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Accueil du site > Actualités > International > Birmanie : les chrétiens en danger

Birmanie : les chrétiens en danger

Après avoir lancé son armée contre le peuple karen, la junte birmane envisage l’éradication du christianisme.

Dans la Birmanie des généraux, le pire est toujours pour demain et le respect des militaires pour les traditions de tolérance bouddhiste - supposée - est inversement proportionnel à l’augmentation inespérée des ressources de cette fédération asiatique sous la forme de gigantesques gisements de gaz et hydrocarbures découverts en 2005 dans le nord du golfe du Bengale, en off shore de l’Arakan.

La dernière décision de la junte, prise dans le secret de la jungle montagneuse de Pynmana, vient d’être découverte par le correspondant du Daily Telegraph, longuement cité par l’Agence birmane en exil dans son service d’information du 24 janvier.

Selon cette information, il existe un document top secret dont le texte a été exfiltré - à dessein - des bureaux d’un ministère du gouvernement militaire. Le correspondant du quotidien britannique Daily Telegraph a révélé dans une de ses dépêches que le document en question porte le titre révélateur de Programme pour éradiquer la religion chrétienne en Birmanie. Ce document indique les mesures à prendre pour chasser les chrétiens hors du pays.

Le secret imposé par la junte est probablement dû au fait que la Constitution du pays (1 974) garantit la liberté de culte pour tous les laïques, à l’exception des religieux qui n’ont pas le droit de vote.

On compte dans le pays 85 % de bouddhistes, 5,6 % de chrétiens, au sein desquels se trouvent 400 000 catholiques, 14 évêques, 300 prêtres, 800 religieux, 50 anglicans, et 3,6 % de musulmans.

Cette décision secrète ne fait qu’entériner le fait que depuis le mois d’avril 2006, l’armée birmane a lancé une grande campagne contre les chrétiens de l’ethnie des Karen. Ce peuple est en majorité chrétien. Les « ratissages » de l’armée birmane, ont provoqué l’exode de 13 000 personnes et un nombre non précisé d’assassinats. Cette population se réfugie dans la jungle et dans les régions frontalières avec la Thaïlande. Les miliaires ont encerclé les villages et en attaquent par surprise les habitants. Les soldats brûlent les maisons, les réserves d’aliments, envoient en camp de travaux forcés ceux qui sont faits prisonniers quand ils ne les tuent pas. Ils placent autour des villages des mines antipersonnel.

En fait, s’il se trouve que l’exploitation des zones pétrolières de la bande côtière méridionale de Birmanie a coïncidé avec une intensification de la « pacification » de ces régions considérées comme rebelles par les militaires, ce type de campagne d’extermination ethnique et religieuse dure depuis plusieurs années. Elle avait commencé quand j’étais en poste à Rangoon lors de la première dictature. L’activité des guérillas populaires des différentes ethnies, était telle qu’il était interdit - par mesure de sécurité, affirmait le gouvernement militaire - aux diplomates de sortir de la capitale.

Depuis 1996, dans l’est de la Birmanie, plus de 2 500 villages ont été rayés de la carte. 365 000 civils ont été délocalisés et au moins 260 000 civils sont bloqués dans la jungle. Une autre ethnie, celle des Chin, subit le même traitement. Dans ce cas également c’est une ethnie à majorité chrétienne qui subit les conséquences des interventions de l’armée. Une des dernières initiatives de la junte a été d’interdire le transport et l’impression de Bibles traduites dans les langues vernaculaires parlées par les minorités ethniques.

Ceci dit, il est certain que, de tout temps, il a été considéré que les « religions occidentales avaient eu peu d’impact » sur un pays dont 85 % des habitants sont bouddhistes, fermé aux étrangers jusqu’à ce que les Anglais l’occupent au cours du dernier quart du XIXe siècle .

Déjà en 1959, un « vade mecim », publié à l’époque de la république parlementaire conduite par U. Nu - déposé en mars 1962 par le coup d’Etat organisé par le général Ne Win et son armée -, apprenait que le sixième Grand Conseil bouddhiste s’était réuni en 1954 à Rangoon en présence de 5 000 bikhus (moines bouddhistes) du monde entier, six ans après l’indépendance proclamée le 4 janvier 1948. On y remarquait, en passant, que le premier Grand Conseil s’était tenu 2 500 ans auparavant et le cinquième, en 1871, sous le règne du roi Mindon le Pieux, avant l’invasion anglaise. Façon de faire comprendre à l’étranger que la Birmanie n’avait besoin des conseils de personne en matière religieuse.

« Il n’y aura pas, dit ce texte, de vraie patrie partout où la religion chrétienne sera pratiquée  » et il avertit les citoyens birmans que quiconque sera pris en flagrant délit “d’évangélisation” sera jeté en prison. « Cette religion est gentille, aimable, elle est facile à identifier. Il faut donc utiliser cette faiblesse ».

Emportés par leur zèle réformateur, les généraux de la junte font maintenant appel à plus de rigueur bouddhiste pour justifier l’entreprise d’exploitation de leur pays à titre personnel.

Lorsque je suis arrivé en poste à Rangoon, pour l’agence France-Presse, le général Ne Win et ses généraux venaient de prendre le pouvoir. Leurs premières initiatives avaient été de faire plier le pays tout entier sous leur joug. D’éliminer les étrangers, qu’ils fussent européens ou indiens, et de nationaliser toutes les activités industrielles, les rizeries, le commerce du riz, les banques, tous les commerces, des plus petites échoppes de marchandes de soupe des coins de rues aux grands magasins. L’argent fut démonétisé, la bourgeoisie ruinée et jetée en prison. Tous les Birmans possédant du bien commencèrent à quitter le pays en direction de Bangkok puis de l’Occident.

Les moines bouddhistes, qui étaient plusieurs centaines de milliers, ne se révoltèrent pas. Ils se bornèrent avec leur prudence ancestrale à se livrer à des cérémonies propitiatoires quand il arriva à l’université de Rangoon que les étudiants révoltés contre les militaires fussent tués par centaines lors de la répression lancée par l’armée bimane. Cérémonie propitiatoire est une cérémonie obligatoire au cours de laquelle on offre riz et fruits aux moines en échange de leur intercession. En Asie, il existe la croyance que tout être humain ayant eu une mort violente ne peut pas immédiatement se réincarner. Or, il n’est jamais bon de laisser ces esprits en fureur se venger sur les responsables de leur trépas, militaires ou civils.

Seuls quelques centaines de phongyis participèrent à quelques manifestations critiques inspirées par le parti communiste birman, hostile aux militaires et progressivement éliminé.

Les diplomates, représentant presque tous les pays membres des Nations unies, se mirent très vite à la botte du nouveau pouvoir pour ne pas risquer de perdre tous les marchés, de tous ordres, qui, à cette époque, commençaient à se multiplier.

Des 1962 Tatmadaw, ainsi qu’on nomme l’armée birmane, a représenté l’unique base du pouvoir. En 1988, ses effectifs se montaient à 186 000 hommes au total. En 2005, elle avait atteint plus de 400 000 hommes répartis entre 360 à 370 00 pour l’armée de terre, 15 000 pour l’armée de l’air et la marine, de 50 à 60 000 pour les unités paramilitaires. Plus de 40 % du budget de l’Etat lui sont consacrés. Équipée par la Chine, le Pakistan, l’Ukraine, Israël et Singapour, elle reçoit depuis le début l’assistance de la Russie. Les spécialistes du Sud-Est asiatique estiment que l’un des objectifs de cet effort spectaculaire concerne la pacification du pays et l’élimination de la résistance des Karen, des Kachin et des Shans. Cela a été possible grâce, principalement, aux revenus que la Birmanie retire de ses gisements d’hydrocarbure et de gaz naturel.

Le programme antichrétien de la junte birmane, qui paraît être une nouveauté, n’est pas complètement une surprise. L’intolérance qu’elle manifeste n’est pas le seul fait de la Birmanie, comme tend à le prouver une dépêche signalant qu’un touriste allemand portant un nom mulsuman avait été arrêté à Agadir par la police marocaine, puis, jugé et condamné à six mois de prison ferme et 5 000 dirhams (50 euros) pour s’être livré à du prosélytisme chrétien auprès d’un jeune musulman de cette ville balnéaire. Que ce soit chez les bouddhistes birmans ou chez certains autres croyants en un Dieu unique, la tolérance n’est pas vraiment à l’ordre du jour en ce début de siècle dont le mysticisme annoncé se manifeste plutôt par un fanatisme irrépressible au nom de Dieu.

C’est ainsi que la Birmanie est victime, depuis quarante ans, de l’arrogance et l’antipathie qu’éprouvent les militaires pour tout ce qui est étranger. En cela rien de bien nouveau pour ces militaires intégristes qui se proclament, à tort ou à raison, descendants des Mons et des Khmers et Tibétains venus d’Asie centrale à l’époque protohistorique.

En réalité, le dernier recensement de 1999 a établi que 48 852 098 habitants vivent dans les sept Etats que compte la fédération de Birmanie. Ce sont, d’une part, les Birmans (Bamars) qui représentent quelque 72 % de la population, et, d’autre part, la diversité de tous les autres 27,50 %, constitués par les Shans (11 %), les Arakans (6 %), les Karens (5 %), les Môns (3 %), les Kachins (2,5 %), les Chins, les Karennis (Kayahs), les Lahus, les Rohingyas, les Gurkhas, les Palaungs, les Méos (Hmongs), les Nagas, les Akhas, les Lisaws, les Kadus, les Was, les Mokens (ou Mawkens), etc. Le pays compte aussi 150 000 Chinois et 800 000 Indiens. Trois ethnies n’ont jamais admis la prédominance de Rangoon, sans cesser d’être en révolte contre l’ethnie majoritaire birmane : les Karens, les Kachins et les Shans. De plus, les Was vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection.

C’est ainsi qu’une quarantaine d’ethnies et tribus différentes sont réparties sur tout le territoire, tandis que le peuple dominant, les Bamars (Birmans), occupe la plus grande partie dans la plaine de l’Irrawadi, le grand fleuve qui coupe en deux verticalement la Birmanie et demeure la principale voie de communication du sud et au nord.

Déjà dans les années soixante, j’avais appris par des missionnaires vivant dans le pays, par des religieuses qui soignaient les lépreux, que ces religieux se trouvaient en Birmanie comme l’oiseau sur la branche et que leurs ouailles étaient régulièrement victimes de violences et sévices, dont le caractère antichrétien était masqué par l’évocation d’autres causes politiques et par la révolte permanente de ces tribus que le gouvernement central n’arrivait pas à soumettre.

Dans ce cadre, le tribalisme, avec ses préjugés et ses haines, et le communisme birman sous couvert de bouddhisme n’hésitaient pas à mettre à l’écart de la nation les Karen, les Shans, Chin d’Arakan et autres peuples non-bamars, l’ethnie dominante.

En fait, la politique de la junte a toujours eu pour but de normaliser la population d’un pays pluri-ethnique. Le but final prêté aux militaires est de former un pays purement birman, n’ayant qu’une seule langue et une seule religion

Quant au christianisme, il demeure une religion très minoritaire en Birmanie. Il représente selon les statistiques quelque 5,6% de la population, dont la liberté de culte avait été définie par le Constitution.

