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Canada : troisième débat des chefs, en anglais à Montréal

Le 9 janvier a eu lieu le troisième d’une série de quatre débats des chefs des quatre principaux partis politiques qui présentent des candidats aux élections du Canada le 23 janvier. Ce compte rendu met l’accent sur le Québec.

Tous les gouvernements sortants ont de la difficulté à défendre leurs réalisations. Le gouvernement libéral de Paul Martin fait face aux conclusions d’une commission d’enquête sur le scandale des commandites, à une enquête concernant le coulage d’informations sur des mesures fiscales, et un livre a paru aujourd’hui en grande pompe sur des fonds publics dépensés par des prête-noms pour promouvoir le non au référendum sécessionniste de 1995, impliquant le parti conservateur aussi. Ce soir, Paul Martin s’est vraiment surpassé pour faire oublier l’attitude condescendante envers les Québécois de la part des libéraux, qu’une telle manipulation de l’opinion publique québécoise laissait supposer.

Pour sa part, le nouveau chef conservateur, Stephen Harper, est maintenant l’homme à abattre de la campagne électorale. Son parti a fait une remontée spectaculaire au Québec, passant en gros de 10% des intentions de vote à 20%, entre le deuxième débat et celui-ci. Il a déjà dit et manifesté son accord avec de grands politiciens nationalistes québécois, comme Paul Gérin-Lajoie et René Lévesque. Cette stratégie semble avoir fait oublier la décennie pendant laquelle il pourfendait le Québec, mais explique peut-être pourquoi il ne sourit plus tellement. Ce soir, il a lancé, avec un large sourire, qu’il gouvernerait le Canada dans l’intérêt du Canada dans son ensemble. Il faut cependant ajouter qu’il a dit qu’il répondrait aux aspirations légitimes du Québec. Mais il n’a pas échappé à des questions sur le financement de son parti, qui sont restées sans réponse. Il a plutôt fait la promesse que le gouvernement et ceux qui recevraient des contrats du gouvernement seraient audités, et une allusion au scandale des commandites impliquant le parti libéral (et l’ancien gouvernement conservateur, en ce qui concerne Option Canada). Il n’a pas parlé spécifiquement de nouvelles mesures touchant le financement des partis politiques. L’appui qu’il a déjà manifesté par le passé à certaines politiques américaines très coûteuses, auxquelles le gouvernement libéral n’a pas donné son appui, comme l’invasion de l’Irak et le bouclier antimissile, constitue évidemment un appât de choix pour des lobbyistes américains. Paul Martin a d’ailleurs présenté Stephen Harper comme un défenseur de valeurs américaines opposées à des valeurs canadiennes fondamentales, comme la compassion...

Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD), le troisième parti national en importance, Jack Layton, a non seulement plaidé pour obtenir plus de sièges au Parlement, mais a aussi fait campagne agressivement pour recueillir plus de votes au Québec, en attaquant directement le parti libéral, avec ses promesses brisées et ses allégements fiscaux aux grandes sociétés, que le NPD a réussi à éliminer en faveur de dépenses fiscales pour des programmes sociaux, le parti conservateur, avec sa plate forme électorale de droite qui ne correspond pas aux valeurs des québécois, et finalement le Bloc québécois, qui n’aurait pas réussi à obtenir autant de concessions du gouvernement que le NPD, avec plus de députés que ce dernier. Il a renchéri contre le Bloc québécois en disant que celui-ci voulait créer les conditions gagnantes pour le Canada au Québec, alors que le Bloc québécois cherche à créer les conditions gagnantes pour le Québec au Canada.

Fait à noter, Stephen Harper a cité ce soir un éminent politicien encore vivant, Ed Broadbent, un ancien chef du NPD. Ces citations de figures de proue de partis concurrents aux idées diamétralement opposées aux siennes visent selon moi à donner à Stephen Harper l’image de quelqu’un qui a l’esprit ouvert, ce qui contraste avec l’image qui colle à la peau de la plupart des politiciens de droite. Stephen Harper a chargé le trait en mentionnant des propositions de son parti qui ont été reprises par les autres partis.

Le chef du Bloc québécois, le parti souverainiste, Gilles Duceppe, ne s’attendait manifestement pas à une attaque en règle de la part de Jack Layton après la remontée surprise des intentions de vote pour le parti conservateur au Québec. Jusqu’ici, l’homme à abattre, pour lui, était Paul Martin, le chef d’un parti que le vote du Québec a maintenu au pouvoir presque sans interruption depuis 1968. Gilles Duceppe a quand même réussi un bon coup en mentionnant les peuples que le Canada avait reconnus sans reconnaître le peuple du Québec, comme le peuple autochtone et le peuple acadien, mais il a paru décontenancé à la fin du débat. Une question, en particulier, était révélatrice de l’atmosphère qui régnait ce soir : si vous considérez qu’il ne faut pas revenir sur un jugement de la Cour suprême fondé sur la charte des Droits et libertés, pourquoi considérez vous qu’il faudrait organiser un troisième référendum sécessionniste ? C’était comme si on voulait régler la question de la sécession du Québec par un knock-out de Gilles Duceppe. Il s’en est tiré en disant que ce qui s’applique aux droits individuels ne s’appliquait pas nécessairement aux droits collectifs, comme le droit à l’autodétermination des peuples. Il a répondu à une question portant sur une partition éventuelle du Québec par un recours à une loi internationale, qui s’appliquerait, selon lui, au niveau national. Le débat du 10 janvier, en français cette fois, promet d’être intéressant. Ce sera le dernier avant les élections...


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