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Blackwater, l’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde

Blackwater : pour les Irakiens, ce nom en est venu à symboliser toute leur colère contre l’occupation américaine consécutive à l’invasion de mars-avril 2003. Des mercenaires au comportement décalé qui ne peuvent être jugés pour leurs actes, aussi criminels et hors-la-loi soient-ils. Pourtant, la société qui porte ce nom, un véritable empire, n’était guère connue du grand public avant la mort de 4 de ses membres à Falloujah en 2004, et surtout le massacre de la place Nisour en 2007 à Bagdad, qui a véritablement mis sous les feux de la rampe cette entreprise, tout en posant la question de sa présence en Irak et de sa justification. Jeremy Scahill dresse ici un véritable réquisitoire contre cette société qui navigue en eaux troubles, à l’image de sa dénomination -aujourd’hui modifiée d’ailleurs, puisque Blackwater est devenue Xe le 13 février 2009.
 
Voici les principaux points développés par J. Scahill dans son ouvrage :

- l’incident de la plase Nisour à Bagdad, le 16 septembre 2007, où un convoi de 4 véhicules de la société Blackwater a ouvert le feu sur la foule, tuant 17 Irakiens et en blessant plus d’une vingtaine, a constitué un tournant dans le sens où Blackwater n’est plus, alors, épargnée par son statut de contributeur à la sécurité en Irak. D’autres incidents du même genre avaient déjà impliqué Blackwater, mais tous avaient été réglés en sous-main ou classés. Pourtant, en dépit des protestations véhémentes du gouvernement irakien, Blackwater continue ses missions en Irak, tout simplement parce que l’armée américaine et les Etats-Unis en sont arrivés à un point où le recours aux mercenaires est devenu indispensable et nécessaire, quel que soit le prix à payer. Eric Prince, le fondateur de Blackwater, n’a pas à répondre des exactions de ses employés ; l’enquête américaine sur place est manifestement bâclée, et tout est fait pour étouffer un incident qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’engagement américain en Irak. Blackwater, quant à elle, contre-attaque par une intense campagne de propagande en sa faveur : elle est renommée Blackwater Worldwide. Blackwater est bien le symbole de la révolution des affaires militaires conçue sous l’administration Bush, une externalisation massive des opérations de l’armée américaine, à tel point qu’à l’été 2007, on trouve semble-t-il plus de contractuels privés (180 000) que de soldats réguliers (160 000) en Irak (même si les chiffres sont difficiles à obtenir pour la première catégorie au moins). Le processus avait cependant commencé sous les mandats de Bill Clinton et même à partir de la première guerre du Golfe (1991).

- cette privatisation des affaires militaires s’est accélérée après les attentats du 11 septembre 2001 et la réaction de l’administration Bush aux attentats. Dick Cheney avait été un des grands promoteurs des débuts de cette méthode au moment de la guerre du Golfe et lors des conflits dans les Balkans (formation de troupes croates pour lutter contre les Serbes par exemple). La société qui en a le plus bénéficié est Blackwater, au départ petite entreprise de sécurité installée à Moyock, en Caroline du Nord, dans une zone marécageuse (d’où son nom). L’entreprise est dirigée par Eric Prince, un multimillionaire chrétien qui n’a jamais caché ses sympathies pour le camp républicain et pour un fondamentalisme chrétien parfois à la limite de l’extrême-droite. Le principal succès initial de Blackwater est d’obtenir le contrat pour la protection de Paul Bremer, le premier super-gouverneur irakien après la campagne de 2003, lequel, à la fin de son mandat, fait publier le 28 juin 2004 le fameux Ordre 17, qui garantit l’immunité totale aux compagnies de sécurité comme Blackwater engagées en Irak. Une guerre qui a justement provoqué l’ascension de telles compagnies en raison des limites mêmes de l’armée américaine face aux multiples théâtres d’opérations : politiquement et économiquement, embaucher des mercenaires est bien plus facile. Même si Eric Prince et le milieu dans lequel il évolue sont caractérisés par une idéologie de suprématie chrétienne. C’est le lynchage de 4 contractuels de Blackwater à Falloujah le 31 mars 2004 qui, paradoxalement, en propulsant la compagnie sur le devant de la scène médiatique, fait sa fortune tout en dévoilant en plein jour l’importance de ces "mercenaires", dont on taisait le nom jusque là, dans la campagne irakienne des Etats-Unis.

 

- Blackwater se résume en un nom, celui de son fondateur, Eric Prince. Héritier d’une dynastie industrielle bâtie par un self-made-man dans le Michigan, financier des causes républicaines (plus de 100 000 dollars pour la première campagne présidentielle de G.W. Bush) et d’extrême-droite comme le Conseil de Recherche sur la Famille animé par des évangélistes ultra-conservateurs, Eric Prince a lui-même opté en 1992 pour le candidat d’extrême-droite Pat Buchanan face à Bush père. Prince passe ensuite 4 années comme commando SEAL dans l’US Navy, avant de revenir aux affaires familiales après la mort de son père. La vente de l’empire paternel permet au jeune homme de se retrouver milliardaire ; sa conversion au catholicisme ne le détourne pas de la tradition familiale et il injecte son argent dans les organisations de la droite catholique extrémiste : Catholic Answers, par exemple, une organisation fondamentaliste basée à San Diego. Prince est également présent dans le Conseil Secret de la Politique Nationale, une organisation de conservateurs fondée en 1981 qui cherche à définir les orientations futures du pays (on y trouve par exemple le président de la NRA, l’organisation militant pour le port des armes à feu). Il est aussi très lié avec des nombreuses personnalités de l’administration Bush -Dick Cheney ou Donald Rumsfeld. Prince finance aussi le programme Prison Fellowship, une association qui veut réformer les prisons américaines par la foi. Prince a contribué également au programme Evangéliques et Catholiques Ensemble (ECT), consacrant l’ascension des théocons (théo-conservateurs, conservateurs religieux) et leur unification ce qui permit notamment l’élection de G.W. Bush à la présidence. Il a aussi offert plus de 200 000 dollars à l’Institut Haggai d’Atlanta, qui se vante d’avoir formé plus de 60 000 missionnaires évangéliques destinés à aller prêcher la bonne parole dans les pays sous-développés. Avec les attentats du 11 septembre, la carrière de Prince allait connaître un formidable coup d’accélérateur.

