et un manque de respect pour notre démocratie”, a affirmé à l’AFP Sabina Rossa, députée du Parti Démocrate (centre gauche), membre d’une autre association de victimes du terrorisme et dont le père a été tué par les Brigades rouges.

La décision brésilienne n’est pas une vraie surprise pour les Italiens. Le quotidien La Stampa, l’avait laissé entrevoir en s’appuyant sur “une source très haut placée et fiable du ministère de la Justice brésilien”. Selon cette dernière, Battisti aurait bénéficié du soutien du parti du président Lula (Parti des travailleurs) dont les pressions ” auraient convaincu le garde des Sceaux, à pencher pour un refus de l’extradition demandée par l’Italie. 

Et la France dans tout ça ? La consultation du site Purepeople.com est éclairante. Le site rappele que c’est grâce à l’intervention de Carla Bruni et de sa soeur Valeria Bruni-Tedeschi que l’ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella a échappé, à l’automne dernier, à une extradition synonyme d’emprisonnement à perpétuité.

La suite est encore plus croustillante. “(…) On se rappelle que Nicolas Sarkozy et son épouse s’était rendus au Brésil au moment de Noël, dans le cadre d’une visite diplomatique aux airs de vacances. Le chef d’Etat s’était évidemment entretenu avec son homologue, et il ne fait aucun doute que le sujet de Battisti et Petrella était tombé dans la conversation. L’implication de Carlita, en froid avec le gouvernement italien, aura probablement pesé dans la balance.”

Il est exact que certaines dépêches avaient annoncé que Nicolas Sarkozy, lors de son voyage au Brésil en décembre dernier, avait plaidé en faveur de Battisti. Les services de l’Elysée ont toujours démenti. La présidence de la république avait également démenti les rumeurs les articles de presse qui faisaient état d’une entrevue entre Sarkozy et l’écrivain Fred Vargas, principal soutien de Battisti en France.

La bienveillance de “Carlita” et des intellectuels français est doublement critiquable. Elle s’appuie sur le fait du prince, démocratiquement douteux, qu’avait constitué “la doctrine Mitterrand” mais surtout elle met en cause de façon caricaturale la justice italienne accusée de tous les maux, de toutes les indigences et de n’être qu’au service des riches et des puissants. C’est oublier un peu vite le courage exemplaire des juges italiens qui ont mené l’opération “mani pulitte” contre le pouvoir politique, c’est mépriser une démocratie qui touchée au cœur lors des années de plomb n’a pas sacrifié ses libertés à des dispositions sécuritaires. C’est enfin une réelle indécence de la part d’intellectuels peu sensibles aux déplorables conditions de détention en France, mais singulièrement prêts à donner des leçons à nos voisins italiens sur leur régime pénitentiaire. Interrogeons-nous plutot sur cette étrange fascination de nos intellectuels de gauche pour la violence armée légitimée par le seul prétexte qu’elle serait le fait d’un écrivain de talent. 

 


 

 

Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

22 réactions à cet article    


  • pirkiller pirkiller 16 janvier 2009 14:12

    Bonjour,

    Merci pour votre article .

    Cela nous change de toutes les anneries véhiculées par les auto proclamés "intellectuels français" seuls détenteurs de la Vérité .


    • jak2pad 16 janvier 2009 23:59

      très bon article, et bravo !

      il n’y aura probablement pas beaucoup de réactions, et c’est dommage, mais je crois avec l’auteur à la fascination tristement impuissante des "intellos" français pour la violence d’extrème-gauche

      la "doctrine Mitterrand"n’est qu’un avatar assez minable de cette fascination bien française, et ce magouilleur a pu comme dans beauoup d’autres domaines, utiliser ces penchants sulfureux de nos leaders d’opinion.

      Il était clair après l’affaire Petrella, qu’une criminelle pouvait se sortir d’affaire avec le soutien de nos milliers de "gueulards", au premier rang, l’écrivaine bas - de - gamme Fred Vargas, qui n’a jamais atteint avec ses romans la célébrité que lui a apporté en 15 jours son soutien à cette crapule assassine.

