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Colombie : les péripéties du processus de paix

Sale temps pour le processus de paix en Colombie.

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las2orillas.co

Ces dernières semaines ont été marquées par une recrudescence des affrontements entre l’armée et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) avec notamment des bombardements qui ont tué une trentaine d’insurgés. Un revers qui fait suite à la décision du gouvernement de reprendre les frappes aériennes après une attaque subie par l’armée au mois d’avril qui avait coûté la vie à 11 soldats.

Les chefs de la guérilla ont annoncé dans la foulée qu’ils suspendaient leur cessez-le-feu unilatéral qu’ils maintenaient depuis décembre dernier et ont depuis repris le rythme quasi quotidien des attentats et autres actions armées à travers le territoire. La trêve qui n’aura duré qu’un mois et cette récente escalade met fin à une période d’accalmie des violences attribuées à ce groupe tel que le pays n’en n’avait pas vécu depuis plus de 30 ans.

POURSUITE DU DIALOGUE DANS LA CRISE

Les pourparlers entamés entre les autorités et la guérilla en septembre 2012 à La Havane sont plus que jamais mis à l’épreuve et de nombreuses craintes sont apparues quant à l’avenir même du processus. Cependant, malgré les affrontements sur le terrain, personne n’a menacé de se lever de la table des négociations et les deux parties ont même appelé à la poursuite du dialogue. Car si le bout du tunnel reste difficile à entrevoir, des avancées notoires sont d’ores et déjà ressorties de ce processus et il semblerait que chacun des protagonistes aurait beaucoup à perdre en l’abandonnant.

"Fin de trêve" par @Pata_Leo "Fin de trêve" par Leo

Les FARC sont bien conscients qu’il s’agit surement de la dernière occasion de contempler une sortie ‘honorable’ du conflit avec à la clé une éventuelle reconversion en acteurs politiques. Un des atouts qu’ils possèdent est le fait de dialoguer avec un président déterminé à s’inscrire dans la postérité en devenant le seul chef d’Etat ayant réussi à conclure la paix avec eux. Juan Manuel Santos, réélu en juin 2014, a investi tout son capital politique dans ces dialogues, souvent contre vents et marées avec une opposition belliciste qui lui reproche son laxisme et une cote de popularité qui dégringole autant que le fond des négociations traîne.

Si ces dialogues de paix sont loin de bénéficier du farouche soutien de la société colombienne, ils jouissent par ailleurs de l’appui indéfectible de la communauté internationale notamment de la part des pays de la région, des Etats-Unis et de l’Union Européenne.

Les yeux de beaucoup de monde sont donc rivés sur ces pourparlers, les protagonistes le savent bien et se livrent à une véritable guerre de position par communiqués interposés. Pendant que l’exécutif joue l’équilibriste entre sa fermeté sur le plan militaire et sa volonté de signer un accord le plus vite possible, les guérilleros profitent d’une exposition médiatique inédite pour tenter de se redorer une image. Mais derrière ce volet politico-médiatique, qui relève bien plus souvent de l’émotionnel et de grands discours sur la « paix » que du concret, il y a le volet technique avec les négociateurs des deux parties qui se sont jusqu’à présent illustrés par leur tact à toute épreuve.

DÉMINAGE ET COMMISSION DE VÉRITÉ

Divisés en commissions, les représentants du gouvernement et des FARC se sont dès à présent mis d’accord sur plusieurs points et non des moindres. Depuis l’année passée, 3 grands points ont été paraphés : une « politique de développement agricole intégral » qui prévoit notamment la distribution de terres aux paysans les plus modestes, une réforme de la « participation politique » qui permettrait la création de nouveaux partis (inclusion des FARC dans le système) et qui prétend «  assurer que se brise pour toujours le lien entre la politique et les armes ». Et enfin l’épineuse problématique de la « solution au problème des drogues illicites », fonds de commerce des insurgés, qui se contente de réitérer l’engagement des deux parties dans la destruction des plantations illégales et dans la lutte contre le narcotrafic.

Plus récemment, un accord a été trouvé sur les mines antipersonnel. Principal moyen utilisé par la guérilla pour couvrir ses arrières, les zones rurales du pays en sont littéralement jonchées et, selon les statistiques, la Colombie est le pays qui compte le plus grand nombre de victimes lié à ce phénomène. La particularité de cet accord est qu’il a pris effet au moment de sa signature et que les FARC et les autorités travaillent ensemble pour localiser les zones affectées et effectuer un « déminage humanitaire » qui projette de s’étendre au moins jusqu’en 2021.

mvt FARC Présence et mouvements des FARC (Defensoría del Pueblo)

A La Havane, on tente également de penser des scénarios « post-accord » avec l’arrivée récente de 6 généraux de l’armée qui étudient avec des responsables insurgés les détails techniques d’une éventuelle démobilisation. Une question cruciale, car si les FARC se cantonnent aujourd’hui dans les zones les plus reculées et ont perdu l’influence qu’ils ont pu avoir au début des années 1990 (ils se trouvaient alors aux portes de Bogotá), ils disposent toujours de 8 000 à 20 000 éléments armés suivant les estimations. Autant d’individus qui devront être désarmés, démobilisés et réintégrés dans la société (voir démarche DDR de l’ONU).

