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Cambodge : un procès à responsabilité limitée

 

Depuis début février, les premières audiences publiques du procès à caractère international, avec mixité entre les juges cambodgiens et ceux issus de la communauté internationale, se sont ouvertes à Phnom-Penh afin de juger les quelques anciens dirigeants khmers rouges encore de ce monde. L’affaire est d’importance puisqu’il s’agit de clore par cette phase judiciaire la période sans aucun doute la plus sombre de l’histoire du Cambodge qui vit ce peuple en partie détruit par l’âme génocidaire de ses dirigeants. 2 millions de morts, plus ou moins selon les historiens, l’holocauste le plus massif depuis la shoah alors que l’humanité vibrante encore d’émotion après la seconde guerre mondiale s’était jurée : “plus jamais ça !”

Un procès à voilure étroite

Cela fait maintenant une trentaine d’années que les crânes poussiéreux visités par les touristes en quête d’émotion à Phnom-Penh au lycée Toeul Sleng devenu centre de détention S-21, sous la férule de M. Kang Kek Ieu, alias « Douch », puis musée des horreurs attendent que justice soit rendue à leurs anciens propriétaires, tués après des jours de torture et d’absolue détresse. Depuis ces temps dissous dans le sang des victimes, notre monde a connu d’autres génocides et sur d’autres terres, le Rwanda en figure de proue et la mémoire de l’immolation des cambodgiens dans l’indifférence générale si ce n’est la complicité, il est vrai que le droit d’ingérence humanitaire n’avait pas encore été inventé, n’intéresse plus grand monde. Une couverture médiatique très moyenne, l’absolue ignorance de la jeunesse cambodgienne et un intérêt mitigé pour le reste de la population saisie par les difficultés de la vie et souvent prise en étau par un État qui est loin d’être de droit, les audiences vont se poursuivre durant de longs mois sans grande surprise puisqu’il est quasiment certain que les prévenus, qu’ils reconnaissent leur culpabilité comme Douch ou qu’ils se cachent, ainsi Khieu Samphan, ancien Chef d’Etat et Ieng Sary ministre de Pol Pot, sous les plis de la défense habituelle des dirigeants mandants de crime de masse : ils ne savaient pas, c’est la faute du chef suprême ou des subordonnés, seront tous reconnus coupables et condamnés à la détention perpétuelle, soit à quelques années de prison eu égard leur grand âge.

Encore de la place sur le banc des accusés…

Si de nombreux chercheurs et des récits de rescapés ont montré ce que furent de avril 1975 à janvier 1979 les mécanismes de la nouvelle société promue et violemment mise en œuvre par les dirigeants de l’Angkar, « l’organisation » selon la traduction française : collectivisation et travaux forcés, abolition de la monnaie, des écoles, des universités, du commerce et de l’industrie, séparation des familles et évidement des villes au profit des campagnes, le tout enrobé d’un climat de suspicion généralisée et d’une théorisation fumeuse entre peuple nouveau et peuple ancien, les uns étant de nature supérieure aux autres qu’il convenait de rééduquer ou d’exterminer, les mauvais génies qui se penchèrent sur le berceau du mouvement des khmers rouges semblent exclus de la compétition en terme de responsabilité. Ils sont pourtant nombreux :

- Les Etats Unis bien entendu, sous la férule de Nixon et de Kissinger qui, faisant du Cambodge une base arrière pour leur guerre au Vietnam, sans jamais hésiter à déverser des pluies de bombes dans les campagnes sous prétexte d’infiltration des Vietnamiens, désespérant un peu plus les paysans khmers et les jetant ainsi dans les rangs des maquis khmers rouges,

- Le prince Sihanouk en ordonnateur du destin de son peuple par sa politique pompeuse, zigzagante et répressive provoquant la prise de pouvoir des républicains le 18 mars 1970 menés par le Maréchal Lon Nol,

- Les pays de la zone, tel que la Thaïlande qui ne cessa ses interventions depuis le début des années cinquante pour déstabiliser son voisin, mais aussi le Nord Vietnam qui anima les premiers bataillons khmers rouges mais bon celui-ci avait l’excuse de mener seul une terrible guerre d’occupation contre les troupes US.

Les choses en matière de justice internationale étant bien faites et arrangeantes, ce procès n’a été organisé que pour les crimes commis au Cambodge entre le 17 avril 1975, date de la prise de Phnom-Penh par les soldats Khmers rouges et le 6 janvier 1979 lorsque ils furent chassés du pouvoir par l’invasion tout de même libératrice des Vietnamiens, quelques soient leurs arrière-pensées ! Tout ce qui fut commis avant et après, tels que les appuis des Etats-Unis, de l’Europe menée par le Royaume-Uni, de Singapour, de la Chine aux Khmers rouges réfugiés dans la région frontalière avec la Thaïlande afin de les réarmer, rien de cela ne sera jamais jugé…

Aujourd’hui les millions de morts de Kampuchéa démocratique dont l’adjectif indique seulement l’égalité d’asservissement entre tous, ceux d’avant et d’après se sont fondus dans la terre cambodgienne et donnent le terreau de son avenir. Ce sera sans doute l’unique vertu de ce procès de leur rendre un dernier hommage même si le banc des accusés va leur sembler bien vide.

Et la France ?

Elle fut comme les autres pays témoin engagé et acteur aveugle. On peut se rappeler du discours du Général de Gaulle à Phnom-Penh en 1966 lorsque tout était encore possible pour ce pays, faisant alors figure de petite « Suisse » d’un Sud-est asiatique encore embrumé par le sous-développement et des guerres incessantes. Il appela au respect de son indépendance mais ne fut pas écouté. Puis il y eut le départ du pouvoir de Sihanouk, son ralliement à ses anciens ennemis Khmers rouges et son refuge trouvé à Pékin. La république qui lui succéda, cancérisée par la corruption et l’allégeance aux Américains n’eut malheureusement très vite aucune légitimité, malgré des éléments sains dans les nouvelles générations de l’époque, parmi les jeunes intellectuels et certains politiciens qui n’en pouvaient plus du régime princier et y crurent un moment. Le choix fut alors par défaut et la France de Pompidou puis celle de Giscard soutint le Prince, allié des Khmers rouges, qui recouvrit ainsi un peu de son éclat. Ce fut ainsi jusqu’à la prise de Phnom-Penh en avril 1975 et la nuit d’effroi plombant le pays durant quatre ans.

Des morts oubliés et de trop…

Il y a de vraies victimes et d’autres que l’on cache. C’est l’affaire des vivants que nous sommes d’en faire l’inventaire et le tri, leur offrant pour seule épitaphe leur souvenir dans nos mémoires. Dans cette tragédie, il faut alors ne pas oublier celles qui furent sans aucun doute les premières à être sacrifiées juste après la prise de Phnom-Penh mais occultées du fait d’une certaine raison d’Etat.

Nous sommes en avril 1975 et la ville s’apprête à accueillir le bataillon khmer rouge qui l’assiège depuis plus d’un mois. La totalité des ambassades occidentales ont déjà fermé leurs portes, sauf celle de la France, avec la seul présence d’un vice-consul Jean Dyrac qui accueille les derniers étrangers encore présents et des cambodgiens ayant plus ou moins la double nationalité désirant quitter leur pays. C’est alors une véritable foire d’empoigne que décriront le livre et le film « La déchirure », mélange bigarré dans les jardins de l’ambassade, devant faire face à un véritable siège et attendant leur évacuation selon le bon vouloir du commandant khmer rouge nommé Nhem qui a fait encercler le bâtiment.

Le 17 avril, l’ancien président de l’assemblée na Ung Boun-Hor arrive à se faufiler afin de demander l’asile politique de la France pour aller retrouver sa jeune femme et ses enfants déjà réfugiés à Paris. D’autres responsables politiques républicains feront la même démarche.

Dès son arrivée, le vice-consul l’installe et demande des consignes au Quai d’Orsay. La réponse tombe dans l’après-midi : ” Le fait que le droit d’asile ne soit pas reconnu en droit international et le caractère particulier de votre mission, ne nous permettent pas de donner satisfaction aux demandes du Prince Sirik Matak et de M. Um Bum Hor, ou de toute autre personne qui se présenterait à l’ambassade dans les mêmes conditions. Vous ferez savoir aux intéressés que nous ne sommes pas en mesure d’assurer la protection qu’ils attendent. “*

Le vice-consul insistera ainsi qu’en atteste son télégramme diplomatique n°595 envoyé le 18 avril 1975 à 15h18 :

” Objet : asile politique. Suite ultimatum de la délégation du comité de la ville, je me trouve dans l’obligation, afin d’assurer la sauvegarde de nos compatriotes, de faire figurer sur la liste des personnes présentes dans l’ambassade :

1-le Prince Sirik Matak et deux de ses officiers 2-La princesse Mom Manivong (3e épouse du prince Sihanouk). 3-M. Ung Bun Hor, président de l’Assemblée nationale.
4- M. Loeung Nal, ministre de la Santé. Sauf ordre express et immédiat du département m’enjoignant d’accorder l’asile politique, je devrai dans un délai qui ne pourra excéder 24 heures livrer le nom de ces personnalités. Répondre par télégramme clair : -oui, si je dois les livrer.

- non, si je dois m’abstenir.”

Les gendarmes français les livreront manu militari aux officiers khmers rouges et ceux-ci seront sous toute vraisemblance exécuter dans les heures qui suivirent.

Si le gouvernement français de l’époque dirigé par Jacques Chirac avait décidé que l’on ne transige pas avec le droit d’asile, bien des moyens, diplomatiques et militaires étaient à sa disposition pour protéger leur vie et assurer leur sécurité mais il fallait donner encore des gages aux nouvelles autorités et à Norodom Sihanouk.

Aujourd’hui, sans le courage et la détermination de sa veuve, Mme Billon Ung Boun-Hor qui a déposé plainte devant le tribunal de Créteil, il y a huit ans, avec l’aide des avocats de la ligue des droits de l’homme, procédure judiciaire semée d’embûches puisqu’elle met en cause les plus hautes autorités françaises de l’époque, ces cambodgiens doublement victimes de la raison d’Etat et de la haine des khmers rouges auraient laissé peu de trace dans cette tragédie, sauf peut-être pour ceux qui se partagèrent argent et bijoux, ainsi les 300.000 dollars que son mari détenait lorsqu’il demanda la protection de la France.

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Cambodge : un procès à responsabilité limitée

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14 réactions à cet article    


  • Orenoque 4 mars 2009 12:53

    Mais où sont les complices des Khmers rouges ?

    Au moment où le premier procès d’un ancien responsable khmer rouge s’ouvre, un spécialiste de la question s’interroge sur l’absence de certains dirigeants occidentaux, qui ont pourtant soutenu le régime de Pol Pot.

     
    Dans l’hôtel où je logeais, à Phnom Penh, les femmes et les enfants étaient assis d’un côté de la salle et les hommes de l’autre, respectant l’étiquette. Ce soir-là, la fête battait son plein et l’ambiance était bon enfant. Mais, soudain, les gens se sont dirigés vers les fenêtres, en pleurs. Le DJ venait de lancer une chanson de Sin Sisamouth, un chanteur adulé qui avait été forcé, sous le régime de Pol Pot, de creuser sa propre tombe et de chanter l’hymne khmer rouge avant d’être battu à mort [la rumeur dit que ses tortionnaires lui auraient arraché la langue]. J’ai été témoin de nombreuses "piqûres de rappel" de la sorte. Un jour, dans le village de Neak Leung [sur le Mékong, au sud-est de la capitale], j’ai traversé un champ de cratères de bombes au côté d’un homme éperdu de douleur. Toute sa famille, treize personnes au total, avait été pulvérisée par les bombes d’un B-52 américain. C’était en 1973, deux ans avant l’accession de Pol Pot au pouvoir. Selon les estimations, plus de 600 000 Cambodgiens ont péri de cette façon.

    Le problème, avec le procès – soutenu par l’ONU – contre les anciens chefs khmers rouges qui s’est ouvert à Phnom Penh, c’est que seuls les assassins de Sin Sisamouth y seront jugés, et pas ceux de la famille de l’homme de Neak Leung, ni leurs complices. L’holocauste cambodgien comporte trois phases. Le génocide commis par Pol Pot est l’une d’elles, mais c’est la seule à avoir une place dans la mémoire officielle. Pol Pot n’aurait sans doute jamais réussi à prendre le pouvoir si le président Richard Nixon et son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, n’avaient déclenché une offensive au Cambodge, alors un pays neutre. En 1973, les B52 ont largué davantage de bombes sur le centre du Cambodge [où passait une partie de la piste Hô Chi Minh utilisée par le Vietcong pour ravitailler ses troupes dans le Sud-Vietnam] que sur le Japon pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Certains dossiers prouvent que la CIA mesurait parfaitement les conséquences politiques de ces bombardements. "Les dégâts causés par les raids des B52 sont au centre de la propagande [des Khmers rouges]", signalait le chef des opérations le 2 mai 1973. "Cette stratégie a permis de recruter un grand nombre de jeunes gens [et] a été efficace auprès des réfugiés [obligés de fuir les campagnes]." Avant les bombardements, les Khmers rouges n’étaient qu’un groupuscule maoïste privé de base populaire. Les bombes ont agi comme un catalyseur. Ce que Nixon et Kissinger avaient commencé, Pol Pot l’a terminé. Kissinger ne prendra pas place sur le banc des accusés à Phnom Penh, car il est occupé à conseiller le président Obama en stratégie géopolitique.

    Margaret Thatcher ne sera pas là non plus, ni ses ministres et hauts fonctionnaires aujourd’hui à la retraite qui, en soutenant secrètement les Khmers rouges après avoir été chassés par les Vietnamiens, ont pris directement part à la troisième phase de l’holocauste cambodgien. En 1979, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont imposé un embargo dévastateur à un Cambodge moribond parce que son libérateur, le Vietnam, n’était pas dans le bon camp pendant la guerre froide. Peu de campagnes orchestrées par le ministère des Affaires étrangères britannique ont atteint ce degré de cynisme ou de violence. Les Britanniques exigèrent que feu le régime du Kampuchea démocratique conserve le "droit" de représenter ses victimes aux Nations unies. Ils joignirent par la suite leur vote à celui des représentants de Pol Pot lors des réunions des agences onusiennes, dont l’Organisation mondiale de la santé, l’empêchant ainsi d’intervenir au Cambodge. Pour déguiser ce crime, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Chine, principal allié de Pol Pot, inventèrent une coalition "non communiste" en exil qui, en réalité, était dominée par les Khmers rouges. En Thaïlande, la CIA et la Defence Intelligence Agency entretenaient des liens étroits avec le mouvement khmer rouge. En 1983, le gouvernement Thatcher envoya les SAS, ses forces spéciales, former la "coalition" aux technologies des mines terrestres, dans un pays plus infesté par ces "tueurs aveugles" que n’importe quel autre à l’exception de l’Afghanistan. "Je confirme", écrivit néanmoins Margaret Thatcher au leader de l’opposition, Neil Kinnock, "que le gouvernement britannique n’est impliqué en aucune façon dans l’entraînement, l’équipement ou une coopération quelconque avec les forces khmères rouges ou leurs alliés." Un mensonge éhonté. En 1991, le gouvernement Major a été forcé de reconnaître devant le Parlement que les SAS avaient secrètement entraîné la "coalition".

    A moins que la justice internationale ne soit une comédie, ceux qui se sont rangés du côté des criminels devraient être appelés à comparaître devant le tribunal de Phnom Penh. Leurs noms devraient pour le moins être inscrits sur une liste de la honte et du déshonneur.

    John Pilger
    Phnom Penh Post

    http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=94907
     


    • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 13:07

      Pas un mot de la Chine dans cette article. Des responsabilites a gogo, surtout contre ceux qui ont le tort de ne pas avoir declenche un guerre contre les KR ou contre ceux qui ont declenche une guerre contre les KR. Mais pas un mot sur les allies des KR, la Chine. Si , un mot pour la Chine, le rearmement des KR en thailande... Mais bon il y a un certain desequilibre.., Oui Certes les americains pour avoir bomobarde le Cambodge et avoir de clenche un amok chez les KR, ou certes sihanouk qui a eu le tord de ne pas etre un homme fort et repressif (sic). Quand au faux proces contre l ambassade de France a Phom Penh en avril 1975, qui essaya au mieux de gerer la situation envers tous les ressortissants etrangers et un grand nombre de ressortissants cambodgiens, alors que toutes les autres ambassades non pro-KR etait fermes et controlles par les KR, c est un proces odieux.


      • Jean Philippe Demont-Pierot Jean Philippe Demont-Pierot 4 mars 2009 15:05

        Je me permets de répondre brièvement à ce commentaire :

        - Sihanouk au pouvoir avant d’être déposé par les républicains pratiquait une politique très répressive, avec un certain nombre d’assassinats politiques, ce qui d’ailleurs a poussé de nombreux cambodgiens dans les rangs de l’insurrection khmère rouge mais aussi des républicains.

        - Il n’y a pas un procès de l’ambassade de France mais du gouvernement français de l’époque. Cela ne semble pas odieux aux yeux de magistrats français qui ont instruit une plainte au pénal à ce sujet, confirmée le mois dernier par la cour de cassation (voir le communiqué de la ligue des droits de l’homme à ce sujet)


      • labdexter 4 mars 2009 16:03

        Vous devriez lire l’article interessant sur l’implication de la Chine dans le procès des KR tiré du journal question chine :
        http://www.ackf.fr/phpbb3/viewtopic.php?f=1&t=1259&start=10


      • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:01

        A l auteur.