      Battisti, c’est encore mieux : cet assassin sordide, de droit commun, réussit à se faire absoudre, et à persuader tout le monde que sa vie est en danger...

      que dire de la vie de ses victimes, abattues par un tueur froid ?

      personnellement je me réjouis d’une seule chose : si Battista remet les pieds en Italie, même dans 25
      ans, j’espère de tout coeur que la justice italienne, que je considère comme très courageuse, à la diférence de la nôtre, lui mettra le grappin dessus , et fera appliquer ses décisions, et que Battista aura perpète pour assassinat crapuleux.


      • jak2pad 17 janvier 2009 00:00

        peut-être que les copains de Battista feront justice eux-mêmes ?


        • italiasempre 17 janvier 2009 11:09

          @l’auteur
          bravo pour votre article et surtout merci. smiley
          Il est aussi utile de préciser qu’aux yeux de la gauche italienne (et même de rifondazione comunista !) Cesare Battisti n’est pas un héros mais bel et bien un terroriste.
          Rappelons aussi que la condamnation de Battisti par la justice italienne a été confirmée par la Cour Européenne des droits de l’Homme.

          Les "intellectuels" français qui soutiennent les brigatistes ne font que démontrer une profonde méconnaissance et une insupportable condescendance vis a vis de l’Italie et de sa magistrature ...magistrature qu’ils sont prêt à encenser quand il s’agit de s’opposer aux dérives berlusconiennes mais qu’ils accusent d’incompétence et de partialité quand elle touche à ceux qu’ils persistent à voir comme des héros de la révolution. Mais quelle misère !

          Cesare Battisti est un homme sans dignité qui non seulement ne se repenti de rien mais qui n’assume rien, même pas son idéal politique.


          • italiasempre 17 janvier 2009 11:26

            Quant aux ineffables soeurs Bruni, qui au nom de je ne sais quel "humanisme" justifient l’injustifiable, tolérent l’intolérable, excusent l’inexcusable, bref smiley


          • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 11:34

            Bonjour,

            J’ai un doute sur l’influence de Sarkozy sur la politique du Brésil du président Lula.

            Le Brésil est très soucieux de sa politique et se considère comme une grande puissance.

            Je pense plutôt que sur ce sujet, le président Lula et Sarkozy sont simplement en harmonie (comme bien d’autres citoyens pour des crimes non établis il y a presque 30 ans). Mais pas qu’il y ait eu pression de Sarkozy ou de cadeau commercial.

            Bon WE


            • italiasempre 17 janvier 2009 11:41

              Des crimes non établis, Pierrot ?


            • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 20:00

              à @Italiasempe,

              OUI, d’après nombre de juristes français et italiens.


            • italiasempre 17 janvier 2009 20:15

              Pierrot,
              ne soyez pas de mauvaise foi, renseignez-vous sérieusement et ne faites pas oeuvre de désinformation.


            • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 22:25

              à @ italiasempre,

              Je confirme, crime non établi.


            • italiasempre 17 janvier 2009 22:32

              Ca devient ridicule, Pierrot.
              Soyez sérieux et mettez- moi vos sources.
              Pas de bellaciao, ogres et autres blogs tout aussi grotesques, merci d’avance.
               


            • norbert gabriel norbert gabriel 17 janvier 2009 12:22

              un des aspects du problème est le respect de la parole d’état qui a été donnée. il y a aussi les aveux de certains repentis, plus ou moins amnistiés grâce à leurs aveux, et qui n’ont hésité à charger les absents.
              Est-ce vraiment moral d’amnistier des coupables d’actes criminels en échange de services ??? ça se discute.


              • italiasempre 17 janvier 2009 12:43

                La parole d’Etat ?
                Est-ce que la parole donnée par mr Mitterand a valeur juridique ?
                Est-ce que la magistrature doit s’incliner et dire amen devant la parole d’un chef d’état ?


              • italiasempre 17 janvier 2009 13:16

                Et évidemment, il n’a jamais etait question d’amnistie mais de remises de peine...


              • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 20:03

                à @ italia sempre,

                OUI, la parole de monsieur le président Mitterrand engageait bien évidemment la France.

                Le Brésil a heureusement estimé, après une très longue réflexion, que monsieur Battisti doit avoir le statut de réfugié politique.


              • italiasempre 17 janvier 2009 21:27

                "Réfugié politique"...et de quelle politique s’agit-t-il, s’il vous plait ?


              • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 22:29

                à @ italiasempré,

                Réfugié politique de la politique italienne qui n’est pas une démocratie avec l’innéfable Berlusconi qui possède un empire de presse et est l’homme le plus riche d’Italie grace à des innombrables escroquerie.


              • Pierrot Pierrot 17 janvier 2009 22:36

                à @ italiasempre,

                C’est une décision de la Justice brésilienne qui vaut largement la justice italienne corrompue par la mafia voir les nombreux scandales.

                C’est un fait maintes fois relaté par le journal LE MONDE auquel je fais plus confiance que vos inepties.


              • italiasempre 17 janvier 2009 22:48

                 smiley smiley smiley
                merci du fond du coeur, vous ne savez pas de quoi vous parlez, mais finalement c’est vraiment marrant.
                Z’etes un marrant, Pierrot smiley


              • Pierrot Pierrot 19 janvier 2009 20:14

                à @ italiasempre,

                Je suis essentiellement un citoyen épris de liberté et essayant de lutter contre les injustices.

                Celles du quasi faschisme italien de Bernusconi et surtout ses ignobles associés.

                Je me réjouis comme beaucoup d’autres, que Battisti ait recouvré la liberbé.
                Il revraidra dans son pays dès que la castre réactionnaire aura disparu.


              • Yohan Yohan 17 janvier 2009 22:46

                Battisti est un terroriste, c’est un fait indiscutable. Je ne vois pas matière à l’affubler du statut de réfugié politique. Mitterand a merdé sur ce coup. Dur pour la gauche d’admettre cette coupable indulgence. Dur pour Sarko de résister aux soeurs Bruni


                • brady 18 janvier 2009 00:14
                  Les sœurs bruni méritent encore davantage notre mépris que les brigadistes assassins.
                   
                  Pendant qu’eux fuyaient, abritant leurs millions sur la côte d’azur, vivant une jeunesse dorée dans de luxueuses demeures (cf : article du nouvelobs où on nous fait le récit des jours heureux des jeunes bruni, dont le problème existentiel majeur était : « vais-je sortir avec roberto ou gunther » – réponse : les 2 – ou « pour le thé, dois-je mettre la rivière de diamant ou le bracelet brésilien avec saphir gravé ? » ), le populo italien devait lui faire face sous les bombes et craindre les assassins du petit matin.
                  Comme battisti, qui voulait « renverser l’ordre bourgeois » en criblant lâchement de balles un pauvre boucher de quartier à l’heure des croissants….
                   
                  Pendant que le vulgus pecum, tel ce jeune commissaire dont la famille demande aujourd’hui justice, y laissait sa vie, essayant de défendre la démocratie de ces criminels aux fins de permettre à « carla » de défiler à MILAN quelques années plus tard, les sœurs bruni se faisaient sauter au soleil (je n’invente rien, cf : lire leurs exploits dans la presse généraliste) bien à l’abri.
                   
                  Les petits flics, carabiniers et simples passants qui sont restés sur le trottoir en sang n’avaient eux, c’est vrai, pas la chance de dormir sur le tas d’or de bruni père et de s’installer à genève ou saint-raphael.
                   
                  Qu’elles permettent à la canaille de s’en sortir aujourd’hui et de se soustraire à la justice des familles qui ont connu tant de souffrances, est non seulement obscène mais constitue une double infamie.
                   
                  La première est la fuite, la seconde est de cracher dans la main qui vous a sauvé tout en couchant (métaphoriquement parlant pour cette fois…..) avec le criminel.
                   
                  A vrai dire, j’en suis à penser que la compagnie de battisti est encore préférable à celles des bruni….plus italien, désormais françaises. J’en ferais volontiers cadeau au brésil…….
                  Mais il est vrai que si carla ne dirait sans doute pas non – la vie en string ficelle, elle adoorre -, sa sœur valeria n’y consentira jamais.
                  Le brésil ne connaît en effet pas le théâtre et le cinéma subventionnés : il n’y aurait alors plus moyen de palper l’oseille du pauvre contribuable que je suis entre deux soirées p’tits fours avec les comités de défense de la révolution guatémaltèques, le tout « aux deux magots » bien sûr…………..

                  PS : bisous à Italia qui m’a promis des lasagnes...... smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès