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Ces pays fracturés qui font l’actualité

Zoom sur quatre pays en proie à de profondes divisions et tirant, à intervalles réguliers, la couverture médiatique à eux.

Égypte. Trente années. C’est le temps qu’il aura fallu aux Égyptiens pour chasser du pouvoir l’autocrate Hosni Moubarak. Une victoire à la Pyrrhus, diront certains, non sans raison. Car si les révolutionnaires de la place Tahrir ont obtenu gain de cause, à savoir la chute du raïs et l’organisation d’élections libres, l’avènement des Frères musulmans qui s’en est suivi portait en lui les germes d’une inquiétante instabilité. Jugez plutôt : alors que l’économie s’effondre au vu et au su de tous, une vague de contestation de grande ampleur s’empare du pays. Les militaires, bien avisés, saisissent la balle au bond et destituent sans délai Mohamed Morsi, le premier chef d’État démocratiquement élu, issu de la confrérie. Très vite, l’armée et les partisans du président déchu s’affrontent violemment, semant la mort et causant l’émoi de la communauté internationale. Les méthodes répressives de l’ère Moubarak reprennent parallèlement du service, au grand dam des islamistes. Côté décisionnel, l’opacité semble plus que jamais de mise. Le gouvernement intérimaire, emmené – officiellement – par Adly Mansour, se place de facto sous l’autorité du général Al-Sissi, véritable homme fort du nouveau régime. Pendant ce temps, les États-Unis, humiliés par un partenaire historique pourtant généreusement subventionné, et le Conseil de sécurité, inaudible, doivent se contenter d’un rôle à tout le moins mineur, celui de l’observateur ébahi appelant vainement au cessez-le-feu. Un vœu pieux, alors même qu’éclate au grand jour la fracture qui traverse la société égyptienne : l’armée et les laïcs d’un côté, les islamistes de l’autre. Avec, entre eux, deux idéologies diamétralement opposées et une hostilité patente.

Mali. Début 2012, les premiers signes de tension apparaissent au Mali. Le MNLA, qui revendique avec conviction l’autonomie de l’Azawad, remet en cause l’unité nationale en attaquant des points stratégiques sis au Nord. Jugé inapte à faire front au conflit, le président Amadou Toumani Touré est balayé quelques semaines plus tard par un coup d’État militaire dirigé par le capitaine Sanogo. C’est alors que les salafistes d’Ansar Dine et les terroristes d’AQMI s’engouffrent dans la brèche et cherchent à prendre le contrôle de la moitié nord du pays, fragilisée par la crise institutionnelle. Aussi, le Mali sombre dans l’horreur et les exactions. La destruction aveugle d’édifices, notamment les mausolées de Tombouctou, paraîtrait d’ailleurs presque anodine à côté des amputations accomplies au nom de la charia. Il faudra attendre l‘intervention internationale – et surtout française – pour faire reculer une rébellion devenue foncièrement hétéroclite et aux intérêts hautement divergents. Aujourd’hui, malgré les appels à la stabilité, le pays reste considérablement fractionné. Arabes, Touaregs et Noirs n’en finissent plus de se regarder en chiens de faïence. De quoi mettre à l’épreuve IBK, le président fraîchement désigné, dont le mandat consiste essentiellement à remettre le Mali en ordre de marche.

Yémen. Si les États-Unis ont cherché à y mettre en œuvre une transition pacifique, le Yémen fait toujours office de maillon faible régional. Une stature peu clinquante, confortée par une instabilité quasi perpétuelle. Un gouvernement d’union nationale y a certes été formé, mais les divisions idéologiques et confessionnelles restent inexorablement d’actualité. Situé au sud de la péninsule arabique, le pays sert en outre de base arrière à Al-Qaïda depuis que les combattants de la nébuleuse ont été chassés d’Arabie saoudite. Sanaa a d’ailleurs vu la formation, sur son territoire, d’AQPA, la succursale la plus active des djihadistes. Cela s’explique en grande partie par la faiblesse du pouvoir central, mis à mal par la fracture Nord-Sud. Au nord, la rébellion armée houthiste mène une guerre sanglante contre le gouvernement. Ces révoltés sont issus de la communauté zayidite, des chiites anciennement aux commandes du pays. Taxés de terrorisme, détestés par les tribus sunnites, ils doivent de surcroît se frotter à l’hostilité d’Al-Qaïda, qui répond par les armes au chiisme sous toutes ses formes. Au sud, les relents du séparatisme persistent toujours. Dirigé par les marxistes après le départ des colons britanniques, le Sud ne s’est unifié au Nord qu’en 1990. Et, quatre années seulement plus tard, une tentative de sécession a donné lieu à une guerre civile mortifère. Depuis, les velléités indépendantistes n’ont jamais été apaisées. Pis, à ces divisions, il faut encore ajouter la question des jeunes révolutionnaires, ces « enfants du Printemps arabe » qui ont dépassé les clivages traditionnels. Qui peut aujourd’hui certifier qu’ils resteront à jamais tapis dans l’ombre ?

Syrie. Authentique mosaïque confessionnelle, la Syrie se pose désormais en (malencontreuse) vedette de nos journaux télévisés. La guerre civile qui met aux prises insurgés et forces loyalistes y a déjà occasionné près de deux millions de réfugiés – dont les deux tiers se trouvent au Liban et en Jordanie – et plus de 100 000 morts. Le tout en moins de trente mois. Une situation d’autant plus alarmante que, si l’on comptabilise les déplacés à l’intérieur du pays, il ressort qu’un Syrien sur quatre a dû fuir en raison des combats. Sur le terrain, les troupes du président alaouite Bachar al-Assad, aveuglément soutenu par les chiites, doivent notamment faire face aux islamistes et rebelles sunnites, rendant ainsi le conflit syrien particulièrement sensible à la question religieuse. De quoi rapprocher un peu plus Damas du bord du gouffre. À cet égard, la conférence de paix, réclamée de longue date par les Américains, a pour l’heure tout du vœu pieux. Le dialogue semble en effet définitivement rompu, les postures se radicalisant alors même que l’éventuelle livraison d’armes aux insurgés n’en finit plus d’agiter une communauté internationale au mieux timorée.

 

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6 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 21 août 2013 10:56

    on voit vraiment que l’Islam est une religion de paix !  smiley  smiley  smiley  smiley


    • antyreac 21 août 2013 11:01

      et d’âmououour


    • bakerstreet bakerstreet 21 août 2013 11:46

      La fracturation est un mot piège.

      Je pensais que c’était un article contre les gaz de shistes.
      Bon, je change de lunettes et je m’adapte....Quoique c’est un peu la même chose....Des gaz d’ailleurs aussi en Syrie, mais que l’on injecte pas sous terre.
      Fracturation externe et interne, on veut nous faire rendre gorge
      On veut nous soumettre aux dikats
      Tout autant qu’à la terre !

      Tout cela pour les religions
      Celle du coran et du libéralisme sont bien les pires
      Très dur pour les pays qui conjuguent les deux !

      • Iren-Nao 21 août 2013 12:00

        Les benêts démocrates ont souvent tendance a penser que se débarrasser d’un mec un peu trop autoritaire est la porte ouverte a des lendemains libres et qui chantent et que chic on pourra se marier avec n’importe qui. (Comme si le mariage, meme gay, n’etait plus la principale cause de divorce).
        Sauf que le plus souvent ces pays ne pouvaient être que tenus par des dirigeants au courant des réalités qui exigent une main rude.
        Tito n’était pas un démocrate germanopratin, mais après lui, bonjour le bordel, et certains de ses successeurs, (tous en fait) ont bien été obliges de distribuer des calottes, et c’est loin d’être fini, la plaie turque continue a tout pourrir, Après Saddam Hussein, Kadhafi et Bachar, beaucoup doivent se dirent que le bon temps est termine, quant a l’Égypte et aux autres révolutions printanières quelle illusions pour cercles intellos droits de l’homiste.
        Dans bien des endroits, la Paix ne peut venir qu’après la destruction de certaines forces (auxquelles il ne serait pas forcement difficile de trouver des vertus).
        Nous suivons pour le moment des niais sans courage (parce que ils nous ressemblent), on se croirait dans les années trente.

        Iren- Nao


        • Bubble Bubble 22 août 2013 11:31

          Je suis seul à penser que l’armée laïque est financée par les USA et que leur retour au pouvoir signifie juste la fermeture de la page « printemps arabe » et le retour à la période Moubarak ? 


          Vu le point de vue de nos médias sur la question, lesquels appellent « heurts » un massacre de 900 personnes lorsque les victimes sont islamistes et « soulèvement » un coup d’état purement illégal lorsqu’il éjectent ces mêmes islamistes, on se dit soit que l’idéologie leur empêche de faire une analyse un tant soit peu neutre de la situation, soit qu’il y a un ennemi désigné et donc un allié subventionné.

          • CHALOT CHALOT 22 août 2013 14:27

            Je trouve étonnant que mon article sur l’Egypte n’ait pas été publié !?
            http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=139790

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