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Ces universités américaines qui mènent la danse

Si les universités américaines trustent les premières places des classements internationaux, il faut avant tout y voir le signe d’un modèle de gestion efficient, reposant sur un processus décisionnel largement aux mains d’anciens étudiants, devenus administrateurs avisés.

La domination sans partage des États-Unis dans le secteur de l’enseignement supérieur a tout du secret de Polichinelle. Si l’on en croit le classement de l’université Jiao Tong de Shanghai, dix-sept des vingt meilleures écoles se situent en effet sur le territoire américain. D’aucuns font de la richesse du pays le principal facteur explicatif. D’autres préfèrent invoquer une population pléthorique, des politiques volontaristes en faveur de la recherche ou encore un pouvoir d’attraction considérable, capable d’amadouer les élites du monde entier. Mais ces arguments quelque peu rabâchés occultent un élément sans doute bien plus déterminant : les dispositions organisationnelles propres aux grandes universités états-uniennes. Car le fonctionnement de ces machines de guerre éducatives repose sur des évolutions largement mésestimées. Un phénomène qui ne date d’ailleurs pas d’hier.

En effet, dès les années 1860, Harvard demande à être traitée hors des évolutions politiques et souhaite confier à ses anciens élèves le pouvoir décisionnel. Le 29 avril 1865, après une intense campagne de lobbying, la Cour générale du Massachusetts adopte de justesse une proposition allant dans ce sens. Le concours des diplômés de Cambridge durant la guerre de Sécession, fort apprécié à l’échelle fédérale, contribue lui aussi à l’avènement de cette authentique révolution scolaire. Depuis lors, à Harvard, les anciens étudiants contrôlent le Conseil de surveillance, un phénomène avant-gardiste qui ne manquera pas d’inspirer d’autres établissements, à l’instar de Yale, l’université du Michigan, la Purdue University, Notre Dame, Duke ou encore le College of William and Mary. Dans les faits, ce modèle de gestion deviendra vite la norme, tant pour le privé que pour le public. Un pari gagnant, puisque le célèbre classement publié par US News and World Report rend régulièrement hommage à ces écoles sous la coupe d’anciens pensionnaires, c’est-à-dire celles où ils représentent au moins 50 % du conseil d’administration.

Signe des temps, parmi les fleurons américains, Harvard, Yale et Columbia se trouvent entièrement gérées par leurs diplômés, tandis que Princeton et Stanford peuvent se prévaloir d’un taux d’environ 90 % d’ex-étudiants. Élargissons le plan : en moyenne, les universités figurant dans le top 100 comptent au sein de leur conseil d’administration 63 % d’anciens élèves. Ces derniers semblent veiller mieux que quiconque au prestige des écoles qui les ont formés. Non seulement ils veulent soigner leur pedigree, mais ils connaissent en plus les établissements de l’intérieur, ce qui tend à fluidifier et bonifier le processus décisionnel. Surtout, ils n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, pour maintenir la compétitivité de leur université, ils cherchent obstinément à attirer les meilleurs professeurs et les étudiants les plus méritants. Les performances sportives et artistiques, très valorisantes à terme, constituent également des critères de sélection de première importance. Le rayonnement de l’école doit à tout prix primer. Et même si les universités restent des organismes à but non lucratif, leur gestion se doit de répondre à deux impératifs : dispenser un enseignement exemplaire et appâter les éléments les plus prometteurs.

 

Citation. « Toutes les grandes universités sont des organisations à but non lucratif, créées pour dispenser un enseignement de haute qualité qui bénéficiera à la société tout entière. Les universités américaines revêtent cependant cette particularité d’avoir trouvé le moyen de combiner les bienfaits de la compétition avec le concept européen d’établissements non lucratifs et de quasi-bienfaisance.  » – Shailendra Raj Mehta, professeur intervenant à l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et directeur académique du département Duke Corporate Education, dans La Libre Belgique.

 

Lire aussi :

De la cocaïne à Lehman Brothers… – LSV #7

Les armes aux États-Unis – LSV #6

 


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3 réactions à cet article    


  • Radix Radix 26 octobre 2013 14:06

    Bonjour

    Je vous engages à lire l’article de Robert Mcliam Wilson dans le Libération de samedi qui s’intitule : « Bête comme un républicain » où on apprend comment ces universités « à la pointe » produisent des ânes fiers de leur ignorance !

    D’ailleurs, au train où va l’éducation en France, nous allons bientôt les égaler !

    Radix


    • La mouche du coche La mouche du coche 26 octobre 2013 17:27

      Encore un article ultra-libéral. smiley


    • christophe nicolas christophe nicolas 26 octobre 2013 15:35

      Au lieu de dire que c’est les meilleures universités, dites moi les théories qu’on y apprend, je commenterais...

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