- si Prince tend aujourd’hui à considérer Blackwater comme la 5ème branche de l’armée américaine (!), les débuts n’en furent pas moins modestes. C’est Al Clark, l’un des formateurs SEAL de Prince, qui avait eu l’idée d’une entreprise bâtissant un site spécialement dédié à l’entraînement des forces de sécurité. A ce moment-là, vers 1993, l’âge d’or des républicains est terminé après la défaite de Clinton. Certains ultra-conservateurs posent même la question d’une confrontation brutale avec le pouvoir, position très disputée dans le camp républicain lui-même. C’est dans ce contexte que Prince acquiert une immense étendue de terrain en Caroline du Nord, près d’un immense marécage, le Great Dismal Swamp. L’immense complexe de Moyock commence alors à accueillir des compétitions de tir et enchaîne les séances d’entraînement. Deux événements, en 1999, accroient son audience : en avril, deux lycéens ouvrent le feu dans un lycée de Littleton, au Colorado : c’est le fameux massacre de Columbine. En septembre, Moyock accueille un concours de tirs dédié à 400 personnels du SWAT, les forces spéciales de la police urbaine. Clark, en désaccord avec la politique de Prince, qui vise à recevoir le plus grand nombre de personnes aux dépens d’un certain élitisme dans la formation, jette l’éponge. Après l’attentat contre le destroyer USS Cole en octobre 2000, Blackwater décroche un contrat avec l’US Navy. Mais c’est le 11 septembre 2001 qui va marquer l’ascension de la firme dans le marché de la sécurité. Blackwater est alors sollicitée par plusieurs départements des administrations de sécurité américaine ; le directeur exécutif de la CIA, Krongard, donne un coup de pouce à l’entreprise. En mars 2003, après l’invasion de l’Irak, Blackwater décroche le contrat pour la protection du premier gouverneur du pays, Paul Bremer. L’épopée des mercenaires en Irak commence.

- Bremer, comme Prince, est un catholique reconverti respecté par les évangélistes et les néo-conservateurs. Il a été le bras droit de Kissinger, puis d’Alexander Haig sous Reagan. Il travaille ensuite dans une société d’assurances, dont 295 employés sur les 1 700 présents meurent dans l’effondrement des tours du World Trade Center. Sa nomination à la tête de la reconstruction de l’Irak est très contestée. Bremer mit pour ainsi dire le pays en coupe réglée, procédant au licenciement de tous les militaires irakiens (plus de 400 000) et d’une bonne partie des cadres civils, qui vont en grande partie rejoindre les rangs de la résistance. Influencé par l’idéologie religieuse qui anime aussi Prince, il utilise l’Irak comme tremplin pour les activités des multinationales américaines aux dépens des locaux. C’est cet homme que Blackwater doit protéger à partir d’août 2003. A ce moment-là les attaques contre les forces américaines vont crescendo. Bremer lui-même est pris sou le feu d’un IED (engin explosif improvisé) et de tirs d’AK-47 lors d’un déplacement, en décembre. A la fin du mandat de Bremer, en mai 2004, on compte déjà plus de 20 000 contractuels privés de sécurité en Irak. Les salaires alléchants des entreprises comme Blackwater attirent tous les anciens des forces spéciales et des troupes d’élite américaines, mais aussi des personnes moins recommandables comme les mercenaires sud-africains. La société britannique Erynnis se construit en moins d’un an une armée privée de 14 000 hommes, dont certains Irakiens. Mais on ne parle pas encore de mercenaires à ce moment-là ; beaucoup d’Irakiens pensent que ces hommes sont des agents de la CIA, voire du Mossad israëlien. L’incident de Falloujah va permettre à Blackwater d’accroître encore son emprise sur un marché devenu des plus exponentiels.

 

- le 30 mars 2004, 4 contractuels de Blackwater imprudemment aventurés dans la ville de Falloujah sont tués et mis en pièces par la foule, qui suspend deux des cadavres sur un pont de la ville. Falloujah connaît alors une situation très tendue depuis la fin de l’invasion en avril 2003. Pour ajouter à la tension, les Israëliens viennent alors d’abattre le chef spirituel du Hamas, le cheikh Yassin. Le gouvernement américain cherche alors à biaiser en parlant de contractuels civils, mais finalement, la réalité du mercenariat sera bien mise à jour. L’événement rappelle de mauvais souvenirs aux médias et aux dirigeants américains, qui font le parallèle avec le désastre de Mogadischio en 1993, qui avait entraîné le retrait américain de Somalie. Mais cette fois, l’administration Bush ne veut pas céder : les Marines reçoivent l’ordre de nettoyer Falloujah, après une étude du terrain réalisée par Jim Steele, ancien colonel des Marines qui avaient formé les milices contre les marxistes du Salvador pendant les années 80.

 

- au même moment, Blackwater se retrouve impliquée dans un autre incident, à Nadjaf, une des villes saintes du chiisme, le 4 avril 2004. Moqtada al-Sadr est alors devenue l’une des cibles des Américains en Irak, qui craignent le pouvoir de ce manieur de foules. Il peut compter alors sur 10 000 hommes dans tout le pays. Bremer décide de faire arrêter l’un de ses lieutenants le 3 avril. Le lendemain, à l’appel d’al-Sadr, une foule importante se dirige sur Kufa, puis à Nadjaf. Elle approche du quartier-général des forces d’occupation, où se trouvent seulement quelques Marines, des soldats salvadoriens et 8 contractuels de Blackwater. Ces derniers, réfugiés sur le toit du bâtiment, dirigent le tir qui s’abat sur les Irakiens en contrebas. Le nombre des victimes demeure difficile à établir, mais certaines sources parlent de 20 à 30 morts et plus de 200 blessés. Pour les chiites, c’est le signal de l’insurrection.

- le même jour, les Marines se lancent à l’assaut de Falloujah, appuyés par les chars, les hélicoptères et l’aviation. L’opération Vigilant Resolve est parfois présentée comme une mission de représailles après le meurtre des contractuels de Blackwater. Les combats, très violents, font beaucoup de victimes chez les civils -280 morts et 400 blessés au moins. Une deuxième offensive suivra en novembre. Au total 700 frappes aériennes seront dirigées sur Falloujah, 18 000 des 39 000 bâtiments de la ville seront détruits.

