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Coup de foudre à Wall Street

Non, il ne s’agit pas d’une improbable histoire d’amour entre Barack Obama et Sarah Palin, mais de la décharge de haute intensité qui s’est abattue sur la Bourse avec le rejet hier par la Chambre des représentants du plan Paulson censé sauver banquiers et assureurs de la faillite en leur rachetant leurs actifs « toxiques » (c’est l’avantage avec les Américains, ils ne se paient pas de ces formules alambiquées bien dans le genre latin qui feraient passer une explosion en plein vol pour un incident sans graves conséquences).
L’affaire paraissait pourtant pliée, puisque les patrons des deux grands partis, démontrant une fois de plus qu’ils n’en forment en réalité qu’un seul*, s’étaient mis d’accord avec l’administration Bush Jr pour faire cracher 700 milliards de dollars au contribuable afin que la manne publique serve à éponger les dettes du secteur privé, opération récurrente et toujours à sens unique ainsi que nul ne l’ignore.
Las ! Les députés de base, républicains comme démocrates, n’ont pas suivi leurs chefs et par 228 voix contre 205 ont retoqué le projet.
 
Panique dans les hautes sphères ! Quoi ? il y aurait des élus américains, des patriotes par excellence, pour douter encore de l’ordre naturel du système capitaliste, qui consiste à privatiser les profits et à socialiser les pertes ?
 
C’est que le conditionnement libéral découlant du mythe de l’infaillibilité du marché a si bien atteint sa cible au centre des cervelles républicaines que toute intervention de l’Etat apparaît maintenant comme une odieuse manigance de ce socialisme rampant toujours prêt à augmenter l’impôt des gagnants pour le redistribuer ensuite aux perdants, fussent-ils paradoxalement des ploutocrates.
« Better Dead than Red » (plutôt mort que rouge) clamaient les maccarthystes des années 50 ; leurs descendants en sont toujours là, à ceci près qu’ils ne songent pas une seconde à mourir, persuadés qu’ils sont que le système est si parfait qu’une hémorragie financière, même massive, ne saurait le tuer.
Tout au plus la tourmente emportera-t-elle, comme d’habitude le menu fretin, ces millions d’entreprises fragiles et d’individus sans patrimoine qui n’ont pas de fortunes assez solides pour résister au chômage et à la ruine.
 
Du côté démocrate, où l’on se trouve davantage quoique légèrement pénétré de valeurs humanistes, l’origine du refus de valider le plan tient pour l’essentiel à la précipitation dans son élaboration qui ne permet pas d’examiner sereinement les mesures envisagées, à l’imprécision du chiffre (pourquoi 700 MD$ plutôt que 500 ou 1 000 ?) et à la quasi-absence de solution proposée aux ménages surendettés.
En clair, sauver l’étrangleur sans secourir l’étranglé dont la défaillance prévisible par l’étrangleur est à l’origine du désastre, c’est non.
 
Et puis, à un gros mois de la présidentielle, est-il bien raisonnable de décourager l’électeur de gauche, déjà déçu par la complaisance de la majorité démocrate du Congrès envers la politique de W., en lui donnant un énième exemple de la collusion de fait entre l’âne et l’éléphant ?
 
Le feuilleton n’est pas fini. Comme toutes les séries à succès qui tiennent le monde en haleine, « le plan Paulson » aura très prochainement une suite. Qui va larguer du lest ? relâchera-t-on la pression sur les modestes ou saisira-t-on les fortunes personnelles accumulées par les prêteurs voyous ? Barack épousera-t-il Sarah afin de réaliser l’union sacrée entre le boucher et le veau, ainsi que la prêche en France notre Fillon qui, comme son patron, n’a décidément pas fini de nous prendre pour ce que nous sommes ?
 
* http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=41624

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9 réactions à cet article    


  • antitall antitall 1er octobre 2008 11:34

    " puis, à un gros mois de la présidentielle, est-il bien raisonnable de décourager l’électeur de gauche, déjà déçu par la complaisance de la majorité démocrate du Congrès envers la politique de W., en lui donnant un énième exemple de la collusion de fait entre l’âne et l’éléphant ?"

    il y aurait une gauche aux states  ?..... smiley


    • Mathias Delfe Mathias Delfe 1er octobre 2008 12:07

      Mais oui, il existe aux States une gauche dure du type strauss-kahnien, la gauche mainstream étant plutôt bayrouiste smiley


    • spartacus1 spartacus1 1er octobre 2008 15:42

      Oui, il y a une gauche aux USA.

      Par exemple R. Nader, qui ferait honneur à la gauche française.

      Puis une gauche infiniment plus radicale, qui ne se bat pas sur le plan électoral considéré comme irrécupérable, mais dans le cadre de la société civile. Par exemple le travail d’un Richard Stallman dans le cadre de la Free Software Foundation (FSF).


    • non666 non666 1er octobre 2008 18:47

      Comme il est dit just au dessus, la gauche US est au plus Fabiusienne(epoque premier ministre), DSKienne ou Bayrouthiste...

      La droite a elle une plus garnde variété.

      Le FN y serait perçu comme modéré chez les partisans de la NRA, les adeptes neo-cons, les integristes protestants, les diffrents lobbies....

      Ceci dit meme en Europe, les partis français sont largement plus a gauche que leurs equivalents europeens.

      Ce qui est perçu comme d’extreme droite par exemple, sur les questions de nationalité est la norme chez TOUS les partis en Allemagne.


