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Accueil du site > Actualités > International > Canada : premier débat des chefs de parti fédéraux, en français.

Canada : premier débat des chefs de parti fédéraux, en français.

Au Canada, il y aura des élections nationales le 23 janvier prochain. La tradition veut qu’il y ait au moins un débat en français et un débat en anglais. Il y aura quatre débats, deux dans chaque langue. Le premier débat vient d’avoir lieu, en français. Il y aura un débat en anglais demain, et les deux autres débats auront lieu après les fêtes.

Pauvres francophones du Canada ! Le premier débat des chefs de la campagne électorale canadienne vient d’avoir lieu en français, et il est évident que depuis le rapatriement de la constitution canadienne en 1982 par le gouvernement libéral sans l’aval du Québec, le statut de la langue française au Canada a périclité.

D’abord, il n’est plus garanti par la constitution, ensuite l’assimilation des communautés canadienne et française s’est accélérée, surtout à l’extérieur du Québec. Et le chef du Parti Conservateur, un parti de droite, parle du français comme d’une deuxième langue, dont le statut pourrait être garanti par un secrétariat à l’intérieur d’un ministère d’importance secondaire, le ministère du Patrimoine, qui s’occupe entre autres choses des parcs et des monuments historiques.

Il s’agit bien d’une deuxième langue, si on considère le statut du français selon la nouvelle constitution et selon l’importance démographique actuelle de ceux dont c’est la langue maternelle. On oublie maintenant qu’il s’agit historiquement de la première langue parlée par les habitants d’ici, après les langues amérindiennes. Il s’agit en outre d’une langue toujours vivante, celle de la francophonie. Les seuls à revendiquer un statut particulier pour le Québec sont des chefs de partis qui ne formeront pas le gouvernement, un tiers parti, le Nouveau parti démocratique, un parti de gauche, avec des assises solides dans l’Ouest du Canada, et le Bloc québécois, un parti qui ne présente des candidats qu’au Québec.

Ce dernier parti a été formé pour défendre exclusivement les intérêts du Québec à l’intérieur de la fédération canadienne, pour contrer les lignes pancanadiennes des partis présentant des candidats à la grandeur du pays. C’est dire que le statut des Canadiens français à l’intérieur du Canada est en déclin. Et cette perte d’importance, à l’origine démographique, se traduit bien souvent par une perte d’importance démographique. Le chômage est historiquement plus élevé au Québec que dans le reste du Canada pris dans son ensemble, et d’autres statistiques économiques sont tout aussi préoccupantes. Certaines provinces majoritairement anglophones sont très riches, et le gouvernement central accumule les surplus année après année, alors que les provinces voient la contribution du gouvernement central à leurs dépenses diminuer. Cela a des répercussions dans des champs de compétence provinciaux cruciaux dans la vie des citoyens, comme l’instruction publique et le régime universel de soins de santé, qui périclitent, au Québec notamment, où le gouvernement provincial libéral joue actuellement une partie de bras de fer avec ses employés syndiqués. C’est dans ce contexte qu’il existe maintenant une stratégie concertée, dans le Bloc québécois, un parti fédéral, et dans le Parti québécois, un parti provincial actuellement dans l’opposition au Québec, de réaliser la séparation de la province de Québec du reste du Canada, qui serait suivie par une union à l’européenne avec ce dernier, permettant la réélection du Parti québécois au gouvernement du Québec. Durant le débat, les chefs du Parti libéral et du Parti conservateur ont joué avec les mots en prétendant que l’objectif du Bloc québécois était de bloquer les travaux parlementaires. À cet effet, il est opportun de rappeler que le Bloc québécois a fait front commun avec les autres partis d’opposition pour faire tomber le gouvernement minoritaire libéral pour un scandale de commandites. Une commission d’enquête, la Commission Gomery, a fait la lumière sur le rôle de hauts responsables politiques liés au Parti libéral dans une affaire de traffic d’influence ayant permis à ces derniers de s’enrichir et de renflouer les caisses du Parti libéral, canadien et québécois, par des malversations impliquant la surfacturation du gouvernement. Lors de l’élection du gouvernement minoritaire libéral, il y a environ 18 mois, on prédisait qu’il ne durerait que 18 mois, sans connaître les détails du scandale des commandites.

Il est trop tôt pour formuler un pronostic à propos des prochaines élections, qui auront lieu le 23 janvier 2006, mais il reste trois autres débats, dont un demain en anglais et deux autres, en anglais et en français, après les fêtes. La formule adoptée pour les débats était novatrice : les questions avaient été sélectionnées par des citoyens, qui les avaient soumises à un jury, qui sélectionnait les questions. Parions que les questions du débat en anglais porteront moins sur des préoccupations d’équité sociale et plus sur des sujets de relations internationales. On n’a pas encore parlé de l’attitude à adopter avec le gouvernement américain, sauf en ce qui concerne le conflit du bois d’oeuvre qui perdure.

On pourrait avoir des inquiétudes semblables à propos de différends commerciaux éventuels entre un Québec souverain et un Canada reconstitué sans le Québec, malheureusement. Mais c’est une autre histoire.


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