 

- Prince déploie alors un ensemble de lobbyistes pour défendre la cause de Blackwater aux Etats-Unis. Parmi eux Paul Behrends, membre influent du Alexander Strategy Group. Prince et Behrends ont été membres de Liberté chrétienne internationale, une organisation de missionnaires évangélistes regroupant des anciens de l’administration Reagan, et qui appuie la politique de Bush contre le terrorisme. Pourtant, des démocrates commencent à poser des questions sur les activités de Blackwater. Cela n’empêche pas Prince d’agrandir le complexe de Moyock, qui passe de 2 700 à 6 400 m². Une conférence accueille David Grossman, auteur de L’Acte de tuer, et qui annonce alors : "Les méchants arrivent avec des fusils et des armures ! En un seul jour, ils anéantiront notre mode de vie !". En Irak, les contractuels deviennent la cible des attentats et des enlèvements. Malgré cela, de nombreuses sociétés emboîtent le pas à Blackwater. L’armée américaine, en sous-traitant des tâches au départ non-combattantes mais progressivement de plus en plus combattantes, crée un appel d’air. Le scandale d’Abu Ghraib en avril 2004, où auraient été impliqués quelques membres de Blackwater, n’altère pas les capacités de l’entreprise qui, en plus de proposer des salaires largement supérieurs à ceux des forces régulières, n’hésitent pas à surfacturer ses services. Une entreprise britannique, Aegis, fondée par Tim Spicer, un ancien des SAS, est alors violemment prise à partie : Spicer, en effet, a précédemment dirigé la société Sandline qui s’est faite remarquer par son intervention musclée en Sierra Leone pendant la guerre civile. En 2006, on trouve ainsi plus de 21 000 contractuels britanniques en Irak. En juin 2004, un convoi de Blackwater comprenant des Américains et des Polonais, ancien de l’unité anti-terroriste GROM, est attaqué sur la route entre la Zone Verte et l’aéroport, et plusieurs mercenaires sont tués. Lorsque Paul Bremer quitte l’Irak fin juin 2004, la situation s’est dégradée à un point tel que son escorte comprend 17 véhicules Humvee, trois hélicoptères de Blackwater avec des tireurs d’élite, 2 hélicoptères Apache et des chasseurs-bombardiers F-16.

- Blackwater se retrouve aussi, en juillet 2004, impliquée dans le "Grand Jeu" mené en Asie Centrale par les Américains. Le but est alors de mettre la main sur le pétrole et le gaz de la mer Caspienne, plus accessibles depuis la chute de l’URSS. Pour assurer sa position dans la région, le gouvernement américain n’hésite pas à contribuer à la révolution des Roses en Géorgie, en 2003. Il s’implique aussi dans le renouveau militaire de l’Azerbaïdjan et du Kazakhstan, dans le but de former des unités spéciales destinées à la protection de l’oléoduc devant acheminer les hydrocarbures jusqu’en Turquie. Le but est aussi d’avoir une base proche du théâtre d’opérations du Moyen-Orient, alors que l’on évoque une attaque probable contre l’Iran voisin. C’est bien évidemment Blackwater qui reçoit la mission de créér l’équivalent d’une unité SEAL sur place. L’importance stratégique du pays se voit aux membres de la Chambre de commerce américaine locale : James Baker, Kissinger, anciennement Dick Cheney et Richard Armitage. Les Blackwater s’attèlent à la tâche en récupérant une ancienne base des Spetnatz à Bakou. Ils protègent les lieux jusqu’à l’ouverture du très controversé oléduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) en mai 2005. Tout cela en appuyant le président azéri Ilham Aliyev, qui malheureusement n’est pas particulièrement connu pour son respect des droits de l’homme.

 

- Blackwater recrute aussi des soldats étrangers pour alimenter la demande en mercenaires en Irak ou ailleurs. On est là dans la continuité de l’Ecole militaire des Amériques, qui a formé pendant la guerre froide plus de 60 000 militaires d’Amérique latine à la "contre-insurrection", prônant des méthodes des plus expéditives. L’un des principaux foyers de recrutement est le Chili, où un intermédiaire, Pizarro, ancien commando, recrute des centaines ex-membres de l’armée chilienne, dont beaucoup sont vétérans du régime de Pinochet. A partir de novembre 2003, et en moins de deux ans, celui-ci fournit 756 anciens militaires chiliens à Blackwater. Une fois connue, le procédé suscite un tollé dans la société chilienne, encore mal remise du coup d’Etat de 1973 et de ses suites. Le nombre aurait pu être bien plus important si Pizarro n’avait commis l’erreur de traiter aussi avec Triple Canopy, l’un des concurrents de Blackwater, en proposant des hommes de seconde main pour maximiser ses profits, ce qui provoque évidemment l’ire de Prince et la fin du contrat. Autre lieu de recrutement, la Colombie, où les forces armées bénéficient de l’assistance américaine pour la lutte contre la drogue ; des contrats mirobolants sont proposés, qui d’ailleurs ne sont pas toujours honorés en Irak. Une autre entreprise, Your Solutions, utilise la base de Lepaterique, au Honduras, pour former des mercenaires ; cette même base avait servie à la CIA pour entraîner les Contras et le fameux bataillon 316, employés contre les socialistes nicaraguayens et en tant qu’escadron de la mort dans les années 80. Oscar Aspe, un ancien militaire chilien et associé de Pizarro ayant travaillé pour Blackwater en Irak, est l’un des responsables de Lepaterique où il forme un certain nombre de Chiliens mercenaires, une initiative qui lui vaut l’interdiction d’exercer par le Honduras fin 2006.

- en janvier 2005, les familles des 4 Blackwaters tués à Falloujah portent plainte contre l’entreprise. Celle-ci, appuyée sur son groupe de pression et par une batterie d’avocats, échappe à toute poursuite. Un autre incident avait encore mis Blackwater sous le feu des projecteurs, le crash du Blackwater 61, un avion privé au service de l’armée américaine, le 27 novembre 2004 en Afghanistan. Manifestement des fautes avaient été commises, mais au nom du secret d’Etat et de la contribution de Blackwater à l’effort de guerre, comme lors du procès des morts de Falloujah, l’entreprise reste intouchable. La division aviation de Blackwater, créée en avril 2003, rappelle pour beaucoup la célèbre Air America de la guerre du Viêtnam utilisée par la CIA. Il est quasiment certain que ses appareils participent au transport des prisonniers vers des pays laxistes en matière de droits de l’homme, où se trouvent des prisons secrètes qui permettent de pratiquer la torture, si besoin.