        J ai jamais dit que Sihanouk etait un tendre, toute la famille regnante en cette periode s est conduit de facon irresponsable.


      • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:06

        Neanmoins, Sihanouk s est fait renverse par plus irresponsable que lui. Les KR etait un groupuscule avant le bombardement massif des americains.


      • jacques jacques 4 mars 2009 17:02

        Dans la même période en indonésie ,Suharto faisait massacrer sa population avec l’assentiment général, faites une recherche sur google "hommage suharto".Il y a les morts que l’on compte et les autres.A quoi sert ,aujourd’hui,d’agiter le spectre de la SHOAH ,on comprend bien que demain les même massacres se feront dans l’indifférence générale.


        • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:31

          La shoah est une rigolade comparee aux massacres suivants et futures. Toujours plus grands, toujours plus haut, toujours plus fort... Et la shoah est une rigolade par rapport au massacres precedent (invasion de la chine par les mongols au XII siecles, 30 millions de morts massacrees ne l oublions pas, des montagnes de cranes. Au turkmenistan, les mongols firent un chateau entier avec les corps entasses vivant de leurs ennemis. Sans compter les centaines de peuples elimines dans le monde pendant les guerres de conquetes

          Mais la shoah est un symbole, mais surement point un point culminant. C est le symbole du massacre adminstre et planifie. C est l aspect machine et deshumanisant qui est ici symbolique. Pas le nombre de mort. Et c est surtout le debut du droit international


        • Surya Surya 4 mars 2009 17:23

          Merci d’avoir parlé notamment de l’expulsion des Cambodgiens de l’Ambassade de France. Je trouve ça moi aussi honteux d’avoir fait ça, d’envoyer sciemment des gens à la mort.


          - Le prince Sihanouk en ordonnateur du destin de son peuple par sa politique pompeuse, zigzagante et répressive provoquant la prise de pouvoir des républicains le 18 mars 1970 menés par le Maréchal Lon Nol,

          ...le maréchal Lon Nol... et Sirik Matak, le cousin de Norodom Sihanouk, qui voulait monter sur le trône mais les Français, c’était pendant la colonisation, ont désigné Sihanouk à sa place en 1941. Sirik Matak a ensuite directement aidé Lon Nol à destituer Norodom Sihanouk et prendre le pouvoir. Je me demande s’il pouvait s’en sortir après ça, et ne pas se faire expulser de l’ambassade, si vous dites que la France cherchait à donner des gages...

          Je me pose parfois la question de savoir si, en remontant plus loin encore en arrière, si les KR seraient arrivés au pouvoir si la France n’avait pas colonisé la région.

          S’il est vrai que le Cambodge avait au départ sollicité l’aide de la France pour rétablir la paix au 19è siècle contre ses voisins, et qu’elle a eu le statut de protectorat plus que celui de colonie, la France a complètement déstabilisé la région, notamment avec la création de "L’Union Indochinoise" qui faisait l’amalgame entre les différents peuples, et s’est très mal comportée. Le régime colonial a été très dur, comme en témoigne le livre d’Andrée Violis, qui décrit notamment le sort réservé aux employés des plantations d’hévéas qui posaient problème :

          Les employés des plantations étaient attachés "à des tronc d’arbres, des piloris, où ils restent tout le jour à jeun après avoir fait connaissance des rotins, des cadouilles qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses."
          L’auteur ajoute que s’ils avaient la chance de revoir un jour leur famille ou regagner leur village  : "ce sont de véritables épaves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir, mais auparavant, ils sèment autour d’eux des germes de maladies, de révolte, de haine... C’est comme ça qu’on prépare les révolutions."...
          Andrée Violis, Indochine SOS, Les Editeurs Français Réunis, 1949.


          Au début du 20è siècle, seuls les communistes, il me semble, s’élevaient contre la colonisation, et ils ont d’ailleurs organisé une contre exposition durant l’expo coloniale de Paris en 1931 intitulée "La vérité sur les colonies", qui n’a pas eu du tout de succès auprès du public...

          Petit à petit, depuis le début du 20è siècle, l’intelligentia cambodgienne se rapprocha donc du Marxisme, et les étudiants cambodgiens du Paris de la fin des années 40 nommés Saloth Sar (=Pol Pot), Ieng Sary et Khieu Samphan, ces intellectuels qui ont ensuite fait interdire le savoir et l’instruction, appartenaient au début à de petits cercles marxistes anti colonialistes et militaient à Paris pour l’indépendance du Cambodge.

