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Cette mascarade algérienne que l’Occident soutient

A 77 ans, Abdelaziz Bouteflika, en poste depuis 15 ans, brigue un quatrième mandat alors que l’on doutait dernièrement du fait même qu’il sache encore parler. Si un tel évènement se passait dans un pays qualifié de dictature par l’Occident, on sortirait l’arsenal et on déstabiliserait le dit pays. Mais il se trouve que l’Algérie, rentière grâce au pétrole, possède des liens étroits avec l’Occident et pourrait bien être une formidable roue de secours dans la crise russe.

Un simulacre de démocratie

La campagne de Bouteflika bat son plein, une partie s’est déroulée en France le week-end dernier, à Paris et à Lille. Alors que le meeting de la Porte Maillot s’est tenu dans le calme, celui de Lille a vu l’intervention de militants de Barakat (« ça suffit »), un mouvement de protestation né à la candidature du président sortant. L’Algérie n’a pas encore connu de révolution à l’instar de son voisin tunisien, le pouvoir en place craint donc tout débordement qui pourrait dévier vers la révolte.

Cependant, on peut noter qu’il n’y a pas de revendication religieuse chez les Barakat, juste un souhait d’alternance : « Nous en avons marre de cet homme à demi mort et des voyous qui l’entourent. Il faut que l’équation politique change » a déclaré Djilali Soufiane, président du parti libéral Jil Jadid, venu joindre sa voix aux protestataires du 6 mars à Alger. Afin d’étouffer dans l’œuf toute dissidence, pas moins de 40 manifestants ont été interpellés ce jour-là.

A Lille, donc, le week-end dernier, quelques jeunes du mouvement Barakat ont manifesté bruyamment leur désaccord avec la réélection de Bouteflika. En réponse, le ministre Amara Benyounès a qualifié de « dictateurs » ces jeunes auxquels il faut « barrer la route » car, a-t-il ajouté, « si ces gens prennent le pouvoir avec ces méthodes, ils vont répandre le fascisme ». Son coéquipier du jour, Amar Ghoul, a de son côté procédé à un discours clientéliste, promettant à la communauté émigrée en France, des billets d’avion à prix réduits, des postes de travail pour leur enfants…

Ces meetings permettent de simuler un ersatz de démocratie, mais les résultats sont déjà connus d’avance. Plusieurs candidats se sont d’ailleurs désistés, incitant à boycotter le scrutin, comme l’ancien premier ministre Ahmed Benbitour  : « Les urnes ne seront qu’un leurre et une piraterie légalement soutenue ».

Clientélisme, rente et dépendance

Venons-en aux relations avec les pays développés. L’Algérie est encore aujourd’hui un pays vivant de la rente du pétrole. Ce dernier a représenté plus de 96% de ses exportations en 2013. Les principaux clients de ces hydrocarbures sont les pays européens et les Etats-Unis :

Algérie partenaires-exportation

Principaux partenaires de l’Algérie à l’exportation [1]

Importations US pétrole algérien - AIE

Les USA ont considérablement réduit leurs importations en provenance d’Algérie depuis quelques années, surtout depuis 2012 avec l’attentat d’In-Amenas. Mais cela n’enlève en rien que l’Algérie demeure une formidable solution de secours, notamment s’il faut fournir en hâte du gaz à l’Europe : l’Algérie est le premier producteur africain de gaz naturel, le 2ème fournisseur de l’Europe après la Russie. 8,4% du gaz consommé en France provient d’Algérie.

Au niveau des importations par contre, la Chine occupe la première place (12.43%), juste devant la France (11.39%), l’Italie (10.29%) et l’Espagne (9.26%). La France met d’ailleurs en œuvre tout ce qu’elle peut pour récupérer une première place qui lui paraît due.

S’agissant d’investissement local, de grandes multinationales comme Axa, Lafarge, Sanofi ou Mercedes sont implantées, mais ce n’est pas évident vu le protectionnisme compréhensible du marché algérien : « les investissements étrangers en vue de produire des biens ou des services ne peuvent être réalisés que dans le cadre d’un partenariat dont l’actionnariat national représente 51% au moins du capital » [2]. L’intérêt de l’investissement atteint rapidement ses limites si l’investisseur ne dispose pas des rênes de la filiale, d’autant que le marché n’est pas dans sa taille comparable à celui de la Chine et que cette dernière exporte massivement ses produits manufacturés.

L’Algérie se trouve donc dans une sorte d’impasse économique : dépendante du pétrole et se développant difficilement via des investissements étrangers. Ne compter que sur son marché national pour croître industriellement relève de la mission impossible. Cette situation profite donc aux pays développés dont elle dépend, il n’y a pas de raison que cela change.

En plus des liens économiques, l’Algérie demeure un allié de taille s’agissant du renseignement, pour les américains en particulier. On a pu constater à l’occasion de la récente visite de John Kerry que Bouteflika – ce dernier a confirmé à cette occasion qu’il parlait encore – aimerait resserrer encore ces liens (article Jeune Afrique) : « D’une voix faible et hésitante, le président algérien a notamment réclamé la fourniture de « technologie et de renseignement » aux américains, se permettant de signaler à son interlocuteur que Washington n’avait pas toujours été aussi coopératif qu’Alger sur ces dossiers. » John Kerry a conclu l’entretien par un « je reviens ! », paraphrasant volontairement ou non Schwarzenegger dansTerminator 2.

Quid de la pauvreté ?

Relativement à la question du clientélisme, on peut se demander si les inégalités se réduisent en Algérie. Si l’on regarde la source officielle, la Banque Mondiale, alors c’est la douche froide, puisque les dernières estimations réelles remontent à 1988 ! A l’époque, il y avait tout de même 24,6% de la population qui vivait avec moins de 2$ par jour, ce qui place l’Algérie au-dessus du Venezuela (21,9% en 2005).

N’ayant pas de chiffres officiels récents de la Banque Mondiale, j’ai regardé dans la presse algérienne et j’ai trouvé cet article dans le quotidien Réflexion, avançant en 2012 le chiffre de 10 millions de pauvres sur un total de 38,48 millions de personnes, soit 25,9%. Cette estimation peut être contrebalancée par l’augmentation du PIB par habitant qui est passé de 2365$ en 1990 à 5348$ en 2012. Cependant, l’évolution de cet indicateur n’évoque en rien la question des inégalités. Il règne dont une grande incertitude quant à la pauvreté réelle en Algérie, mais l’absence de données ne présage pas d’un chiffre bien inférieur à 25%, ce qui la place dans un état similaire à celui du Venezuela.

L’Algérie, amie tant qu’elle dit oui

La sclérose politique que subit l’Algérie ne peut exister que si elle profite aux multinationales occidentales ; dans le cas contraire, le régime serait immédiatement qualifié d’ennemi et assailli d’une manière ou d’une autre, comme l’est par exemple actuellement le Venezuela (1ères réserves de pétrole mondiales).

L’exemple de l’Algérie me paraît très intéressant pour comprendre l’hypocrisie en géopolitique. Quand cela arrange les intérêts occidentaux, un Etat clientéliste peut subsister sans rencontrer la moindre opposition ; au contraire, John Kerry va se pavaner et afficher l’entente cordiale. Mais quand une opposition émerge qui met en péril les approvisionnements énergétiques ou d’autres intérêts occidentaux, alors l’Etat se transforme subitement en dictature qu’il faut éliminer.

 

Sources complémentaires des liens mis dans l’article :

[1] Bilan du commerce extérieur, Agence National de développement de d’investissement algérienne

[2] Guide investir en Algérie 2013, Agence National de développement de d’investissement algérienne


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14 réactions à cet article    


  • colere48 colere48 10 avril 2014 10:06

    les vautours rodent autour de l’Algérie... mais ça c’est pas nouveau !!


    • Martha 10 avril 2014 10:19


       Que A.B. soit la carte maîtresse « des intérêts occidentaux » paraît bien étrange : cherchent-ils à montrer de façon évidente « qui tient le pouvoir » ?
       Et démontrer par ce moyen là que de toutes les façons rien ne changera : vous voterez pour un légume en bout de course, pas de problème. La santé ? rien de méchant, nous assurons la continuité du pouvoir, ne vous en faites pas, c’est notre affaire.

       ...Si vous ne faites pas comme on vous le dit, ça va dégénérer et on a ce qu’il faut aux frontières pour se faire écouter !

       


      • bourrico6 10 avril 2014 10:37

        « intérêts occidentaux » .... ou ça, en Algérie ?
        C’est une blague j’espère.

        C’est fini le temps ou ils pouvaient de cacher derrière le méchant Français.
        La farce éclate au grand jour.

        Mais quand une opposition émerge qui met en péril les approvisionnements énergétiques ou d’autres intérêts occidentaux, alors l’Etat se transforme subitement en dictature qu’il faut éliminer.

        Moui m’enfin l’Algérie c’est pas l’A-Stan ni l’Irak hein.
        Sinon pas très claire la phrase ....


        • claude-michel claude-michel 10 avril 2014 10:50
          Cette mascarade algérienne que l’Occident soutient.. ?..mais la planète entière est une immense mascarade pour les peuples qui ploient sous le système politique mit en place...L’Algérie n’est qu’un épiphénomène du système...Le but final étant l’argent.. !

          • foufouille foufouille 10 avril 2014 11:37

            tu prend ta fourche et vas en en algérie pour virer tes ploutocrates


            • Alex Alex 10 avril 2014 16:03

              Je ne sais pas si « l’Occident soutient Bouteflika », mais ce sont les Algériens qui votent : ils n’ont qu’à se choisir le « bon » candidat.


              • OMAR 10 avril 2014 18:41

                Omar33


                @Alex

                L’Occident soutient tout dictateur, despote, tyran et autre ripou, tant que dernier mènera son pays à la ruine et vers l’obscurantisme.

                Mais gare à lui s’il dit non à l’Occident ou tente de faire évoluer son peuple vers le progrès et la prospérité..

                Rappelez-vous de Kadafi ou Saddam.

              • Alex Alex 10 avril 2014 19:04

                @ Omar

                « L’Occident soutient tout dictateur, despote, tyran et autre ripou, tant que dernier mènera son pays à la ruine et vers l’obscurantisme. »

                Je vous avoue sincèrement que je me fous totalement des prochaines élections algériennes. Parmi les Français, je ne suis pas le seul : je ne me souviens pas d’un seul sondage où la politique étrangère apparaissait comme souci des Français...
                Cessez donc d’employer ce mot « Occident » à toutes les sauces alors que seules quelques dizaines de personnes au maximum (dont beaucoup conseillées par d’autres pays...) dictent notre politique étrangère.
                Mais je vous encourage à nous expliquer comment ces responsables imposent la politique à un pays disposant de richesses naturelles, comme c’est la cas de l’Algérie.


              • OMAR 10 avril 2014 19:58

                Omar33


                @Alex :« Mais je vous encourage à nous expliquer comment ces responsables imposent la politique à un pays disposant de richesses naturelles, comme c’est la cas de l’Algérie. ».

                Très simple : Prenons le cas de l’Algérie : les responsables locaux, au lieu d’investir dans la construction d’usines, préfèrent importer des produits finis ou semi-finis, en concertation avec le ou les pays producteurs, moyennant des pots-de-vin, une retraite dorée pour eux et leur famille et....l’impunité...

                Résultat des courses, l’Algérie importe pratiquement tout, y compris de la main-d’oeuvre qualifiée, et ne produit que....de la poudre aux yeux et du pétrole.
                Le sucre, le blé, le café, la viande, le lait, les fruits et légumes, les voitures, les machines outils, les chaussures, les tissus, les vêtements, etc, etc...

                Diaboliques, les gouvernants successifs ont tout le temps, pratiqué la politique « du ventre », c’est-à-dire, mettre à la disposition du peuple les denrées alimentaires, à la portée des bourses modestes (une baguette de pain vaut l’équivalent de 0,08 Euro...

                Alors, tant que l’Algérie achète par exemple, en France, hé bien, ça fait marcher les usines et l’agro-alimentaire français...

              • Alex Alex 10 avril 2014 21:59

                @ Omar

                La corruption n’est pas une particularité de l’Algérie, et je suis sûr qu’elle existe. Il est cependant dommage que l’on doive se contenter d’assertions.

                Mais comment expliquez-vous les scores étonnants de Boutéflika aux élections, scores en hausse, ce qui est très étonnant (74, 85, puis 90 % en 2009). En principe, la cote des dirigeants s’effrite après quelques années de pouvoir.
                Hollande en fait des cauchemars la nuit...


              • OMAR 11 avril 2014 00:23

                Omar33


                @Alex

                Il n’existe pas d’opposition crédible, en Algérie...

                En fait, tous les partis ne cherchent que le pouvoir, et non le bien être du peuple.

                Et nous avons vu ce qu’est capable de faire comme barbarie, un parti qui « craint » Dieu mais a été privé de pouvoir.

                Certains cadres ou responsables de l’opposition n’attendent qu’un appel du pouvoir en place, pour retourner leur veste et se vendre, le plus bassement du monde (Boukrouh, Khalida Toumi, etc...)..

                Et, paradoxalement, c’est le FLN qui détruit le pays, mais qui renferme la majorité des meilleurs candidats potentiels.

                L’ANP ne peut plus proposer de candidats qui risquent d’être présentés comme des dictateurs.

                Et puis, la majorité des candidats sont des inconnus, ou des personnes ayant exercés de hautes fonctions dans le sérail..

                Alors, le pouvoir en place, utilisant toute la logistique et les finances étatiques, réglant par magie, certains problèmes sociaux et miroitant des promesses merveilleuses, et surtout, pipant les dès , l’avance , du scrutin, va assurement l’emporter.

                Enfin, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité, où un peuple va voter pour un candidat qui ne sera visible que sur une....photo.
                D’ailleurs, ce même candidat ne sait même pas qu’il va se présenter à des élections..

                Demandez donc à sa sœur...

              • Anouar3 10 avril 2014 17:24

                En tant qu’Algérien vivant en Algérie depuis toujours, je peux dire que depuis l’abandon (étrange) de la voie non capitaliste de développement commencée par feu Boumédiène, l’Algérie s’est trouvée dans une impasse générale. Bouteflika sous le pouvoir de Boumédiène était considéré comme un libéral, c’est à dire un admirateur de la voie capitaliste de sous-développement, ce qui montre qu’il a été choisi pour son libéralisme, chemin diamétralement opposé à celui de Boumédiène et du courant progressiste de l’époque. L’impasse actuelle et d’ailleurs qui a débuté depuis la mort de Boumédiène est voulue et délibérée dans le but d’enrichir les clans au pouvoir et de mettre l’Algérie sous la coupe de l’Occident dans le domaine économique.


                • Anouar3 10 avril 2014 17:39

                  En tant qu’Algérien vivant en Algérie depuis toujours, je peux dire que depuis l’abandon (étrange) de la voie non capitaliste de développement commencée par feu Boumédiène, l’Algérie s’est trouvée dans une impasse générale. Bouteflika sous le pouvoir de Boumédiène était considéré comme un libéral, c’est à dire un admirateur de la voie capitaliste de sous-développement, ce qui montre qu’il a été choisi pour son libéralisme, chemin diamétralement opposé à celui de Boumédiène et du courant progressiste de l’époque. L’impasse actuelle et d’ailleurs qui a débuté depuis la mort de Boumédiène est voulue et délibérée dans le but d’enrichir les clans au pouvoir et de mettre l’Algérie sous la coupe de l’Occident dans le domaine économique.


                  • colere48 colere48 13 avril 2014 11:39

                    Bruit de bottes autour de l’Algérie !!
                    Les vautours rodent ....

                    GRANDES MANOEUVRES AMÉRICANO-MAROCAINES
                    350 marines aux frontières algériennes !!
                    Ces manoeuvres militaires qu’on prépare au Maroc depuis le 27 mars dernier portent l’appellation d’« African Lion ».
                    Dans quel but les Américains et leurs alliés renforcent manoeuvres et présence en Afrique ? L’Algérie serait-elle une cible incontournable dans ce qui se prépare ? Ou doit -elle, par contre se préparer à une guerre non déclarée ?

                    Quand on constate le bilan de la « pax américana » en Irak ça fait frémir !!!

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

                     

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