Le défi majeur restant celui de la réintégration, malgré l’existence d’organismes étatiques traitant du problème depuis plusieurs années les résultats ne sont pas exceptionnels, beaucoup de démobilisés reste dans l’illégalité. Il existe un risque notable de scénario ´à la salvadorienne´ où la plupart des membres de la guérilla démobilisée avait rejoint les bandes criminelles.

Reste la question fondamentale qui accompagne toute fin de conflit armé, celle de la justice. Depuis les années 1960, ce sont près de 200 000 civils qui ont perdu la vie du fait des violences et plus de 4 millions de déplacés internes. Un lourd bilan que les FARC ont largement alimenté à travers, entre autres, des spoliations systématiques de terres, des attentats et des enlèvements. La justice transitionnelle est le point le plus sensible sur la table des négociations. Alors qu’il y a peu les FARC déclaraient sans vergogne être les « premières victimes » du conflit, le gouvernement ne semblait pas être non plus enclin à reconnaitre les crimes dont il est responsable. Les représentants des familles de victimes, présents à La Havane, n’ont que peu pesé jusqu’à présent sur le processus.

Cependant, ce point semble se débloquer lentement. Les deux parties se sont récemment mis d’accord sur la création d’une Commission de Vérité. A l’instar de ce qu’il a pu exister au Pérou au début des années 2000 ou plus récemment en Côte d’Ivoire suite à la crise électorale, il s’agit d’un mécanisme permettant de relater les faits survenus durant plus d’un demi-siècle de conflit armé. La déclaration commune qui fait suite à cette décision promet de « contribuer de manière décisive à l’établissement de la vérité », elle reconnait le « caractère massif » des violations de droits et précise qu’elle révèlera autant les responsabilités individuelles que collectives. Ce que signifie qu’en plus des acteurs isolés, les crimes pourront être imputés à des structures, des organisations ou même des institutions (telle que l’armée colombienne).

Il faut noter que cette commission fonctionnera de manière extrajudiciaire, les témoignages recueillis ne pourront pas servir de preuves pour des actions pénales et le but ne sera pas de condamner ceux qui s’exprimeront. L’objectif recherché est avant tout de recueillir le maximum d’informations sur les « causes et effets de la grande violence subie » sur la base d’un processus collectif.

Démobilisation de paramilitaires en 2005 Démobilisation de paramilitaires en 2005

 PAS DE PAIX SANS JUSTICE

Pour autant, cette nouvelle entité emboîte de facto le pas de la propre justice transitionnelle qui devra se charger de condamner les principaux responsables du conflit. C’est du moins ce que laisse penser les dernières déclarations du représentant du gouvernement qui a parlé de « bénéfices pénaux » devant les tribunaux pour ceux qui auront participé à la Commission de Vérité. Dernière ligne droite du processus de paix, les rouages de cette justice transitionnelle restent toujours à définir dans un contexte où les commandants des FARC ont annoncé qu’ils seraient prêts à assumer des peines aménagées.

La ‘paix’ et la ‘justice’ doivent également être accompagnée d’une ´réparation intégrale´ en faveur des victimes. Une réparation qui bénéficie d’un cadre législatif depuis 2011 et d’un organe gouvernemental chargé de son application, qui, bien que débordé, mène une action significative à travers tout le pays.

N’oublions pas que ces dialogues de paix de La Havane ne concernent que les FARC, soit un groupe responsable d’une partie minime de la violence en Colombie. Un pays qui a connu beaucoup de processus, 10 depuis les années 1950, mais finalement peu de paix effective. Le « brouillage des frontières de la violence » dans une société fragmentée et sur un territoire vaste comme 2 fois la France, ne permet pas de se rendre compte des potentiels effets de l’éventuelle signature d’un accord. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a d’ores et déjà averti que le scénario d’un arrêt définitif des combats ne « provoquerait pas une altération immédiate des faiblesses structurelles qui affectent les régions » qui ont le plus souffert.


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1 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 19 juin 2015 15:30

    Procès suce de pets .....

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