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Bénin : Politique, Journalisme et Francs CFA…

(Les béninois, ou apparent pamphlet superficiel d’un patriote auto-raciste - épisode 2)

Deux corps de métier sont souvent la cible de mes critiques à l’encontre de mes compatriotes béninois : certains journalistes, ainsi que leurs commanditaires politiciens. J’en parle parfois avec une réelle amertume. C’est plus de la désolation que du dégoût. En tout cas, quelle que soit la profondeur du débat, je ponctue très souvent mes propos d’une conclusion récurrente accompagnée d’une moue de tristesse : « ce pays me déprime ! »

Il est néanmoins important de préciser que je n’ai aucun background de politologue. Même si je revendique une plume impartiale, ce qui suit est le fruit de mes pensées et j’en assume complètement la subjectivité.

Comme beaucoup, mes critiques à l’encontre de ce pays concernent le fonctionnement de son système politico-économique. Comme beaucoup, je me considère comme un patriote. Mais ce n’est pas de l’amour que je ressens pour cette nation, c’est plutôt un sens aigu de ce qui devrait être juste pour elle.

Succédant à presque deux décennies de dictature marxiste plus ou moins souple selon les périodes, les journalistes et politiques béninois animent depuis les 20 ans qui ont suivis, une démocratie à la béninoise que nous envient les autres africains. L’encre et la salive coulent au rythme du flot des francs CFA, versés de part et d’autres pour encenser untel ou encore rédiger un poème pamphlétaire contre untel.

En effet, le journaliste béninois a généralement une belle plume. Mais ses textes relèvent plus de la poésie que du journalisme. Le verbe volontairement raffiné (au point d’en être parfois lourd) privilégiant la forme au détriment du fond, les papiers que nous pondent la presse béninoise depuis 21 ans maintenant sont plus un ramassis de pamphlets enflammés, ou chacun rivalise de belles tournures comme le ferait un petit fayot pour obtenir les bons points d’un maître d’école du début du siècle. A coup de Unes toutes aussi racoleuses les unes des autres, les journaux ressemblent à des torchons d’association étudiante, rédigés puérilement et sans parcimonie. Nous l’aurons compris, le maître d’école est un homme ou un camp politique, et les bons points sont des Francs CFA constituant la plus grande part du revenu mensuel du fayot scribouillard.

Cette ambiance politico-économique bonne enfant, nous la devons à une situation quasi unique sur le continent : Fourmillant de groupes ethniques divers, le pays se subdivise en deux groupes cohabitant pacifiquement selon une répartition sociale homogène : les ethnies du Nord et celles du Sud. Sans réelles ressources naturelles, le Bénin à bénéficié d’une certaine liberté d’action politique vis-à-vis des puissances occidentales, qui faute d’intérêt économique, nous ont laissés faire joujou avec la découverte du multipartisme, sans financer de guerres tribales ou autres coup d’état, comme c’est le cas dans les autres pays pauvres, aux sols riches.

Seigneur, si c’est bien toi qui est là haut, merci d’avoir épargné le Bénin pendant ton délire architectural de six jours, merci d’en avoir fait un pays pauvre. Et au passage puisqu’on y est, merci seigneur d’avoir pourtant fait du béninois un être riche.

Car oui le béninois est riche. Les immeubles poussent et les belles voitures pullulent. Et il ne s’agit pas de propriétés de multinationales. Il s’agit de possessions privée pour la plus part. Le système économique béninois n’est pas aussi complexe que dans le monde occidental. Chacun fait son petit business et s’enrichie (ou pas.) Quelque soit le niveau des capitaux impliqués, tout semble géré comme un boutiquier gère son petit commerce, au coup par coup, selon les opportunités, selon les affaires du moment qui rapportent. Or comme me le répète souvent mon cousin, les affaires qui rapportent ici, c’est grâce à la politique. Comme partout, je présume. Mais je vois dans le discours de mon cousin, la nette retranscription de la conscience collective béninoise : pour réussir dans les affaires, il faut être directeur d’un service dans le public, député, ministre, ou proche d’un politicien influent. Obtenir des marchés de l’Etat et reverser un pourcentage au représentant du peuple qui a permis la transaction. Là encore, classique.

Pourtant, on en croise des hommes intègres au Bénin. Parmi la classe politique béninoises beaucoup sont formés à l’étranger et rentrés au pays dans les années 70 pour le construire, ou de retour d’exil au moment du « renouveau démocratique » dans les années 90. Parmi eux, certains sont restés intègres et ont réussi, sans s’enrichir de façon notoire.

Il faut dire que dans l’inconscient collectif béninois, un responsable, ça détourne forcément de l’argent. Et, il est bien difficile pour un béninois de croire que son prochain ait réussi sans voler l’état. Pourtant loin de condamner le vol, quant il s’agit du bien public, le béninois n’a qu’une chose en tête : en profiter quand son tour viendra. « Nous aussi on va bouffer » comme ils le disent souvent ! Deux raisons à cela : l’impunité encore très ancrée dans les traditions politiques locales, et l’absence de notion du bien public. Pour le béninois, ce qui est public, n’est à personne, on peut s’y servir.

