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Côte d’Ivoire, l’urgence face au chaos

Action Contre la Faim revient sur l'actualité ivoirienne, particulièrement inquiètante pour les populations civiles, subissant les affres d'un conflit sanglant.

- Le 04 avril 2011 : Massacres et urgence humanitaire

Depuis une semaine, l’Ouest de la Côte d’Ivoire a basculé dans une situation d’extrême urgence. Le massacre de Duékoué, où des centaines de personnes ont été tuées entre le 27 et le 29 mars en est le symbole. Action contre la Faim, déjà présente sur le terrain, s’apprête à renforcer son intervention en urgence alors que les risques d' exactions perdurent et que la précarité des conditions sanitaires fait craindre une tragédie humanitaire. 

« C’est un remake dramatique des massacres de 2005 », témoigne depuis Duékoué François Danel, directeur général de l'ONG Action contre la Faim (ACF). Victime d’exactions d’une extrême violence il y a six ans, cette ville de l’ouest de la Cote d’Ivoire a de nouveau été le théâtre de massacres entre le 27 et le 29 mars. « Plusieurs témoins directs m'ont affirmé que ce ne sont pas des dizaines, mais des centaines de personnes qui ont été massacrées », témoigne François Danel.

Cependant, ce n’est pas seulement Duékoué mais l’ensemble de la région Ouest qui est fortement affecté. Alors que les risques d’exactions perdurent, « il est essentiel d’assurer rapidement la présence de la communauté internationale », insiste François Danel. Face aux combats, des dizaines de milliers de personnes ont fui leur foyer. Entre la ville de Man et Duékoué on peut voir des villages entièrement vides, certains brûlés. Les populations se sont réfugiées en brousse ou le long de la frontière du Libéria voisin. Des témoignages font penser que les hommes y laissent leur famille en sécurité et reviennent régulièrement dans leur village pour surveiller leur terre.

A Duékoué, des milliers d’habitants se sont regroupés sur des sites comme celui de la mission catholique. « 20 à 30 000 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, s’y entassent dans un périmètre réduit, sans abri. Les vivres disponibles seront rapidement insuffisants. La densité de la population est telle que la moindre infection se propagerait comme une trainée de poudre » témoigne François Danel. De plus, l’approche de la saison des pluies fait craindre une détérioration des conditions de vie pour ces personnes sans abri et de nouveaux problèmes sanitaires.

 Dans l’immédiat il y a urgence à intervenir dans le site pour assurer un accès à l’eau minimum et une propreté du site. Après cette aide d’urgence, il faudra rapidement trouver et équiper un nouveau site d’accueil adapté car la situation d’insécurité va vraisemblablement perdurer encore plusieurs semaines.

Action contre la Faim a déjà mis en place un programme d’accès à l’eau et à l’assainissement qui comprend notamment la distribution de filtres afin de garantir l’accès à une eau potable. Elle renforcera son dispositif avec l’envoi dès jeudi d’autres membres de l’équipe d’urgence et de matériel.

 

- Le 06 avril 2011 : Intervention d'urgence

Alors que l’Ouest de la Côte d’Ivoire a basculé dans une situation d’extrême urgence, l’ensemble des équipes d’Action contre la Faim est mobilisé pour répondre aux besoins des populations dans les meilleurs délais. Un avion décollera dans la nuit de mercredi à jeudi de Lyon pour Man afin de renforcer l’intervention d’urgence.

 Des pompes, des kits de potabilisation, des « bladers » (grands réservoirs souples permettant de stocker de l’eau), 2000 seaux, des biscuits énergétiques mais aussi des radios et téléphones satellites : c’est le contenu du chargement qu’Action contre la Faim enverra en Côte d’Ivoire dans la nuit de mercredi à jeudi. Cette première cargaison de 12 tonnes sera complétée par un autre départ vendredi.

Le premier fret se posera jeudi à Man, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, afin d’assurer les moyens logistiques des programmes déployés par ACF auprès de la population locale et déplacée.

