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Accueil du site > Actualités > International > Berlusconi, une démission programmée...

Berlusconi, une démission programmée...

En Italie, les jours du Cavaliere sont comptés. C'est en tout cas l'opinion d'un grand patron italien. Le PDG de Ferrari l'exprime ouvertement dans la Repubblica. Ses arguments méritent l'attention...

"Le temps est venu. Berlusconi le comprend" [Il tempo è scaduto, Berlusconi lo capisca] écrit le PDG de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo (incrustation) dans une lettre communiquée aujourd'hui (31 octobre) au quotidien de gauche La Repubblica. J'ai extrait du texte les points qui me semblent les plus pertinents ; les italianisants me pardonneront la traduction (?). L'industriel juge la situation de son pays extrêmement grave, cette Italie qui a pourtant traversé tant de périodes difficiles.

"Les tensions internes ont atteint un tel niveau que des solutions partielles ne pourront suffire, en donnant l'impression que l'on sacrifie une moitié des citoyens au profit de l'autre moitié. Si l'on suit cette méthode, l'Italie risque d'exploser." Montezemolo poursuit en faisant cinq propositions. "Avant de demander des sacrifices aux Italiens, l'Etat et les institutions devront s'astreindre à une cure d'amaigrissement. Il faudra diminuer le nombre de parlementaires, celui des provinces et autres entités administratives inutiles. [...]

Nous ne pouvons pas demander plus de flexibilité sans régler le problème de la précarité et sans aborder la réforme des aides sociales. [...] Nous devons abolir les contrats à durée déterminée en leur substituant des contrats uniques plus protecteurs [...] Nous devons revenir à un système qui récompense le travail et la production et non plus la rente et le patrimoine. [...] Nous devons intervenir tout de suite sur le montant des retraites en supprimant la répartition. [...] La liste des secteurs à libéraliser est très longue."

Le propos séduit au premier abord par sa modération, son souci de ménager le plus faible et de mettre à contribution les plus aisés. Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas à sauver un pays à la veille d'une explosion ('l'Italia rischierebbe di esplodere') selon les propres termes de l'auteur. Je ne lui ferai même pas l'affront de remarquer une contradiction majeure. La capitalisation induite par la dernière proposition a conduit en Amérique du Nord - et dans certains pays européens - à la constitution de fonds de pension qui ont puissamment contribué à démonétiser le travail et participé à la financiarisation des économies occidentales. Mais qu'importe au fond. Le catalogue Montezemolo ne diffère pas de ce que l'on peut lire dans les journaux spécialisés.

Je m'insurge en revanche contre la démarche générale. Ainsi, personne ne doit s'excuser : ni le patronat, ni le chef du gouvernement. S'il y a une faute - assez vague au demeurant - elle incombe à l'ensemble du monde politique ? Oubliés les industriels employeurs d'immigrés non déclarés, l'automobile soutenue par l'Etat, le BTP favorisé par les commandes publiques - l'exemple du pont de Messine en passe d'être néanmoins abandonné - l'audiovisuel, le sport-spectacle et les télécommunications sous l'influence du président du Conseil. On ne peut ignorer l'échec en même temps que la faillite morale (Roberto Degrassi) en se parant des vêtements de la conciliation et de la bonhommie. Certes, Berlusconi ne doit pas seul assumer le bilan.

Sans avoir la nationalité italienne, je répercute quand même l'appel à la démission lancée par le patron de Ferrari, convaincu que l'heure de la France viendra bientôt. Il ne s'agit plus de rendre un verdict. Tous les Italiens peuvent déjà s'en rendre compte. Les taux d'intérêts grimpent pour l'Etat au-delà du supportable (source). Krugman dit Mamma mia. Mais en démocratie, n'en déplaise à Luca Cordero di Montezemolo, les sages et les experts ne suppléent pas le peuple. Le peuple vote. Oublié, il se fait entendre. Certes, par le passé, les belles paroles ont séduit plus que les engagements visant à poser les bases d'une solution aux problèmes...

Je m'en tiendrai pour finir aux retraites, directement liées au vieillissement. Les réformes successives ont retouché par portions le système par répartition. En ajoutant une dose de capitalisation, le financement des retraites italien s'est compliqué. Idéal pour les bénéficiaires présents, le système n'offre pas de garantie à long terme. En 2005, on dénombre déjà 11 millions de retraités en Italie. Les taux de cotisation retraite atteignent 33 % des salaires, contre 20 % en moyenne dans les autres pays de l'OCDE. Est-il envisageable de pousser plus haut cette contribution ? "[En Italie] le poids des retraites obligatoires est particulièrement élevé au sein des dépenses sociales (plus de 60% contre 46% dans l’UE à 15) comme par rapport au PIB (les pensions directes et indirectes ont représenté 14% du PIB en 2006, contre 8% en moyenne dans l’OCDE, et devraient atteindre, compte tenu du vieillissement de la population, un pic de 15,8% du PIB en 2040)" [Conseil d'Orientation des Retraites (2009)].