    • Forest Ent Forest Ent 1er octobre 2008 11:59

      c’est l’avantage avec les Américains, ils ne se paient pas de ces formules alambiquées bien dans le genre latin qui feraient passer une explosion en plein vol pour un incident sans graves conséquences

      Ils ont utilisé des formules lénifiantes pendant deux ans, tant qu’ils l’ont pu. Nous aurons bientôt le même genre ici. On vient d’entendre en France "le système bancaire est solide". C’est ce que l’on disait aux US il y a 6 mois.


      • Traroth Traroth 1er octobre 2008 14:53

        Eh oui, c’était sans compter avec le cynisme de McCain, prêt à laisser son pays basculer dans le chaos pour améliorer ses chances d’être élu...

        http://traroth.blogspot.com/2008/09/le-plan-paulson-va-t-il-sauver-le.html


        • LE CHAT LE CHAT 1er octobre 2008 15:23

          si les américains étaient moins cons , ils voteraient pour les autres candidats , ceux qu’on appelle les petits candidats ! chaque voix pour ralph Nader est comme une couleuvre à avaler pour les ânes et les éléphants !


          • FYI FYI 1er octobre 2008 17:48
            				 				Vaincre la folie des bulles avec Jonathan Swift et Daniel Defoe 				 				

            Dans un point de vue, publié dans Le Monde du 25 septembre, Ludovic Desmedt, maître de conférences à l’université de Bourgogne, nous aide à prendre un peu de recul devant la « finance folle » britannique qui vient de plonger la planète dans le chaos.

            Partant du fait que Christian Walter avait, avec raison, souligné dans les colonnes du quotidien « que les financiers qui s’appuyaient sur des modèles mathématiques pour tenter de calibrer les mouvements boursiers ressemblaient aux savants vivant dans leur île volante de Laputa », délicieusement décrit par Jonathan Swift, l’auteur nous fait découvrir ceux qui, outre-manche, ont mobilisé imagination et ironie pour se moquer de cette folie.

            « L’analogie est d’autant plus pertinente que lorsque Swift débute la rédaction des Voyages de Gulliver, la Grande-Bretagne vit le gonflement puis l’éclatement de la "bulle" des mers du Sud »

            « Créée en 1711, la South Sea Company (SSC) est impliquée dans le commerce colonial (esclaves, principalement) et gérée de manière assez sage jusqu’en 1719. L’année suivante, les Communes et les Lords acceptent la conversion de la dette publique en actions. La compagnie fait dès lors l’objet d’une spéculation massive : on évoque une "bulle" (le terme "bubble" désignant toute tromperie et, par extension, les entreprises malsaines ou spéculatives). »

            « A Londres, de nombreuses sociétés naissent, profitant de l’euphorie qui gagne les rues de la ville : on cherche à lever des sommes pour le commerce des cheveux, pour la confection de chapeaux, pour extraire de l’argent à partir du plomb... Devant cette concurrence, le cours des titres de la SSC, après avoir été décuplé (de 128 livres à 1 050 livres), s’effondre. La crise entraîne de fortes pertes pour une grande partie des commerçants britanniques : le crédit s’évapore, les banqueroutes se multiplient. Swift, ayant investi 1 000 livres dans la compagnie, fait paraître son poème La Bulle. »

            « Il y compare l’épisode financier à l’ascension puis à la chute d’Icare : les "ailes de papier", après avoir permis l’élévation, ont fini par conduire au fond des océans les victimes de directeurs peu scrupuleux. Selon Swift, chaque épargnant rappelle Icare, anéanti par une chimère. Son contemporain Daniel Defoe, qui suit avec attention les affaires politico-financières dans les revues qu’il rédige, fait paraître en 1722 Le Journal de l’année de la peste. On y trouve une métaphore réussie des affres dans lesquelles se débattent alors les Britanniques.

            « Le narrateur, marchand engagé dans le commerce colonial, évoque une société malade. L’affichage sur les murs de la capitale des tables de mortalité, tel celui des cours de Bourse, quantifie l’importance des désordres. La confiance a vacillé. Defoe entraîne son lecteur dans un monde spéculaire où les apparences sont trompeuses. Le parallèle entre les germes pestilentiels et les fonds spéculatifs est patent. Pour Defoe, le crédit, qui a le pouvoir de transformer le "rien" en "tout", repose sur la confiance. Dans cette société infectée, le medium qui relie peut devenir fatal : "Si l’on achetait une pièce de viande au marché, on ne voulait pas la prendre des mains du boucher, mais on la décrochait soi-même. De son côté, le boucher se refusait à toucher l’argent et le faisait déposer dans un pot rempli de vinaigre, préparé à cet effet." La toxicité de certaines transactions provoque déjà le doute. »

            Pour conclure, disons qu’il est grand temps que quelqu’un explique au Président Bush, au Congrès américain et à Paulson que la somme de 700 milliards est quelque peu excessive pour un simple pot de vinaigre…


            • Kalki Kalki 2 octobre 2008 09:13

              Je propose de compléter le schéma.

              Que ferait un religieux pour avoir raison ? Il se donnerait raison lui même, autoproclamant sa religion comme la meilleur.

              Il y a parmis les américains beaucoup de religieux.
              ET Parmis ces religieux, il y a des fous qui sont pret à REALISER L’APOCALYPSE de leur livre.
              Dans le but avoué de voir apparaitre leur SAUVEUR.

              Et ce genre de fou arrivent souvent au pouvoir dans ce jolie pays.

              Des exemples tirés de l’histoire contemporaine, et de mon expérience ...

              • George Bush qui lance la guerre contre le mal ...
              • Des communautés qui achètent des 4x4 littérallement pour polluer volontairement, car c’est écrit.
              • Sarah Pallin qui serait une des actrices dans l’apocalypse.


              Et le plus fou c’est que même si Obama est élue il devra composer avec ces forces irrationnelles.

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