Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Birmanie : la chasse aux journalistes étrangers

Birmanie : la chasse aux journalistes étrangers

La chaîne de télévision japonaise Fuji TV a diffusé une vidéo ce vendredi montrant Kenji Nagai, un journaliste japonais assassiné par un soldat de la junte militaire birmane. Le journaliste a été retrouvé mort jeudi, lors du deuxième jour de répression en Myanmar (nom officiel de la Birmanie). Et selon les images, il aurait été tué à bout portant, d’une balle en plein coeur.

Kenji Nagai, le journaliste victime du régime birman

Les images de Fuji TV montrent tout d’abord des soldats chargeant contre des manifestants dans les rues de Rangoon. Puis lors d’un zoom de la caméra, on aperçoit un militaire qui pousse un homme à terre - le journaliste japonais portant un bermuda et des sandales - avant que l’image ne soit masquée par les arbres. Bien qu’étalé sur le sol, le journaliste tente de récupérer sa caméra, mais un soldat pointe son arme vers lui, puis une détonation retentit. Kenji Nagai est tué froidement. Le militaire repart ensuite à la poursuite de manifestants.

Une balle dans le cœur, ressortie par le dos

Selon la chaîne nippone, la vidéo prouve que Kenji Nagai n’a pas été victime d’une balle perdue, mais d’un assassinat. Le médecin de l’ambassade du Japon en Birmanie a par ailleurs affirmé que la balle qui l’a tué lui avait transpercé le coeur avant de sortir par le dos.

Kenji Nagai, 50 ans, était un photojournaliste employé par l’agence audiovisuelle japonaise APF News. Habitué des zones de conflit comme le Moyen-Orient, il était arrivé en Birmanie deux jours avant que la junte militaire birmane n’attaque les manifestants. Professionnel jusqu’au bout et bien qu’à terre et grièvement blessé, Nagai a semble-t-il continué à prendre des photos avec son appareil jusqu’à son dernier souffle.

Reporters Sans Frontières (R.S.F.) a évidemment condamné le meurtre de Nagai affirmant que, parce qu’il avait un appareil photo dans les main au moment de l’attaque, il s’était identifié comme étant un journaliste. L’organisation et la Burma Media Association ont par ailleurs demandé au nouveau nouveau Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, d’imposer des sanctions au régime militaire tant que les auteurs de cet assassinat n’auront pas été jugés. Ce dernier, s’il a également condamné cet assassinat et demandé des explications au gouvernement birman, qui a lui affirmé que Nagai avait été victime d’une simple balle perdue, a écarté la mise en place de sanctions.

Black out et chasse aux journalistes étrangers

R.S.F. a par ailleurs fait savoir que selon ses sources, “tous les cafés Internet ont été fermés et les militaires chassent les journalistes étrangers qui continuent à travailler sur le terrain. Au moins l’un d’entre eux a été contraint de se réfugier dans une ambassade et un autre d’entrer dans la clandestinité”. L’organisation a également ajouté que “des journalistes présents à Rangoon ont expliqué qu’il était pratiquement impossible d’accéder au centre-ville. Certains ont été témoins de plusieurs arrestations et de violences contre des civils. Toujours selon ces témoignages, de nombreux groupes de manifestants continuent de se former”.

Ce 30 septembre, le correspondant birman du quotidien japonais Tokyo Shimbun et trois jeunes journalistes birmans ont été arrêtés par les forces de sécurité de la junte militaire. Des arrestations portant maintenant à dix le nombre de journalistes emprisonnés en Birmanie. Au total, depuis le début des manifestations il y a un mois, plus de mille personnes ont été arrêtées, dont les moines pacifistes qui furent à l’origine des événements.

Pour comprendre ô combien la Birmanie respecte les droits de l’Homme et la liberté d’expression, dans ce pays un journaliste peut écoper de sept ans de prison pour le simple fait de posséder, sans autorisation, un fax, une caméra vidéo, un modem ou un exemplaire d’une publication interdite...


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • Emmanuel Aguéra LeManu 1er octobre 2007 12:42

    Entre 40 et 50% des hommes en Birmanie passent, m’a-t-on dit, non pas par le service militaire (quoique !), mais par une initiation monastique. Cette tradition serait ancrée dans la culture Birmane depuis des siècles.

    Ce passage en religion, même éphémère, est assimilé à une sorte d’initiation au caractère définitif (c’est vraiment du raccourcis, excusez-moi !) qui fait qu’au moins 40% de la population masculine Birmane est solidaire du sort des bonzes, ceux-ci se devant protection mutuelle les uns envers les autres.

    Juste ce petit mot pour dire à la fois mes crainte et mes espoirs concernant le court terme en Birmanie, car si mes propos sont vérifiés, la junte vient de se suicider, et j’ai peur qu’elle n’entraîne du monde avec elle. Le triste épisode Kenji Nagai le montre.


    • Dégueuloir Dégueuloir 2 octobre 2007 02:24

      le parquet fédéral de Belgique a annoncé, lundi 1er octobre, la réouverture d’une enquête pour crimes contre l’humanité visant les activités du groupe pétrolier français Total en Birmanie. La plainte avait été déposée en 2002, par des réfugiés birmans, en vertu de la loi de compétence universelle, qui permet de juger, en Belgique, les responsables de crimes contre l’humanité commis ailleurs dans le monde.

      En 2005, la Cour de cassation belge avait stoppé la procédure, contestant les droits des plaignants à la mener. C’est désormais sur une instruction émanant du ministère de la défense qu’a pu être fixée une audience, dans la dernière semaine d’octobre afin de déterminer un éventuel renvoi devant un tribunal.

      « UNE AIDE MORALE ET FINANCIÈRE À LA JUNTE »

      Selon Alexis Deswaef, avocat des plaignants, la plainte de 80 pages contient des « preuves matérielles de la complicité de Total, non seulement une aide morale et financière à la junte, mais aussi une aide logistique et militaire ».

      Les plaignants entendent faire juger le président de Total, Thierry Desmarest, et l’ancien responsable des activités du groupe pétrolier en Birmanie, Hervé Madeo, pour complicité de torture et travail forcé sur le chantier d’un pipeline, dont la construction a été achevée en 1998. Le groupe français se défend de ces accusations et nie avoir financé la junte militaire au pouvoir. BEN VOYONS....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès