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Ben Ali, roi détrôné

Ou comment celui qui prétendait combattre les intégristes se fait protéger par d’autres intégristes…



Zine el-Abidine Ben Ali, ancien Président de la République tunisienne, a 80 ans ce samedi 3 septembre 2016. Il était, avec Hosni Moubarak, Mouammar Kadhafi et Abdelaziz Bouteflika, parmi les potentats d’Afrique du Nord dont le maintien au pouvoir devait faire barrage à l’islamisme intégriste.

Un rempart très fragile… Les révolutions arabes sont nées en Tunisie. Mohamed Bouazizi, un vendeur de fruits et légumes ambulant désespéré, se suicida le 17 décembre 2010. Il est mort le 4 janvier 2011 de ses blessures, et auparavant, le 28 décembre 2010, comprenant que les manifestations de soutien devenaient dangereuses pour son pouvoir, Ben Ali était venu le voir à l’hôpital. Le 14 janvier 2011, Ben Ali décréta l’état d’urgence, mais finalement, ne maîtrisant rien, il a dû fuir le pays. Un nouveau Président fut proclamé le soir même (Fouad Mebazaa).

On se souvient à quel point le gouvernement français manqua de clairvoyance à propos de la signification de ces événements. La Ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie (qui fête ses 70 ans le 10 septembre prochain) avait même proposé à Ben Ali le 11 janvier 2011 l’aide de la France pour réprimer les manifestants (avec envoi de grenades lacrymogènes). Cela l’a d’ailleurs conduit, le 27 février 2011, à finir en queue de poisson sa brillante carrière ministérielle (ministre sans interruption depuis le 7 mai 2002).

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Mais revenons à Ben Ali. Étudiant en France (Saint-Cyr) et aux États-Unis (où il fut diplômé ingénieur en électronique), le général Ben Ali dirigea de 1964 à 1974 la sécurité militaire puis fut attaché dans différents postes de la haute fonction publique. Directeur de la sûreté générale de 1978 à 1980, puis ambassadeur en Pologne de 1980 à 1984, Zine el-Abidine Ben Ali fut nommé à la tête de la sûreté nationale le 29 octobre 1984. Puis Ministre de la Sûreté nationale le 23 octobre 1985, ministère qu’il a créé et qu’il cumula avec le Ministère de l’Intérieur à partir du 28 avril 1986, promu en mai 1987 avec le titre de Ministre d’État. Le 2 octobre 1987, enfin, il est parvenu au poste de Premier Ministre tout en gardant l’Intérieur.

Cette ascension fulgurante dans les responsabilités de l’État (et aussi au sein du parti unique), dans des postes en rapport avec la sécurité, en a fait le dauphin le plus crédible du vieux Président Habib Bourguiba, atteint de sénilité, à une période où la guerre de succession faisait rage.

Ben Ali semblait alors se retrouver dans la situation de Bourguiba trente ans auparavant : tout en occupant des postes ministériels (Défense, Affaires étrangères), Habib Bourguiba fut en effet Premier Ministre de la Tunisie du 11 avril 1956 au 25 juillet 1957 avant d’être élu Président de la République tunisienne par l’Assemblée Constituante. Bourguiba fut ensuite réélu Président au suffrage universel direct le 8 novembre 1959, le 8 novembre 1964, le 2 novembre 1969, le 3 novembre 1974 et il fut élu Président à vie le 18 mars 1975 (Bourguiba est finalement mort à 96 ans le 6 avril 2000).

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1987, Ben Ali fut à l’origine d’un véritable coup d’État médical où il ordonna à un groupe de médecins de juger Bourguiba inapte à gouverner (trop vieux, 84 ans). Comme le voulait la Constitution du 1er juin 1959, Ben Ali assura l’intérim présidentiel à partir du 7 novembre 1987, prit le pouvoir complet au sein du parti au pouvoir et organisa des élections générales pour asseoir son pouvoir. Selon l'amiral Fulvio Martini cité par "La Repubblica" du 10 octobre 1999, le putsch aurait été encouragé par le chef du gouvernement socialiste italien Bettno Craxi pour remplacer Bourguiba par Ben Ali dans l'optique de stabiliser la situation politique de la Tunisie. Mais Bettino Craxi a démenti le même jour et était un ami de Bourguiba.