          Comment la colonisation aurait-elle pu ne jamais avoir de conséquences sur l’avenir de la région ?

          Il y aurait en effet beaucoup de monde à juger dans ce procès, si c’était possible.


          • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:00

            "Je trouve ça moi aussi honteux d’avoir fait ça, d’envoyer sciemment des gens à la mort"

            Au risque de paraitre monstrueux, pas moi. Les gens qui ont ete envoye a la mort etait des membres de l ancien gouvernement, et les exfiltrer aurait eu pour consequence l attaque de l ambassade de France par les KR, et donc la mort de plein d autre. Ces gens etait condamnes. Surtout que ce gouvernement colloborait avec les americains, qui ont tout de meme tuee je crois 600 000 civils (corrigez moi si je me trompe) avec leurs bombes. La colere des cambodgiens ruraux et des KR etait justifiee. Si jamais un gouvernement francais tuait autant de monde en proportion et qu une guerilla mettait fin a ce gouvrenement, en effet je verrais d un assez mauvais oeil que par exemple des americains les exfiltrent.

            Le crime des KR est apres avril 1975, pas avant 1975.

            Quand a faire de l hitsoire fiction en disant et si il y a avit pas eu colonisation alors pas de KR, c est du sophisme. Dans ce cas la on pourrait dire si il n y avait pas eu Waterloo, alors pas de colonisation ??

            Ensuite ton manifeste, ecrit par des communistes en 1949, il n a aucune credibilite, car ecrit par des communistes de 49, dont Pol Pot faisait parti


          • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:09

            Et je trouve ahurissant que dans cette article, rien n est dit des responsabilite de la Chine Maoiste, qui soutenait reellement les KR.


            • faxtronic faxtronic 4 mars 2009 18:23

              Mais bon.

              Les responsables du genocides de 3 000 000 de cambodgiens sont les responsables de l Angkar, et pas d autre. Quand aux differentes vissicitudes de l histoire, qui a fait quoi et pourquoi et quel consequences cela a eut, c est a l histoire de demeler les fils, pas a la justice. Cra ce qui est interdit, c est le genocide et les crimes de guerre, le reste n l est pas.

              La guerre est legale, les luttes d influences sont leguaux, les executions politiques aussi du point de vue droit internationale. Le genocide ne l est pas. Les crimes de Guerre comme les massacres en Bosnie ne le sont pas.


              • labdexter 19 mars 2009 16:50

                Pékin entretenait des relations étroites avec le régime de Pol Pot. Le pays, qui reste un donateur et investisseur très important au Cambodge, n’a pas contribué financièrement à la création du tribunal spécial chargé de juger les anciens dirigeants khmers rouges pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il n’a toutefois rien fait non plus pour empêcher la tenue des procès.

                "Le procès des anciens dirigeants du Kampuchéa démocratique est une affaire interne au Cambodge", a déclaré Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.. "Nous espérons que la société internationale respectera les choix du gouvernement et du peuple cambodgiens."

                D’après Reuters sur http://www.ackf.fr/phpbb3/viewtopic.php?f=1&t=1259&start=10


              • Phil279 5 mars 2009 22:55

                c’est vrai qu’il faudrait parler de TOUTES les responsabilités :

                Domenico Losurdo    
                Pourquoi ne parle-t-on jamais des crimes de Nixon contre le Cambodge ? Un demi-million, au moins, de victimes, une terreur sans nom, un pays volontairement désorganisé et plongé dans le chaos. Parce qu’alors, on devrait répondre à cette question embarrassante : y a-t-il un lien entre le premier acte de la tragédie cambodgienne et les suivants ?
                 
                Les crimes de Pol Pot sont semblables à ceux pratiqués par le Troisième Reich à Auschwitz, et communisme et nazisme sont les deux faces de l’horreur du 20ème siècle : ces déclarations de Walter Veltroni (maire de Rome et président du tout « nouveau » Partito Democratico, ndt) ne pouvaient pas ne pas susciter les applaudissements de la « grande » presse d’information. L’idéologie dominante est aujourd’hui plus que jamais affairée à traiter comme des assassins purs et simples, voire comme des assassins de masse, les grandes personnalités du mouvement communiste, qu’il s’agisse de Lénine, Staline, Mao Tsé Tong ou Tito. Et, naturellement, de Pol Pot. Et c’est sur ce dernier justement (explicitement cité par le secrétaire tant acclamé du Partito Democratico) que j’entends m’arrêter, non pas certes pour le réhabiliter, mais pour mettre en relief le caractère farcesque des procès qui caractérisent, idéalement, le Nuremberg anticommuniste qui a cours de nos jours. Pour ce faire, je me servirai presque exclusivement de la monographie écrite par un journaliste qui a travaillé pour le Times, l’ Economist et la BBC.

                Commençons donc par nous poser une question : quand et comment a débuté la tragédie qui a culminé dans l’horreur du régime de Pol Pot ? Voici une première réponse :
                « Aux débuts des années 70, le président Richard Nixon et son conseiller Henry Kissinger ordonnèrent de lancer sur les zones rurales du Cambodge plus de bombes qu’il n’en fut lancé sur le Japon pendant la deuxième guerre mondiale, tuant au moins 750.000 paysans cambodgiens » (Johnson 2001, p.31).

                Le calcul du livre auquel j’ai fait référence est plus prudent : les victime se monteraient à « un demi million ». Il reste certain cependant que « les bombes tombèrent en masse et surtout sur la population civile », qui en sortit décimée, avec des survivants horriblement marqués dans leur corps et en tout cas traumatisés par l’expérience quotidienne des bombardements terroristes ; et par la fuite des campagnes (réduites à un « paysage lunaire ») vers les villes restées aux mains des troupes gouvernementales et donc épargnées de cet enfer. Mais, ces villes, toujours en proie au chaos à la suite de l’afflux croissant de réfugiés, contraints à mener « une existence précaire aux limites de la mort de faim » ; à la fin de la guerre, dans la seule capitale, il y avait deux millions de cambodgiens déracinés par la guerre et amassés dans des « taudis » et « bidonvilles », les malades et blessés hospitalisés mais « avec peu d’espoir de survie » (Short 2005, p. 351, 287, 289-90, 334 et 361-62). Il faut ajouter à tout cela les « massacres à grande échelle » perpétrés par les troupes de Lon Nol, arrivé au pouvoir en 1970 par un coup d’Etat préparé à Washington. Voilà de quelle manière le régime, alimenté par « des centaines de millions de dollars » venant des Etats-Unis, affronte le problème que représentent les minorités ethniques : « Dans les villages vietnamiens des faubourgs au nord de Pnom Penh, au moins trois mille habitants, tous des hommes au dessus de 15 ans, furent raflés, amenés le long du fleuve et fusillés. Les femmes qui restaient furent violées ». Ou bien : « Dans la zone dite du Bec de Perroquet, les détenus (vietnamiens) d’un camp furent prévenus d’une attaque vietcong imminente, et reçurent l’ordre de s’enfuir. Tandis qu’ils couraient, les gardes cambodgiens (alliés ou asservis par les Usa) ouvrirent le feu avec leurs mitrailleuses ». Ce ne sont que deux exemples. Des témoignages de journalistes autorisés parlent de l’impression qu’on retirait immédiatement de la visite de tel ou tel lieu analogue à ceux qu’ils venaient de voir : « On aurait dit une boucherie et ça en avait l’odeur » (Short 2005, p.18 et 277-78).

                Il est clair que la fureur des troupes de Lon Nol ne s’abat pas que sur les Vietnamiens : « les communistes faits prisonniers étaient vite supprimés » ; de plus les responsables de tels assassinats aimaient se faire photographier alors qu’ils exhibaient, fiers et souriants, les têtes coupées des guérilleros (Short 2005, p.331 ; voir aussi la photo des pages 376 et 377). Il serait d’autre part faux de mettre au compte exclusif des asiatiques les atrocités qu’on a pu voir au Cambodge et, plus généralement, en Indochine. On reste pensif au récit du témoignage d’un enseignant américain dans une revue américaine, à propos d’un agent de la Cia, qui vécut au Laos, « d’une maison décorée avec une couronne d’oreilles arrachées aux têtes de communistes (indochinois) morts » (cf. Losurdo 2007, p.24).

                A ce point, une nouvelle question s’impose : y a-t-il un lien entre le premier acte de la tragédie cambodgienne et les suivants ? Dans son engagement à minimiser un tel rapport, le livre que j’ai cité n’est pas exempt de contradictions ou oscillations : « Il est possible que les bombardements aient contribué à créer un climat qui allait conduire à l’extrémisme. Mais la guerre à terre l’aurait de toutes façons fait ». La « guerre à terre » était-elle une fatalité ? N’est-ce pas de la guerre en tant que telle qu’il faut partir ? « L’équation « pas de guerre au Vietnam, pas de Khmers rouges » est trop simpliste, mais reflète une vérité indéniable » (Short 2005, p.289 et 586). Le collaborateur du Times, de l’Economist et de la Bbc a des difficultés à l’admettre, et pourtant, on déduit de ses propres formulations embarrassées que les premiers responsables de la tragédie sont à chercher à Washington.