Le régime militaire instauré en 1962 avait déjà tous les aspects d’une dictature policière. Il y avait peu d’endroits - à l’exception des parcs de quelques ambassades - où l’on pouvait s’exprimer sans avoir la crainte - ou la certitude - d’avoir un policier dans le dos. Pourtant, à distance, la première dictature, en dépit de ses rigueurs « surréalistes » - celle des années soixante à 80 - paraît avoir été un jardin d’enfants, maintenant que de plus jeunes officiers généraux, plus puissants, plus avides de pouvoir et de richesses, ont fait table rase dès 1988 de l’évolution inévitable du régime du général Ne Win, vieillissant et malade, vers une organisation économique plus clémente.

S’étant emparé du pouvoir en septembre 1988 la génération suivante de généraux a restauré toutes les nationalisations et réglementations collectivistes de la première dictature et invalidé les résultats des élections législatives de 1990 à l’issue desquelles le parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie ou NLD, mené par Daw Aung San Suu Kyi, (actuellement captive ) avait remporté plus de 80 % de voix en sa faveur, à la surprise de la junte qui espérait légitimer ainsi son pouvoir.

Au cours de ces seize dernières années, les généraux de la nouvelle junte, (le SLORC - State Law Order Restauration Council - Conseil d’Etat pour la restauration de l’ordre de la loi) ont été bien placés pour mettre leur pays en coupe réglée et s’emparer de toutes les branches des secteurs les plus riches comme les mines de Mogok où ils se partagent la production des rubis, des saphirs et des jades les plus beaux du monde, et, également - au nom de l’Etat -, tout le domaine pétrolier où est exploité un véritable pactole d’hydrocarbure et de gaz découvert en 2005. Cet immense potentiel vient s’ajouter aux gisements de pétrole déjà connus. Ce flux de nouvelles richesses provient des activités partagées avec des compagnies pétrolières française et américaine notamment, avec l’assistance technique d’ingénieurs russes et chinois.

Cette collaboration a déclenché, mollement, les critiques du monde occidental et celles du prix Nobel de la paix, Daw Aung San Suu Kyi dans une rare interview parue l’an dernier dans le quotidien italien Unita, en dépit des restrictions que lui imposait la junte. Elle estime, entre autres choses, que la France, avec sa compagnie Total, occupée notamment à construire également un gazoduc commandité par le Slorc, néglige des initiatives qui seraient utiles à un processus démocratique en Birmanie.

Il n’y aps que les hydrocarbures... Au cours de ces seize dernières années, la production d’opium en Birmanie a triplé, passant de 800 tonnes annuelles à 2 500, faisant de ce pays le premier producteur mondial de " poudre ". Environ 70 % de l’héroïne saisie aux Etats-Unis provient de la zone birmane du Triangle d’or.


Sources :

Top Chrétien francophone,

The Guardian,

Agence Birmane en exil,

Archives personnelles de BCB

CERI


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14 réactions à cet article    


  • miaou (---.---.8.36) 30 janvier 2007 12:22

    Après l’article d’Agoravox sur la situation mauritanienne et l’esclavage qui y persiste, nous découvrons une autre réalité, également fort peu présente dans les médias « classiques ». Il faudrait se pencher sur les causes d’un tel désintérêt, alors qu’on assomme à longueur de JT sur le Moyen-Orient ; un rééquilibrage serait le bienvenu, d’où l’importance de textes tels celui-ci sur la Birmanie.


    • Bill Bill 30 janvier 2007 12:29

      Tout à fait d’accord avec Miaou !

      Les soldats Birmans seraient d’une sauvagerie épouvantable, et même d’une cruauté toute particulière pour faire fuir ces pauvres gens !

      Je suis heureux de lire cet article sur Agoravox, très bien détaillé, et justement cher auteur, si je peux me permettre, il gagnerait à être juste un tout petit peu plus court avec les renseignements en lien ou en dessous ? Je crois que cela vous attirerait plus de lecteur peut-être, et d’autant que votre article est tout à fait intéressant !