En effet, alors que des milliers d’habitants sont regroupés dans des espaces très réduits, sans abri ni vivres (voir l’interview du directeur général sur www.actioncontrelafaim.org), l’urgence consiste à assurer un accès à l’eau et la propreté des sites. La précarité des conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces milliers de personnes fait en effet craindre une tragédie humanitaire et un risque important d’épidémie. C’est pourquoi ACF a déjà dans un premier temps lancé la distribution de filtres à eau pour 2000 familles. 

Action contre la Faim acheminera aussi cette semaine vers la Côte d’Ivoire 9 tonnes de biscuits énergétiques ainsi que des pâtes nutritives, permettant de prévenir la malnutrition dans les situations de pénurie alimentaire.

Le deuxième fret de 12 tonnes partant vendredi comportera aussi un complément de matériel, notamment 2000 seaux supplémentaires et des latrines d’urgence.

 Plusieurs spécialistes d’Action contre la Faim, notamment en nutrition, mais aussi en logistique embarqueront également sur ces avions pour renforcer les équipes d’urgence déjà déployées sur le terrain.

 

A Abidjan, le chaos laisse la voie libre au choléra

Les affrontements ont déjà poussé près d’un million d’Abidjanais* à fuir en dehors de la ville. Aujourd’hui, l’insécurité et son corollaire, la paralysie de la plus grande ville de Côte d’Ivoire, font craindre une crise alimentaire et une propagation incontrôlable de l’épidémie de choléra déjà en cours à Abidjan. Elles entravent également l’action humanitaire dans l’ensemble du pays.

Des habitants terrés chez eux par peur de nouveaux raids et exactions, des approvisionnements de plus en plus problématiques, des coupures d’eau et d’électricité : la capitale économique de la Côte d’Ivoire est paralysée. Dans ce contexte, les services de base, en particulier l’approvisionnement en eau, électricité et en denrées alimentaires, ne sont plus assurés en permanence.

Cette situation est particulièrement dramatique alors qu’une épidémie de choléra décelée en janvier dernier se propage depuis plusieurs semaines dans la ville. « Lorsque l’approvisionnement en eau saine n’est plus assuré, les gens sont obligés d’aller chercher de l’eau à des sources non sécurisées, ce qui augmente les risques de propagation de l’épidémie de choléra, explique Cécile Renaudin, spécialiste en assainissement à ACF. Par ailleurs, le chaos rend difficile l’accès et le fonctionnement des centres de santé, alors que le choléra a une létalité très élevée : 50% si la maladie n’est pas traitée. »

Le choléra est apparu il y a quelques semaines à Bromakoté, quartier défavorisé de la commune d’Adjamé de la ville d’Abidjan où gravitent chaque jour plus de 2 millions de personnes. Aujourd’hui, l’épidémie est considérée comme hors de contrôle en l’absence de données de suivi épidémique. 

Action contre la Faim en partenariat avec la Croix Rouge Ivoirienne prévoit la distribution de 34 000 kits constitués de pastilles de traitement de l’eau et de savons. Cependant, ces opérations de prévention initiées par ACF sont actuellement stoppées pour des raisons de sécurité. ACF pré-positionne du matériel d’eau, d’assainissement et d’hygiène pour pouvoir intervenir d’urgence dès que la situation sécuritaire le permettra.

La sécurité alimentaire dans la ville est elle aussi extrêmement préoccupante. Le couvre feu établi depuis 5 jours n’autorise que de très rares déplacements dans la ville, en matinée lorsque la sécurité le permet, mais la population est confrontée à la rareté de la nourriture en raison de la coupure des approvisionnements. Face à cette situation d’urgence, ACF étudie actuellement les possibilités d’acheminer et distribuer des rations alimentaires dans les quartiers les plus isolés et les plus vulnérables.

*Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR)

 

- Le 07 avril 2011 : Les coulisses d'une intervention d'urgence

Cette nuit, un avion transportant 12 tonnes de matériel ACF a décollé de Lyon pour Man, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. A son bord : des pompes, des kits de purification pour l’eau, des réservoirs, 2000 seaux, des biscuits énergétiques mais aussi du matériel de communication et des membres supplémentaires de l’équipe d’urgence d’ACF.

Mais au fait, une intervention d’urgence, ça se prépare comment ? Eléments de réponses avec Gaétan BOMMEL, responsable du service Approvisionnements et Expéditions à ACF.

Question : Vous avez fait partir cette nuit un fret de 12 tonnes. Comment la décision a-t-elle été prise et comment avez-vous élaboré le chargement ?

Gaétan BOMMEL :
« A l’origine de tout envoi d’urgence, il y a la mise en évidence par nos équipes sur le terrain des besoins des populations : quelles sont les priorités ? Ce sont nos spécialistes en eau, en assainissement, en nutrition ou encore en sécurité alimentaire qui évaluent la situation, mais aussi son évolution probable. Puis ils identifient et quantifient le matériel à envoyer. Vient ensuite l’étape de la validation par le siège du déblocage d’une enveloppe financière. C’est le « feu vert » qui permet de lancer l’opération. Les fonds privés d’Action contre la Faim revêtent alors une importance primordiale : c’est cette réserve qui nous permet de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour intervenir en urgence ».

Question : D’où vient le matériel que vous envoyez sur les missions d’urgence ?

Gaétan BOMMEL :
« Nous avons deux stocks d’urgence. L’un est situé à Lyon – c’est de là qu’est parti le fret cette nuit – et l’autre à Dubaï, une localisation stratégique puisqu’elle permet d’approvisionner plus rapidement l’Est de l’Afrique mais également l’Asie. Concrètement, ce sont d’énormes entrepôts dans les zones aéroportuaires : dans le cas de Lyon, ils sont situés à 200 mètres des pistes. Ces stocks sont mobilisables très rapidement dès que le contrat est signé pour l’envoi d’un fret. Cette fois-ci, il s’est écoulé 24 heures entre la décision de l’envoi et la signature du contrat avec une compagnie aérienne. Ca a été plus long que d’habitude car il était difficile de trouver un avion disponible. Habituellement, c’est plutôt réglé dans les douze heures ».

Question : Sur le plan technique, à quoi faut-il penser lorsque l’on prépare un envoi d’urgence ?

Gaétan BOMMEL :
« Chaque étape de l’envoi doit être pensée dans tous ses aspects techniques, depuis le chargement de l’avion jusqu’au moment où l’on entreposera les denrées à l’arrivée.

Il faut penser « R.H » en s’assurant que l’on dispose d’un nombre suffisant d’employés à l’aéroport de départ comme d’arrivée, pour charger et décharger le matériel, mais aussi de logisticiens pour assurer le bon déroulement de l’opération. Il faut penser « sécurité » en cherchant des entrepôts de stockage sécurisés. Il faut penser « gestion des imprévus » en affrétant les avions à destination d’aéroports qui ne risquent pas d’être paralysés. Dans la situation actuelle, par exemple, c’est ce qui nous a poussés à faire atterrir l’appareil sur le petit aéroport de Man à l’Ouest du pays, et non à Abidjan. Pourquoi ? Parce qu’il était essentiel d’acheminer le matériel au plus près des bénéficiaires, les transports à l’intérieur du pays restant incertains. Pourtant, ce choix nous a imposé des difficultés logistiques particulières. Par exemple, la piste ne fait que 2 kilomètres de long, ce qui ne permet pas de faire atterrir de gros porteurs et limite le poids de la cargaison. L’avion que nous faisons partir peut théoriquement transporter 18 tonnes de matériel mais compte tenu de la longueur limitée de la piste, nous n’avons pu le charger qu’à hauteur de 12 tonnes ».
 