                Mais il ressort de son récit une vérité plus bouleversante encore en regard de la vulgate aujourd’hui à la mode. Voici de quelle façon le journaliste-écrivain anglais rapporte la conquête de Pnom Penh par les guérilleros : après tout ce qui s’était passé « cela aurait pu aller beaucoup mais beaucoup plus mal » (Short 2005, p.359). Au moins pour ce qui concerne la toute première phase de la gestion du pouvoir, Pol Pot reçoit ici un diplôme de modération qu’on pourrait difficilement attribuer aux dirigeants de Washington !

                D’autre part, les nouveaux gouvernants étaient confrontés à des difficultés réelles et dramatiques : les Usa allaient-ils lancer une nouvelle vague de bombardements terroristes ? Et comment nourrir une population urbaine qui avait augmenté démesurément, avec une agriculture dévastée à cause de la transformation des campagnes en « un paysage lunaire » ? Comment faire face à la menace de la Cia qui, dans les villes, « avait installé des émetteurs radios secrets et des cellules d’espionnage clandestin « (Short 2005, p. 380-81) ? Certes, c’est aussi le populisme extrémiste et visionnaire de Pol Pot qui a déterminé la décision d’évacuer les villes, mais cette attitude même est poussée par le spectacle de villes terriblement surpeuplées, exposées à la menace de l’ennemi et en proie au chaos, avec une population en grande partie dans l’incapacité d’accomplir une fonction productive.

                En conclusion : pourquoi le jugement moral devrait-il être plus sévère sur Pol Pot que sur Nixon et Kissinger (les responsables de la guerre) ? L’auteur anglais lui même auquel je me réfère constamment, tandis qu’il repousse d’un côté l’explication intentionnaliste des massacres dans lesquels débouche l’aventure de Pol Pot (« ce ne fut jamais la ligne politique du PCK », c’est-à-dire du parti communiste cambodgien ; « l’objectif n’était pas de détruire, mais de transformer »), observe d’autre part, à propos de la férocité de la guerre étasunienne : « Les bombardements étaient devenus un symbole de virilité » (Short 2005, p. 382et 326). On doit ajouter qu’après la conquête du pouvoir, au cours du conflit ultérieur au Vietnam, Pol Pot fut soutenu sur le plan politique et diplomatique par les Etats-Unis. Et, cependant, l’idéologie dominante passe sous silence le rôle prioritaire et décisif de Nixon et Kissinger dans la tragédie cambodgienne. C’est connu : les barbares sont toujours à l’extérieur de l’Occident, et s’il faut procéder à la criminalisation de dirigeants politiques occidentaux, ceux-ci sont les responsables de la révolution mais jamais de la guerre.

                Cette hypocrisie est d’autant plus répugnante que, tandis que Pol Pot a cessé de tourmenter et de tuer, la guerre étasunienne continue à faire sentir ses effets avec force. « Dans toute l’Indochine il y a des gens qui meurent de faim, de maladie et des engins non explosés » (Chomsky, Hernan 2005, p.60). En ce qui concerne le Vietnam au moins, on peut se référer au calcul fait il y a quelques temps par un journal conservateur français selon lequel, trente ans après la fin des hostilités, il y avait encore « quatre millions » de victimes dont le corps était dévasté par le « terrible agent orange » (de la couleur de la dioxine déversée sans compter par les avions américains sur tout un peuple (cf. Losurdo 2007, p. 10). Et au Cambodge ? J’entends ici attirer l’attention surtout sur une effet particulier des bombardements étasuniens, en me référant toujours à l’auteur anglais cité plusieurs fois : « Les paysans devinrent la proie d’une terreur aveugle. Leur esprit se bloquaient et ils erraient muets, sans parler pendant trois ou quatre jours » a rappelé un jeune habitant d’un village. « Leur cerveau était complètement désorienté (…) ils n’arrivaient même pas à avaler un repas ». Et nombre d’entre eux n’arrivaient jamais à se reprendre (Short 2005, p.289et 290, note). Une conclusion s’impose : se concentrer exclusivement sur Pol Pot signifie se contenter de passer sous silence les principaux responsables de l’horreur.
                 

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