      Bien à vous

      Bill


      • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 30 janvier 2007 17:45

        Merci l’ami ! Peut être ben qu’oui, peut être ben qu’non. Mais logiquement vous avez probablement raison. Cordialement BCB


      • clairette (---.---.12.123) 30 janvier 2007 14:22

        @ Bertrand : très intéressant votre article car on n’a pas souvent l’occasion de lire des informations sur le Myanmar ! J’ai beaucoup étudié l’histoire de ce pays à la très ancienne civilisation, jusqu’à sa colonisation par les anglais (on avait raté le coche de très peu )et ensuite à son indépendance.

        Pour en revenir au régime de dictature actuel, c’est le plus ancien à perdurer à notre époque... et je me demande ce qui pourrait le faire tomber... puisqu’après « le sabre », ce régime a maintenant avec lui le « goupillon »...

        Lors d’un dernier voyage en Birmanie, j’ai été surprise (mais je ne vous apprends rien, bien sûr) de voir dans tous les temples visités par les touristes et très fréquentés par les fidèles du pays, la multiplication de photos représentant les membres du pouvoir en place plastronnant entre des bonzes de ces mêmes temples, ou des religieux (boudistes, bien sûr) venant de la plus haute hiérarchie ! D’où l’on comprend la collusion entre gouvernement et religion. Et quand on sait que dans les campagnes l’enseignement, la justice etc... sont entre les mains des bonzes, on ne voit pas comment, avec cette funeste alliance, les birmans vont pouvoir lutter contre dictature et corruption ? voire fomenter un changement quelconque de régime !

        La situation des chrétiens me semble bien délicate, effectivement, mais la condition de millions de birmans me paraît aussi bien désespérée ? Qu’en pensez-vous ?

        Cordialement.


        • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 1er février 2007 12:24

          Vous avez vu juste. Ce la prouve par l’absurde la stabilté de ce pays. Son peuple vit toujours au sein d’une économie de subsistance dans laquelle il ne crève pas de faim. Etant bouddhiste et grâce au concept de réincarnation, il a toute l’éternité devant lui. Quant aux les generaux enrichis par les hydrocabures, le gaz naturel, l’opium et les pierres precieuses, ils peuvent entretenir une armée de quatre cent mille hommes sur laquelle ils fondent leur pouvoir... Et cela peut durer des années. Ils sont là depuis mars 1962 et personne n’a pu encore les déloger. Et ce ne sont pas les puissances occidentales qui lèveront le petit doigt, ayant acquis de confortables position dans a place.

          Bertrand C. Bellaigue


        • (---.---.121.69) 30 janvier 2007 17:27

          Encore un superbe article signé BERTRAND C. BELLAIGUE, loin du brouhaha des médias, des faits purs et durs.

          Je m’étais questionné au sujet des Karen, l’auteur m’en a brossé le tableau que je pressentais après ma collecte d’informations.

          Merci de nous rappeler que la chrétienté subit des massacres quand nos médias débordent de religions toutes aussi pleines de paix et d’amour.

          Car bon ère mal ère, la branche chrétienne a pourtant poussé des fruits sociaux et technique à des milliers d’annèes lumière du reste des autres branches.

          La lumière ? On éteint ce qu’elle a allumé, en appuyant sur l’interrupteur qu’elle a créé, trouvez l’erreur !


          • gem gem 30 janvier 2007 20:13

            bon article sur une triste réalité. Aurait bien mérité une « Une ». Y’a que le titre qui est un peu faux, car on voit bien que les chrétiens ne sont pas spécifiquement visés, mais c’est malheureusement un détail...


            • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 30 janvier 2007 20:48

              Vous avez raison, mais je ne suis pas le redacteur en chef de cette agence. Le titre original que j’ai proposé était :

              "ADVERSAIRE DU CHRISTIANISME LA JUNTE BIRMANE VIOLE LA CONSTITUTION"

              BCB


            • Emmanuel Dubois 31 janvier 2007 11:26

              Voici un article très intéressant et parfaitement documenté, me semble-t-il. La question qui se pose apparemment est celle de savoir si la politique « antichrétienne » de la Junte vise avant tout les minorités qui échappent encore au contôle du pouvoir central, ou si la religion en elle-même devient un enjeu pour le pouvoir birman. Il serait à la fois intéressant et effrayant de voir émerger en Birmanie une sorte d’« intégrisme bouddhiste ». La mise en place d’une politique antichrétienne concertée et généralisée par le pouvoir central en Birmanie donnerait une dimension inédite et inquiètante à un antichristianisme traditionnel mais jusqu’ici sporadique, si je comprends bien les enjeux de votre article.


              • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 31 janvier 2007 13:51

                Il est agréable de répondre à un correspondant qui ne se dissimule pas derrière un anonymat. Merci.

                Pour avoir vécu comme correspondant d’une agence d’information mondiale, avoir eu un adjoint et de collaborateur birmans ou sino birmans, je crois avoir saisi au moins une partie de ces peuples dont le plus important est notamment celui de l’ethnie « bamar » autrement dit « birmane ».

                Peuple à la fois d’une vive intelligence et d’intuition. Il m’a fallu apprendre... et sortir de ce pays un peu plus doué que je ne l’étais en y arrivant. Selon la constitution, la liberté de culte est garantie en bimanie, mais la junte a decidé en secret « d’éradiquer le christianisme » car tant qu’il sera présent la birmanie ne seea pas completement birmane. Mais en même temps cette « décision secrète » a été exfiltrée par un ministère demeuré anonyme.

                Au même moment - après plus de soixante ans - le pouvoir central ( qu’il ait été parlementaire sous U Nu ou dicature militaire depuis le coup d’Etat du genrfal Ne Win en mars 1962, doit faire face à la rebellion d’ethnies telles que celles des Karen, Shan et Kachin qui sont en partie chrétienne. La somme de ces trois, plus quelques autres, confère au Christianisme 5,6 pour cent des croyances. Le boudhiste étant largement majoritaire ; de l’ordre de 70 à 75 pourcent.

                Il se trouve, par dessus le marché, que les Karen sont établis sur des territoires dont le sous-sol recèle une importance partie des réserves de gaz et d’hydrocarbures de Birmanie et que les Shan détiennent le monopole de la culture ( et la commercialisation de l’opium dont la Birmanie passe pour être un des deux principaux producteurs au monde ( avec l’Afghanistan.)

                Si l’on considère que ces deux ethnies entretiennent des guerilas pour appuyer, depuis 6 decennie, leur refus de la fédération et se protéger des actions de l’armée birmane, on aura largement de quoi d’élaborer des hypothèse sur l’avenir des militaires et du bouddhisme dans cette région a laquelle les généraux ont rendu le nom traditionnel de Nyanmar , interprétation approximative de la phonétique du « bamar ».

                Et maintenant un exemple anecdotique pour illustrer plus trivialement la façon de penser birmane :

                « J’ai décidé un jour d’aller en voiture avec ma femme et ma fille adolescente, à Mandalay et Pagan où se trouve un bon millier de temples ( »stupas" birmans des 8 ° et 9° siècles). Or il était intertit aux diplomates de tous pays de sortir de Rangoon sans autorisation gouverementale. N’étant pas diplomate, mais, parmi mes confrères , le seul correspondant étranger occidental, j’ai considéré que j’étais hors du coup. Je décidais donc de ne pas demander d’autorisation pour de ne pas perdre la face, au devant des desir officiels, juisu’on ne me demandait rien. Mais j’ai néanmoins attendu le jour fixé pour notre départ, un samedi, pour envoyer à la cloture des bureaux, aux affaires étrangères, une lettre les informant de mon absence- en leur qualité de clients de l’agence. En cas de problème mes collaborateurs birmans seraient là pour remédier à tout problème de transmission. Mais dans un cas plus grave on pourrait me joindre à tel et tel endroit du pays. Je leur donnais le programme de mon voyage et de mes escales. En quittant Rangoon nous avns été arrêté par un barrage de l’armee.

                " Vos papier etc... Le commandant veut vous voir ! J’allais voir cette autorité qui me dit :

                « Excusez moi M. B. de vous avoir fait arrêt en chemin. je voulais simplement vous souhaiter un bon voyage. »

                Qand dans une auture circonstance javais écrit une depeche, retarde en chemin - et qui avait deplu. Je fut invit& à une conferfence de presse au cous de lausqlle le dircteur de l’infation s’en pis vivement en erme trf-s dur à un e mes confrères bimans d’une agence concurrente de la mienne. Pour lui prouver sa faute, il lui cita le texte de lasa dézpche... Ce le texte de la mienne. La face était sauve. le mdassga était passé. On etais bons amis..

                Décodées ses paroles signifiaient :

                « Nous accusons réception de votre lettre de ce jour. Nous comptons bien que vos vous conformerez à votre programme. »

                Ainsi, tout le monde était content. La face était sauve des deux côtés. Nous restiions bons amis...

                Je crois vous avoir répondu ?

                Bertrand C. Bellaigue


              • Emmanuel Dubois 1er février 2007 11:00

                Merci de votre réponse, au plaisir de vous lire bientôt sur des sujets similaires.


              • (---.---.17.187) 1er février 2007 11:10

                assurément il faut ce type de regard lucide vraiment vraiment


              • chevsinclair (---.---.59.6) 6 février 2007 13:15

                merci beaucoup pour cet article riche en chiffres et en faits, qui nous oblige à regarder ailleurs, et à sortir de notre campagne présidentielle pitoyable.

                juste un point avec lequel je pensais le contraire, vous dites « Trois ethnies n’ont jamais admis la prédominance de Rangoon, sans cesser d’être en révolte contre l’ethnie majoritaire birmane : les Karens, les Kachins et les Shans. De plus, les Was vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection. »

                Il me semblait que les cessez le feu étaient de vigueur en tout cas en ce qui concerne les Shans et les Karens ? D’autre part, les Was ne me semblent plus être en insurrection, j’ai été dans la région Wa il y a 3 ans, et à part quelques check point, je crois que ces gens ne sont pas vraiment en insurrection, mais défendent leurs trafics de drogues ;

                Il semble d’ailleurs que les Was aient aujourd’hui « relativement » bien coopérés avec l’unodc pour faire diminuer les productions d’opium. Ils auraient néanmoins profité de la progression des amphétamines, et autres drogues pour accroître leurs revenus.

                Auriez vous des informations quant aux réelles relations existant entre les autorités birmanes et Wa ? Sont ils de connivence dans cet enorme businness ?

                merci


                • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 6 février 2007 14:32

                  Merci pour vos remarques.

                  quote

                  Il me semblait que les cessez le feu étaient de vigueur en tout cas en ce qui concerne les Shans et les Karens ? D’autre part, les Was ne me semblent plus être en insurrection, j’ai été dans la région Wa il y a 3 ans, et à part quelques check point, je crois que ces gens ne sont pas vraiment en insurrection, mais défendent leurs trafics de drogues ;

                  unquote

                  Les évènements prouvent le contraire. Quant aux shans et aux Was, quiconque connait un peu ce pays et ces ethnies savent très bien qu’on peut y trouver le contraire du contraire. L’opium est plus important que toutes autres choses. les généraux qui passent au grè du emps, des accords commerciaux, avec les « war lords » le savent très bien. Cela n’empêche pas ces tribus de ne pas admettre - complètement - le systeme federal. Eux aussi ont leurs tenants du « NON »’

                  BCB

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