La Ligue du Nord bloquerait aujourd'hui les réformes. C'est un peu vite esquiver le rôle des syndicats (source). A la veille d'un sommet crucial à Bruxelles au cours duquel Berlusconi devait annoncer des mesures visant à lutter contre les déficits publics, Umberto Bossi aurait accepté "une hausse de 65 à 67 ans de l'âge des "pensions de vieillesse", mais a rejeté une refonte des "pensions d'ancienneté" qui permettent actuellement de partir à 60 ans avec 36 ans de cotisations et à n'importe quel âge à partir de 40 ans de cotisations". Les retraités à l'ancienneté vivent nombreux dans le nord industriel et votent pour la Ligue [source], souvent prompts à fustiger les aides trop généreusement distribuées aux Italiens du Sud ['Un bon démagogue sait faire le grand écart']

Fin mars 1282, le temps est venu. Des milliers d'Angevins meurent à Palerme et dans ses environs, massacrés par la population. Celle-ci refoule l'occupant et son oppression fiscale (source). Les Vêpres siciliennes ont depuis inspiré Verdi, le chantre de l'Unité italienne. Dans la péninsule les explosions de colère défraient la chronique...

Vêpres italiennes ?

PS./ Geographedumonde sur le vieillissement : 'Vente d'œuvre sans péril', 'Une autre bonne année', 'Ne pas confondre aînés et neuneus'...


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6 réactions à cet article    


  • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 2 novembre 2011 15:42

    A la veille de la réunion de Cannes, Silvio Berlusconi continue de s’agiter. Mais le plus étonnant est que l’opposition ne souhaite visiblement prendre tout de suite sa place. C’est finalement cette paralysie qui est à craindre http://www.7sur7.be/7s7/fr/1536/Economie/article/detail/1342596/2011/11/02/ G20-Berlusconi-veut-arriver-avec-des-mesures-anti-crise.dhtml 


    • JL JL1 2 novembre 2011 17:37

      Effectivement,

      cette ’paralysie semble générale. Si François Hollande a pu dire : ’j’ai décidé de devenir le prochain président de la République’, c’est parce qu’il n’y a pas de concurrent sérieux en face ; personne ne veut y aller !


    • asterix asterix 3 novembre 2011 08:46

      Dans l’absolu, Berlusconi peut se targuer d’une performance extraordinaire : celle d’avoir tenu si longtemps sans avoir été remballé avec pertes et fracas.
      Il y a un jaloux du côté de l’Elysée...


      • Yvance77 3 novembre 2011 11:36

        Salut,

        Le pire dans tout cela est que même les Italiens ne pigent plus rien à leur pays.

        Pour être frontalier et travailler avec nombre de transalpins, je peux vous garantir que je ne les ai jamais vu autant perdus. Je ne sais même pas s’ils ont encore la force de se révolter (surtout au Nord).


        • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 3 novembre 2011 11:45

          @ l’auteur.


          Analyse intéressante, comme toutes les autres analyses de votre site.
          Le temps est effectivement venu, aussi bien pour M. Berlusconi que pour M. Sarkozy mais aussi pour M. Hollande qui pourrait bien être victime de trompeuses espérances.
          Me reviennent ici les propos de F. Lordon : Pareilles aux images aériennes du front de tsunami avançant inexorablement vers une côte japonaise dont le sort est scellé, le déploiement de la crise financière depuis trois ans donne une impression d’irrésistible fatalité, avec en prime cette sorte d’incrédulité un peu stupide de dirigeants qui croient encore pouvoir tout sauver quand tout est déjà compromis.« http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-
          Ce que les acteurs de l’interminable soirée d’adieux qui constitue le G 20 n’ont pas compris, c’est qu’il est inutile de réfléchir à la sauvegarde d’un système dont tout montre qu’il doit être repensé et reconstruit de fond en comble.
          Il est évident que la lecture de K. Polanyi devrait être obligatoire pour tous ces gens qui se saisissent de questions économiques, politiques, sociales, en un mot humaines qui les dépassent totalement.

          Je réponds ici à l’observation de JL 1 : »Cette ’paralysie’ semble générale. Si François Hollande a pu dire : ’j’ai décidé de devenir le prochain président de la République’, c’est parce qu’il n’y a pas de concurrent sérieux en face ; personne ne veut y aller !"

          Il conviendrait de dire que pour le moment, il n’y a pas encore de concurrent sérieux en face. Il ne faut jurer de rien. L’actualité est riche de retournements inattendus.

          Bien à vous,

          Renaud Bouchard


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