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Colombie : exécutions sommaires et éthique militaire

Le 8 janvier 2006, à Belén, petit village du département du Cauca, l’armée nationale de Colombie exécuta Hortensia Cuchumbe et Manuel Pillumue, âgés de 17 et 21 ans. L’armée les présenta comme deux “guérilleros mort au combat”. Les familles des victimes ont fermement démenti cette accusation. Des années plus tard, la justice a tranché en leur faveur et exigé que les militaires demandent pardon aux familles.

Lien : http://courriersderrance.blogspot.com/2012/03/executions-sommaires-et-ethique.html&nbsp ;

Dans la fraicheur de sa maison, Luz Marina considère tristement un portrait accroché au mur. Une fillette souriante. “Hortensia n’a jamais été guérillera”, souffle t-elle, “elle n’avait que 17 ans et elle voulait devenir professeure.” Ses mains agrippent doucement le cadre ; “l’armée est censée nous protéger mais elle vient assassiner nos enfants…”

Six ans auparavant, Hortensia et Manuel furent exécutés par l’armée colombienne. Sur le mur extérieur de la maison de Luz Marina, une inscription colorée honore leur mémoire. L’histoire douloureuse de la communauté de San Antonio. Village perché entre les montagnes verdoyantes du Cauca. “La guerre n’était pourtant jamais venue ici, mais elle m’a prit ma fille”.

 

Une exécution truquée

Le 8 janvier 2006, Hortensia, Manuel et William, partent à une fête traditionnelle à Belén, à 5km de San Antonio. En repartant à trois sur une moto, plusieurs rafales de mitraillette tirées dans leur dos abattent Hortensia et Manuel. William, blessé, s’enfuit et part prévenir le village. Lorsque les familles arrivent sur les lieux du crime, des militaires sont présents. Ils annoncent froidement que deux guérilleros viennent d’être tués.

Alertée par les tirs, une petite foule se forme autour des hommes en treillis. “Vous avez tué deux paysans !” hurle un homme. “Il n’y a pas de guérilla dans ces montagnes !” fulmine un autre. Face à la pression, les militaires tirent en l’air et emportent les corps dans une jeep.

Plusieurs heures plus tard, Luz Marina et Fidelina, la mère de Manuel, retrouvent les militaires dans le département voisin du Huila. La fiscalía – ministère public – et de nombreux journalistes entourent les deux corps vêtus de treillis militaire. Leurs mains inertes saisissent une grenade, un pistolet et deux talkie-walkie. Luz Marina s’affole : “mais pourquoi les avez-vous déplacé ici ? Et pourquoi ont-ils des vêtements de militaires ??”Nous venons de tuer deux dangereux guérilleros” claironne un officier, “dont un important commandant très recherché.”

Les familles ont noté plusieurs irrégularités qui n’apparaissent pas dans le rapport remis par le bataillon. “Les militaires ont délibérément truqué le rapport à leur avantage” soutient Luz Marina, révoltée. “C’est pour cette raison que nous n’avons jamais abandonné.”

 

L’armée souhaite se laver les mains”

Depuis, les familles s’enlisent dans un processus judiciaire contre l’armée et le gouvernement colombien. Cependant leur acharnement paye. Fin 2009, les charges de rébellion et d’actes de terrorisme retenues contre William ont été abandonnées. En 2010, l’armée a reconnu s’être trompée de “cible”. En 2011, elle a accepté de présenter publiquement ses excuses aux familles. Et début 2012, elle a proposé la date du 17 février pour cet acte de pardon.

Pour les familles toutefois, ce processus est insuffisant, incomplet et palliatif. Insuffisant, car elles veulent que soient jugés et condamnés les officiers du bataillon. Incomplet, puisqu’elles estiment que cette exécution a été commise intentionnellement. Et palliatif, parce qu’elles pensent que l’armée souhaite “se laver les mains et chao on oublie l’histoire,” selon Luz Marina.

Un événement courant

La veille de l’acte de pardon, l’avocate des familles de San Antonio reçoit un SMS du lieutenant Herrera. Dans celui-ci, il spécifie que pour “des raisons de sécurité, l’armée ne pourra pas venir le lendemain.” Cette annonce provoque l’indignation des familles. “Il n’y a jamais eu de guérillas ici !” martèle Luz Marina, “ce sont les militaires qui ont amenée la violence chez nous, et maintenant ils ont peur de venir ??”

Santiago, de la comisión de Justicia y Paz qui accompagne les familles depuis le début, soupçonnait ce leurre de la part de l’armée : “l’événement de Belén n’est pas isolé. Depuis 2006, plus de 3000 personnes ont été assassinées par l’armée et la police. Si ils demandent pardon à une famille, ils devront demander pardon à tout le pays !” Et de conclure, solennel : “ce serait un coup fatal pour le commandant suprême des armées (Juan Manuel Santos, ndlr) et de sa politique de « comportement étique supérieur » (slogan de l’armée colombienne, ndlr).”

Ce même jour, les familles écrivent une lettre adressée directement au président Santos. Elles expriment leur profonde colère et condamnent les arguments utilisés par l’armée. Elles exigent que l’acte de pardon soit reporté le 10 mars. Pour l’instant, cette date est acceptée par les militaires. Mais afin de ne pas « salir » le drapeau de l’armée, ce processus peut très bien être reculé indéfiniment. Le gouvernement colombien l’a déjà prouvé par le passé.

 

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1 réactions à cet article    


  • morice morice 3 mars 2012 10:58

    Excellent rappel, j’y reviendrai moi même très bientôt. Merci pour ce travail de mémoire important.

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