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Cameroun : Leçons politiques d’un modèle déclinant de la Démocratie

Au Cameroun comme dans beaucoup de pays africains au sud du Sahara, l’ouverture à la démocratie s’est opérée dans un contexte de luttes historiques.

Des régimes longtemps installés dans la gouvernance monocratique ont été bousculés dans leurs fondements par des groupes sociaux avides de changements de forte amplitude. C’est dire si c'est dans une perspective de rupture avec l’ancien ordre autoritaire que la libéralisation politique des sociétés africaines postcoloniales a pris corps. Des mouvements socioculturels modulés par une pluralité d’acteurs et de catégories socioprofessionnelles ont marqué de leur empreinte cette dynamique saillante. 

La marche du 26 mai 1990 dans la localité de Bamenda dans la région du Nord-Ouest où des Camerounais ont été piétinés par balles constitue désormais une date historique dans la marche du Cameroun vers la démocratie pluraliste. A l’évidence, ce fut l’époque qui a marqué l’entrée en scène des acteurs qui devront par la suite constituer l’épine dorsale de l’opposition dite radicale au Cameroun, longtemps incarnée par des forces progressistes. Le passage à une société d’ouverture démocratique a pris des allures de liquidation d’un système politique codifié dans le fer de la gouvernance autoritaire. 
Dans cette séquence, les premières élections à l’ère pluraliste ont montré leur capacité à ébranler les fondements du régime monopartisan. Ce fut, de toute évidence, l’ère du multipartisme subversif ou arrimé à une conjoncture critique de contestation et de remise en cause radicale des régimes autocratiques. Le début des années 90 en a été le moment fondateur. Le Renouveau national au pouvoir depuis 1982 a essuyé des sueurs froides sur le terrain de la compétition électorale alors même que l’opposition, nouvellement surgie, décochait les armes de reconstruction d’une société politique démocratique. Seulement, très vite, les forces progressistes et la société civile vont affronter des contraintes institutionnelles, économiques et intellectuelles de plus en plus fortes. Du côté de l’opposition, le radicalisme va céder progressivement place au collaborationnisme clientéliste. 
Furtivement, la rhétorique radicale va glisser vers le verbalisme opportuniste mis commodément au compte du réalisme politique. Depuis lors, le temps sociopolitique jadis agité par les soubresauts des tumultes socioculturels flétrit sous les signaux de l’essoufflement des masses critiques. Entre temps, le bloc au pouvoir a rodé la machine de la reprise en main de l’évolution de la temporalité politico-institutionnelle. Le Cameroun s’est désormais installé dans ce que Gramsci appelle la « révolution passive » qui traduit une transition politique avortée et inachevée. Qui plus est, l’opposition a rangé aux placards ses instruments de contestation tempétueuse et enflammée, de revendication d’une société remodelée et ajustée aux exigences des libertés publiques et de la démocratie, sacrifiant ainsi toute perspective d’alternative et d’alternance. Conséquence : la défiance des citoyens des formations politiques présumées de l’opposition et leur désaffection pour les élections sont patentes. Dégoûtés, ils se détournent de la politique, des partis politiques dits d’opposition dans leur tête et dans les urnes.
Au demeurant, le multipartisme subversif et compétitif a fait son temps ; pendant que le multipartisme collaboratif et collusif a pris pied sous la forme d’alliances opportunistes et clientélistes. L’opposition politique camerounaise complètement phagocytée et désossée a cessé de jouer son rôle de contre-pouvoir. Elle claironne désormais sur le toit d’un système qui l’a happé dans ses rets depuis lors. Dans cet intervalle de temps, la démocratie pluraliste s’est vidée de sa substance en raison d’un marché politique totalement re-monopolisé par le bloc au pouvoir qui rechigne plus que jamais à concéder des marges de manœuvre à toute force de changement. 
Tout est-il pour autant perdu pour une concurrence politique plurielle et dynamique au Cameroun ? Non, évidemment. Il revient aux leaders et formations politiques présumés de l'opposition de faire leur propre mue, de montrer qu'ils peuvent transcender les singularités et les particularismes pour se poser, en principe, par principe et pour le principe, en défenseurs de l'intérêt général, de la volonté et des intérêts des citoyens. Sinon, leurs cris, menaces, protestations, intercessions, objurgations, vociférations et gesticulations sordides ne feront pas céder les partisans du statu quo et de la reprise en main autoritaire de la démocratie pluraliste au Cameroun.

 

Nestor Nga Etoga
 
Journaliste-yaoundé(cameroun) email:nestorngaetoga@yahoo.fr

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