- un des autres personnages-clés de Blackwater est J. Coffer Black, un ancien de la CIA qui pendant la guerre froide a servi en Rhodésie, en Afrique du Sud, en Somalie et en Angola avant de se retrouver au Soudan entre 1993 et 1995 pour surveiller, notamment un certain Ben Laden. Mais on ne lui donna pas l’autorisation d’opérer, même si en août 1994 c’est lui qui mène l’arrestation du fameux terroriste Carlos. En 1999, il dirige le Centre anti-terroriste de la CIA. Il prétend ensuite ne pas avoir eu assez de moyens pour arrêter Ben Laden, mais d’autres spécialistes avancent qu’il a surtout développé les opérations spéciales paramilitaires au lieu d’infiltrer l’organisation du milliardaire saoudien. Des opérations faisant déjà appel à des mercenaires privés, qui seront engagés en Afghanistan lors d’Enduring Freedom. En 2004, c’est Black qui coordonne les forces de sécurité lors des Jeux Olympiques d’Athènes, en Grèce. Ses déclarations intempestives sur la capture de Ben Laden, imminente selon lui, poussent néanmoins le gouvernement à le mettre sur la touche et, début 2005, il entre chez Blackwater. Autre personnage sulfureux accueilli chez Blackwater, Joseph E. Schmitz, un catholique fondamentaliste qui supervisait l’emploi des contractuels privés en Afghanistan en en Irak entre 2002 et 2005, un mandat qui donna lieu à de nombreuses fraudes : le contrat des avions-ravitailleurs de Boeing, le problème d’Abu Ghraïb, l’esclavage sexuel... d’où l’intérêt de rejoindre ensuite Blackwater, puisqu’il était la cible de nombreuses critiques, y compris dans le camp républicain, notamment de John Mc Cain.

 

- le successeur de Bremer en Irak fut John Negroponte, vite baptisé "le proconsul". Il avait en effet dirigé l’ambassade au Honduras à partir de 1981, où se trouvait le plus grand centre de la CIA destiné à former les Contras envoyés au Nicaragua, tout en appuyant la junte locale au service des Etats-Unis. L’ambassade en Irak regroupe vite 2 500 agents de sécurité, soit plus qu’un régiment de Marines, ainsi que 500 agents de la CIA. Negroponte accélère une politique qui existait déjà avant son arrivée, l’option "Salvador", qui consiste à financer des groupes irakiens armés pour lutter contre l’insurrection. Negroponte, victime de ses choix, est congédié dès février 2005, mais le mal est fait. Pourtant le marché des mercenaires se porte toujours aussi bien, et obtient même des financements supplémentaires après qu’un hélicoptère Mi-8 piloté par des Bulgares au service de Blackwater ait été abattu par un missile sol-air SA-7 utilisé par les insurgés.

- Blackwater investit ensuite un autre marché porteur : la sécurité intérieure des Etats-Unis. Immédiatement après que le cyclone Katrina ait ravagé La Nouvelle-Orléans, le 29 août 2005, 150 mercenaires armés jusqu’aux dents débarque dans la ville pour y faire régner l’ordre. Prince prétend que ses hélicoptères ont même aidé les garde-côtes à sauver des sinistrés. L’opération est en tout cas fort rentable : en juin 2006, les contrats obtenus pour Katrina ont déjà rapporté 73 millions de dollars à Blackwater. Certains appellent bientôt La Nouvelle-Orléans "Badgad-sur-bayou" tant se multiplient dans les rues les mercenaires destinés à protéger des installations privées. Ceux de Blackwater sont équipés de fusils d’assaut M-4, de fusils à pompe Mossberg et de Glock 17. La société Instinctive Shooting International, composée de vétérans des forces militaires israëliennes, expédie tout un contingent dans la ville. Au final, l’Agence Fédérale pour les Situations d’Urgence reçoit moins de fonds que ceux destinés aux forces de sécurité. L’implication des Blackwater dans la catastrophe est violemment critiquée dans le pays. Cela n’empêche pas Blackwater de lorgner vers un autre projet, celui de la militarisation de la frontière avec le Mexique. En avril 2005, le projet de corps de défense civil (Minutemen, en référence aux miliciens de la guerre d’Indépendance) est ressorti des tiroirs. Parmi les soutiens du projet, Duncan Hunter, parlementaire chevillé à Blackwater.

- fin 2006, lorsque Donald Rumsfeld quitte le secrétariat à la Défense, le travail de privatisation de l’armée américaine est déjà bien avancé. A ce moment-là, Blackwater déploie 23 000 personnels dans 9 pays et dispose d’une réserve de 21 000 membres. Prince va même jusqu’à proposer de mettre une brigade de contractuels à disposition du gouvernement (!). Blackwater ouvre un centre nord dans l’Illinois. En mars 2006, au salon des Forces spéciales armées d’Amman en Jordanie -dont le souverain a fait appel à Blackwater pour former ses propres troupes d’élite-, Coffer Black annonce à la stupéfaction des militaires américains présents que Blackwater est prête à déployer un corps expéditionnaire pour assurer une mission de maintien de la paix, évoquant particulièrement le Darfour. Prince avait déjà formulé l’idée en février 2005 ; le Darfour est un sujet cher au coeur de Liberté chrétienne internationale, cette organisation de missionnaires évangéliques dont a fait partie le patron de Blackwater. Une proposition soutenue par la presse, néo-conservatrice comme Mark Hemingway dans le Weekly Standard, mais aussi Max Boot dans le Los Angeles Times ou Ted Koppel dans le New York Times. Blackwater assure aussi son avenir en contribuant à la montée en puissance de l’association des mercenaires, répondant au doux nom d’Association Internationale des Opérations de Paix. Cet organisme vise surtout à fournir un blanc-seing aux opérations des mercenaires à travers le monde en édictant une sorte de code de conduite, rarement respecté dans les faits ; Blackwater s’est d’ailleurs retiré de l’organisation après la fusillade de la place Nisour, pour avoir plus de marge de manoeuvre. Au printemps 2008, 180 000 mercenaires serviraient en Irak, toujours protégés par l’Ordre 17 de Bremer. Un autre cas intéressant est celui des mercenaires sud-africains. Après l’intervention de la société de mercenaires sud-africains, regroupant d’anciens nervis de l’apartheid, Executive Outcomes, en Angola, puis au Sierra Leone avec Sandline dans les années 90, l’Afrique du Sud fit passer une loi interdisant l’activité mercenaire. Mais manifestement, la loi ne fut pas appliquée puisqu’en 2004, une tentative de coup d’Etat ratée en Guinée-Equatoriale impliquait une soixantaine de mercenaires sud-africains conduits par Simon Mann, ancien des forces spéciales britanniques et associté de Tim Spicer à Sandline. A l’époque, on estime que 2 000 mercenaires sud-africains se trouvent en Irak. Le 29 août 2006, l’Afrique du Sud vote une loi anti-mercenaires des plus sévères, malgré les protestations de l’association internationale. Blackwater, elle, crée la division Greystone, une filiale implantée à La Barbade et qui cherche à recruter des mercenaires dans les endroits les plus mal famés de la planète. Peu d’informations filtrent sur cette division, de même que sur le financement des opérations de sécurité en Irak. Blackwater a elle seule aurait déjà empoché plus d’un milliard de dollars. Le poids des sociétés de sécurité privée dans l’économie mondiale s’élèverait à 100 milliards de dollars. En février 2006, le Pentagone reconnaît symboliquement l’importance des mercenaires en incluant Blackwater dans les "Forces Totales" de l’armée américaine. Cofer Black fait suivre l’événement de plusieurs déclarations assimilant les Blackwater aux "chevaliers de la Table Ronde", engagés dans un combat épique pour la défense de la chrétienté.

- en septembre 2007, Blackwater annonce qu’elle est sur les rangs pour des contrats dans la lutte anti-drogues en Amérique latine et à la frontière mexicaine, marchant ainsi sur les plates-bandes d’un de ses principaux concurrents, DynCorp. Le projet mexicain est abandonné début 2008 après la résistance des habitants de la petite ville où la société devait s’implanter. Le centre de Moyock, lui, forme quelques 25 000 personnels par an. Benazir Bhutto, avant d’être assassinée en décembre 2007 au cours de la campagne présidentielle pakistanaise, aurait sollicité les services de Blackwater pour sa protection. La firme développe aussi des matériels militaires comme le véhicule blindé "Grizzly", construit dans une entreprise installée... en Caroline du Nord, ou le drone Polar 400. La création de Total Intelligence Solutions privatise aussi un autre secteur, celui du renseignement. Washington dépense déjà 42 milliards de dollars pour l’embauche d’agents privés ; 70 % du budget de défense américain va au secteur privé. Total Intelligence Solutions est dirigée par des anciens de la CIA, à l’image de Black, qui mettent à profit leurs anciennes relations dans le cadre de leurs activités gouvernementales pour obtenir des renseignements et des contrats (Jordanie, par exemple). L’Irak est au coeur de la campagne présidentielle américaine de 2008, mais aucun des deux candidats démocrates, Barack Obama ou Hillary Clinton, malgré certaines déclarations de circonstance, n’a pu envisager de se séparer des sociétés privées assurant la protection des diplomates américaines dans la Zone Verte : Blackwater, Triple Canopy et DynCorp. Au-delà de ce constat, le plus inquiétant est sans doute l’expansion considérable de Blackwater vers des domaines jusque-là épargnés.


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86 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 11 août 2009 10:56

    Ce que nous avons tous le plus à craindre, c’est que l’implication actuelle de Blackwater et consorts ne préfigure l’avenir souhaité pour le New World Order.

    Ainsi, ces groupes de mercenaires, flexibles et ne rendant de comptes à personne, seront sans doute de plus en plus, employés par les multinationales pour protéger les matières premières, les voies de communication, les intérêts tout simplement, des sociétés privées.

    Plus besoin d’armées nationales, lorsqu’on aura aboli les nations. Des armées privées leur succèderont.


    • Cug Cug 11 août 2009 12:00

      Je ne crois pas.
      Ces compagnies de mercenaires anglo-saxons éxistent uniquement pour faire ce que l’US army et la force armée GB ne peuvent pas faire. Ils sont des suppléants pouvant agir hors la loi.
       Quand les forces armées régulières anglo-saxonne quittent un pays, eux aussi ne tardent pas, sinon ils seront éliminés rapidement et avec plaisir ... à moins qu’ils ne se déguisent en Irakien par exemple en Irak ou en taliban en Afghanistan pour gagner du temps afin de s’enfuir ...


    • non666 non666 11 août 2009 13:28

      Exactement Alpo47.
      Quand on aura une « gouvernance mondiale » non elue, il faudra bien qu’elle fasse appliquer ses decisions.
      Avec les armée « régulières » on cassera les gouvernement et l’infrastructure du pays qui refusera, comme en Irak, et avec les armées privées on recuperera les juteuses affaires :
      1) L’’escorte des entrepreprises vautour de premier rang, qui debarquent dans un pays pour « s’occuper » de ses ressources.
      2) les interrogatoires « à l’israelienne » avec viol des prisonniers que l’armée US avait refusé de pratiquer elle-meme ce qui a valu de confier tous les sous-sols d’Abuh Grahib a des « compagnies de renseignement privé »....
      Quand on part au combat en recrutant par avance, dans les journaux spécialisés sado maso des types a qui on promet des viols en toute impunité, il y a forcement premeditation....
      3) Le pillage organisé des musées, l’exfiltration des richesses archéologiques des pays visités qui augmenteront les richesses privées des commanditaires....
      4) La disparition des richesses accumulées (certes à la limite de la moralité et de la légalité des « anciens dictateurs ») au profit des commanditaires des « nouveaux envahisseurs », comme les millions de dollar de saddam Hussein qui « disparaissent » dans les camps US

      Vive le moyen age et les nouveaux capitaines mercenaires !


    • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 13:29

      Assez d’accord avec vous, votre propos complète cette fiche de lecture qui m’a pris du temps mais que j’ai voulu prendre exprès, car l’ouvrage était passionnant.

      Merci !


    • morice morice 11 août 2009 13:42

      Ces compagnies de mercenaires anglo-saxons éxistent uniquement pour faire ce que l’US army et la force armée GB ne peuvent pas faire. Ils sont des suppléants pouvant agir hors la loi.


      faux : elles s’entraînent à la contre-insurrection dans le pays !!!!

    • Loan 11 août 2009 14:19

      Pour s’enfuir je leur conseille la mobylette du mollah Omar, c’est la plus rapide du monde !


    • franck2010 11 août 2009 17:04

      Blackwater est la version améliorée des commandos de la mort. Les judéo-saxons enfoncent chaque jour davantage nos démocraties occidentales dans l’amoralité. Nous en paieront le prix fort, quand la bête immonde retournera ses dents pou déchirer ses propres entrailles *


    • JL JL 12 août 2009 08:00

      Entièrement d’accord avec non666, mais il faut préciser que cette expression : « gouvernance moondiale » est un miroir aux alouettes qui ne désigne rien d’autre que l’Empire. Et que cette expression cache une évidence redoutable : la Chine ne se pliera jamais aux volontés de cet empire américain.

      « L’expression ’communauté internationale’ est classiquement utilisée pour désigner Washington et tous ceux qui en viennent à s’aligner avec elle » (Chomsky)

      S’aligner avec Washington, c’est ce qu’Alain Badiou a désigné par « néo-pétainisme ».


    • Cug Cug 12 août 2009 13:19

      Morice ... aux USA la contre insurrection alors.


    • Gorg 12 août 2009 13:53

       En fait si on comprend bien, les mercenaires de Blackwater sont aux USA ce que les SS étaient aux nazis. L’impunité en plus...


    • appoline appoline 12 août 2009 19:58


      @ Non,

      Depuis déjà un moment le nain déplume notre armée ; par contre ce n’est apparemment pas le cas chez les casques bleus.

      De toutes façons, s’ils veulent mettre en place leur nouvel ordre mondial et ce rapidement, il leur faudra faire un sacré tour de force, j’espère qu’à ce moment là, les populations réagiront et les militaires aussi car ils seront bien loin de contribuer à la sécurité de leur nation.


    • Halman Halman 16 août 2009 19:34

      Et oui Apoline, et que croyez vous que deviennent tous ces gars dont le métier est là guerre une fois leurs contrats avec l’armée française arrivés à leurs 15 ans et non renouvelés ?

      Et oui, il faut bien qu’ils fassent bouillir la marmite et se font embaucher au plus généreux. Se retrouvant enrôlés dans des boites privées aux ordres elles aussi des client les plus généreux.

      Et dans la première guerre du Golf (mais aussi pendant la guerre froide et autres conflits internationaux) on trouve des soldats français face à face avec des instructeurs « irakiens » qui ne sont autres que leurs anciens collègues, copains de promos, voisins, supérieurs, etc.


    • Montagnais Montagnais 11 août 2009 13:24

      Excellent article.. Excellent travail de recherche.

      Vous écrivez : « Au-delà de ce constat, le plus inquiétant est sans doute l’expansion considérable de Blackwater vers des domaines jusque-là épargnés. »

      L’analyse d’Alpo47 peaufine votre diagnostic.. D’autant plus que, si les guerres se terminent, les soldats sont toujours là.. L’observation vaut aussi pour les soldats privés, surtout dans un contexte parfaitement mondialisé qui fait que ces soldats sont désormais innombrables, presque gratuits, en recherche permanente d’emploi pour échapper à la misère (en attendant qu’ils n’obéissent à plus personne et se fédèrent..). Un soldat ghanéen vaut 600 $ par mois, bien moins qu’un américain.

      La France (ou ce qu’il en reste) n’est pas en reste dans la course du « marché des armées privées ». Un exemple intéressant, quoi qu’à la marge du sujet, est www.ifs2i.com : partenariat avec les Septnatz.


      • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 13:32

        Merci pour votre lien et pour votre commentaire (assez d’accord également avec vous), je vais aller voir le site que vous m’indiquez.

        A bientôt !


      • Prêtresse Prêtresse 12 août 2009 20:20

        Vous ajouterez du thym, du laurier et du romarin.


      • Halman Halman 16 août 2009 19:52

        Oui Montagnais, ces gars qui se retrouvent à 35 ans à la « retraite », il faut bien qu’ils se trouvent un contrat quelque part, et vont donc forcement dans ces boites des mercenaires pourvu qu’ils soient bien payés.

        Les pilotes de chasse, que deviennent ils ?

        Embauchés à Air France à faire du cargo volant après avoir passé 15 ans à faire de la voltige en supersonique à 20 000 mètre ? Il y en a.

        Instructeurs dans des aéro club à piloter des coucous dont la vitesse max est inférieure à la vitesse de décollage d’un mach 2 ? Il y en a.

        Quelques uns se retrouvent pilotes dans des petites lignes privées à faire le taxi dans les iles tropicales ou ailleurs.

        Quelques très rares chanceux se retrouvent pilotes d’essais au CEV ou au CEAM ou chez Dassault.

        Et les autres ?

        Dans certains pays il leur faut bien des gens qualifiés pour piloter leurs Mirage F1. Il y en a qui deviennent spécialistes aussi bien du Mirage F1 que du MIG21 et du MIG29. Selon leurs oportunités d’embauches dans tel ou tel pays.


      • morice morice 11 août 2009 13:41

        EXCELLENT DOSSIER.. j’ai déjà signalé ici le problème à au moins 3 reprises :



        la chute annoncée d’Erik Prince pourrait être une action délibérée de l’’équipe d’Obama pour s’en prendre indirectement à Cheney et à Rumsfeld : en cas de procès, il est évident que Prince sera obligé de dévoiler des soutiens en haut lieu. C’est un moyen biaisé de régler ses comptes avec Cheney.

        PS : les anglais sont dans le même cas avec deux histoires de meurtres de contractants dans la presse en ce moment....




        quand à la gabegie...
        MoD figures show that since Dr Reid made that comment in August 2006, British service personnel in Afghanistan have fired a total of 12,282,300 shots.

        les détournements :

        • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 20:16

          Je viens de lire vos précédents articles, ils étaient très bien effet, notamment sur la place Nisour et l’implication des sociétés en Irak.

          A bientôt !


        • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 13:45

          Bonjour !

          Merci pour votre commentaire et pour tous ces liens, je vais aller lire tout ça et vos articles ici même, également...

          A bientôt !


          • Loan 11 août 2009 14:13

            Question sur un petit détail de l’article : qu’est ce qu’un catholique RECONVERTI ?


            • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 14:42

              Oh pardon, j’utilise parfois des raccourcis lors de l’écriture...

