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Côte-d’Ivoire : ça sent la poudre

La campagne du deuxième tour de l’élection  présidentielle prévue pour le 28 novembre et présentée par la communauté nationale et internationale comme la dernière étape à franchir pour sortir définitivement la Côte d’Ivoire de la crise qu’elle traverse depuis 2002 se déroule dans un climat tendu faisant craindre le pire.

Après un premier tour qualifié d’apaisé par l’ensemble des acteurs politiques ivoiriens et la communauté internationale, le début de la campagne pour le deuxième tour qui oppose le président sortant Laurent Gbagbo (38%) et l’ancien premier ministre Alassane Ouattara (32%), donne lieu à de graves dérives qui laissent planer des inquiétudes sur une issue pacifique de cette élection présidentielle plusieurs fois reportée.

 Il faut noter qu’à l’issue des résultats du premier tour, des heurts entre Bété et Baoulé dans les régions du centre-ouest et du sud-ouest ont été signalés par la presse. Selon les journaux proches de l’opposition les allogènes Baoulés soupçonnés d’avoir voté massivement pour le troisième candidat en lice, l’ancien président Konan Bédié du PDCI RDA lui-même baoulé ont subit des menaces et exactions de la part des autochtones Bété, ethnie à laquelle appartient le candidat de la mouvance présidentielle Laurent Gbagbo. Ces allégations ont été réfutées dans la presse proche du président sortant qui attribue ces attaques à une milice proche du RDR parti du candidat Alassane Ouattara.

 L’appel quelques jours plus tard de Henri Konan Bédié à voter Alassane Ouattara, soutenu par Anaky Kobenan du MFA et Mabri Toikeuse de l’UDPCI qui avec le RDR forme la coalition du RHDP a accentué les tensions et donné une nouvelle tonalité au discours électoral devenu plus virulent et discourtois.

 En réalité si l’appel des dirigeants du Rassemblement des Houphouetiste pour la Démocratie et la Paix(RHDP) à voter Alassane Ouattara désormais considéré comme le candidat la coalition est suivi par leurs militants respectifs, l’ancien premier ministre pourrait bénéficier des 28% de voix supplémentaires et devancer alors Laurent Gbagbo à ce deuxième tour. D’ailleurs le RHDP a été rejoint par Francis Wodié du PIT et Gnamien Konan deux autres candidats éliminés au premier tour. Un cas de figure inacceptable pour la majorité présidentielle de Laurent Gbagbo qui s’emploie en toute logique à faire échouer un tel schéma. Il faut rappeler qu’il y a quelques années Bédié et Ouattara ont été farouchement opposés. C’est donc un combat politique noble qui aurait se dérouler dans l’arène politique ivoirienne

 Seulement, les premières minutes de cet ultime round offrent le constat suivant : les protagonistes se portent des coups bas, violents, acharnés et non autorisés par les règles de bonne conduite qu’ils se sont fixés sous le regard du Secrétaire Général de l’ONU et ; les contacts entre leurs supporters respectifs virent très souvent à l’affrontement. 

Plus précisément, les partisans de Laurent Gbagbo n’hésitent pas au cours de leurs meetings ou dans les médias à traiter Alassane Ouattara, l’allier d’hier dans le cadre du Front Républicain opposé à Bédié, d’étranger, à lui attribuer la responsabilité du coup d’état de 1999 et la paternité de la guerre. Du coté du RHDP tout en réfutant ces accusations on rétorque que c’est plutôt Gbagbo qui a fomenter le coup d’état de 1999, on lui reproche d’avoir déversé des déchets toxiques à Abidjan et de ne pas être de bonne mœurs.

 Voici le portrait de la situation que dresse la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI) :

•les tons agressifs et violents utilisés par les différents leaders politiques,
•les procès d’intentions et les accusations graves faits par chaque candidat à l’encontre de l’autre ;
•la radicalisation des positions des jeunesses des deux camps illustrée, entre autres faits, par la tentative d’incendie du siège du PDCI/RDA ;
•la diffusion de films, sms et rumeurs incitant à la haine et à la vengeance ;
•les menaces morales et physiques sur la liberté de vote dans les zones Centre Nord Ouest et gouvernementales ;
•les dérives de la presse proche des partis politiques ;
•le refus des états majors des deux camps d’envisager une défaite électorale ;
•le conditionnement des extrémistes des deux camps en vue d’affrontements éventuels.

 A cela il faut ajouter les rumeurs de corruption qui courent sur le compte du président du président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et les accusations de partialité portée à l’encontre de l’armée régulière et des forces de l’ONUCI. 

 En clair, tous les ingrédients d’un cocktail, bien entendu explosif, sont réunis. Reste à savoir si la plupart des Ivoiriens fatigués par ces dix années de crises accepteront d’allumer cette étincelle qui mettra le feu aux poudres malgré les trois jours de prières et de jeûnes décrétés par l’ensemble des confessions religieuses du pays.


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3 réactions à cet article    


  • Gaillus le Jeune Gaillus II 27 novembre 2010 10:28

    Merci pour ce petit compte rendu certes alarmiste, mais non moins réaliste ... hélas.


    • D€FR€ defre 27 novembre 2010 11:37

      6ème année à Abidjan >>>


      Plusieurs moments de tension dans les 2 camps et entre les deux camps.
      Tout le monde appelle au calme, et les esprits actuellement sont calmes.
      Tout le monde est armé sinon... on ne trouve plus de machettes sur le marché actuellement. La mienne est bien coupante, dêh ! (lol)

      Mais l’ambiance dans la capitale est sereine, tout le monde circule normalement et aucuns heurts ne sont à déplorer ces deux jours. 
      Je ne pense pas que la situation dégénère, les Ivoiriens sont fatigués de cette gueguerre vieille de 10 ans et qui, même si elle n’a pas fais beaucoup de morts, a quand même privé la majorité de la population de ses richesses et sa qualité de vie. Tout le monde aspire à un redémarrage, et souhaite que les dirigeants ne mangent pas tout le capital mais fassent aussi tourner l’économie du pays. 
      Mais qu’elle que soit le sortant, la Côte d’Ivoire reconnaîtra une reprise. Gbagbo ne pourra plus se cacher derrière l’excuse d’une guerre civile pour non développement et Ado a déjà redresser l’économie de la Côte d’Ivoire dans le passé. 

      Donc, vivement la semaine prochaine, que le dénouement soit favorable à la paix ! 

      • D€FR€ defre 27 novembre 2010 12:51

        Actuellement le président tente d’instaurer le couvre feu samedi et dimanche à 22H et lundi à partir de 19H... certaines délégations ainsi que le président du Burkina sont actuellement en pourparler avec M.Gbagbo pour annuler ce décret...


        Qui va surveiller les urnes la nuit ? la dernière botte avant résultats ?
        En attendant, on reste cloîtré chez soi...

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davydave77


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