D’ailleurs au moment où j’écris, l’actualité béninoise cristallise ses Unes autour d’une affaire Madoff à l’africaine. Je ne vais pas entrer dans les détails du dossier, mais nous vivons des évènements très révélateurs sur la nature de notre société. Tout commence il y a quelques années avec de nouveaux services de placement de capitaux reposant sur un système pyramidal permettant d’obtenir des intérêts représentant plus du double du capital initial. Comme on le sait, il y a toujours un perdant dans un tel système, et c’est souvent le dernier arrivé, au pied de la pyramide. On imagine la suite sans que j’aie à m’y étendre plus. Entre les petites commerçantes qui se sont regroupées pour constituer un capital, les employés qui ont transféré leur compte épargne, les maisons vendues par des pères de familles, l’argent des projets d’aide au développement détourné par les cadres locaux, etc. Le montant global des pertes des béninois floués représente plusieurs milliers d’années de travail au salaire minimum. Plusieurs milliers d’années... Les plaignants s’amassent par milliers dans diverses manifestations ou sur les points de réclamations. Les têtes tombent, politiques et hommes d’affaire, les prisons se remplissent. Les rumeurs les plus folles circulent. Un chaos à l’image du pays.

Pourtant dans cette cacophonie, de crédulité, de colère, de désespoir, et de règlement de compte, certains tirent leur épingle du jeu. Il y a ceux que l’on n’arrêtera jamais, il y a aussi ceux qui ont placés leurs billes dès le départ et en ont récupérés assez pour ne plus vraiment regretter le capital perdu, il y a encore les politiciens de l’opposition qui, en vue des prochaines présidentielles, ne manquent pas d’arguments pour désigner des responsabilités indirectes… on parle même, sans établir aucune preuve, de traduire le Président de la République devant la Haute Cour de Justice ! Rien que ça !

Mais bon, il faut se réjouir que le Bénin ait atteint ce niveau de démocratie, qui permette à qui veut, de malmener le pouvoir en place sans craindre quelconque représailles. On a pourtant souvent reproché au régime en place, et ce sans crainte aucune, d’être une semi-dictature ! Hilarant !

Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, on dirait que ça y est, j’ai pris partie ! Enfin, pas vraiment.

Je m’explique : nous vivons dans un pays qui, (très) timidement avance vers le développement. L’homme fort du moment, élu sous la bannière du changement, semble être cerné de toutes parts, par les critiques les plus acerbes. A l’initiative de plusieurs réformes majeures pour le pays (infrastructure, santé, etc.) l’équipe en place semblerait également génératrice d’espoirs profondément déçus, à en lire la presse qui ne mâche pas ses mots. Et personnellement, je ne vois rien de plus normal qu’un homme qui déçoive son peuple fasse l’objet des critiques d’une opposition active.

Justement, pour la première fois dans notre histoire, une opposition se présentant comme unie, est prête à tout pour tourner la page du « changement non opéré. » Jusque là, bonne nouvelle pour la démocratie, je trouve.

Cette opposition a formé un collectif uni autour du candidat systématiquement malheureux depuis l’avènement démocratique, qui, frappé par la limite d’âge, joue le baroud d’honneur du dernier mandat possible sur les deux, en prenant la direction d’un regroupement sans aucune femme à sa tête, sans aucun ressortissant des ethnies du nord du pays, et par-dessus tout, sans autre programme revendiqué que celui de « l’alternative coute que coute en 2011, avec un candidat du Sud. »

Une première également dans notre pays, qui a toujours su se préserver du régionalisme, contrairement aux autres nations africaines rongées par d’éternelles guerres tribales.

Et si seulement c’état tout… Le regroupement d’opposants en question, nous a déjà proposé ses trois candidats pour les trois quinquennats à suivre ! Ils ont gravé l’Histoire future dans la roche. Et c’est ainsi qu’ils nous révèlent la vrai nature d’une classe politique béninoise : phallocrate, régionaliste et méprisant la volonté du peuple. Ce collectif, loin de susciter l’espoir retrouvé dont rêve une partie des béninois, symbolise la vieille école, une élitiste bourgeoisie tradi-patriarcale, encore marquée au fer rouge par le colonialisme et la dictature marxiste !
En toute impartialité, je compte tout de même sur la lucidité du peuple béninois pour que ladite roche, soit le marbre d’une pierre tombale électorale.

Troisièmement, et heureusement, il y a un challenger, un homme plus ou moins neuf, un concurrent briguant les voix du nord, à l’instar du président sortant. Un profil reconnu internationalement comme étant compétant. Visiblement, un espoir pour le peuple béninois. A mon sens (impartial toujours), le candidat parfait, s’il n’avait pas déjà, près d’un an avant le scrutin, promis le report de ses voix en cas d’échec au bénéfice de la coalition régionaliste du Sud !
Ah, il est beau l’espoir ! Ça part perdant et ça demande la confiance du peuple !

Alors résumons : un pouvoir en place très critiqué, mais très loin devant tout ce que ce pays a connu jusque là en terme de réalisations, une alliance régionaliste mais rassemblant toutes les autres compétences du pays, et enfin un challenger partant vaincu, malgré une compétence reconnue.

Entre un candidat prometteur qui a déçu et des candidats décevant qui ne promettent rien, les voix des urnes restent impénétrables. Du moins jusqu’en 2011. ..

De toute façon, comme à l’accoutumée, les nantis voteront pour le camp qui a promis un poste à Papa, Maman, Tantie et Tonton, le peuple votera pour le candidat de sa région et les journalistes tenteront de faire voter les 39% de non-analphabètes pour le camp le plus offrant.

On fera des programmes politiques dans quelques millénaires.

Ce pays me déprime !

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