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Dans son allocution du 7 novembre 1987, Ben Ali se justifia ainsi : « L’époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l’État desquels le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d’une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse. ». Hélas, ces belles paroles n’ont jamais été suivies des faits, à cause des mouvements intégristes.

Ben Ali fut ensuite élu Président de la République le 2 avril 1989 avec 99,3% des voix (!), puis réélu le 20 mars 1994 avec 99,9% des voix, le 24 octobre 1999 avec 99,5% des voix, le 24 octobre 2004 avec 94,5% des voix et le 25 octobre 2009 avec 89,6% des voix. Le 26 mai 2002, il organisa un référendum approuvant à 99,5% la fin de la limitation des mandats présidentiels et le prolongement à 75 ans de l’âge maximal des candidats (ce qui lui permettait de rester au pouvoir jusqu’en octobre 2014 ; le 12 janvier 2011, il avait proposé aux opposants de renoncer à se représenter en 2014 !).

En tout, Ben Ali a dirigé la Tunisie pendant plus de vingt-trois ans dans un climat de fort népotisme et de corruption généralisée au profit du clan de sa seconde femme. Durant ces années de pouvoir, il aurait accumulé 5 milliards d’euros placés à l’étranger.

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Ben Ali s’est réfugié à Djeddah, en Arabie Saoudite, au bord de la mer Rouge. Étrange destination pour celui qui voulait s’opposer à l’intégrisme islamiste en Tunisie et qui est désormais protégé par le pays musulman le plus rétrograde.

Aucun signe de sa part n’a été publié depuis le 14 janvier 2016. Plusieurs procès ont eu lieu contre lui en Tunisie. Le 23 mai 2012, un procureur a même requis la peine capitale contre lui. Par contumace, Ben Ali fut finalement condamné à la réclusion à perpétuité plusieurs fois, le 13 juin 2012, le 19 juillet 2012, le 30 avril 2013 et le 12 mai 2014.

Au contraire de l’Égypte, revenue à l’avant-révolutionnaire, la Tunisie essaie difficilement de montrer qu’un pays musulman peut aussi devenir une démocratie. Fragile, certes, mais réelle. La dernière élection présidentielle, celle du 21 décembre 2014, l’a démontré. Béji Caïd Essebsi (qui aura 90 ans le 29 novembre prochain) est devenu Président de la République tunisienne le 31 décembre 2014 après un processus démocratique reconnu sincère internationalement. C’est pour cette raison que le dernier Prix Nobel de la Paix fut attribué le 9 octobre 2015 aux quatre organisations, réunies dans le Quartet du dialogue national, qui ont réussi à faire vivre cette démocratie naissante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ben Ali.
Kadhafi.
Moubarak.
Bouteflika.
Assad.
Morsi.
Sissi.
Putsch raté en Turquie.
Entre vert moutarde et vert croissant.
Vade-mecum des révolutions arabes.
Faut-il intervenir en Libye ?
Et si l’on écoutait Michel Rocard ?
La fuite de Ben Ali.
La Syrie en contestation.
Moubarak démissionne.
Transition égyptienne : entre colère et raison.
L’Égypte, fin janvier 2011.

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1 réactions à cet article    


  • Imed94 (---.---.135.68) 3 octobre 10:48

    Bonjour je suis tunisien et je peux vous dire que en se fou de ce que pense le nouveaux président tunisien nous en regrette Ben Ali en l’aime toujours au moins même si il était dur tout le monde était heureux en Tunisie aujourd’hui tout ça c’est fini moi je suis pour le retour de Ben Ali

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