              Quand je dis « reconverti », c’est dans le sens « born again christian », autrement dit une personne qui après une profonde réflexion personnelle fait un certain choix de religion, et se considère comme « né chrétien une seconde fois » (comme un second baptême), en quelque sorte ; en l’occurence Prince et Bremer sont passés de l’évangélisme au catholicisme, alors que le terme born again s’applique plutôt pour un passage à l’évangélisme ou à d’autres formes de protestantisme.

              Voilà !


            • Alpo47 Alpo47 11 août 2009 15:21

              Popu,

              La plupart de vos analyses, que j’ai pu lire ces derniers jours, sont pertinentes, argumentées, et décryptent fort bien les phénomènes de société. Un point de vue enrichissant pour tous.
              Libre à vous de ne plus nous en faire bénéficier, je préfère toutefois penser que ce « testament » est rédigé sous l’influence que quelque liquide brun de fabrication locale.
              A user avec modération.
              Revenez nous vite, sitôt remis sur pied et vos neurones à nouveau opérationnels.


            • JL JL 11 août 2009 18:39

              @ Popu : je n’ai pas beaucoup lu vos interventions. Cependant je voudrais réagir à ce coup de gueule, parce que je suis d’accord avec vous : cet entre soi que vous dénoncez est détestable.

              Je ne sais si vous avez connu le forum du temps pas lointain où l’on pouvait moinsser les commentaires. Depuis que cela a été supprimé, personne n’attache plus beaucoup d’importance aux notes. Ce qui compte c’est la confrontation des points de vue. Il y en a une multiplicité, et pour être lu il faut être concis. Et quand on s’est fait connaitre, alors on peut se risquer à écrire plus de cinq lignes dans un post. C’est ainsi, il faut s’y faire.

              Cordialement.


            • Philou017 Philou017 11 août 2009 23:42

              Popu, d’accord avec vous. Cette course au commentaire est fatiguante. Mais il y a toujours des gens pour détourner le système.
              Je proposerais que seuls les commentaires de plus de 4 lignes puissent être votés.

              Sinon, vous caricaturez un peu. Il y a de tout sur agoravox, à vous d’y prendre ce qui vous intéresse.
              En tous cas, c’est un des rares sites à proposer des articles alternatifs sur pas mal de sujets, comme celui-ci. Et ca c’est précieux.


            • appoline appoline 12 août 2009 20:11

              @ Popu,

              Faites comme moi, laissez pisser tout simplement. N’attendez rien des autres, si vous ne recevez rien, vous ne serez pas déçu. Ecrivez ce que vous pensez, pas pour faire plaisir aux autres et courir après les + ou autres, l’égo est le pire ennemi dans ces cas là.


            • fonzibrain fonzibrain 11 août 2009 15:07

              les armées privées c’est fini,mainteant c’est les robots,ne croyez pas au films de sciences fiction c’est bien réel


              • fonzibrain fonzibrain 11 août 2009 15:46

                actias,tu rigoles j’espère



                EST un danger complet

                TU NE COMPREND PAS QUE C’EST DARWINIEN
                LE ROBOT DOIT TUER POUR SE NOURRIR ET SURVIVRE

                t’es un fou de pas comprendre,IL DOIT SE NOURRIR POUR VIVRE,C’EST PAS COMPLIQUÉ POURTANT.

                les robots seront laché en pleine nature et leur survie sera lié aux gens qu’ils tuent


                SERIEUX VOUS VIVEZ DANS DISNEYLAND,C’EST PAS CROYABLE

              • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 15:14

                Merci à vous.

                Un peu dérouté par le long commentaire posté un peu plus haut -et sur de nombreux billets apparemment- par un romancier « exilé » en Sibérie et qui semble bien amer...

                Je fais juste une fiche de lecture un peu fouillée, mais il ne semble pas avoir compris (complotiste, moi, c’est un comble -lol).


              • Garry KASPAROV 11 août 2009 16:54

                @ Actias

                Pourriez vous me donner le prénom complet de « O Wilson » s’il vous plait, que je puisse voir de plus près ses oeuvres et ses thèmes de prédilection ?


              • Garry KASPAROV 12 août 2009 12:53

                J’ai pris note Actias, merci.


              • fonzibrain fonzibrain 11 août 2009 16:03

                IL VOUS FAUDRA QUOI POUR QUE VOUS COMPRENNIEZ

                QUE CES ROBOTS VIENNENT VOUS BOUFFER

                et la vous direz,« putain fonzibrain avait raison »

                notre civilsation est en pleine mutation,c’est un véritable bond civilisationel dont nous allons être témoin.

                  • tylhdar tylhdar 12 août 2009 11:23

                    Marche pas ton lien.


                  • Garry KASPAROV 11 août 2009 17:45

                    Remarquable article, long, dense et très construit

                    La montée en puissance des armées privées serait un signal catastrophique mais ne ferait que confirmer la déliquescence d’états occidentaux en voie accélérée de privatisation et de personnalisation du pouvoir.

                    Le monopole étatique des fonctions militaires furt un des aspects majeurs de la construction de l’Etat moderne en Occident. C’est une des raisons majeures de la disparition des ordres de moines-soldats tels que les Templiers. Le recours à des mercenaires est-il un signe irréversible de disparition des Etats ? Pas systématiquement, car les précédents historiques où mercenaires et armées régulières sont associées sont innombrables : Romains, Byzantins, armées médiévales et de l’époque moderne...

                    Blackwater semble très liée au pouvoir républicain des années 2000 et au processus plus général de durcissement de la diplomatie américaine (dont on ne sait pas si Obama sortira).

                    Cela tendrait à voir ce fléau qu’est la société Blackwater plus comme un symptôme du mal que comme une ce ses causes. Cette société serait le symbole d’une époque d’enlisement militaire et d’éparpillement des théâtres d’opération, ce qui a rendu nécesaire le recours à des sortes de militaires intérimaires.

                    Le pouvoir que peut prendre ce type d’armée est très variable selon le contexte. Dans le cas américain, il semble que la puissance de frappe des armées privées reste bien moindre que celle des armées régulières, que ce soit par la puissance de feu ou l’accès aux technologies les plus pointues (avions et satellites espions, aéronefs dernier cri...). De plus, les dirgeants de ces sociétés font partie intégrante du système de gouvernement oligarchique de ce pays (comme les autres pays occidentaux). Il ne me parait pas judicieux dans l’immédiat d’exagérer la menace que ces armées feraient peser en Occident même, du moins à court terme.

                    Il en irait tout autrement en cas d’affaiblissement excessif des armées gouvernementales au profit de ce genre de troupes, qui ne répondraient qu’à des ordres de commanditaires, mais quelles raisons y aurait-il de craindre un tel processus ?

                    Pour conclure, je vois Blackwater comme une illustration de l’évolution des états occidentaux. Le pouvoir est de moins en moins exercé par des institutions et de plus en plus par des individus. Il me semble que dans la cohabitation de la fonction et de la personne chez les dirigeants, la seconde prenne de l’importance au profit de la première, alors que l’Etat occidental moderne s’est construit justement par le processus inverse (voir Ernst Kantorowicz). Dans ce processus, il devient normal de confier des tâches régaliennes à des structures externes, puisque ce si ce sont des individus qui détiennent le pouvoir et non des incarnations d’une fonction qui les dépasse ( c’est à dire cette construction idéologique transcendante et perpétuelle qu’est l’Etat), il devient logique d’utiliser des armées privées qui n’ont de comptes à rendre qu’aux détenteurs du pouvoir, et non à la collectivité.

                    Ces quelques réflexions ne sont évidemment pas une quelconque critique de votre travail, mais ne font que montrer l’abondance des pistes de réflexion qu’ils suscite en moi, et qui continueront à se frayer un chemin dans ma tête.


                    • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 18:40

                      Intéressante analyse qui vient en effet exploiter cette fiche de lecture que j’ai faite.

                      Je ne crois pas pour ma part à la disparition progressive des Etats, en revanche je suis d’accord sur l’idée que Blackwater est plus un symptôme du phénomène que sa cause à proprement parler.

                      Si effectivement les dirigeants de Blackwater sont très intégrés à la structure politique américaine (camp républicain + organes de sécurité gouvernementaux + lobbies religieux), je suis déjà plus inquiet sur l’extension progressive de la société sur le plan matériel (fabrication d’engins blindés, de drones, montrant une progression rampante vers un armement lourd -question aussi sur la division aviation, qui pourrait acquérir des appareils de combat en plus des hélicoptères légers déjà acquis).

                      Je trouve intéressante également ce jeu de balancier entre les deux facettes du pouvoir (la fonction et l’individu), qui sonne assez juste ; cependant, ce qui est inquiétant avec Blackwater, c’est surtout que l’entreprise se trouve « off limits » en matière de poursuites ; il y a bien longtemps qu’elle aurait dû répondre de ses fusillades répétées contre des civils irakiens, or on l’a toujours protégée au nom de son implication dans le dispositif militaire américain.

                      Je relativise donc la « menace » constituée par Blackwater, mais il y a quand même certaines tendances qui sont inquiétantes (intouchable sur le plan juridique, montée en puissance dans l’armement et les effectifs, idéologie véhiculée assez nauséabonde avec un fondamentalisme religieux sans aucun scrupule pour arriver à ses fins).

                      Merci pour votre commentaire en tout cas.


                      • Marc Bruxman 11 août 2009 19:25


                        "Je ne crois pas pour ma part à la disparition progressive des Etats, en revanche je suis d’accord sur l’idée que Blackwater est plus un symptôme du phénomène que sa cause à proprement parler."

                        Il est clair que même si les états actuels venaient à disparaitre, d’autres se reconstitueraient. L’anarchie compléte n’est pas un système politique stable. Il y a toujours eu des états dans l’histoire même si ils ont eu des formes très différentes.

                        Ce qui est par contre de plus en plus clair c’est que l’état de la société industriel qui détient à la fois le monopole de la pensée et celui de la violence, et qui contrôle un pourcentage très important des économies via ses services publics va être amené à disparaitre.

                        Or, nous sommes dans certains pays passé de l’ére féodale à l’ére industrielle sans grandes disruptions. L’état s’est adapté. Dans d’autres comme la France, il y a une énorme disruption à savoir la révolution. Après cette révolution un état s’est reconstruit tant bien que mal. Nous en sommes les enfants.

                        Tous les exemples historiques ont montré qu’une évolution est TOUJOURS préférable à une révolution. Ce qui est triste dans la société actuelle c’est que la transition par l’évolution parait de plus en plus difficile. Or, conserver un état fonctionnel est très important pour la société et encore plus pour nos sociétés avancées.

                        Les privatisations de services publics vont dans le bon sens par exemple, mais il y a encore de nombreux exemples qui font que nos états ne semblent pas avoir pris la mesure qu’il faut s’adapter au nouvel ordre des choses.

                        J’espère juste qu’ils parviendront à le faire sans heurts et sans violence ce qui sera mieux pour tout le monde...


                      • Garry KASPAROV 11 août 2009 19:25

                        Si la logique de l’alourdissement de leur arsenal se poursuit et si des interventions comme celles de 2005 à la Nouvelle-Orléans se multiplient, je suis entièrement d’accord pour dire qu’il commencerait à y avoir une vraie menace pour les libertés individuelles et la démocratie, aussi imparfaite soit-elle actuellement.

                        On se trouverait avec des forces puissantes aux mains des plus offrants, ce que ne sont pas les armées de métier occidentales, qui n’interviennent plus depuis longtemps dans la vie politique interne.

                        A l’heure actuelle, nous vivons dans des régimes dirigés par des oligarchies fermées, mais qui ne sont en place que parce que la population se désintéresse de la chose publique et est tacitement d’accord pour leur laisser le pouvoir. Si des armées privées très puissantes se développent au sein même des Etats occidentaux, la situation deviendrait potentiellement bien plus périlleuse en effet, sans faire dans le catastrophisme. Une volonté de retour en arrière serait peut-être plus difficile.


                      • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 11 août 2009 19:39

                        Tout à fait d’accord avec ces dernières analyses, notamment la passivité de l’essentiel de la population par rapport à la confiscation du pouvoir du fait d’une « oligarchie fermée ».

                        C’est bien à mon sens le principal danger posé par des sociétés comme Blackwater, de finir par porter atteinte aux libertés et à appuyer des régimes ou des intérêts assez étriqués -tout ça me fait penser aux fameux films New York 1997 et surtout Los Angeles 2013 de John Carpenter, qui dès 1996, dans ce long-métrage « no future », annonçait déjà les dévoiements possibles d’un président américain ressemblant étrangemment à G.W. Bush.


                      • morice morice 12 août 2009 10:43

                        méfiez-vous des inscrits récents aux noms d’individus existants : ce sont des trolls qui veulent amener le forum ailleurs ....

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