 

Pour suivre l'évolution de la situation en Côte d'Ivoire, le déroulement de l'intervention humanitaire et, éventuellement, nous apporter votre soutien, vous pouvez vous rendre sur le site internet d'Action contre la Faim


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3 réactions à cet article    


  • Emmanuel Aguéra LeManu 9 avril 2011 02:10

    Quelle est la différence entre un Ivoirien et un Français ?

    Le Français arrive le fusil mitrailleur dans une main et les médicaments dans l’autre.
    L’Ivoirien repart les mains vides.


    • Emmanuel Aguéra LeManu 11 avril 2011 09:30

      Moinssé pour ça... j’en suis fier, merci.


    • easy easy 10 avril 2011 12:57

      Je vais dire deux mots sur l’ONGisme.

      Au départ, il y avait Henry Dunant qui, ayant assisté à la bataille de Solferino, ayant constaté que les blessés étaient abandonnés sur les champs de bataille, avait proposé le principe maintenant bien connu de la Croix-Rouge.

      Parfait. J’admire non seulement l’idée mais aussi la pugnacité, le courage et la générosité de Dunant. Et puis il y a eu Médecins Sans Frontières et la très belle image du bateau hôpital L’Ile de lumière. Très beau tout ça.

      Mais je ne peux m’empêcher de constater que depuis Dunant donc, il y a de plus en plus un mélange des genres lors des conflits et que le résultat est globalement mauvais.

      La chose paradoxale s’est faite progressivement. Depuis un siècle, et surtout depuis 1960, chaque fois qu’un bombardeur part en goguette, il tient compte de la Machine globale dans laquelle la part ONGiste est de plus en plus considérable et considérée.

      Il est impossible qu’un bombardeur ne tienne pas compte de tous les paramètres quand il lance une attaque. Il tient donc forcément compte de l’ONGisme dans sa stratégie et il apprend, au fil des leçons de l’Histoire, à s’en servir (en même temps qu’il apprend à se servir des images volantes)


      Depuis 1945, les guerres sont devenues de plus en plus illisibles, incompréhensibles, interminables. Elles comportent un nombre incalculable d’acteurs, chacun ne connaissant que sa version. Il y a de moins en moins d’uniformes ou il y en a trop. Les populations sont de plus en plus prises à partie. Il n’y a plus de déclaration de guerre et encore moins de déclaration de paix. Et cela pendant que l’ONGisme occupe une place de plus en plus importante.

      Alors ONG complice ?
      Bien sûr que non. Personne, aucun des acteurs de nos putains de guerres modernes n’accepterait d’être considéré comme complice. Ce mot n’est pas du tout le bon mot. Ce n’est pas de la complicité, c’est de la participation de fait. Etant entendu que dans le mot participation, il n’y a pas de valeur de jugement. Un artilleur participe à une guerre, un brancardier, une infirmière, un cuisinier aussi. Et chaque participant est considéré par les amiraux.



      Le fait qu’une ONG participe aux guerres, rend leur lecture encore plus trouble voire carrément schizophrénique. Mais idem concernant l’OTAN. 

      On nous brandit des images de charniers ou de massacres et ça clôt les débats : on ne peut pas accepter ça, il faut impérativement que l’archange intervienne. Bin ça fait 70 ans qu’on intervient sous forme d’OTAN, d’ONU, de Forpronu et d’ONG et le résultat global est très mauvais. 

      Un des pires exemples de ce mauvais résultat est ce qui s’est passé au Rwanda. 
       

      Inversement, la guerre des Malouines où il n’y avait que deux acteurs sur place n’a fait que 1000 morts, tous militaires. Elle n’a duré que deux mois et s’est soldée par une fin de conflit très nette.
      La guerre Chine Tibet, s’il n’y avait pas eu la participation de la CIA, n’aurait duré que 3 jours et n’aurait fait que 100 morts. 



      Il y a deux terrains de prédilection des ONG, les catastrophes naturelles (dont les famines « naturelles ») et les guerres. Elles devraient renoncer à participer aux guerres. La guerre est une horreur en rouge et noir. Pour la détester, nous devrions cesser de l’arranger de blanc et d’archangisme.

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